Clinique Martel, 13h30.

-"Punaise ! Mais où est-ce qu'ils ont encore déplacé ce service ?! Ils le changent de place tous les quatre matins ou quoi ?"

Cela devait bien faire un quart d'heure que Luke déambulait dans les couloirs de la clinique désuète, suivant docilement les panneaux d'indication des différents services, méthode qui ne le mena nulle part, si ce n'est là où il ne devrait pas être. Frustré de tomber sur un os chaque fois qu'il poussait une nouvelle porte (littéralement), il se résolut à aller demander conseil à l'accueil.

-"Bonjour ! Je peux vous aider ?" Demanda une jeune fille aux longs cheveux violets retenus en deux couettes.

Génial, je suis tombé sur la morveuse de service... Ronchonna intérieurement Luke.

-"Oui, en fait je cherche le service psy, vous savez où c'est ?" Répondit-il.

Son interlocutrice pencha la tête sur le côté et le regarda avec un air vide. Son badge spécifiait qu'il s'agissait d'une stagiaire et que son nom était... Sophie.

-"Euh…" Réfléchit-elle, un doigt posé sur sa lèvre inférieure.

Luke porta une main à son visage, exaspéré.

-"Quoi, vous non plus, vous ne savez pas ?" S'exclama-t-il.

Sophie ne le quitta pas du regard pendant plusieurs secondes, sans cligner. Elle finit par se lever de son siège.

-"On va demander à Monsieur Hubert, il devrait savoir où ça se trouve ! Suivez-moi !" Dit-elle, ouvrant la voie. Luke lui emboîta le pas.

Sophie poussa la porte d'une pièce d'où provenait un bruit de papier que l'on déplace furieusement. Luke haussa un sourcil et regarda par-dessus l'épaule de son guide improvisé. A priori, le lieu était vide. Enfin, c'est ce qu'il pensait avant qu'une tête ne surgisse de derrière le bureau, avec un air renfrogné.

-"Qui est là ?!" Demanda un homme aux cheveux bleu courts, qui plissait les yeux si fort, qu'on aurait dit qu'il était furieux.

-"C'est Sophie ! J'ai un petit problème avec ce Monsieur…" Répondit-elle simplement.

L'homme qui semblait très occupé se redressa et se rapprocha des deux visiteurs, tâtonnant frénétiquement son bureau.

-"Malheureusement, je ne crois pas que je vais être d'une grande aide pour l'instant... J'ai perdu mes lunettes !" S'exclama-t-il.

C'était donc ça, la raison de son comportement suspect, il était myope comme une taupe. Luke ricana sans vergogne de sa détresse et remercia le ciel d'avoir une bonne vue. Mais il maudit le mauvais concours de circonstances auquel il était confronté.

-"Qu'est-ce qu'il vous fallait ?" Reprit tout de même Hubert, qui se frotta les yeux, et claqua la langue, un tantinet agacé par la moquerie du patient.

-"Il aimerait aller au service psy, mais je ne sais pas où c'est !" Répondit Sophie, en toute honnêteté.

Hubert soupira.

-"Et donc, tu n'as rien trouvé de mieux à faire que de venir ici, en service d'ophtalmologie... Enfin bref, excusez-la, elle est en stage... Vous êtes attendu ? Nos psychologues ne s'occupent de leurs patients que sur rendez-vous, vous savez !" Demanda Hubert, s'adressant par dépit à Luke.

Ce dernier n'avait pas vraiment prévu cela. S'il disait la vérité, on ne le laisserait probablement pas faire. Il lui fallait donc improviser…

-"Eh bien, je n'ai pas pris rendez-vous, mais je crois que je suis atteint de Parkinson depuis quelques heures !" Répondit-il en soupirant, de mauvaise humeur parce qu'il se trouvait dans un contexte peu favorable.

Hubert remarqua l'impatience du rouquin malpoli. Il réfléchit un instant, puis il déclara d'un ton sec :

-"Alors, vous sortez d'ici, vous allez tout au fond du couloir, vous tournez à gauche, et vous prenez la première porte. Vous y trouverez quelqu'un de qualifié pour vos maux ! Sophie, guide-le, veux-tu ? Et aussi, fais-moi signe si tu retrouves mes lunettes !"

Elle acquiesça et entraîna Luke avec elle. Hubert leva les yeux au ciel, exaspéré. Il avait horreur des hypocondriaques, et celui-là en aurait pour son grade. Il referma la porte et se remit à la recherche de ses lunettes.

Le rouquin avait bien souvent entendu parler de la clinique de Martel, en bien comme en mal. On lui avait vanté bien des fois la compétence du personnel médical, mais aussi et surtout les problèmes organisationnels et logistiques qu'elle rencontrait. Aussi, bien que cela le dérangeait pas mal, il n'était pas très étonné que les services ne se situaient plus à la même place. Maintenant qu'il avait atteint son but, cela ne l'importait plus autant… Mais son exaspération revint à la charge lorsqu'il lut l'écriteau sur la porte devant laquelle Sophie l'avait conduit.

Service kinésithérapie ? Zut ! Pensa Luke, qui se fit pousser à l'intérieur de la pièce.

-"Bonjour, Madame Farah ! J'ai un patient pour vous !" Indiqua la jeune fille aux couettes à la kinésithérapeute.

-"Ah, bonjour ! Chic alors, mon après-midi commence bien !" Lui répondit-elle, faisant craquer ses poings. "Alors, Monsieur, dites-moi ce qui ne va pas !

-Il a la maladie de Pattinson, Madame !" S'exclama Sophie en levant le doigt, avant que Luke n'ait le temps de parler.

-"Ah bon ? Dans ce cas, ce n'est pas une kiné qui lui faut, mais un bon coiffeur !

-"Non, ce n'est pas ça, en fait je…" Mais Luke ne put finir sa phrase qu'il se fit interrompre par la stagiaire :

-"Ah mais non, il a Parkinson, pardon !

-Ah, dans ce cas c'est autre chose ! C'est bon, Sophie, tu peux disposer !

-Compris, Madame !" Dit-elle, avant de s'exécuter.

Voilà qui arrangeait le jeune homme à la chevelure de feu. En effet, il allait pouvoir à présent dissiper ce malentendu qui l'avait entraîné là où il ne le souhaitait pas.

-"En fait, je crois qu'il y a une légère méprise; à la base, j'étais venu, euh… J'étais venu parler de ma maladie au service psychologie, mais on m'a redirigé par erreur dans votre service et…

-Oh je vois ! Mais, vous savez, pour Parkinson, ce n'est pas forcément par ce service-là qu'il faut commencer ! De plus, vous n'êtes pas sûr qu'il s'agisse bien de cette maladie ! Je vous écoute, dites m'en plus !" Lui rétorqua Farah.

Luke, pas à proprement parler un génie dans l'art de l'improvisation, allait devoir encore faire un effort pour essayer de paraitre un minimum crédible. D'autant plus qu'il ne semblait pas bien à l'aise face à cette femme, et son intuition le mettait en garde. Sans vraiment savoir comment, il avait conscience que ce serait dangereux pour lui de lui faire perdre son temps. Allez, n'aie pas peur, concentre-toi, et invente, ça va bien se passer ! Après quelques secondes de réflexion, il reprit la parole :

-"Eh bien ces derniers temps, plus que de raison, je frissonne et tremble de tout mon corps quand je me lève, même si ça finit par revenir à la normale plusieurs minutes après. Ceci m'arrive particulièrement aux alentours de janvier, et vu que je n'ai aucune douleur physique, et donc qu'à part ça je me sens bien, je me suis dit que j'avais peut-être un souci psychologique, et c'est pourquoi aujourd'hui je m'étais décidé à aller consulter le service adéquat !

-Non, Monsieur, C'EST UNE GRAVE ERREUR que vous faîtes, là !" Hurla-t-elle en réponse. "Ce problème ne relève pas de la psychologie, il doit y avoir un souci avec votre colonne vertébrale ! Heureusement, vous êtes entré par la bonne porte, je vais pouvoir vous arranger ça ! Veuillez enlever votre haut et vous allonger sur le ventre, je m'occupe du reste !"

Curieusement, son intuition l'incitait fortement à prendre ses jambes à son cou. Il se retourna et tenta de sortir de la pièce, moyennement enchanté à l'idée de subir une séance de kinésithérapie. Il était déjà presque 14 heures, et il ne lui restait plus beaucoup de temps. Mais il ne s'attendait pas à ce que la porte ait été verrouillée par Sophie; il était à présent à la merci de Farah, qui se rapprochait de lui. Se voulant rassurante, elle lui dit gentiment, la main sur son épaule :

-"Allons, Monsieur, ne paniquez pas ! Vous savez, en général, les gens appréhendent la kinésithérapie -c'est pour cela d'ailleurs que par précaution, nous fermons à clé la porte de la salle, le temps de la séance, l'avez-vous remarqué ?-, mais comme les autres services, mon travail est de m'assurer que vous alliez mieux ! Dans votre cas, je n'aurai besoin de ne faire qu'une seule chose, et tout ira très bien ensuite !"

Ok, là, j'ai peur ! Luke ne pouvait plus y échapper, aussi la meilleure chose à faire pour lui était de prendre son courage à deux mains et de subir cette séance, en espérant que tout se déroulerait rapidement comme elle le lui avait laissé entendre. Torse nu, il s'allongea sur son ventre et attendit. Il pouvait entendre la kinésithérapeute s'échauffer les mains une fois de plus.

-"Je vais exécuter une action bien précise, qui réalignera correctement votre colonne vertébrale. Cependant, vous ne devez EN AUCUN CAS bouger pour garantir l'efficacité du geste ! Vous êtes prêt ?" Lui demanda-t-elle.

-"Euh…" Lui répondit-il, toujours aussi peu rassuré.

-"Très bien, c'est parti ! SOUDOU SHOUTEIHA!" Hurla-t-elle.

Luke ferma les yeux, priant pour ne pas subir d'atroces souffrances. Pendant que Farah était en train d'effectuer son mouvement, le hasard voulut que le téléphone fixe de la pièce se mette à sonner de manière tonitruante. Surprise à l'écoute de ce son, elle perdit sa concentration, et lorsqu'elle vit que son avant-bras ne partait plus exactement dans la bonne direction, il était déjà trop tard. Au lieu "d'atterrir" en plein milieu de la colonne vertébrale, son poing avait frappé à côté, ce qui avait suscité chez le rouquin une douleur qu'il s'empressa de faire partager aux salles voisines :

-"AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE EEEEEEEEEE !

-Ah zut, j'avais oublié de débrancher ce maudit téléphone ! Bon, excusez-moi, je suis à vous dans un instant !" Indiqua-t-elle, semblant peu concernée par la douleur inouïe que son patient était en train de subir.

Retirant sa main, elle n'avait pas remarqué l'ecchymose qui s'était formée suite à "l'impact". Luke, en revanche, avait bien constaté qu'elle avait bien frappé à côté de la cible, occasionnant plus de douleur que nécessaire. La larme à l'œil, il comprit pourquoi Hubert l'avait redirigé dans ce service. Maudit soit cet ophtaltaupe, et maudit soit cette courge de stagiaire ! Ironiquement, il pensait qu'une séance chez les psys l'aiderait certainement à se remettre de tout cela…

-"Oui, on verra ça tout à l'heure, maintenant il faut que je te laisse Hubert, je m'occupe d'un patient, là ! Oui, je t'appelle si je retrouve tes lunettes, ne t'inquiète pas ! Allez, à plus tard !" Conclut-elle, raccrochant le combiné. "Alors… Ah oui, en effet je n'y suis pas allée de poing mort ! En plus, je ne peux plus vous aider à réajuster vos vertèbres, ça pourrait aggraver cette blessure ! Le mieux c'est qu'on aille voir ce qu'il en est en radiologie ! Levez-vous, je vous y emmène tout de suite !"

Sans avoir eu le temps de donner son avis, Luke fut entraîné sans ménagement dans la salle voisine. Il était étonné de voir que malgré sa résistance, cela ne la contenait pas le moins du monde. Il ne voulait pas s'éterniser, ni avec Farah ni en radiologie. En plus de lui faire perdre encore du temps, qui sait ce qu'elle pourrait lui faire subir là-dedans…

Service radiologie, 14h00.

Entrant dans la pièce, ils virent le radiologue en pleine lecture. L'ouvrage en question était d'une épaisseur assez remarquable, et il semblait le dévorer, page après page, tant et si bien qu'il n'avait pas prêté attention à l'arrivée de sa collègue et du jeune rouquin.

-"Allo Keele, ici Martel, redescendez sur Terre, on a besoin de vous ici !" S'adressa-t-elle de vive voix à son voisin de service.

-"Roh, mais vous voyez pas que je suis en train de l... Ah c'est toi, Farah ! Qu'est-ce qu'il te faut ?

-Il faudrait que tu me fasses une radio de son d…

-Quoi, encore !? Roh mais ce n'est pas vrai, ça ! Combien de fois t'ai-je dit que tu dois d'abord débrancher ton combiné avant de commencer à t'occuper de tes patients, comme indiqué dans La Kinésithérapie en 999 points essentiels ?

-S'il te plait, Keele !"

Malgré ses quelques jurons, il finit par accéder à la requête de son ami. Il invita le patient à s'allonger et commença à faire ses batteries de tests.

-"On peut dire que vous avez de la chance, Monsieur, nous venons tout juste de recevoir ces appareils ! D'après la notice d'utilisation, nous devrions pouvoir obtenir les résultats en moins de 15 minutes ! Tachez de rester détendu comme vous pouvez, et nous aurons tôt fait de voir les problèmes éventuels !" Informa le radiologue, avant d'être interrompu par la sonnerie du téléphone de service. "Excusez-moi un instant… Allo ? Je suis occupé, tu tombes mal, Hubert… Si j'ai vu tes lunettes ? Je ne crois pas non… Bon, je te laisse, bonne chance pour les retrouver !"

Approximativement un quart d'heure plus tard, Keele eut les résultats et les examina.

-"Hum…" Grommela-t-il.

-"Bon alors, il a quelque chose, ou pas !?" Vociféra Farah.

-"Tu permets que je regarde un minimum ? A priori, il n'y a pas de soucis au niveau de sa colonne… Il a par contre une grosse ecchymose tout près, mais je ne demande pas d'où ça vient…" Constata-t-il, avant de lancer un regard à sa comparse. "Vous dîtes avoir des sortes de frisson en vous levant, c'est bien ça ?" Reprit-il, s'adressant enfin à Luke.

-"Oui, en gros c'est ça, et c'est encore pire durant le mois de janvier !" Lui répondit-il, craignant que son mensonge ne l'entraîne plus encore dans la mutilation corporelle et la perte de temps.

-"Hum… Je ne suis expert en la matière, mais je crois avoir lu quelque chose lié à ces symptômes… Un petit instant, ce ne sera pas long…"

Après 25 minutes de recherche dans ses ouvrages, Keele finit par retrouver ce qu'il cherchait :

-"Enfin, je l'ai retrouvé ! Vous êtes peut-être atteint de spleenanvierisme !

-Ah mais oui, tout simplement !" S'exclama Farah.

-"De quoi ?" Questionna le jeune rouquin, intrigué.

Et le radiologiste d'entamer la lecture :

-"Le spleenanvierisme est une maladie mentale saisonnière rare et bénigne. Touchant surtout les personnes de haut rang, il entraîne une forte lassitude du sujet, une baisse de motivation, d'énergie, pouvant conduire à l'apparition de symptômes purement physiques, tels que des frissonnements au lever, par exemple. Le spleenanvierisme disparaît assez rapidement, mais il est recommandé par précaution de suivre des séances psychologiques afin de s'assurer du bon maintien de l'intégrité mentale du sujet."

Sans le savoir, sa description avait donné une raison au patient d'avoir agi ainsi depuis le début ! Ce dernier, trop heureux d'enfin constater que pour une fois, son mensonge ne s'était pas retourné contre lui, ne manqua pas de saisir l'occasion :

-"Tout de même, je commençais à croire que personne ne le devinerait jamais ! Pour moi, c'était TELLEMENT évident que je n'en ai pas directement parlé à qui que ce soit dans la clinique ! Et comme à chaque fois, vu que PERSONNE ne me laissait me justifier jusqu'au bout, bin j'ai perdu du temps, et votre clinique a encore perdu en crédibilité !" S'insurgea-t-il, jubilant d'avoir enfin son mot à dire.

Voyant qu'ils gardèrent le silence, étonnés de ce qu'ils venaient d'entendre, Luke poursuivit :

-"Si vous aviez fait plus attention, non seulement ça m'aurait évité un énorme bleu qui m'empêchera certainement d'utiliser un lit pendant plusieurs semaines, mais en plus ça m'aurait permis une séance psy plus longue que le pauvre petit quart d'heure avant la fermeture dudit service ! La prochaine fois, lisez Comment obtenir et préserver la bonne réputation d'une clinique en 30 points, ça vous permettra peut-être d'éviter ce genre de bêtises !"

Sur ces mots, il se leva, prit ses affaires et sortit de la pièce, claquant violemment la porte derrière lui, non sans avoir entendu Keele rétorquer que le livre en question venait à peine d'être commandé et que Farah semblait décidée à ne pas se laisser parler de la sorte.

Couloirs de la clinique, 14h45.

Même s'il était content de ne plus être avec ces deux énergumènes, mais aussi et surtout de ne plus avoir à subir la compagnie de la petite stagiaire, deux frustrations demeurèrent à l'esprit du jeune homme à la chevelure de feu : l'ophtalmologiste s'était joué de lui… Et il n'avait toujours pas atteint le cabinet du service psychologie. Une dizaine de minutes, c'est déjà ça, encore faudrait-il que je trouve où c'est… Il se décida à changer d'étage, quand soudain il entendit un bruit. À vrai dire, ça ressemblait plutôt à un cri, voire à un appel au secours, et il ne pouvait se résoudre à l'ignorer. Après avoir ouvert une dizaine de portes, il finit par trouver la source de ce bruit. Un jeune homme en camisole, allongé sur un lit et solidement attaché par de multiples sangles, avait réussi à se défaire du bandage qui le maintenait silencieux pour pouvoir s'exprimer à plein poumons. Mais il n'était pas en train d'appeler à l'aide…

-"Hé toi, le rouquin ! Tu sais où elle est ?

-Hein quoi ? Mais de qui tu parles ?

-Ne fais pas l'innocent ! Dis-moi où vous l'avez emprisonné, et je ne te ferai aucun mal !

-Ah mais tu fais erreur, je ne suis qu'un patient, je ne sais pas où est celle que tu cherches… Mais si tu sais où se trouve le service psy, peut-être pourrais-je m'y rendre et le leur demander…

-N'y va pas, c'est eux qui l'ont emmené ! S'il te plaît, détache-moi, je dois aller la sauver !

-La sauver de quoi, au juste ?

-Mais qu'est-ce que j'en sais !? Les psy sont capables de tout, ils te torturent l'esprit, c'est horrible ! Tu ne le savais pas !?"

Luke était sur le point de lui dire qu'il n'était pas d'accord, mais il vit que son interlocuteur commençait à lutter plus violemment contre des sangles décidément inflexibles. Paniqué, il lui implora une nouvelle fois son aide :

-"Par pitié, détache-moi ! J'ai juré sur ma vie que je la protégerais !

-… Désolé, mon vieux, je crois que je ne peux rien pour toi, je ne veux pas d'ennui avec les gens de cette clinique, et toi non plus, crois-moi…"

Le roux avait un peu de peine de le laisser dans cet état, et ce même si ce type était maintenu captif comme un fou dangereux, mais il était persuadé qu'au final, c'était mieux ainsi. En refermant la porte sur ses pas, il l'entendait hurler de désespoir :

-"KUREEEEEEEEEEEEEEEEEEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA AA !"

Il ne restait plus que dix minutes avant les trois coups, aussi devait-il se dépêcher de trouver le service de psychologie. Mais en passant à l'étage suivant, une difficulté supplémentaire s'ajouta à sa recherche. En effet, contrairement au rez-de-chaussée, celui-ci était très animé. Avec cette quantité de monde, circuler devenait plus difficile. De plus, le personnel semblait en proie à la panique. Dans toute cette agitation, Luke put discerner ces propos :

-"Vite, faîtes quelque chose avant qu'il ne soit trop tard !

-Oh non, c'est déjà la troisième fois cette semaine !

-Que quelqu'un aille chercher le chef des internes !"

Ces derniers mots suscitaient une vive réaction chez le rouquin. Il était au bord de la panique, car il ne savait que trop bien de qui il s'agissait, et il ne voulait pas qu'une de ses connaissances le trouvent ici. Si Jade venait à l'apercevoir dans la clinique, il lui ferait perdre du temps en taquineries, et l'empêcherait d'atteindre le service psy à temps. Mais il ne pouvait pas avancer à travers une foule aussi dense, qui continuait à s'affoler. Les personnes alentours n'avaient de plus pas cessé de s'exclamer sur cette situation inattendue :

"Oh bon sang, il va nous lâcher ! Vite, sa température chute !

-Regardez cette longue traînée là, c'est une véritable hémorragie !

-J'ai pas bien vu, tout s'est passé tellement vite…

-Il s'est effondré avec une telle violence, à en mourir sur le coup !

-Mais qui a provoqué l'accident ?

-ÉCARTEZ-VOUS, VITE !"

Cette vive exclamation provenait de derrière le jeune homme aux cheveux de feu. Ce dernier se retourna, et vit une femme se précipiter à leur encontre. Elle transportait un chariot recouvert d'un drap blanc, dissimulant ce qui semblait être un ensemble d'appareils médicaux. Son regard bleu semblait vouloir transpercer la foule, et ses cheveux blancs voletaient derrière elle. On lui fit place pour qu'elle puisse s'agenouiller aux côtés de la victime et ce faisant, elle commença à déballer son barda. Ce fut alors qu'il put voir ce qui avait mis tout un étage en émoi. Il ne trouvait pas de mots devant une telle absurdité, mais la technicienne de surface les prononçait pour lui :

-"Non mais regardez-moi ça, ça fait déjà trois fois cette semaine ! Vous pourriez faire attention avec votre café, zut alors ! En plus, il est froid, vous auriez pu m'appeler plus tôt, ça va être encore plus pénible à nettoyer ! Et bien entendu, y en a partout, je vais galérer à faire partir cette longue traînée ! Sans compter les morceaux de gobelets ici et là… Pourtant je l'avais dit que les gobelets de verre ce n'était pas une bonne idée, mais noooooon, personne ne l'écoute, la Raine, personne ! Mais bon, ce n'est pas un problème, vu que c'est la Raine qui nettoie ! Quelle idée d'avoir accepté ce job, vraiment !"

Encore un peu décontenancé par cette scène surréaliste, Luke ne voulait pas prendre le risque de rester ici plus longtemps, craignant que le chef des internes ne le débusque près de la "scène de crime" et ne lui fasse perdre son temps. Encore cinq minutes et il serait 15 heures, c'est-à-dire trop tard… Ça ne semblait pas le bon moment pour s'adresser à elle, mais il questionna la balayeuse :

-"Excusez-moi, où se trouve le service psy ?

-Si c'est pour un rendez-vous, c'est trop tard, exceptionnellement le service a fermé à 13 heures, aujourd'hui !" Lui répondit-elle, s'efforçant de rester polie à son égard, car après tout, ce n'était pas lui qui avait renversé tout ce café au sol.

C'est trop tard… Les mots résonnèrent encore dans sa tête. Il avait traversé de nombreuses péripéties pour essayer d'y arriver à temps, alors que d'après cette femme, c'était peine perdue dès son arrivée à Martel. Lisant la déception sur son visage, Raine poursuivit sa réponse avec une pointe de compassion :

-"Par contre, si vous cherchez juste une personne qui y travaille, ils sont encore là jusqu'à ce soir ! Si l'individu que vous désirez voir ne se trouve ni dans sa salle de consultation ni ici à faire une pause-café, vous pouvez toujours aller jeter un coup d'œil aux vestiaires, là-bas !" Conclut-elle, montrant du doigt une porte non loin d'eux.

Ces quelques mots de réconfort avaient réussi à galvaniser le jeune homme. Après l'avoir remerciée, il se rendit vers l'endroit qu'elle lui avait indiqué tantôt. Et s'il n'y trouvait personne, il partirait à la recherche de son bureau, qui ne pouvait pas être bien loin… On pouvait lire sur l'écriteau : Vestiaires du premier étage – Personnel uniquement. Il n'était donc pas supposé pouvoir y entrer, mais comme elle l'avait invité à vérifier dans cette pièce, il s'engagea à l'intérieur, refermant la porte sur ses pas. Sa précédente mésaventure en kinésithérapie ne lui avait pas servi de leçon, car il s'était introduit en ce lieu sans précaution ni prudence. Il ne comprit que trop tard son erreur, au moment où il entendit une voix féminine prononcer ces quelques mots :

-"Éclair de larmes !

-EEEEEEEEEEEEEEEKKKKKKKKKK !"

Les réflexes de Luke, ainsi que le fait qu'il connaissait cette attaque, lui avaient permis d'esquiver ce sort de lumière qui lui était destiné. En regardant d'où cela provenait, il la vit, partiellement dissimulée derrière un casier. Ses longs cheveux châtains, dont une partie venait recouvrir un de ses yeux bleus, ce sortilège que peu de personnes maitrisaient… Le doute n'était plus permis, le jeune homme à la chevelure de flamme avait enfin réussi à la retrouver.

-"Tear ! Bon sang, je t'ai cherché partout !

-Oh, c'est toi, Luke ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

-Je peux savoir pourquoi tu m'as attaqué ?

-Je n'avais pas vu que c'était toi ! Mais bon, comme tu connais cette attaque et que donc tu as su l'esquiver, ça va !

-Heureusement, sinon je serais en train de griller sur place… Tu peux sortir tu sais, c'est plus la peine de te cacher...

-En fait, je ne me cache pas vraiment…" Répondit-elle, en rougissant.

-"Ah ? Alors viens, j'aimerais te parler, si tu veux bien…

-C'est que… Je suis en sous-vêtements, et…" Poursuivit-elle, la face cramoisie.

Cette remarque le mit dans l'embarras. Très gêné, le visage couleur rouge piment, il avait du mal à trouver les mots pour s'excuser… Plus les secondes se succédèrent, plus il devenait intimidant pour les deux amis de se voir et de parler. Mais elle finit par briser le silence :

-"J'ai fait tomber mon gobelet de café tout à l'heure, et comme du coup je m'en suis renversée sur les vêtements, j'étais venue me changer ici et puis tu es arrivé…

-Ah, euh, oui, d'accord, je vois, je vois… Excuse-moi, j'aurais dû frapper avant d'entrer ou un truc dans le genre…" Lui dit-il, toujours aussi gêné.

Tu ne pouvais pas le savoir, idiot… Se dit-elle, avant de disparaître du champ de vision de son camarade, pour retourner se changer devant son casier.

-"Bon, attends-moi ici, je finis de me changer et j'arrive !

-D'acc' !" Rétorqua-t-il.

À mesure que son malaise se dissipait, il se sentait de plus en plus heureux d'avoir enfin réussi à retrouver Tear, dans cette clinique où toute l'organisation interne avait été encore une fois chamboulée et dans laquelle il avait été confronté à des situations assez singulières. Il avait déjà connu des mardis pas faciles, mais celui-ci figurait parmi ses pires. Une fois rhabillée, elle le rejoignit et tous deux sortirent de la pièce. Après avoir refermé la porte, ils reprirent le dialogue :

-"Donc, tu disais vouloir me parler ?" Demanda-t-elle.

-"Euh, oui ! Mais avant ça, faut que je te raconte tout ce que j'ai dû subir pour venir te voir !

-Luke, je t'avais dit que tu n'avais pas besoin d'élaborer des stratagèmes pour venir me voir ! Tu peux tout simplement demander à l'accueil, sans avoir à raconter des salades !

-Je sais, oui, tu me l'as dit, mais je ne veux pas que Jade apprenne ma venue, sinon il me mettrait des bâtons dans les roues et m'empêcherait de venir te voir !

-Roh, tu exagères, il est taquin, pas tyrannique !

-Tu ne sais pas de quoi il est capable… De toute façon, cette clinique toute entière ne m'a pas voulu du bien aujourd'hui ! Déjà, pour commencer, y avait cette stagiaire qui…"

Il poursuivit son récit en se promenant avec elle, au hasard dans les couloirs. La stagiaire inutile, l'ophtalmologiste qui l'avait piégé, la kinésithérapeute au fort tempérament, le radiologue académique, le fou… Elle trouva ces mésaventures assez amusantes, mais constata qu'il y avait effectivement quelques soucis avec certaines personnes dans cette clinique.

Pendant ce temps, Raine était toujours en train de nettoyer ces traces de café tenaces. En frottant, elle remarqua par hasard un objet légèrement scintillant sous la machine à café. Après avoir passé plusieurs secondes à essayer de désespérément s'emparer de cette mystérieuse chose, elle finit par réussir à l'extirper pour pouvoir l'examiner. Compte-tenu de son état, cela semblait récent, et elle se demandait comment une telle paire de lunettes avait bien pu se retrouver ici.


Voilà, c'est tout pour cette fois-ci ! Plus de deux mois séparent les deux chapitres, pour ce qu'on espérait à la base être fait en un seul mois :S J'ai eu une grosse panne d'inspiration en milieu de parcours, ça n'a pas été facile, mais au final, on aura réussi à bricoler quelque chose qui, nous l'espérons, vous plaira ! Un GROS remerciement à Celice Chalphy ( u/2473936/) pour m'avoir aidé quand ça devenait difficile, mais aussi pour avoir encore accepté de traduire ce chapitre en anglais !

Le gagnant du premier mini-jeu était donc bel et bien Luke Fon Fabre, de Tales of the Abyss ! Pour les personnes qui n'auraient pas reconnu le fou qu'il rencontre, il s'agit de Veigue Lungberg, de Tales of Rebirth !

Edit (21/05/2013) : Mini-jeu terminé pour le chapitre 3, merci d'avoir participé !

À présent, si le cœur vous en dit, nous relançons le mini-jeu ! Ci-dessous, un petit rappel :

Ce mini-jeu va VOUS permettre d'influencer le déroulement du chapitre suivant, en choisissant vous-même la ou les prochaine(s) personne(s) patiente(s) ! Mais comment !? Voici les règles :

-Chaque personne peut désigner jusqu'à 3 personnages candidats (EXEMPLES : Colette, Estelle, Asch);

-Envoyez-moi votre choix par PM, tout choix proposé en review ne sera pas pris en compte ;

-Si le personnage demandé est déjà dans le staff, la demande le concernant ne sera pas prise en compte et vous n'en serez pas averti (EXEMPLE : Hubert) ;

-Si le personnage demandé fait partie du staff mais n'est pas encore apparu, la demande le concernant ne sera pas prise en compte. Vous n'en serez pas averti, histoire de garder la surprise ;

-Un personnage déjà apparu dans un épisode en tant que patient ou proche du patient ne peut plus être demandé et vous n'en serez pas averti (EXEMPLE : Luke) ;

-Si les personnages de votre sélection n'ont pas été retenus (en admettant que vous avez respecté les règles ci-dessus), il vous sera toujours possible de les soumettre à nouveau pour le mini-jeu suivant ;

-EXCEPTIONNELLEMENT, POUR CETTE FOIS-CI, vous pouvez choisir Veigue parmi vos trois persos, étant donné qu'il n'a pas été sélectionné par le mini-jeu précédent mais qu'on l'a incorporé de nous-même;

-Vous avez jusqu'au Lundi 20 Mai 2013 pour soumettre votre choix. Lorsque le chapitre 3 sortira, un mini-jeu du même type vous sera proposé pour le chapitre 4 ;

En attendant, nous espérons que vous avez aimé ce deuxième chapitre concernant une clinique vraiment unique ! Si vous relevez des fautes, ou si vous avez envie de réagir sur notre écrit, n'hésitez surtout pas à nous laisser un commentaire !

À bientôt pour le chapitre 3 !

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