Parce que j'ai pas cours, et que c'était la seule fic qui me venait naturellement, je vous ai mitonné un premier chapitre aux petits oignons. Vous m'en direz des nouvelles.

Kuchiyume: J'évoque le parrain un petit peu dans ce premier chapite, et vous devinerez tous qui il est. Quant à l'auteur des petits mots... Surprise!

Aya72: je ne m'attendais pas à l'écrire aussi vite non plus. J'ai travaillé sur mes autres projets, mais Naruto refusait de se laisser oublier. J'ai passé deux semaines à m'enfiler des FemNaru en Anglais avant d'admettre que c'était cette fic que je voulais écrire et pas une autre. Donc là, oui je commence directement par ce qui change (et la forme de l'introduction aura surpris plus d'un lecteur).

Psychose: Non, je ne vais rien dire à propos du parrain, ça me fait bien rire de vous faire languir ainsi :P Et oui tes idées de parrain sont assez loufoques. La seule réaliste serait celle de Shikamaru vu qu'il a son âge, mais il est déjà celui d'Ino...

Merci pour vos reviews et bonne lecture!


_ Je pense que tu devrais sourire un peu, me dit tout d'un coup Jiraya.

Nous sillonnions la forêt qui entourait notre village d'un pas de marche tranquille lorsqu'Ero-Sennin me fit la remarque. Je tournais la tête vers lui, interloquée. Que voulait-il me dire ? Je ne comprenais pas ce qu'il me voulait.

_ Ne me regards pas ainsi, Naruto. C'est juste que j'ai l'impression de faire parti d'un cortège funèbre ! Où est passé la petite peste qui courrait et criait partout ?

J'aimerais bien le savoir aussi. Je soupirai avant de lever les yeux au ciel en quête d'une réponse. Je n'étais pas totalement revenue de mon voyage avec Tenzo-Senpai. Quelque part dans ma tête, j'étais toujours cet assassin sans pitié qui abattait froidement ses victimes. Est-ce que la petite fille que j'étais avant ne s'était pas perdue en route ? S'était-elle endormie sur le chemin, attendant que je retourne sur mes pas pour la rechercher.

_ Tu n'as toujours pas l'air heureux, tu sais.

_ Je ne me sens pas spécialement triste non plus, tentais-je de plaisanter.

Ma phrase retomba à plat, comme mes piètres tentatives d'avoir un ton enjoué. Il y avait cet éclat de mélancolie dans ma voix qui ne la quittait pas.

_ Tu n'as l'air de rien du tout. Presque comme si tu étais…

Vide.

Il ne termina pas sa phrase, mais l'accusation résonna dans ma tête comme un choc sur une cloche. C'était dur à entendre. Mais quelque part, je sentais que chaque pas qui me rapprochait de la maison était plus léger. Sauf que mon crâne bouillonnait de souvenirs que j'assimilais petit à petit. Mes clones s'étaient désactivés à peu près au même moment, et leurs longs mois de voyage me revenaient en tête. Leur fatigue me clouait les jambes si bien que nous avions dû faire la route comme deux civils en pèlerinage.

Les phrases de Roshi tournaient dans ma tête, semant le doute sur tout ce que j'avais fait. Et si c'était moi qui avait précipité la disparition de Fû ? Et qui avais mis en danger les autres Jinchuuriki ? Les mots de l'ermite donnaient aux souvenirs de mes étreintes avec Utakata et Gaara une saveur désagréable.

Parfois, je n'arrivais pas à déterminer lequel des deux avait fait quoi. Celui qui me caressait le visage pendant mon sommeil était il brun ou roux ? Et cette étreinte dans le couvert d'une caverne, avait-elle eu lieu lorsque nous fuyions la tempête de sable ou les ninjas de Kiri ? Leurs mots doux tintaient au fond de mon esprit troublé. J'avais envie de courir loin sur cette route. De m'enfoncer dans le désert à la recherche de mon prince des sables ! A m'enfuir dans une forêt brumeuse aux côtés de mon brigand cracheur de bulles.

Et pourtant mes jambes me portaient jusqu'à Konoha. Les portes immenses se dressaient devant moi tandis que nous nous avancions avec l'ermite pas net. Un drôle de nœud me torturait le ventre. Une queue se dressait devant les portes. Visiblement la garde avait été renforcée pour entrer et nous devions attendre de passer. Ou alors c'était que plus de personnes souhaitaient passer à Konoha. J'eus un moment de flottement. Y avait-il un évènement spécial aujourd'hui ?

J'interrogeais un marchand qui passait avec son chariot de vêtements devant moi.

_ Mais enfin ma petite ! C'est le marché nocturne, tout le monde sait cela !

Le souvenir de moi et Neji allant à cette même célébration quelques presque trois ans auparavant me revint en tête. J'avais treize ans presque quatorze, et il était déjà un fier adolescent. Cependant à cause de son attitude trop possessive, et de l'atmosphère on ne peut moins romantique de la soirée, nous avions fini par nous battre l'un contre l'autre en habits de soirée. Je me rappelais le kimono bleu que m'avait prêté Sakura pour l'occasion.

_ Hey gamine, me lança Jiraya. Tu veux que je te paye un yukata pour l'occasion ?

Je sursautais. Apparemment j'avais eu un moment d'absence en regardant les étoffes du marchand. Lui, plus que content nous exhibait ses marchandises avec une joie immense. Immédiatement je passai mes doigts sur la soie des tissus colorés, faisant mon choix pour une tenue assez sobre dans les tons turquoise et bleu pâle. Je jetai un coup d'œil à Jiraya. Visiblement il était totalement contre mon choix, et négociait déjà une tenue complète avec zori et obi. Il revint vers moi les bras chargés d'un paquet rouge flamboyant.

_ Pourquoi pas ce bleu ?

_ Trop ennuyeux. Et c'est tout ce que tu n'es pas. Alors jeune fille tu vas me promettre de t'amuser comme une folle ce soir et de me revenir avec un sourire grand comme ça.

Je pouffais légèrement en voyant l'écartement de ses bras, et pensai à rattraper le vêtement avant qu'il ne touche terre. Mon parrain m'adressa un clin d'œil. Après tout, je venais de rentrer à la maison, peut-être qu'il était temps que je redevienne comme avant. Satisfait de sa première vente du jour alors qu'il ne s'était même pas installé en ville, le marchand commença à taper la discute. J'écoutais d'un œil distrait.

Par-dessus la foule, je fixais les toits de bois de la ville qui s'étendaient, prêts à être franchis lors de folles courses. De beaux souvenirs m'emplissaient l'esprit, et je me surpris à sourire mélancoliquement. Le vieil homme me serra brièvement contre lui dans une accolade discrète. Sa manière à lui de m'encourager.

Bientôt ce fut notre tour de passer devant les gardes du village. A moitiés endormis derrière leur chaise, Izumo et Kotetsu nous fixèrent d'une œillade morne.

_ Bon, nom, prénom, nature et longueur du séjour, grommela l'homme au visage bandé sans quitter son sudoku des yeux.

_ Namikaze Naruto, je rentre à la maison jusqu'à ma prochaine mission.

Izumo cessa de se curer les ongles avec son kunai et Kotetsu releva la tête. Avant de m'accueillir avec un grand sourire. Bizarre, je n'étais pas habituée à de telles marques d'affections.

_ C'est la septième de la journée et ça commence à bien faire ! Alors la miss on arrête de faire sa fashion victim et on arrête de raconter n'importe quoi.

_ Euh… pardon ?

J'ai eu un moment de vide dans ma tête. Comment ça la septième de la journée ? Qu'est ce que c'était encore que cette histoire. Derrière moi, Jiraya s'avança avant de poser mon passeport et le sien sur la table.

_ Ça vous suffit comme preuves ? demanda-t-il.

_ Jiraya-sama ! s'écria Izumo qui en lâcha son arme avant de s'incliner respectueusement. C'est juste qu'avec la popularité du Daily Shinobi, nous avons quelques problèmes d'impersonnalisation.

_ Eh bien je ne pensais pas que des photos auraient un tel impact, ais-je fait remarquer.

C'est marrant ça faisait six mois que je ne bossais plus pour eux et ils arrivaient à faire des photos de moi. Soit ils en sortaient des placards, soit j'ai une starlette qui se faisait photographier avec mon visage. L'un dans l'autre, il y avait toujours des imbéciles pour prendre mon apparence.

_ Le fait est que le Daily Shinobi a eu un fort impact sur les infiltrations. Il suffit à quelqu'un de prendre l'apparence d'un des mannequins et de se faire passer pour un ressortissant de Konoha, Kumo, ou autre, nous expliqua Kotetsu. Pardon pour le désagrément.

_ Pas de problème, souris-je avant de reprendre mon passeport.

La main d'un des deux Chuunin se plaqua sur mon poignet pour m'empêcher de récupérer mon bien. Il ne parvint pas à me saisir. Je le fixai, méfiante, mes doigts me démangeaient de lui faire payer cet affront. Nous avions déjà prouvé que j'étais Namikaze Naruto, dessus il y avait même ma photo de quand je ressemblais à un garçon. Cela ne leur suffisait donc pas ?

_ Il n'empêche que nous devons remettre toute personne suspecte au service Interrogation et Torture. Et tu n'y couperas pas. Un passeport ne prouve rien du tout. Kotetsu, tu l'embarques ?

Procédures de sécurité à la con ! Je me retournais vers Jiraya pour me rendre compte qu'il m'avait fait faux bond. Encore heureux pour ces gardes que j'étais de bonne composition. Je suivis le shinobi brun alors qu'il voulut me tirer par le poignet. Je lui signifiais que j'étais amplement capable de marcher toute seule. Visiblement, faire preuve de capacités ninjas était inutile pour leur prouver que j'étais bien moi. L'homme toqua à une porte d'un bâtiment officiel.

_ On a encore un code 27, expliqua-t-il lorsqu'on nous ouvrit.

_ Encore une Naruto ? soupira la jeune femme derrière la porte.

Je reconnus Ino et sa frêle stature. Apparemment elle avait suivi les traces de son père et avait obtenu un poste dans le même domaine que lui. Je lui souris et lui adressai un signe de main, pour lui signifier qui j'étais. Cela n'eut pas d'effet autre qu'un échange de regard surpris entre Kotestu et elle.

_ Elle a l'air déjà plus crédible que les autres, déclara la blonde.

_ Et elle avait un faux passeport. Pour l'instant elle est calme, mais je te conseille de faire gaffe.

_ Entravée ?

_ J'ai pas pu lui attraper les mains. Mais bon elle m'a suivi docilement. Sans doute une technique pour se fondre dans le personnage.

_ Hé, « elle » est là, et « elle » vous entend encore douter de son identité. Il faut que je fasse quoi pour vous prouver que je suis Namikaze Naruto ?

Nouvel échange de regards.

_ Je suis pas convaincue.

_ Moi non plus.

Je soupirais avant de pénétrer dans le bâtiment.

_ N'empêche votre système de sécurité est à revoir. J'aurais pu m'échapper comme je voulais.

_ Ça m'étonnerais beaucoup, nous avons des ANBU pour éviter ce genre de chose.

_ Ça m'étonnerait aussi qu'ils vous aident vachement, j'en ai vu un faire sa pause clope.

Elle marmotta quelque chose à propos des pauses qui ne semblaient guère respectueux. Avant de me conduire dans une pièce qui semblait à mi chemin entre une cellule et une salle d'attente. Dedans, je trouvais trois autres personnes qui portaient mon visage et qui se prétendaient être moi. Dès qu'Ino pénétra dans la pièce, elles se mirent à piailler en voulant lui assurer qu'elles étaient bien Namikaze Naruto.

_ Tiens je croyais qu'il y en avait le double.

_ Cela ne vous concerne pas. Asseyez-vous le temps qu'on vienne vous chercher.

L'œil mauvais, les trois autres occupants de la pièce me fixèrent d'un air peu amène. Je sentais que ça allait être long. Et ce fut le cas. Au moins une heure s'écoula avec les jérémiades des autres qui juraient à qui mieux mieux qu'elles étaient moi. Je m'étais contentée de m'installer dans mon coin avec mon Yukata plié dans mon sac de voyage et de commencer à méditer. L'un d'entre nous fut emmené en salle d'interrogatoire après une autre pause. Peut-être deux. Je préférais ne pas savoir et je m'en fichais. Tout ce que je savais c'était que j'avais faim et qu'il n'y avait rien à faire dans cette fichue pièce.

Puis enfin ce fut à mon tour d'être emmené en interrogatoire. J'eus la désagréable surprise de découvrir Ibiki Morino face à moi. Visiblement ils en avaient assez d'utiliser la manière douce sur les autres plaisantins. La salle d'interrogatoire sentait l'antiseptique. Mais je devinais encore l'odeur métallique du sang en dessous.

_ Je vais poser la question gentiment : qui es-tu ?

_ Namikaze Naruto, Jounin au service de Konoha. J'ai donné mon passeport à l'entrée du village et on m'a pas crue.

_ Bon au moins nous avons quelqu'un de plus informé sur sa cible que les autres. Aucun d'entre eux n'avait été capable de me donner son grade réel.

_ Ouais, mais j'ai passé mes examens Jounin en cachette, c'est pour ça.

_ Possible, possible. Mais il t'en faudra plus que ça pour me convaincre. Et je n'aimerais pas aller jusqu'à la manière forte pour te faire avouer.

Je soupirais face à la lumière qui m'aveuglait et passait mes mains sur mon visage. Ce n'était pas vraiment comme j'avais envisagé mon retour au village. Mais bon, au moins je faisais dans l'originalité.

_ Quel âge as-tu ?

_ 16 ans, bientôt 17.

_ Quand ?

_ Le 10 octobre.

Ses yeux froids me scrutèrent. Je parvenais presque à deviner les scénarios qui se jouaient dans sa tête. Il était convaincu que j'étais un espion ennemi plus doué que les autres. Possiblement que j'avais enlevé la dénommée Namikaze Naruto et que je lui avais soutiré assez d'informations.

Il fallait que je trouve quelque chose à lui dire qui lui prouve que j'étais réellement moi.

_ Et pourquoi retourner maintenant à Konoha plutôt qu'avant ?

J'hésitais à lui parler de ma formation ANBU. Il était n'était pas exclus que cette information ait été passée sous silence. Après tout j'étais simplement sensée avoir passé deux ans et demi en compagnie du Sannin Jiraya à battre la campagne. Je préférais opter pour la semi vérité :

_ Jiraya avait envie de rentrer. Je l'ai suivi.

_ Crédible, tout à fait crédible. Malheureusement je ne suis pas né de la dernière pluie. Le Sannin a été aperçu à la porte en votre compagnie, avant de se volatiliser dans la nature. Je ne crois pas aux coïncidences.

_ Comment est-ce que je peux vous prouver que je suis bien moi ? On se connait peine, et vous n'avez fait que lire mon dossier.

_ Bien sûr qu'on ne se connaît pas, je suis la tête du service torture de Konoha, une bonne kunoïchi ne devrait pas avoir à me rencontrer. C'est dommage pour toi, car tu ne pouvais pas savoir que j'avais rencontré Namikaze Naruto par le passé. Enfin, tu aurais pu le savoir si tu avais correctement fait tes devoirs. Maintenant je veux ton identité réelle et la raison de ta présence à Konoha.

_ Mais nous nous sommes déjà rencontrés. Lors de mon examen Chuunin, vous aviez organisé une épreuve écrite. Je me rappelle, j'avais rendu copie blanche. Vous aviez dit qu'une réponse fausse enlevait des points, vous n'aviez rien dit si on ne répondait pas.

Ses yeux s'ouvrirent de surprise avant qu'il ne me sourit franchement.

_ Même si vous êtes un imposteur, je ne pourrais pas le découvrir. En tous cas, je suis satisfait des capacités des soldas des villages adverses. Je suis réellement impressionné. Et ça va me permettre de te faire parler u peu plus. J'avoue que tu es parfaitement dans ton rôle. Mais ton obstination va te conduire à ta perte.

_ Qu'est-ce que vous comptez me faire ? On ne m'a pas fouillée ni entravée pour m'amener ici. Je suis en pleine possession de mes moyens.

_ Ceci… ne sera pas nécessaire.

La lumière se fit tout à coup dans mon esprit. Peut-être que je n'avais jamais quitté cette salle d'attente finalement. Je soupirais.

_ J'ai toujours été nulle au Genjutsu, grognais-je.

Je ne savais pas où se trouvait celui qui avait performé l'illusion, mais je devais avouer que c'était un chef. Je ne l'avais pas vue venir, et elle était assez réaliste pour que j'y croie. Je joignis les mains et bloquais mes flux de chakra. L'image devant mes yeux sembla se saccader. Comme s'il y avait des interférences. Puis d'un seul coup je relâchais la pression, et le chakra coula à flot dans les méridiens.

Quelque part une femme cria. Je relevais la tête.

Ino se trouvait à la porte de la salle, comme si elle venait juste de m'accompagner. Les trois autres occupants semblaient se réveiller ou revenir à la réalité tandis que je vis la blonde à genoux. Du sang gouttait de son nez et elle était en nage. Je la secouais par l'épaule.

_ Désolée Ino, tu vas bien ? lui demandai-je.

Apparemment elle avait provoqué des Genjutsu sur toutes les Naruto présentes et chacune poursuivait son illusion par le biais de l'auto suggestion. Les yeux de la bonde se fixèrent sur moi avant qu'elle ne me serre dans ses bras.

_ Ça faisait longtemps, Naruto !

Puis elle se releva avant de désigner les jeunes femmes qui s'étaient remises à piailler derrière moi.

_ Toutes celles-là sont des fausses. Cette fille est Namikaze Naruto, j'en suis certaine. Elle possédait un passeport, et les informations que j'ai pu tirer de son esprit indiquent une connaissance trop pointue de Konoha ou de ses environs pour qu'il s'agisse d'un imposteur.

_ Eh bien, la sécurité c'est pas de la tarte à Konoha ces jours-ci. Il y a une urgence particulière ?

_ On a découvert qu'un intrus avait pénétré par plusieurs fois dans les archives du village en prenant la forme d'un des enfants de l'orphelinat. Alors on est prudent avec les immigrations au sein du village. Et avec cette avalanche de Namikaze Naruto…

Oups, ça c'était moi… Peut-être qu'il faudra un jour que je signale ça à Tsunade-Baa-Chan. Bon, au moins ils avaient renforcé la sécurité, ce qui était positif.

_ Enfin bon, ils auraient dû comprendre que ça ne marche pas à force d'essayer.

_ Ce n'est pas qu'un phénomène de mode, Naruto, m'indiqua-t-elle en essuyant les traces rouges sur le bas de son visage. Les autres villages cachés ont subi ce genre d'interrogations. On a même été obligé de regarder les ninjas qui apparaissaient dans tous les numéros du Daily Shinobi.

_ Aie ! Désolée pour le désagrément.

_ Au moins tu es revenue, et ça devrait endiguer le problème. Mais viens ! Ton équipe n'est pas en ville pour le moment, mais je suis sûre que Shikamaru et Chôji seront très heureux de te voir.

_ Comment vont-ils ?

_ Oh ils se portent bien, mais tu pourras leur demander toi-même.

_ Non, je veux parler de Sakura. Et aussi de Sasuke…

_ Oh, tu veux parler de son « amnésie »…

Je lus dans ses yeux qu'elle savait. Qu'elle savait que cette perte de mémoire avait été provoquée par le village. Peut-être même que c'était son père qui l'avait pratiquée. Je me sentais coupable quelque part. Après tout, j'avais demandée à ce qu'elle soit faite, ou du moins j'avais donné l'accord qu'il leur fallait pour qu'elle le soit.

_ Ouais. Il le prend comment ?

_ Bah assez bien, je dois dire. Par contre ça m'énerve ! Tu te rends compte que Sakura l'a pour elle toute seule ? Enfin bon, il va y avoir de la concurrence maintenant que tu es rentrée. Quoi que, il n'a pas l'air de savoir qui tu es. Mis à part dans les magazines.

Evitons de lui dire ce que j'avais pu savoir en fouillant la chambre de l'Uchiha, à savoir des photos de moi… Ino continua à me guider dans les rues de la ville jusqu'au Yakiniku Q où l'attendaient les autres membres de ton équipe.

_ C'est incroyable, j'aurais juré qu'il était dans le trip des blondes aux yeux bleus, tu sais, vu qu'il avait l'air intéressé par toi. Eh bien je n'ai pas eu une seule chance de sortir avec lui, tu te rends compte ?

_ Pourquoi, il se souvenait de toi ?

_ La perte de mémoire a été très sélective. Mon père m'a dit qu'ils ne lui avaient laissé en tête que des souvenirs neutres pour ne pas attise trop ses émotions. Il parait que ça a un impact négatif sur sa marque maudite, ou je ne sais quoi.

Tout en continuant d'évoquer gaiement mes anciens camarades, nous rejoignîmes le reste de l'équipe d'Ino. Je l'observais dans sa tenue violette tandis qu'elle marchait. Elle avait de la prestance, je devais avouer. Tiens, sa coupe de cheveux n'était pas sans me rappeler celle de Deidara. Cela faisait un moment que nous ne nous étions plus croisés. Je me demandais ce qu'il était devenu. Au loin, l'armure de Choji brillait au soleil. J'eus du mal à le reconnaître. Il était immense ! Et ses cheveux cascadaient en une crinière fauve jusque dans son dos. En tout cas il avait gardé le même air replet dont je me rappelais. Il fut le premier à saluer Ino lorsque celle-ci agita son bras en direction du restaurant. Une silhouette longiligne appuyée sur un poteau se détacha et je reconnus Shikamaru. Il portait encore son éternelle queue de cheval ébouriffée. Je me rappelais de lui son air constamment ennuyé et ses yeux fins. Il n'avait pas tant changé que cela. Peut-être au niveau de sa stature : lui aussi était plus grand que moi et plus large d'épaules qu'avant.

_ Alors quoi, tu aimes tellement travailler avec des sosies de Naruto que t'as décidé d'en embarquer un avec toi ? l'accueillit le Nara.

_ Merci de faire confiance à mes capacités de discernement, se rembrunit la blonde.

_ Ça va durer encore longtemps cette histoire de sosies ? demandais-je.

_ Alors tu es vraiment Naruto ? mâcha le géant brun.

Je donnais un léger coup sur la plaque ventrale de son armure. Un son métallique me répondit. Je levais les yeux vers moi.

_ Ça me fait bizarre de lever les yeux pour te parler. Avant c'était moi la plus grande de nous trois.

Shikamaru ne dit rien, se contenta de poser les yeux sur moi et de me sourire. Je ne parvenais pas à en ressentir la chaleur, comme si j'étais encore loin d'eux physiquement. Je ne parvins pas à lui renvoyer son sourire. Je détournais les yeux, gênée. Il avait encore ce regard perçant qui voyait tellement plus que je ne l'imaginais.

Les bras de Choji se refermèrent sur moi alors qu'il m'étreignait. Nous ne nous étions pas vu depuis presque trois ans. Pas de lettres, pas de nouvelles. Juste des photos dans un magazine. Aussi glacé que le papier. Je serrai mon ami contre moi, un peu plus fort que je ne l'avais voulu peut-être. Mon corps réclamait ce contact humain avec une telle force. Mon esprit n'arrivait pas à suivre. Mais mon corps savait ce dont j'avais besoin.

Je parvins à le lâcher et je remarquais à quel point son visage était rouge. Parce que j'avais serré trop fort ? Je murmurais quelques excuses.

_ T'as perdu ta voix en chemin ou quoi ? se moqua Ino.

_ C'est la première fois que tu ne donnes pas l'impression d'avoir des charbons ardents dans tes chaussures, tu es malade ? renchérit Shikamaru.

Est-ce que…j'avais changé à ce point ?

_ Désolée, il s'est passé beaucoup de choses durant le voyage.

_ Eh bien tu nous raconteras tout cela à l'intérieur, jeune fille, dit une voix derrière nous.

Un mégot de cigarette au coin de la bouche, Asuma-Sensei arrivait vers nous. Après avoir craché le morceau incandescent par terre, il l'écrasa sous son pied et me gratifia d'une tape sur l'épaule.

_ Allez les jeunes, on se met à table ou on poirote sur le côté ?

Je m'installais à table entre Ino et son professeur. En face, Shikamaru poussait Choji du coude pour dégager plus de place sur la banquette. Tandis qu'on nous apportais nos thé et les plateaux de viande à griller, ils se tournèrent vers moi pour que je leur raconte ce que j'avais fait pendant trois ans. Sous le poids des mots et de la confidentialité, mes temps avec Jiraya devinrent de longs mois de voyages et de recherches de par le monde. Je ne parlais pas de l'ANBU. Je ne parlais pas des Jinchuuriki.

_ Et le Daily Shinobi, alors ? s'enquit Ino.

_ Je l'ai quitté au bout de deux ans. Quelqu'un a visiblement pris ma place et mon apparence, d'où vos problèmes actuels…

_ Et tu as appris de nouvelles techniques ? demanda Choji en faisant griller sa part sur plus de la moitié de la plaque.

_ Un peu de tout. Je suis toujours aussi nulle au Genjutsu d'ailleurs.

_ Tu as fait voler en éclat les miens et tu ne te trouves pas bonne, je ne vois pas ce qu'ilte faut.

_ Je ne suis pas certaine que ce soit assez de…

Je m'interrompis dans ma phrase. Apparemment avoir réussi à me libérer sans trop de difficultés d'un enchainement d'illusions d'Ino était un exploit à saluer. Ils me fixaient avec des yeux impressionnés. Je préférais me taire. A continuer à parler de moi, je commencerais à laisser échapper quelques informations sur les exigences de Chat en la matière. Ce qui différait totalement des attentes de Jiraya, et Asuma devait le savoir. D'ailleurs, son regard et celui de Shikamaru semblaient saisir bien plus que ce que je voulais dire.

_ Naruto ? demanda doucement Choji.

_ Hein, quoi ?

J'avais eu un moment d'absence, plongée dans ma réflexion.

_ Je peux manger ta part, elle va brûler sinon.

_ Euh… Oui, oui, vas-y ne te gênes pas.

Un silence suivit ma tirade. Pas uniquement parce que nous étions en train de manger. Un silence… Je ne trouvais même pas d'adjectif adéquat. En quoi était-ce étrange que je laisse ma part à Choji s'il la voulait. J'ai toujours été aussi gentille, non ?

_ Hum, tu as entamé un régime, c'est ça ? m'interrogea brusquement Ino. Parce que si c'est le cas, je suis entièrement avec toi.

_ Hein ? Non, je ne crois pas. Pourquoi ?

Je passais mes mains sur mes côtes. Elles n'étaient pas plus apparentes que d'habitude. Et je ne me trouvais pas spécialement grosse. Je ne pesais ni trop, ni trop peu. Alors pourquoi cette question ? Par acquis de conscience je me resservis un bol de riz. Cette tablée était un peu trop silencieuse. Et je n'arrivais pas à entamer une conversation.

Les lèvres de Choji articulèrent le mot 'sosie' en direction d'Ino qui émit un léger haussement d'épaule. Shikamaru lança un coup de coude à son partenaire, ses yeux fixés sur moi. Mes yeux passèrent sur chacun de mes camarades avec agacement. Pour la dixième fois de la journée, oui j'étais certaine d'être Namikaze Naruto. Qu'est-ce qu'il leur fallait de plus ?

Qu'est-ce qu'il manquait pour être moi ?

_ Qu'est ce que vous avez tous à me regarder bizarrement ? demandais-je finalement. D'abord Ero-Sennin, puis les gardes à l'entrée, maintenant vous…

Une ambiance gênée se posa. Je vis distinctement quatre anges passer avant qu'Ino ne décide de s'en remettre à sa franchise légendaire :

_ J'ai l'impression de parler à la reine des glaces, constata-t-elle. Tu ne souris pas, tu fais des gestes mesurés presque précieux… Où est la Naruto qui n'arrêtait pas de mettre du riz partout et de se battre pour le dernier morceau de viande ?

_ J'ai juste grandi, Ino. C'est long trois ans, tu sais. Vous aussi, vous avez changé.

_ Arrêtes de raconter n'importe quoi. Et arrêtes de parler comme si tu savais tout mieux que tout le monde.

_ Désolée…

_ Et arrêtes de t'excuser pour un rien c'est énervant ! Et aussi d'en dire le moins possible à chaque phrase. J'ai l'impression de passer un interrogatoire avec ces types de l'unité de torture !

_ Désolée…

Je savais qu'elle essayait de me faire réagir. Mais je n'y parvenais pas. Je pouvais juste m'excuser platement, sans avoir l'impression de le faire. Comme si ses émotions et les miennes passaient à travers un coussin et qu'il ne restait que le message et plus aucune saveur aux mots que je recevais.

_ Pourquoi est-ce que tu ne t'énerves pas ! Même sur le chemin lorsque j'ai évoqué Sasuke tu n'as pas bougé d'un cil. Même en sachant que tu es Naruto, je n'arrive pas à croire à quel point tu as pu changer !

Je n'avais plus aucun argument à lui donner, je préférais fixer la fenêtre le temps que l'orage passe. Mais cela ne servit à rien. Sans un mot, Asuma quitta la table pour aller régler la note. Je me levai à sa suite dans l'espoir d'atteindre la sortie. Ino posa sa main sur mon épaule.

Mon cerveau prit le mouvement d'Ino pour une agression à cause de son énervement. Avant qu'elle ait eu le temps de poser ses doigts sur moi, j'avais déjà eu le temps de me dégager de sa prise et de me retourner dans une position dans laquelle je pouvais envisager une attaque dans toutes les directions. Les yeux de mes amis étaient un mélange d'incompréhension et de tristesse. Je ne parvenais pas à comprendre. Comme si nous parlions une langue étrangère.

_ Naruto… commença Choji.

Mon corps était déjà parti. Réagissant à mes sentiments contradictoires, j'avais préféré prendre la suite. Je me sentais presque oppressée dans la même pièce qu'eux. Comme en présence d'étrangers.

Le rire du démon résonna à mes oreilles alors que je courrais dans les rues, puis hors du village. Une crise ! Non, pas maintenant ! Qu'il se taise !

« Tu as vu comment ils te regardaient ? »

Tais toi tais toi tais toi tais toi tais toi tais toi tais toi tais toi tais toi tais toi…

« Je parie qu'ils savent que tu n'es qu'un enfant démon. Ils ne peuvent pas nous comprendre. Nous sommes trop différents d'eux. »

Je suis un être humain je suis un être humain je suis un être humain je suis un être humain…

« Alors, ce n'est pas à moi que tu vas la faire. Qui de nous deux a oublié ce que c'était de sourire et d'exprimer ses émotions. »

Je suis Namikaze Naruto j'ai 16 ans je vais devenir Hokage je vais sauver Sasuke de ses ténèbres j'aime les ramens je suis …

« Cesses de résister et viens à moi. Tu es faible Naruto, si faible. Laisse-moi te rendre plus forte que tu ne l'as jamais été. Abandonne-toi à moi. »

… le ninja le plus imprévisible de tout Konoha je me suis fait passer pour un garçon pendant tout le début de ma vie je viens de rentrer…

« NARUTO ! Tu n'es rien sans moi ! Libères moi et nous dominerons le monde ! »

… à Konoha pour retrouver mes amis et tout va bien se passer…

_ Tout va bien se passer, psalmodiais-je enfin en ouvrant les yeux.

Quelqu'un était en train de prendre mon pouls au niveau de mes poignets. Je me rétractais brusquement. Le mur derrière me moquait. Je m'en servis d'appui pour bondir en avant, rouler au sol et dégainer un kunai.

_ Hey Naruto, du calme ! se plaignit Shikamaru en levant les mains.

Je soupirais en rangeant mon arme dans sa pochette le long de ma cuisse. Que voulait-il encore ? N'avait-il pas vu que je m'étais déjà ridiculisée auprès de lui quelques instants plus tôt ?

_ Qu'est-ce qui t'es arrivé, bon sang ! On dirait que t'as traversé l'enfer.

Il n'y avait qu'un seul démon, mais je pense que ça suffisait amplement.

_ Ce n'est rien. Je vais bien, tu peux t'en aller.

_ Certainement pas après ce qui s'est passé au restaurant. Il faut qu'on discute sérieusement tous les deux.

_ J'ai oublié de payer ma part, me rendis-je compte. Je suis désol…

_ Tu sais très bien que je ne parle pas de ça.

Je soupirais. Je le regardais dans les yeux. Je n'avais pas envie de le fixer ainsi. Je détournai le regard.

_ Tu n'as pas fait que voyager avec Jiraya-Sama, n'est-ce pas ? dit-il tout d'un coup. Il y a des choses que tu ne nous as pas dites tout à l'heure.

_ Je ne peux pas en parler.

_ Ce n'est pas le problème, quelque chose est arrivé et tu ne vas pas bien ! Je suis en droit de m'inquiéter.

_ Il n'y a pas de problèmes. Je vais bien.

Je tentais un sourire. Il ne tomba pas dans le panneau. Il planta ses mains sur mes épaules et ses yeux dans les miens. Je sus à quel point il était déterminé. Je ne pus soutenir son regard très longtemps. Et une phrase m'échappa sans que je puisse la retenir.

_ Trop de choses sont arrivées je…

Je serrai les dents pour étouffer le sanglot qui menaça d'exploser à la surface. Shikamaru soupira.

_ Naruto, je suis désolé.

_ Quoi ?

Sa main vola vers mon visage pour me gifler. Elle n'arriva jamais à destination. Mon bras avait bloqué le sien trop vite pour qu'il puisse réagir. Dans un même mouvement je tordis ce membre qui me menaçait, projetant mon ami au sol dans une position douloureuse. Avant de le lâcher et de reculer en m'excusant.

Ce genre de choses n'était jamais arrivé avant parce que… Parce que Jiraya était tout simplement trop fort pour résister à de telles attaques. Mais pas Shikamaru. Il se releva avec un regard… Non, il n'était pas plein de reproche. Juste triste. Il s'approcha de moi.

_ N… Ne me touche pas ! bégayais-je, craignant de lui faire mal par réflexe.

Cette fois il ne s'excusa pas lorsque son ombre s'entrelaça avec la mienne, m'immobilisant. Le contact des mains spectrales me dérangea au point que je tente une sortie en force.

_ Choji, tiens-la !Je ne vais pas pouvoir la retenir bien longtemps tout seul !

Une masse me tomba dessus depuis le ciel, me plaquant contre le mur. Je gémis de douleur lorsque mes bras se trouvèrent bloqués par l'étreinte musculeuse de Choji. Je savais ce qui venait ensuite. Ino allait prendre possession de mon corps. Non ! Il ne fallait pas qu'elle entre dans ma tête ! La coéquipière des garçons posa sa main sur mon front. L'esprit de la blonde pénétra le mien, et ma tête retomba sur ma poitrine.

Ma main frôle la gorge d'un adversaire. Une lame fleurit entre mes doigts. Il s'écroule au sol en gargouillant. Mon uniforme d'ANBU est taché de sang. Chat achève de tuer son ennemi. Il n'y a plus de gardes devant la dernière salle du complexe dans le pays de l'herbe. Je me poste dans l'ouverture pendant que mon Senpai force la serrure à l'aide d'un Senbon. Elle s'ouvre et nous nous précipitons avant même que la porte n'ait le temps de claquer sur le mur.

Je m'arrête brusquement, incapable de faire un pas de plus.

L'ordre a été donné de tuer tous les individus présents sur la base.

Des enfants. Nous devons tuer des enfants ! Je ne peux pas. Je lis la peur, l'innocence, l'inexpérience dans leurs regards. Ici les monstres ce n'est pas eux, c'est nous. Je m'accroupis auprès de l'un d'eux, faisant fi de l'avertissement de mon partenaire. Les yeux du gamin virent subitement au jaune et un sourire de fou fend son visage. Sa main transformée en arme mortelle vient me transpercer un poumon. Je n'ai qu'un coup de lame à envoyer et il est mort.

Si fragile. Si facile. En dessous de mon masque, le sang que je crache se mêlait à mes larmes. Et il faut que nous avancions. Je serre mon kunai à m'en tordre les doigts. Chat m'ordonne…

_ Sors de ma tête, grognais-je en reprenant peu à peu mes esprits.

Tenue par Shikamaru, Ino se relève, le regard voilé d'horreur. Ils ne faisaient plus assez attention à moi. J'aurais pu sauter pour étrangler l'adolescente. C'est ce que j'aurais dû faire. Après tout, elle venait d'être témoin d'un secret d'état. J'aurais dû tomber au sol soufflée par le choc quand Choji me lâcha. Mais je me tenais sur mes jambes. Mes yeux bleus dans d'autres yeux bleus, qui comprenaient.

_ N… Naruto…

_ Ne dis rien, surtout. Tu n'as pas le droit.

_ De quoi parles tu ? fit Choji .Tu ne peux pas en parler. Ino n'a pas le droit. Qu'est-ce qui se passe, bon sang ?

Le visage de Shikamaru montrait sa profonde réflexion. Il regarda Ino qui commençait à se calmer peu à peu, puis moi.

_ Je pense que tu devrais raccompagner Ino au service des informations, Naruto.

_ Quoi ? Mais ce n'est pas logique, on devrait… entama Choji.

_ Crois-moi, ce serait trop galère de t'expliquer. Et Naruto.

_ Oui ?

_ Prends soin de toi.

_ D'accord.

Je réussis à sourire un tout petit peu. Un tout petit peu avec mes yeux. Je ne pourrais pas faire plus que ça pour le moment.

Au bout d'un temps de marche appuyée sur mon épaule, Ino réussit à marcher sans mon aide. Comme si j'avais eu besoin de cet incident pour parvenir à me libérer, je commençais à dérouler sous ses yeux effarés une partie de ma vie pendant ces deux ans. Quelque part un poids quitta mes épaules. Je n'avais même pas été capable d'évoquer de tels problèmes avec Jiraya. Mais avec Ino c'était différent, elle avait une formation de médecin et s'était spécialisée dans la psychologie et l'étude des comportements humains. Je savais qu'elle pourrait m'aider.

_ Au moins tu arrives à t'ouvrir un peu plus, c'est positif, me dit-elle à la fin de mon récit. Tu mettras du temps à te remettre de telles expériences. Mais tu y arriveras, j'en suis certaine.

Nous arrivâmes finalement dans le bureau de son père. Après un temps de discussion avec lui qui nous amena à discuter ensuite avec Tsunade, il fut convenu que j'aurais des moments privilégiés avec Shizune comme conseillère psychologique. En un sens, je crois que cela me fit le plus grand bien. Quelque part, cette décision me rappela les mesures qu'ils avaient envisagées pour Sasuke. Lui aussi avait été pris en charge à cause de son traumatisme. Est-ce que nous étions pareils sur ce point là ?

La plupart des équipes que je connaissais étaient en mission de longue durée. Sakura, cependant, travaillait à l'hôpital la plupart du temps, et je décidais de lui faire avec Ino la surprise de mon retour à Konoha. Les discussions avec les spécialistes avaient pris un peu de temps, et l'après midi était bien entamée lorsque nous pénétrâmes au sein du centre hospitalier.

L'odeur et l'ambiance entre ces murs blancs me donna un frisson dans le dos ainsi qu'un grand coup de nostalgie. Il fut un temps où je sortais de mes entrainements et mes combats tellement affaiblie que je passais des jours à dormir dans une chambre afin de reprendre des forces. La blonde à mes côtés, je passais avec un petit bouquet de tulipes dans les mains. Elle m'avait appris que Kiba séjournait entre ces murs blancs à la suite d'un épuisement de ses réserves de chakra. De bonne composition, j'acceptais de prendre quelques fleurs pour rendre visite au maître chien.

Pendant qu'Ino s'enfonça dans les dédales des couloirs à la recherche de sa meilleure amie, je m'approchais du comptoir. L'infirmière de garde sursauta, prête à me prendre en charge, persuadée à ma mine de déterrée que j'étais une future patiente. Je fixai mon reflet dans une glace derrière elle. Mon visage inexpressif s'ornait de lourdes cernes, et mes cheveux d'un blond terne retombaient en une lourde botte de paille hirsute dans mon cou. Malgré l'état neuf de mes vêtements, je pouvais comprendre pourquoi on m'avait jugée comme suspecte à l'entrée du village. Qui pourrait croire que cette personne si grognon et si peu enjouée pouvait être Naruto.

J'essayai de sourire à la femme qui m'accueillait. Elle ne fut guère rassurée. Il n'atteignait pas mes yeux.

_ Je voudrais savoir dans quelle chambre se trouve Inuzuka Kiba, s'il vous plait, leur demandais-je.

Dans mo habitude d'être seule, j'avais oublié comment résonnait ma voix. Elle me semblait manquer d'harmonie. Totalement monotone. Je crois que j'ai fait un peu peur aux assistantes. Je ne pus m'empêcher de m'excuser.

Kiba me fit les mêmes remarques que Shikamaru, Choji et Ino. L'ancienne Naruto leur manquait, et cette fille morne que j'étais devenue était loin de lui plaire. Bien qu'Akamaru me fit la fête, je ne parvins pas à me dérider. Comme si ces petites choses ne prenaient plus de sens pour moi. Comme si je n'arrivais plus à les goûter. J'étais enfermée dans un cercueil de verre, cette même barrière avec la réalité qui m'avait empêché pendant tant de temps de résister à l'envie de me rebeller par rapport aux ordres que je recevais. Avoir quitté l'ANBU, c'était comme si j'avais enfin pu trouver un point moins opaque pour regarder la réalité. Mais j'étais toujours prisonnière de moi-même, incapable de ressentir quoi que ce soit.

Après avoir rendu visite à mon ami, je retrouvai Ino et Sakura. Celle-ci se jeta dans mes bras et me serra contre elle avec force. Je répondis avec son étreinte par réflexe. Mon corps savait à quel point ces marques d'affection me manquaient. Mais c'était dans mon esprit que le blocage se faisait. Et puis, d'un seul coup, je sentis mes forces me quitter. L'espoir que tout redevienne comme avant s'était tari, et je ne parvenais plus à me maintenir. Rien ne serait jamais comme avant. Parce que nous avions changé et grandi. Par ce que j'avais fait l'expérience qui avait tout gâché. Ne restait que le vide.

Je me mis à pleurer en silence dans les bras de la rose, incapable de retenir les larmes qui roulaient de mes yeux. Avec un ton calme, Sakura passa sa main dans mes cheveux et entrepris de me calmer. Et bien que mon corps se vide de toute son eau par les yeux, je me rendis compte qu'une partie de moi réussissait à se maintenir au dessus de ma mélasse de sentiments. Une partie de moi que je n'avais pas vu depuis longtemps.

_ Je pense que tu devrais me lâcher avant de te transformer en éponge, lui chuchotais-je.

Elle desserra son étreinte et Ino et elles me fixèrent avec de grands yeux. Quoi, qu'est-ce que j'avais encore dit. J'ouvris la bouche pour t'excuser.

_ Si tu me sorts que tu es désolée, tu prends une baffe, me menaça la blonde.

_ Naruto, je rêve ou tu viens de faire du sarcasme ?

_ Je n'aurais vraiment pas dû, ce n'était pas sympathique de ma part, je… m'embrouillais-je.

_ Naruto… grogna Ino, qu'est ce que j'ai dit à propos du mot 'désolée' ?

_ Mais, je ne l'ai même pas prononcé, répondis-je en croisant son regard.

_ Je n'ai pas été blessée, Naruto. Je suis même plutôt contente de toi.

_ A… Ah bon ?

_ Si tu recommences l'ironie, c'est que tu iras bientôt mieux. Et je suis sûre que ça fera très plaisir à Sasuke de pouvoir se chamailler encore une fois avec toi.

Sa tirade me réchauffa le cœur autant qu'elle me figea quand on en vint à évoquer le brun. Je lus dans ses yeux verts qu'elle pensait vraiment ce qu'elle disait. Que ma simple présence aux côtés de Sasuke allait tout arranger pour lui. Qu'il allait guérir comme j'allais guérir. Je soupirais avant de fixer le vague.

_ Tu sais, ça fait bien longtemps que je me demande si Sasuke n'est pas trop loin pour qu'on le sauve…

Elle me donna une frappe sur la tête qui m'envoya bouler à l'autre bout du couloir. On aurait dit une attaque de mamie Tsunade. Derrière moi Sakura souriait. Un goût acide m'emplit la bouche. Elle n'était absolument pas joyeuse.

_ Allons, allons ! Tu dis ça parce que tu es un peu déprimée, c'est tout. Tu n'es pas du genre à abandonner Sasuke.

Non, je n'abandonnerais pas Sasuke. Malgré tout, je commençais à croire que mes tentatives pour l'aider étaient vaines. J'avais fini par lui faire totalement oublier qui il était, ce qui définissait le Sasuke que je connaissais afin qu'il n'aille pas s'auto détruire comme un imbécile. Mais dans l'affaire c'était plutôt moi et le village que j'avais priorisé par rapport à lui. Peut-être que si j'avais été capable de prendre un peu plus sur moi, peut-être qu'on n'en serait pas arrivé jusque là.

_ Et pourquoi n'irions nous pas faire une sortie entre filles ? proposa tout d'un coup Ino. Pour se préparer pour ce soir.

_ Oh très bonne idée. Je suppose que tu iras avec Shikamaru, après tout vous êtes très « liés » tous les deux, ricana Sakura.

_ Alors toi, ce n'est pas parce que tu as eu Sasuke comme parrain que tu vas pouvoir te moquer du mien !

_ Moi au moins j'ai eu Sasuke, et dois-je te rappeler qu'une truie comme toi ne pourra jamais attirer son regard ?

_ Oh parce que tu crois qu'il est intéressé par ton grand front, peut-être.

_ Bon, ben moi je vais rentrer chez moi et aller dormir, annonçais-je pour mettre un terme au combat qui allait se dérouler sous mes yeux. Ou alors j'en prends une pour taper sur l'autre. De toute façon Sasuke n'est pas là, donc je ne vois même pas pourquoi vous vous écharpez.

Il y eut un temps de pause le temps qu'elles réalisent la futilité de leurs actions. Avant qu'elles ne se fixent l'une l'autre avec un regard amusé que je trouvais des plus inquiétants. Brusquement l'idée d'une soirée tranquille dans mon canapé à manger des ramens instantanés me sembla incroyablement attractive.

_ Naruto, tu ne nous échapperas pas ! lança Ino.

_ Nous allons faire de toi la reine de la soirée.

Pourquoi avais-je choisi le marché nocturne comme date de retour et pas un ou deux jours plus tard ? Cependant je ne pouvais pas m'échapper pour des raisons aussi futiles. Car Namikaze Naruto ne fuit jamais le combat, quel qu'il soit ! Même si les adversaires sont les terribles coiffeurs et maquillage !

Mais en dépit de toute ma bravoure, il me fut impossible d'échapper à la coupe de cheveux qu'elles me prévoyaient. Escortée par les deux kunoïchi les plus coquettes du village, je fus entrainée dans les dédales de la ville afin de visiter plusieurs échoppes. Le gérant du salon accueillit ces demoiselles d'un grand sourire. Apparemment ils se connaissaient. Le regard de l'hommese posa sur moi.

_ Oh mon dieu, Namikaze Naru dans mon propre salon, oh je suis gâté.

Le tout dit d'une voix aigue et maniérée, avec les roulements de fesses qui allaient avec. Je me permis d'avoir des doutes sur ses préférences sexuelles. Non, Naruto, ne vas pas vers le stéréotype, tu risquerais d'être désagréable. Après tout ce type avait peut-être une femme et des enfants. … Bon sang l'espèce humaine était en danger !

Cette pensée ingrate me fit sourire toute seule, oubliant l'homme qui se désolait de mon manque de considération pour ma flore capillaire. Oui, plus de six mois que j'avais quitté le Daily Shinobi, de quoi anéantir leurs soins sur mon clone. De toute manière un traitement sur un de mes clones, même régulier, avait peu de chances de m'affecter moi réellement. Je n'avais pas vraiment prêté grande attention à mon corps depuis… depuis jamais en fait.

L'homme détacha le chignon que j'avais dans le dos, faisant retomber ma natte de cheveux blonds que je ne défaisais que très rarement. Elle cascada jusqu'à ce que son extrémité vienne fouetter le derrière de mes genoux. Sakura et Ino émirent un sifflement admiratif. Elles m'avaient toujours connue avec les cheveux courts. Lorsque j'avais quitté Konoha, ils frôlaient mes épaules. Mis à part dans les magazines, elles n'avaient jamais pu constater à quel point ils avaient poussés. Lorsque le coiffeur détricota la longue tresse, ils ondulèrent en une grande cape tout autour de mon corps, et Ino glissa une remarque jalouse à l'oreille de sa rivale.

Le lavage fut assez problématique et dût se faire en nombreuses étapes, le temps de les dégraisser et de leur redonner brillant et souplesse. Je fixai mon attention sur autre chose afin d'éviter l'ennui. Ma réflexion fut si intense que j'en arrivais à compter les carreaux du carrelage pour m'occuper. Ensuite les ciseaux de l'artisan volèrent tout autour de ma tête, et je ne sus qu'apprécier sa précision et sa vitesse dans l'exécution des gestes. Bien évidemment il était certainement en pleine réflexion à propos des mèches qu'il m'avait teintes afin de jouer sur un dégradé de mon blond naturel, mais moi je fixais mon attention sur ses lames qui en un coup précis pouvaient devenir des armes mortelles. Il termina son travail avec un sèche-cheveux au moment où j'envisageais d'inventer un nouveau Jutsu pour me sécher après la douche.

Avant que mon regard ne se pose sur le miroir en face et que je ne me reconnus pas. La jeune femme dans le miroir avait un air fatigué et un peu triste, mais elle ouvrait de grands yeux bleus surpris. Tout autour d'elle coulaient de longs rubans d'or et de miel qui cascadaient avec grâce jusqu'à sa taille fine. Si elle n'avait porté des vêtements de kunoïchi, j'aurais pu la prendre pour une princesse de haute naissance. Je glissai ma main dans les éclats de soleil avec délice, appréciant le soyeux. Je tournais la tête, profitant du bruissement velouté de mes mèches fines. Finissant leur séance, Sakura et Ino me souriaient.

_ Je n'avais jamais pensé que…

_ Namikaze-Sama, votre intérêt pour mon modeste travail me touche, me répondit le gérant. J'espère que vous saurez apprécier mon œuvre au point de revenir vous voir.

Je le fixai avec un air désabusé. J'avais compris la manœuvre. Combien souhaitait-il me faire payer ? Je m'étouffais à moitié en entendant le prix. Tant que cela ! Mais en même temps, ça en valait la peine. J'avais presque l'impression d'être une autre personne. Ce n'était pas tant la coiffure, mais la prestation autour (le thé et d'autres diverses attentions que j'avais malheureusement refusés pour ne pas perdre de temps) qui coûtait le plus. Mais j'avais laissé l'argent s'accumuler dans mon portefeuille sans rien en faire, autant le dépense pour quelque chose qui me faisait relativement plaisir.

Ino et Sakura m'entrainèrent de nouveau dans les rues. C'était bon de courir comme une folle. Même pour rien. Juste pour sentir le souffle du vent dans le visage, respirer les odeurs venant des différents étals que nous passions.

_ Où allons nous ? criais-je.

_ Je ne sais pas ! me répondit la blonde.

Et j'ai ri. J'ai ri sans m'arrêter comme j'avais pleuré. Quelque part la vie avait repris en moi et je me sentais tellement libre, tellement moi. On alla s'enfermer dans la chambre d'Ino à se raconter des histoires stupides sur ce qui nous était arrivé durant ces trois ans d'absence. Lorsque vint mon tour, je me décidais à leur parler de mes rencontres fortuites avec Deidara. Après mille et un détails que je me retrouvais à fournir sur cet étranger, elles furent persuadées que c'était un genre de mercenaire d'un pays lointain, qui accourait sur son grand oiseau blanc à défaut d'un cheval, pour me tirer des griffes du mal.

_ C'est si romantique, lança Sakura.

_ Et vous allez vous revoir, évidemment, non ? me questionna Ino alors qu'elle me vernissait les ongles de pied avec un rouge pétant.

_ Mais je ne sais rien de lui. Et il ne m'intéresse pas.

_ Non, sans blague. Parce que tu as déjà quelqu'un dans ta vie ? fit Sakura en levant son petit doigt comme pour faire référence à un petit ami que j'aurais déjà.

_ Oh ! Est-ce que c'est l'homme au masque de Chat que j'ai vu dans tes souvenirs ?

_ Quoi ! m'exclamais-je. Plutôt mourir ! Ce type est l'ennui incarné !

_ Ou alors tu as eues des aventures que tu ne nous racontes pas…

Comment leur expliquer que j'avais effectivement eu le temps… d'expérimenter avec trois jeunes gens. Et surtout comment leur dire que l'une de ces personnes était une fille. Sans parler du fait qu'il s'agissait de trois Jinchuuriki. Je préférais me taire et me la jouer mystérieuse.

_ Peut-être, répondis-je sur un ton sibyllin.

_ Ah, Naruto, arêtes de gigoter tu vas mettre du vernis partout !

_ Oups, désolée Ino.

_ Donc là, tu es célibataire, c'est ça ?

_ Comme nous toutes, Sakura, comme nous toutes, signala Ino qui me peinturlurait les doigts à présent.

_ Hey, je sors avec Sasuke et toi avec Shikamaru, je te rappelles !

_ Ce n'est pas pareil et tu le sais bien. Je sais parfaitement que ce n'est que sexuel entre Shikamaru et moi. Nous savons que si l'un de nous souhaite … tu sais… l'autre saura se rendre disponible. En plus je crois qu'il a une aventure avec la sœur de Gaara.

_ Temari ? m'étonnais-je. C'est la meilleure celle-là.

_ Ils organisent tous les deux l'examen Chuunin qui va se dérouler à Konoha, m'expliqua Sakura. Enfin, il y a des rumeurs comme quoi elle aurait explicitement demandé à Tsunade-Shishou de la mettre de binôme avec lui.

_ Depuis quand les Kage jouent-ils les marieuses ? cancanais-je. Attends une minute… « Shishou » ?

Sakura prit un air particulièrement fier d'elle-même tandis qu'Ino soupira dans son coin en cherchant sa propre tenue de fête. La rose passa sa main dans ses cheveux courts avant de m'annoncer que peu de temps après mon départ avec Jiraya, Kakashi-Sensei avait intercédé en sa faveur auprès de Kurenai pour qu'elle approfondisse ses connaissances en Genjutsu. Elle était donc partie avec l'équipe de la brune, dans laquelle elle avait acquis des rudiments de traque, et augmenté ses capacités à sentir les signatures de Chakra. Revenue à Konoha, elle avait enchaîné des missions de rang D en solo et des permanences à l'hôpital tandis que Sasuke partait avec Kakashi et quelques autres Chuunin pour de longues missions. Shizune-Nee-San avait remarqué ses capacités en médecine, alors qu'elle s'était formée en autodidacte. Grâce au soutien de l'assistance de la Godaime, Sakura était parvenue à devenir la dernière élève que la princesse des limaces ait formé. Elle était ainsi devenue à 17 ans une des médecins de terrain les plus prisées de Konoha.

A l'heure dite, nous nous aidâmes mutuellement à enfiler nos tenues de soirée. Celle que m'avait choisie Jiraya était d'un rouge vif orné de fleurs pâles qui tranchaient sur le tissus coloré. Ma taille était ceinte d'une ceinture orange et rouge. Tout comme chez le coiffeur, je ne me reconnus pas dans le miroir. Derrière moi, Sakura et Ino en rose et bleu singeaient ma surprise. La blonde se saisit d'une délicate ombrelle bleue aux motifs floraux et Sakura d'un sac à main rose au design identique. Par mesure de précaution, je glissai Senritsu sous la large ceinture de soie et mes éventails venus du pays du vent dans mes larges manches. Même la pique dans mes cheveux pouvait être transformée en arme. Prenant du recul, je scrutais mes amies qui étaient si insouciantes. Ou du moins avaient l'air. Je savais qu'elles pouvaient lancer de terribles Genjutsu, et crus voir des fioles et des aiguilles au fond du sac de la rose.

Si frêles et fragiles à l'extérieur les kunoïchi de Konoha. Trois lames de fer dans leurs écrins de soie colorées. Parties faire la fête en ville. Non, rien ne serait plus pareil qu'avant. Nous avions grandi et changé. Et le monde autour de nous avait révélé certains de ses noirs secrets. Trois de dangers de plus dans ce monde de violence. Et une soirée de fête pour oublier que nous semions la mort sur notre passage.

Nous étions sur le chemin entre le quartier résidentiel d'Ino lorsque celle-ci se mit à courir. En face de nous se tenaient Shikamaru et Choji en tenue de soirée. Le Nara tout de vert et de marron vêtu, et l'Akimichi dans un kimono d'un bordeaux orné de larges fleurs sombres. Je ne pus m'empêcher de les trouver magnifiques tous les deux et de courir à mon tour. L'équipe fut surprise lorsque je m'élançai en même temps que la blonde pour les serrer dans mes bras, entrainant Sakura dans notre étreinte charnelle.

Shikamaru me fixa de ses yeux si perçants et persuasifs.

_ Tu vas déjà bien mieux que tout à l'heure dis-moi. Même si tes yeux sont un peu vides.

_ Naruto a toujours eu la tête un peu vide, souligna Ino, tout le monde sait ça !

_ Hé, me plaignis-je à la blonde.

La bande partit à la conquête du marché nocturne de Konoha. Je sentais la chaleur de mes camarades se communiquer à travers l'épaisse coquille de verre qui enserrait mon cœur. Ou bien était-ce lui qui s'était remis à battre depuis tout ce temps. Je posai mes yeux d'adolescentes sur ce monde féérique que j'avais découvert quelques années auparavant. Tout me semblait pareil et pourtant différent.

Devant nous, Ino s'accrocha au bras de mon meilleur ami et mon cœur se serra à leur vue. Ils allaient bien ensemble. Si bien que je me sentais un peu jalouse de leur bulle de bonheur. Shikamaru avait un regard très doux sur sa partenaire et elle riait. Je me demandais ce qu'il venait de lui dire pour provoquer une telle réaction. Même s'il n'y avait pas à proprement parler d'amour entre eux, ils étaient bien ensemble.

_ Est-ce qu'il… commençais-je en direction de Choji.

_ Je ne peux pas en parler. Si ta question concerne les sentiments de Shikamaru, alors c'est à lui que tu dois la poser, me vis-je répondre.

_ Il y a longtemps, Shikamaru m'a dit qu'il aimait une fille qui s'entichait d'imbéciles sans raison. J'ai toujours cru que c'était Ino.

Le silence me répondit. Je me tournais vers Sakura et Choji afin de comprendre leurs raisons. Sakura haussa les épaules. Elle n'était pas au courant d'une quelconque amourette entre sa meilleure amie et le manipulateur des ombres. Tout ce qu'elle savait c'est qu'il était son parrain et qu'ils se voyaient parfois pour faire l'amour. Je me tournai vers mon deuxième meilleur ami qui se contenta de me sourire sans plus de réponses.

_ Hey, vous avez été là pendant trois ans, vous en savez certainement plus que moi sur Ino et Shikamaru.

_ Je parie qu'elle est juste en train de s'entraîner pour avoir des rendez-vous avec MON Sasuke. Je pense qu'il préfère Temari niveau caractère.

_ Ila pourtant l'air de l'aimer beaucoup.

_ Peut-être que c'est son genre de filles, supposa Sakura.

_ Hey Choji, c'est quoi le genre de filles de Shikamaru ? Comme Ino ou Temari ?

Devant son absence de réponse, je soupirais avant de passer à autre chose. Le plus important c'était que Shikamaru soit heureux, quelle que soit la fille avec laquelle il était. Je ne pouvais pas m'empêcher quelque part de penser que je n'étais plus la fille la plus proche de lui. Déjà dès qu'il m'avait dit qu'il aimait quelqu'un et plus encore à présent que j'étais partie.

Je secouai la tête avant de voir Choji se diriger vers un étal qui vendait des brochettes de poulpe mariné. Mon estomac grogna, écho plus silencieux du sien, et nous partîmes tous deux acheter quelques douceurs pour caler nos estomacs. Mon ami en gentleman m'en paya un, et je mordis avec délice dans la chair brûlante, meurtrissant mes gencives et ma langue, laissant la sauce caramélisée couler le long de mon menton et ruiner mon maquillage. Un cri derrière nous retentit et je manquai de m'empaler sur le pic à brochette que je tenais en main.

_ SAKURA-SAN ! hurlait un gars à pleins poumons.

Dans un yukata bleu sombre orné de quelques fleurs de cerisier, Lee arriva en courant. Il portait la même coupe au bol que je me rappelais, et ses sourcils buissonnaient tout autant au dessus de ses yeux ronds. Je me détournais un instant de la scène pour essuyer le bas de mon visage collant. Aurais-je été comme il y avait quelques années, j'aurais osé sortir une remarque cuisante qui m'aurait attiré les foudres de Sakura. L'envie ne m'était pas venue. Le regard de Choji sur moi m'indiqua qu'il attendait ladite pique avec impatience. Je haussais les épaules et murmurais une excuse. Je mettrais du temps avant de revenir complètement des lointains rivages morbides où je m'étais égarée.

_ Lee, on est à peine rentré de mission que tu hurles comme ça, soupira Ten-Ten. Où est-ce que tu trouves cette énergie ?

_ Rien ne vas dans le passage de la fougue de la jeunesse ! cria le brun avec ferveur.

_ Hai, hai… fit sa coéquipière avec désespoir.

_ Bonjour Lee, bonjour Ten-Ten, vous ne savez pas qui est arrivé durant votre absence.

_ Est-ce encore Sasuke-kun ? J'ai encore quelques comptes à lui régler depuis notre dernier affrontement, cracha Lee. Il paiera pour avoir volé le cœur de Sakura-san !

_ Quand comprendras-tu que c'est moi qui vais combattre l'Uchiha ? demanda une voix veloutée à leurs côtés.

Mes yeux s'agrandirent. Si ce n'était pas Hyuuga Neji… Je me rappelais avec nostalgie à quel point son physique de rêve m'avait fait rêver autrefois. Des fantasmes pré pubères malheureusement gâchés par son caractère désagréable, et les motifs cachés derrière ses flirts. J'avais vécu des aventures pendant trois ans et rencontré nombre de garçons bien plus beau que lui. Et de toute manière, nos dernières rencontres s'étaient soldées par des disputes et des combats. S'il était encore probable qu'il m'attire physiquement parlant, je n'étais en aucun cas amoureuse de lui.

_ Euh, fit Sakura, je vous déconseille d'avoir des gestes brutaux en sa présence. Ino et moi sommes tombées d'accord sur ce point, et…

_ Sakura, la coupa l'autre fille, tu sais très bien que Sasuke refusera de combattre ces deux là. Neji à la rigueur avec toute leur histoire de rivalité clanique…

_ Sakura-san, interrompit Lee, je suis d'avis que Sasuke-kun saura se défendre face à nous.

_ Oui, sa prétendue amnésie ne l'a pas rendu plus enclin à accepter la suprématie des Hyuuga sur les Uchiha.

_ J'en suis parfaitement consciente, le fait est que je ne parle pas de Sasuke. Il est toujours en mission avec Kakashi-Sensei.

_ Mais alors de qui parles tu ? demanda Ten-Ten.

_ Elle parle de moi, déclarais-je depuis derrière eux.

Ils se retournèrent comme si je venais de les frapper. Bon, j'étais apparue dans leur dos, et ni Sakura qui me faisait face, ni ses interlocuteurs ne m'avaient remarqué. Je m'étais lovée dans la foule, et avais avancé précautionneusement jusque derrière le groupe. Neji me fixa comme si un énorme rocher venait de l'assommer à moitié. Ten-Ten me souriait de toutes ses dents, quoi que ses yeux remarquaient à quel point les miens manquaient de vitalité, et par ailleurs de sommeil réparateur. Quant à Lee…

_ NARUTO-CHAN ! beugla-t-il en me sautant dessus.

Une menace ! Attaque frontale détectée. Je me mis en fente pour parer l'offensive. L'ennemi était totalement ouvert. Il n'avait aucune chance de me toucher avec une telle technique d'approche. Ses points vitaux étaient exposés, je pouvais éliminer mon opposant d'un seul coup. Mon esprit venait de réagit au quart de tour, forçant mon corps à se mettre en position de contre attaque. J'eus de la chance que Lee soit un maître aux arts martiaux, ma paume ouverte manqua son torse de quelques centimètres alors qu'il força son corps à s'arrêter brusquement. L'onde de choc qui accompagnait le coup le frappa néanmoins et il recula, ses sandales creusant le sol tandis qu'il parait de ses bras.

Les adolescents face à moi eurent un air choqués face à ma réaction. Presque en colère.

_ Mais qu'est-ce que tu fous ? s'écria Ten-Ten qui relevait Lee.

_ Cette personne ne peut pas être Namikaze Naruto, je peux le dire rien qu'à ses yeux, fit Neji. Identifiez-vous immédiatement, la plaisanterie a assez durée.

Il se mit en garde comme un Hyuuga, son yukata de soie mauve flottant autour de son corps musculeux. A ses côtés Ten-Ten faisait jaillir des shurikens de ses manches, prêtes à attaquer mes angles morts. De nouveau mon corps se raidit, et je me surpris à étudier les possibilités d'attaque et de retraite. Une foule de badauds s'était même formée autour de nous, à une distance respectable. Sakura posa sa main sur les épaules des combattants pour les forcer à se relaxer. Je devinais qu'elle mettait un peu de sa force herculéenne pour appuyer son geste 'pacifique'.

_ Naruto, calmes toi. Ce ne sont pas des ennemis.

Je me forçais à me détendre, fixant Lee qui se relevait, des étoiles dans les yeux, prêt à tester mes nouvelles capacités au corps à corps. Je levais les mains en signe de non agression et tentais de sourire pour détendre l'atmosphère. Il n'atteignit pas mes yeux.

_ Désolée, ce sont des réflexes. Je ne souhaitais pas attaquer Lee comme je l'ai fait.

_ Sakura, tu es certaine de ce que tu avances ? demanda Ten-Ten en rangeant ses projectiles dans leurs cachettes.

_ Naruto… a subi des expériences assez rudes durant son absence et elle est toujours en train de recouvrir ses esprits et son ancienne personnalité. Tout ce qui pourrait être interprété comme une menace est prohibé à côté d'elle, et Tsunade nous a déconseillé de nous battre contre elle par mesure de sécurité.

_ Quoi ? c'est juste un Genin, Sakura ! s'écria Ten-Ten. Je veux dire, elle a reçu l'entrainement d'un Sannin, peut-être, mais nous avons progressé pendant son absence.

_ Ten-Ten, nous devrions respecter les ordres de l'Hokage, lui dit Lee. Je peux juger par ce coup que Naruto est bien au dessus de notre niveau actuel.

_ Naruto, tu te sens bien ? me demanda Choji. Tu veux un peu de mes yakitoris ?

_ Oui, j'ai un sentiment horrible de culpabilité qui me colle à la peau, mais sinon je vais physiquement bien. Quelle viande ?

_ J'ai du poulet et j'ai du bœuf.

_ Va pour poulet.

Je saisis la nourriture qu'il me tendit. Face à nous, l'équipe de Gai me fixait avec des réactions diverses. La jeune femme était méfiante et s'entretenait avec Sakura. Lee était extatique, et apparemment il envisageait d'enlever ses poids pour m'affronter immédiatement. Quant à Neji…

Ses iris pâles caressaient mon corps comme des mains l'auraient fait. Enfin, il n'était pas aussi démonstratif qu'il aurait pu l'être, mais je sentais lorsqu'il passait ses yeux sur mes courbes pleines et ma chevelure de soleil. Des émotions contradictoires émergeaient de sa manière de se tenir et de se comporter. Je devinais qu'il souhaitait me parler, et qu'il avait envie de moi. Dans ma tête le souvenir de quelques étreintes me revint et je convins d'être méfiante. Il n'était pas la personne en qui j'avais le plus confiance quelques années auparavant, et je savais par expérience que je me laissais conduire dans un lit par quelqu'un d'autre que si nous étions assez proches. Le rempart de verre qui me séparait du reste de l'humanité était solide, trop peut-être pour que je puisse envisager de batifoler avec lui.

Il fit un pas vers moi, puis deux. Il n'était pas agressif. Je ne le fus pas non plus. Il arriva à ma hauteur. Il me dépassait d'une demi-tête, contrairement aux autres filles qui lui arrivaient à l'épaule.

_ Tu es magnifique, me dit-il en prenant mes mains pour les porter à ses lèvres.

Elles n'arrivèrent jamais à destination. Je me reculais juste assez pour qu'il ne puisse m'atteindre sans avancer lui aussi. Il ne tenta pas de combler le vide entre nous. Pas encore.

_ Et tu as changé, fit-il. Il fut un temps où tu rougissais à ce genre de choses.

_ Beaucoup de choses arrivent en trois ans. Tu ne devrais pas te raccrocher au passé tant que cela.

_ C'est le marché nocturne. Tu te souviens, je t'avais invité.

_ Ce ne sont pas les souvenirs les plus plaisants que j'ai de toi.

Il sembla momentanément troublé que je résiste encore à ses tentatives de flirt. Il essaya une autre avancée.

_ Et est-ce que je pourrais connaître les souvenirs les plus plaisants que tu as de moi ?

Il semblait mal à l'aise. Je ne réagissais pas comme il l'avait espéré. Même, je ne réagissais pas du tout. Il aurait su conter mon agacement. Il aurait su contrer une moquerie. Mais là rien. Il n'avait rien à quoi se raccrocher. Il glissait contre la prison de verre dans laquelle j'étais cloitrée. Il n'avait aucune chance de me libérer ainsi.

_ Il faut que j'aille saluer Ten-Ten et Lee plus gentiment que tout à l'heure.

Il me laissa marcher sans bouger. D'un coup, sa main surgit pour enlacer ma taille lorsqu'il passa à mes côtés.

_ Pourquoi est tu si froide ? demanda-t-il alors qu'il entamait son geste.

J'avais lu en lui. La tension dans ses épaules, le mouvement du buste en avant. Mes pieds dansèrent au sol et mon corps vrilla. Hors de portée. J'arrivais à côté du groupe qui grignotait quelques sucreries. Le regard vert de Sakura se fixa sur Neji, sévère.

_ J'avais dit, pas de gestes brusques ! gronda-t-elle.

_ Ce n'était pas une menace, je tentais juste de l'enlacer, répliqua le jeune homme.

_ Oh, dis-je de ma voix monocorde, si ce n'est que cela.

Aussi brusquement que précédemment, je me retournais et ouvris mes bras avant de le serrer contre moi. Pendant quelques secondes le temps qu'il se rende compte de ma bravade. Ses bras se refermèrent de nouveau sur du vide. De nouveau à quelques pas, je le regardais sans sourie. Je n'étais même pas joyeuse.

_ Satisfait ?

_ Pas le moins du monde répliqua-t-il.

_ Dites, il s'est fait greffer une langue et des mains baladeuses pendant mon absence ? interrogeais-je son équipe.

_ Normalement il n'est pas comme ça, répondit la brune. Mais c'est vrai qu'il est plus ouvert et moins hautain qu'avant. Et tu devrais être plus contente. C'est une fête, pas un enterrement !

_ Désolée, je ne peux pas faire mieux niveau sentiment.

_ Au moins elle arrive à faire un peu de sarcasme et à sourire de temps en temps, soupira Sakura.

_ Vous auriez dû la voir ce midi, souligna Choji. On a vraiment cru qu'un imposteur avait réussi à pénétrer Konoha.

_ A propos d'infiltration, on l'a attrapé l'enfant qui fouillait dans les archives, demanda Lee.

Je préférais me déconnecter de la réalité pendant quelques instants. Sakura était habituée à me voir décrocher mon attention de temps en temps. Ça ne paraîtrait pas suspect si je n'avais pas l'air concernée par cette affaire. Au contraire j'observais le Hyuuga rejoindre le groupe et s'insérer entre ses partenaires. J'en étais à me demander comment des yeux aussi pâles pouvaient avoir l'air aussi brûlant.

La soirée s'éternisa encore sur nos retrouvailles. Je sentais la gêne de mes camarades qui tentaient chacun à leur manière de me redonner le sourire. Lors d'un détour du chemin, nous réussîmes à 'perdre' Sakura et Lee dans la foule et à continuer notre chemin. Ten-Ten tenta la même manœuvre pour me laisser seule avec Neji, mais elle ne parvint malheureusement pas à me semer. Je finis par rentrer à mon vieil appartement complètement moulue. Comme dernier cadeau de la part de Jiraya, je n'eus pas à payer les traites de ma location qui s'étaient accumulées pendant tout ce temps. Il avait également pris soin de laisser quelqu'un passer faire le ménage.

Entre temps je découvris une caisse emplie de vêtements sur mesure envoyée par le Daily Shinobi, après tout c'était la seule adresse qu'ils avaient pour me joindre. Apparemment ils me laissaient toutes les affaires qui avaient été cousues en guise de bon vent. Ça et la série complète des magazines où j'étais apparue empilée proprement dans un coin, ce qui représentait une sacré pile en raison de un par jour pendant deux ans. Une fois que j'étais partie ils s'en fichaient.

Et puis le petit mot, scotché à la table.

Ainsi tu es revenue

Mais pas entièrement.

Que la distance soit en kilomètres

Ou juste dans ta tête

Je suis là pour veiller sur toi.

Qui tu sais

Ah oui, j'avais totalement zappé cette histoire de parrain que je n'avais pas. Devais-je le considérer comme un admirateur secret ? En tous cas je n'avais aucune envie de jouer les détectives pour ce soir. Même, je n'avais même plus envie de jouer à chat avec cet inconnu, du tout. Je ne ressentais plus rien par rapport à cet inconnu. Je décidai de lui répondre une bonne fois pour toute par le même biais et écrivis au verso du papier ce que je pensais de ces attentions. Je n'avais pas besoin de quelqu'un pour surveiller mes arrières, et pas de place pour l'amour dans ma vie actuelle.

Alors qu'est ce que je voulais s'il ne s'agissait pas d'amour ?

Qu'est-ce que je voulais ?

Sauver Sasuke ? Devenir Hokage ? Pour ça il faudrait que j'arrive à penser comme avant. A redevenir cette bonne vielle Naruto qui savait sourire et s'amuser.

Qu'est-ce qui m'était arrivé ? Qu'est-ce que j'étais devenue.

Avant de penser à quoi que ce soit, je devais me sauver moi-même. Et baver d'amour pour quelqu'un d'autre n'avait strictement rien à faire dans mes plans.

J'accrochais le message sur ma fenêtre et rentrais dormir. Pour le moment je devais réapprendre à vivre. Et ce fut ce à quoi je me consacrais les jours suivants.

Il m'arrivait encore de me perdre dans mes réflexions et de me couper du monde durant une conversation. La nuit aussi, des cauchemars me prenaient ou alors je rêvais des étreintes chaudes que j'avais eues avec Gaara, Fû et Utakata. Je me réveillerais le lendemain matin avec l'oreiller mouillé de larmes et la tête comme une pastèque.

Parfois le sommeil me fuyait au point tel que je me levais bien avant le soleil et allais m'entrainer sur un des terrains libres. Je frappais les cibles d'entrainement jusqu'au point de rupture. Jusqu'à ce que je ne sois plus capable de penser. Puis je m'allongerais sur le sol et regarderait le jour se lever par-dessus l'horizon.

L'inconnu aux messages avait repris ses petits papiers. Mais depuis que j'avais verrouillé toutes les issues et rajouté des pièges pour dissuader toute effraction, je trouvais des fleurs sur mon balcon. Toujours les mêmes. Des orchidées. Comme il y avait longtemps à l'hôpital. Et Ino n'avait aucune idée d'un acheteur qui lui prendrait régulièrement de cette sorte de fleurs. Le mystère restait complet.

Je décidai l'aller jeter un coup d'œil aux archives pour débusquer ce garçon. En lieu et place de là où devait figurer mon parrain, il n'y avait qu'une adresse. Pas d'identité, seulement un appartement. Je m'y rendis le jour même, mais tournai les talons avant même d'avoir toqué à la porte. Il me faudrait plusieurs visites avant d'oser m'approcher. Il n'y avait personne. Je finis par m'y introduire par effraction. Non seulement il s'agissait de la chambre d'un parfait inconnu, mais elle ne parvenait à m'inspirer que méfiance. Aux murs des tableaux de peintures réelle ou abstraite. Les cases où devait figurer le titre étaient toutes libres. J'abandonnai la chasse pour le moment.

En tout cas, le parrain que j'étais supposée avoir n'était aucun de mes camarades. En un sens cela me rassurait. Avec réflexion, je me dis que l'auteur des petits mots m'était toujours inconnu. Mon prétendant de papier m'échappait totalement. Je me rappelai d'une scène que m'avait jouée Sasuke en découvrant une des notes que j'avais conservée dans le but d'étudier l'écriture du bonhomme. J'avais eu droit à la grande scène de surprotection de l'Uchiha.

Rien de tout cela n'importait pour le moment. J'avais assez à faire des missions solo de rang C et de mes entrainements pour être occupée pour ne pas ressasser le passé. Parfois je rejoignais les membres de l'équipe dix, Sakura, Ten-Ten ou Hinata et nous partions entre filles s'amuser à quelque nouveau jeu ou autre.

Malgré ma mobilité, je ne rencontrai aucune fois Deidara, a croire que les frontières du pays du feu ou du moins les abords immédiats de Konoha étaient un mur infranchissable pour lui.

Je venais de terminer ma séance bihebdomadaire avec l'assistante de la Godaime. L'heure de parole avait été productive et je lui avais raconté avec joie la dernière farce que Konohamaru avait tenté de me faire. Je souhaitais une bonne journée à la brune avant de sortir dans le couloir et de me cogner contre quelqu'un.

_ Oh, pardon, je ne vous avais pas vu.

Je relevais la tête et il était là. Un kimono bleu et blanc à l'effigie des Uchiha sur le dos, un katana à la ceinture. Les tons sobres s'accordaient à l'immaculé de sa peau pâle. Son visage s'était affiné et ses traits fins me rappelaient ceux de son frère. Il ne manquait plus que les deux énormes cernes sur son visage. Ses cheveux en bataille avaient toujours cette coiffure étrange. Je n'avais jamais su comment il avait échappé à la gravité à ce point. Ils étaient cependant plus longs et plus disciplinés que dans mon souvenir. Et ses yeux étaient plus noirs encore que je ne me les rappelais.

_ Sasuke…

Son nom s'était échappé de mes lèvres tandis qu'il me fixait. Il n'avait pas dit un mot du temps où je l'avais observé, à moitié ancrée dans la réalité, à moitié perdue dans des souvenirs lointains. Il ne se rappelait pas de moi, il ne pouvait pas se rappeler de moi.

Il se recula et s'inclina respectueusement.

_ Je ne me rappelle pas d'avoir eu l'honneur exquis de vous être présenté, mademoiselle Namikaze.

Quelque chose n'allait pas. Depuis quand le mot « exquis » faisait-il parti du vocabulaire de ce type ? C'est alors que je surpris les étoiles qui brillaient au milieu de l'onyx. Deux lueurs nimbées de luxure. C'était vrai. Il avait lu les magazines stupides pour lesquels j'avais posé. Il ne se rappelait pas de moi, mais je savais qu'il vouait une passion fanatique à mon image. La partie de moi qui ne s'était pas effacée de son esprit…

_ C'est vrai, tu ne peux pas t'en rappeler de cela, laissais-je échapper.

La luxure se teinta de colère alors qu'il devinait que je savais quelque chose à propos de son passé. Il posa une main sur la garde de son sabre et l'autre sur mon épaule. Sa pression brutale muait ses bras en griffes. Mon regard plongea dans son cou pendant un bref instant pour constater que la marque brillait un peu. Il se contenait pour ne pas exploser. Pour ne pas activer le pouvoir que lui avait donné Orochimaru.

_ Comment pouvez-vous être au courant de mes pertes de mémoire, et de la marque ?

J'inventais rapidement un mensonge.

_ Parce que j'ai travaillé à la traque et à la capture d'autres personnes touchés par la même affection que toi, Sasuke. Je t'ai rencontré lorsque tu étais inconscient à l'hôpital.

La pression diminua sur mon épaule. La main resta sur mon bras.

_ Je suis malheureusement occupé pour le moment, et je le regrette. Car j'apprécierais beaucoup de pouvoir vous connaître plus amplement, Namikaze-san.

_ Tu peux m'appeler Naruto et me tutoyer, comme je t'appelle Sasuke. Il n'y a pas besoin de tant de formalités entre nous.

Fais que ce soit comme avant…

Il sembla remarquer à mes mots à quel point j'avais été directe avec lui. Pas de vouvoiement, pas de suffixe à son prénom. Soudain, il me lâcha et se tint la tête et se mit à gémir. Immédiatement Shizune sortit de la salle de consultation et saisit la situation en une fraction de secondes.

_ Naruto, va ailleurs s'il te plait. Je vais mettre un bon moment pour le calmer. Il vaudrait mieux que tu ne sois pas dans les parages.

Obéissant au ton pressant de la femme médecin, je m'éloignais dans le couloir, avant de m'éclipser par la fenêtre pour profiter d'un bain de soleil. Pour la deuxième fois de la journée, je tombais sur quelqu'un que je n'avais plus vu non plus depuis des années : Kakashi-Sensei. Il n'avait pas changé du tout. Il était toujours ce professeur qui lit des livres pornos au lieu de nous enseigner des trucs utiles. En me voyant, il releva la tête de sa lecture et me sourit. Avant de remarquer mes yeux.

_ Oh, ça n'a pas l'air de s'être passé si bien que cela avec Tenzo… constata-til.

Je m'assis à ses côtés sur les tuiles cuites par ce soleil d'automne. Mon anniversaire s'approchait à grands pas. J'espérais qu'il serait aussi festif que la surprise que mes amis m'avaient prévue il y avait de cela trois ans.

_ Tu ne t'énerves même pas contre moi pour t'avoir embarqué dans tant de misères, releva mon Sensei.

_ Vous n'étiez pas celui avec moi, Kakashi-Sensei. Vous n'auriez pas agi comme il l'avait fait.

Il soupira avant de s'étirer. Son dos craqua un peu.

_ Les missions de l'ANBU sont différentes de celles que nous avons dans la vie réelle. Il faut apprendre à les séparer de ses pensées réelles. Et exécuter les ordres.

_ Je suis un ninja. Le fait que je sache tuer ne signifie pas que je cautionne la violence qu'il m'a été demandé de faire preuve. J'ai préféré me retirer avant de me perdre totalement. Et vous constaterez que je ne suis pas retournée entière de ce voyage…

_ On ne demande pas la même chose à un soldat de l'ANBU qu'à un shinobi ordinaire. Dans les services secrets, tout ce qui peut compromettre la mission est à bannir. Même parfois les émotions.

_ Si je me suis battue pour qu'on m'accepte avec Kyuubi, c'est pour moi. Pas pour devenir je ne sais quelle machine à tuer. Il y avait des enfants Kakashi-Sensei ! Et peut-être des gens qui auraient dû vivre. On ne leur a même pas laissé le temps !

_ C''st exactement pour cela que tu ne peux pas faire partie des services secrets. Tu es tellement attachée à tes valeurs.

_ Est-ce mal ?

_ Non, c'est même très bien. Mais pas pour ce genre de missions. Mais au moins tu auras acquis une solide expérience, et même l'équivalent d'un grade de Jounin spécial sans même avoir passé les tests.

_ J'ai le rang de Jounin, des examinateurs sont venus me voir chez Jiraya. Un peu pour voir si je ne devais pas être internée dans l'aile psychiatrique, je dois dire.

L'homme sourit avant de me prendre par l'épaule et de m'attirer à lui. Sa voix vibrait d'émotions lorsqu'il se répéta qu'un de ses élèves était devenu Jounin. Il était fier de moi. Je lui rendis l'accolade.

_ Tu ne peux plus m'appeler Sensei, maintenant, me dit-il.

_ Je ne sais pas. C'est un titre profondément affectif. J'ai envie de vous appeler ainsi. Je ne me vois pas vous tutoyer et vous appeler « Kakashi-san » ou « Kakashi-kun ». C'est comme pour Iruka-Sensei. Sauf que lui je peux être plus familière.

La pression de Kakashi autour de moi s'accentua et je laissai ma tête contre son épaule en fermant les yeux. La fenêtre derrière nous s'ouvrit à toute volée, et une silhouette émergea. Je ne pris pas la peine de rouvrir les yeux. Cette position était bien trop confortable. Et je me sentais en sécurité.

_ Kakashi, gronda la voix de Sasuke. Qu'est-ce que vous êtes en train de faire avec Namikaze-san ?

J'échangeais un regard surpris avec mon professeur. Visiblement Sasuke ne s'était toujours pas séparé de sa jalousie mal placée à mon égard. Et l'idée qu'elle soit dirigée vers notre professeur était tellement ridicule que je ne pus retenir le rire qui me secoua les côtes.

C'était tellement bon de retrouver l'équipe sept.