Turn - Chapitre 2 - By Sara's Girl
Harry ne savait pas combien de temps il resta là, figé sur place mais un souffle d'air froid provenant de la fenêtre... oh dieu, pourquoi l'ouvrir ?... ouverte derrière lui le secoua. Frissonnant, il se retourna et ferma la fenêtre avec une force excessive. Il regarda à travers la vitre, ses yeux endoloris clignant lentement alors que la vue familière à l'extérieur envahissait sa conscience. En hâte, il saisit une paire de lunettes qui ne lui étaient pas du tout familière mais semblaient faire leur travail, et il regarda fixement la rue couverte de givre devant le Square Grimmaurd.
Bien sûr. Les haies et les parterres de fleurs étaient plus propres que dans son souvenir, les résidents l'avaient rendu plus lumineux et plus moderne mais c'était… Harry fronça les sourcils et chercha dans sa mémoire embrouillée… cela faisait bien dix-huit ans qu'il avait vendu cette maison et acheté le cottage avec Ginny. Du moins, c'est ce qu'il pensait. Quoi qu'il ait fait ou pas fait, ça ne semblait pas être en jeu en ce moment.
Prenant une profonde inspiration, il se retourna pour regarder le lit défait. Le lit qui appartenait à Draco Malfoy et lui. Le rythme cardiaque s'accéléra et il se détourna rapidement, décidant que ce genre de réflexion maintenant pouvait bien faire exploser sa tête. Au lieu de cela, il prit sa baguette et sortit dans le couloir. Il avança lentement, prudemment, la baguette tendu devant lui, même s'il savait qu'il était peu probable qu'il soit agressé par quoi que ce soit d'inquiétant dans ce qui semblait être sa propre maison, mais ce matin-là était la preuve que tout pouvait arriver.
Quelque part à l'extérieur, une porte grinça sur ses gongs et le léger bruit dans les oreilles d'Harry remua sa mémoire endormie jusqu'à ce qu'il sente sa tête tourbillonner et il dut fermer les yeux et se pencher contre un mur froid.
« Tu es un bon garçon. »
« Je vais te faire une faveur… mais il y a des règles… Règles… ne dis rien à personne ! »
« Lances des étincelles rouges si tu as besoin de moi. »
Harry gémit et se laissa tomber en position accroupie contre le mur.
« - Ce vieux bougre pourri. » Murmura-t-il dans le couloir vide.
Soupirant profondément, il ouvrit un œil et se concentra sur la petite araignée brune qui avait fait un vaillant effort pour grimper sur la rampe à proximité. Distrait temporairement de son problème actuel, il regarda la bataille apparente entre l'arachnide déterminée et le bois poli.
« - Tu peux le faire. » Soupira Harry, regardant l'araignée perdre pied et glisser négligemment sur la rampe et sur le palier. Elle resta tapit là, vaincue et Harry ne pouvait pas empêcher de penser que l'araignée l'en blâmait. L'habitude de toute une vie, il supposait. Il avait toujours été une personne facile à blâmer parce que ça ne l'affectait pas autant que n'importe qui d'autre.
Enfin, l'araignée se remit en mouvement et sembla inspecter la prochaine rampe. Harry sourit et puis sursauta au bruit caractéristique provenant d'en bas.
Quelqu'un était ici. Quelqu'un était sorti de la cheminée et s'activait dans la cuisine, si ses oreilles et sa mémoire pouvaient être fiables. Le cœur battant, Harry raffermit sa poigne sur sa baguette et se redressa. Sur une impulsion, il prit soigneusement l'araignée et la posa sur la balustrade. Alors qu'il s'avançait dans l'escalier à (très probablement, de toute façon) la rencontre de son destin, l'araignée se jeta dans le vide au bout d'un long fil de soie. Les yeux d'Harry suivirent sa progression vertigineuse et son estomac se noua.
« - Draco ? » Fit une voix d'homme raffiné depuis la cuisine et Harry manqua louper une marche et dégringoler le restant de l'escalier.
« - Merde. » Marmonna-t-il, certain qu'il avait un bon équilibre en temps normal. Là encore, il supposait qu'il avait l'habitude d'avoir beaucoup de chose et qu'il ne pouvait tout simplement pas dire ce qui l'attendait au prochain tournant ou, plus précisément, ce que diable attendait dans la cuisine.
Enfin, il se trouva devant la porte de la cuisine, écoutant deux voix… un homme et une femme… se chamaillaient. Il retint son souffle.
« - Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée de venir à l'improviste. » Murmura la femme. « - Je suppose qu'il est au travail. »
« - Tu penses que tout est une mauvaise idée. » Répliqua l'homme. « - Je ne sais pas pourquoi je t'ai épousé. »
La femme rigola. « - Sois tranquille, Lucius. Personne ne veut entendre ce que tu penses. »
Les yeux d'Harry s'écarquillèrent. Lucius Malfoy ? Putain, merde, merde, merde, merde. Instinctivement, il se colla contre le mur, haletant difficilement et soudainement très conscient qu'il portait un caleçon et rien d'autre. S'il devait y avoir un combat ici, il devait être plus habillé.
Alors que ses doigts se refermaient autour de sa baguette, les paroles du vieux fou barbu retentissent une fois de plus dans sa tête.
« Lances des étincelles rouges si tu as besoin de moi. »
Harry se concentra autant que possible, essayant de prétendre que Malfoy n'était pas dans sa cuisine et envoya une pluie d'étincelles rouges.
Rien ne se passa.
Fronçant les sourcils, Harry essaya à nouveau. Et encore. Et encore une fois jusqu'à ce que sa patience et son obstination soient complètement usées et il se rendit compte qu'il s'était fait avoir. C'était une plaisanterie.
« - Étincelles rouges mon cul. » Marmonna-t-il.
« - Je ne pense pas que tu devrais toucher. » Dit Narcissa Malfoy à son mari.
Harry soupira et se frotta le visage. Cela ne le mènerait à rien, c'était très clair. Il pouvait essayer de transplaner mais si l'endroit était protégé, il ne pourrait pas et même s'il pouvait, il était pratiquement nu. Le mieux était de faire face à cela de front.
« - C'est parti alors. » Dit-il dans le couloir. Il prit une grande inspiration et ouvrit la porte.
Et il était là. Lucius Malfoy, canne et tout, debout au milieu d'une cuisine qu'Harry n'avait plus revu depuis près de vingt ans. Ses yeux se posèrent sur Harry et tout à coup, c'était comme si la pièce était plein de hautain et imposant aristocrate. Bâtard, Mangemort et père de Draco Malfoy. Et il était poli.
« - Vous, vous êtes le coupable, vous brûlez mon cœur avec votre mauvaise flemmardise. » Gronda-t-il, faisant un signe du bras et de canne comme une sorte de chanteur dément.
« - Putain. » Marmonna Harry, incapable de retenir les mots.
« - Je pense que Draco s'en chargera, non ? » Dit Lucius, reprenant sa précédente posture rigide et haussant un sourcil. « - Et je soupçonne que 'bonjour' est le mot que vous vouliez dire. »
« - Ah ? » Fit faiblement Harry, sentant sa peau rougir d'embarras.
Lucius ne répondit rien et son visage raffiné resta impénétrable mais la bouche de Narcissa se redressa et elle croisa parfaitement ses mains devant elle avant de parler. « - Je pense que vous avez oublié vos vêtements. »
Harry gémit intérieurement et ses orteils se crispèrent contre les carreaux alors qu'il faisait l'effort de rester immobile et essayant de ne pas penser au fait que Lucius Malfoy pouvait voir ses mamelons. Ses mamelons durs. Il faisait vraiment froid dans cette cuisine.
« - Euh oui, désolé. » Dit-il, l'esprit vide. « - Je… euh… je suis un peu oublieux parfois. Y'a-t-il quelque chose que je peux faire pour vous ? »
« - Vous n'avez pas l'air bien, Monsieur Potter. » Dit Narcissa. Son front se plissa délicatement et Harry se mordit l'intérieur de la bouche, faisant preuve d'un contrôle de soi qu'il n'avait jamais su qu'il possédait. Cela faisait seulement cinq minutes et il était déjà las de s'entendre dire qu'il avait une sale tête. Ce n'était pas qu'il était une personne vaniteuse, mais vraiment, il avait des limites.
« - Je vais bien, merci. » Se retrouva-t-il à dire alors que Lucius poussait un soupir ennuyé et jetait :
« - Avez-vous bu ? »
Une nausée se fit ressentir dans l'estomac d'Harry et il déglutit à plusieurs reprises, entreprenant un mantra silencieux de 'je ne vais pas vomir sur Lucius Malfoy… je ne vais pas vomir… je ne vais pas… ce manteau semble cher… je ne vais pas vomir…'
« - Pas ce matin. » Répondit faiblement Harry et même dans cet état, une partie espiègle de lui voulait ajouter 'encore'.
« - Terrible chose de boire à l'excès. » Fit Lucius d'une voix traînante, croisant le regard d'Harry.
A ses côtés, Narcissa émit un bruit doux d'amusement. « - Seul un connaisseur peut vraiment mettre l'accent sur cette… » Elle fit une pause. « - Malheureuse chose. »
Lucius se renfrogna. Harry, ravi malgré lui, saisit l'occasion de changer de sujet.
« - Alors ! » Dit-il à voix haute et les deux Malfoy se tournèrent vers lui. « - Quelqu'un veut une tasse de thé ? »
Deux yeux, des bleus et des gris, le regardèrent et les propres mots d'Harry se répercutèrent moqueusement dans sa tête.
« Quelqu'un voudrait une tasse de thé ? »
« Une tasse de thé ? »
Il était là, pratiquement nu au milieu d'une cuisine qu'il connaissait avant mais pas maintenant et devant deux intrus blonds inquiétants. Et il leur offrait du thé. Thé.
Et, se souvint-il, se grattant distraitement les cheveux, ces intrus blonds étaient ses beaux-parents ? D'une certaine manière ? L'estomac d'Harry se noua et il prit la décision d'arrêter de penser à cela.
« - Il ne peut pas te comprendre, Narcissa, il est en état d'ébriété. » Dit Lucius et Harry reprit pied dans la réalité.
« - Je ne le suis pas. » Protesta Harry et il rajouta sur une impulsion : « - Mais peut-être que je ferais mieux de retourner me coucher. »
« - Hm. » Narcissa pinça les lèvres, évaluant apparemment la performance d'Harry. « - Eh bien, nous voulions parler à Draco sur les plans de la semaine prochaine. »
« - Semaine prochaine ? »
« - Le jour de Noël. » Expliqua sèchement Lucius. « - Le vingt-cinq décembre. Réveillon. Période de fêtes. »Poursuivit-il et Harry espéra ne pas avoir imaginé le coup de coude de Narcissa dans les côtes de son mari.
« - Ah. Ça. » Fit Harry, réconforté de savoir, à défaut d'autre chose, à quelle période il était. « - Je crains que Draco ne soit pas là pour l'instant. »
« - Est-il encore endormi ? » Exigea Lucius. « - Il est neuf heures, vous savez. »
Narcissa regarda le sol et émit un bruit étrange.
« - Non. » Dit Harry triomphalement, se sentant bizarrement heureux de lui-même. « - Il est en réunion ! »
« - Une réunion. » Répéta Narcissa, comme si c'était un nouveau mot exotique. Lucius soupira simplement.
« - Oui, vous avez raison et je lui demanderais de vous contacter quand il rentrera à la maison. » Déclara précipitamment Harry, sentant une autre nausée arriver et décidant de les pousser dans la cheminée avant que quelque chose de regrettable et humiliant se passe. Il était certainement préférable de ne pas mettre l'accent sur le fait qu'il était essentiel de prendre des messages pour Malfoy. « - Ravi de vous avoir vu tous les deux, Monsieur et Madame Malfoy. »
Harry recula alors que les flammes devenaient vertes.
« - Il sent le Gin. » Dit Lucius à sa femme, une fraction de seconde avant qu'ils disparaissent.
Roulant des yeux, Harry leva la main et tenta de vérifier l'odeur de son haleine. Cinq secondes plus tard, il se jetait dans l'évier.
Une douche très chaude semblait parfaitement fonctionner pour remettre Harry de sa gueule de bois, laissant seulement un léger mal de tête et une soif ardente. Il retourna, ruisselant, dans sa chambre à la recherche de vêtement… il n'avait pas vraiment l'impression de s'exposer devant quelqu'un d'autre aujourd'hui.
Faisant un effort pour chasser le sentiment de panique de sa poitrine, il se jeta dans sa tâche et ouvrit l'une des nombreuses portes d'un pan d'armoire occupant tout un mur.
« - Qui diable a besoin d'autant de vêtements ? » Demanda-t-il à la chambre. C'était rassurant de ne pas avoir de réponse.
Il soupira et commença à fouiller dans les chemises, chandails, robes et pantalons dans un nombre ahurissant de couleurs. Il y avait les tissus les plus chers et luxueux sous ses doigts mais ça ne semblait pas être quelque chose à lui, évidemment. Tout était soigneusement rangé par couleur et un autre placard semblait contenir tous les vêtements rayés. Une chose était sûre, sa garde-robe à la maison ne ressemblait à rien à cela. En fait, il était plus du genre a les abandonner sur le dossier d'une chaise et espérer pour le mieux.
Stressé, Harry prit une profonde inspiration et se lança tête et épaule première dans le placard le plus proche et fouilla pour sa vie. Un tissu lourd se referma autour de lui et son propre parfum épicé était réconfortant, c'était une partie très réelle de celui qui avait peur de suffoquer. Heureusement, ses doigts se refermèrent autour d'un doux denim et avec un cri de triomphe, il sortit de là, ébouriffé et essoufflé.
« - Un jean normal. »Soupira-t-il joyeusement, regardant la rangée de pantalons ajustés et effroyablement à la mode… avec une profonde suspicion. Ce jean était léger, effiloché, avec des trous aux genoux et il avait l'air…
… oh mon dieu, oui, tellement confortable.
Très conscient de la température extérieur, Harry replongea dans l'armoire jusqu'à ce qu'il trouve un chandail rouge et un long manteau de laine. Il lui fallut un moment pour refermer l'armoire, d'autant plus que deux ou trois vestes récalcitrantes continuaient à faire un effort pour se frayer un chemin.
« - Soyez sages ! » Gronda-t-il et il tira finalement sa baguette pour verrouiller les portes.
Alors qu'il passait devant le grand miroir sur le chemin de la chambre, il s'arrêta et, pour la première fois, prit un moment pour regarder son reflet. La personne qui le regardait fixement en retour retint son souffle. C'était encore lui, ça ne faisait aucun doute à ce sujet mais il avait l'air mieux que ce qu'il n'avait jamais été dans sa vie. Cet Harry n'avait pas de cernes ou poches sous les yeux ni de pattes d'oies dont il se souvenait avoir… quelques rides étaient à peine visibles et se dessinèrent un peu plus quand il tenta un sourire expérimental.
Il avait eu raison, ces lunettes étaient différentes, elles étaient plus légères et plus élégantes et ses cheveux étaient beaucoup plus longs que dans son souvenir, retombant devant ses yeux et légèrement hirsute à l'arrière. Narcissa Malfoy avait raison aussi, il était un peu pâle et son menton était piquant de barbe mais il semblait bien.
Fasciné maintenant, il se tourna sur le côté et inspecta son profil. Il semblait que tout était là où il devait être, ce qui était un soulagement mais il n'avait pas remarqué durant sa douche… son léger embonpoint d'un homme qui ne faisait plus rien à part rester assis derrière un bureau n'était nulle part en vue. Harry se mordit la lèvre et admira son ventre plat qu'il n'avait plus vu depuis une bonne dizaine d'année. Ce n'était pas comme s'il avait était vraiment gros mais c'était impressionnant.
« - Comment te trouves-tu ? » Demanda le reflet, taquin et Harry fit une grimace.
« - La ferme. » Marmonna-t-il, laissant son manteau et son pull retomber en place.
Prenant une profonde inspiration, il regarda son reflet dans les yeux. Le temps était venu de comprendre exactement où il était et si oui ou non ça serait permanent. Lentement, comme un homme marchant vers une mort horrible, il descendit les marches, évitant soigneusement la toile d'araignée géante en cours. Optant pour la prudence, il fit quelques vérifications sur les protections du Square Grimmaurd avant de transplaner.
Tout d'abord, il devait rentrer à la maison. Heureusement, le reste suivra.
Quelques secondes plus tard, Harry se glissa hors de la petite cour vide derrière le pub du village et tenta de se fondre discrètement parmi les premiers acheteurs de la matinée. Il se faufila à travers les groupes de vieilles dames, des enfants aux joues roses avec leurs mères et plusieurs autres portant une expression légèrement maniaque qu'Harry connaissait bien lors des derniers achats de Noël.
Il reconnut certains nombres de visage mais quelque chose l'empêchait de se faire connaître, gardant ses mains dans ses poches et les yeux rivés uniquement sur son but, près de la colline. Numéro quarante-deux, Willoughby Drive. Il pressa le pas et inspira l'air merveilleusement familier. Il faisait en quelque sorte plus doux ici qu'à Londres et il souhaitait savoir si oui ou non c'était une bonne chose.
L'allée était gelée et Harry trébucha plus d'une fois avant d'arriver devant la maison. Grimaçant, il leva la main pour frapper à la porte et s'immobilisa, la main à quelques millimètres du bois. Un bois qui avait été peint en rouge et pas récemment, soit, Harry sentit son cœur battre à tout rompre alors qu'il glissait ses doigts sur la porte, délogeant des écailles de peintures.
Déglutissant difficilement, il recula et essaya de voir à travers les fenêtres, cherchant en vain quelque chose de familier mais les rideaux étaient tirés. Quelque chose ne tournait pas rond et bien qu'il avait envie de saisir sa baguette, il se battit pour rester immobile.
« Eh bien, tu n'obtiendras rien si tu restes debout sur le pas de la porte toute la matinée, non ? » Persifla son subconscient.
Harry soupira, essayant de rentrer le nez dans le col de son manteau pour se protéger du froid et sautillant sur place. Il était presque certain qu'il était habitué à être plus décisif que ça. En fait, il soupçonnait que Voldemort aurait pris le contrôle de la moitié de l'univers s'il avait été cet Harry Potter là. Ce 'je le ferais dans une minute', 'aucune dispute dans mon bureau, s'il vous plait', 'je pense que je me fais vieux' Harry Potter.
« - Voldemort peut aller se faire foutre. » Marmonna-t-il sombrement et il tapa à la porte. Fortement.
Il y eut un fracas et ce qui ressemblait au cri d'un petit enfant et puis la porte s'ouvrit à la volée.
« - Puis-je vous aider ? » Demanda une femme à l'air fatigué avec de longs cheveux noirs et un bébé calé contre sa hanche.
« - Euh… qui êtes-vous ? » Laissa échapper Harry avant d'avoir pu s'arrêter.
La femme fronça les sourcils et quand elle parla à nouveau, sa voix était froide. « - Je vis ici. Est-ce que vous vendez quelque chose ? »
« - Non, bien sûr que non mais cette maison… »
« - Etes-vous nouveau au conseil municipal ? » Interrompit la femme, serrant plus étroitement son enfant. « - Avez-vous une carte ? »
« - Non. » Dit Harry et la femme soupira en s'apprêtant à lui fermer la porte au nez. « - Non ! » Cria-t-il, tendant une main pour stopper son geste et le regrettant quand les yeux sombres s'écarquillèrent de peur. « - Je veux dire, non je ne suis pas du conseil. Cela va vous paraître fou mais ceci est ma maison. »
Surprise, elle lâcha la porte et le regarda fixement. « - Je ne pense pas. Nous vivons ici depuis dix ans… enfin, nous avons encore l'hypothèque à payer mais c'est certainement notre maison. Je ne sais même pas qui vous êtes. »
Harry cligna des yeux. Même à travers le tourbillon de folie dans sa tête, la surprise que quelqu'un ne sache pas qui il est le frappa et ça aurait été agréable si la situation n'était pas si terrifiante.
« - Croyez-moi, cela est tout aussi déroutant pour moi. » Soupira Harry, tendant le cou pour voir au-delà de la femme et dans le couloir, qui était plein de manteaux et bottes inconnus et des photographies d'un couple aux cheveux noirs avec leur bébé. Où était les dessins de Lily et les empreintes boueuses de Frank ? Les casquettes de James et les notes d'Al et les bibelots bizarres de Ginny ? « - Pourrais-je entrer un instant ? »
La femme secoua violemment la tête. « - Non, je voudrais que vous partiez maintenant. »
La voix d'Harry était fragile mais véhémente et empli de désespoir. « - S'il vous plait. » Supplia-t-il. « - Pouvez-vous… pouvez-vous me dire qui a vécu ici avant vous ? »
Le bébé s'agita et sembla lancer un regard accusateur à Harry. « - Une vieille dame. » Répondit finalement la femme. « - Nous avons acheté la maison quand elle a dû partir en maison de retraite. »
« - Oh. » Murmura Harry. Il la croyait. Il estimait que cela était sa maison et qu'elle n'avait aucune idée de qui il était et il se sentait malade. « - Oh. » Répéta-t-il.
« - Ecoutez… vous voulez que j'appelle quelqu'un ? » Demanda la femme après un moment et sa voix avait changé. Elle était douce, attentive et elle poursuivit : « - Permettez-moi de vous aider. »
Les yeux d'Harry croisèrent les siens et il n'y avait aucun doute de la pitié dans son regard. Il se hérissa.
« - Non, merci. » Dit-il, mettant les mains dans les poches. « - Je ne suis pas fou, vous savez. »
Et même s'il n'était pas tout à fait convaincu lui-même, il se retourna et remonta l'allée sans attendre de réponse. Il était tellement concentré sur ne pas regarder derrière lui vers la maison qu'il ne remarqua pas la personne qui avançait devant lui jusqu'à ce qu'il la bouscule.
« - Merde, désolé ! » Glapit Harry, saisissant instinctivement les manches de velours de la malheureuse âme qui manqua de se retrouver sur le sol glacé. Velours pourpre ? Harry leva les yeux. « - Grady ! »
« - Mon dieu ! » S'écria l'homme, ses yeux bleus pâles s'écarquillant d'étonnement. « - Harry Potter ! »
« - Euh, ouais. » Admit Harry, fronçant les sourcils et tapotant distraitement la tête du chien qui accompagnait l'homme. « - Ecoutez, savez-vous où… »
« - Harry Potter lui-même, je peux à peine y croire ! » Interrompit Grady, souriant. « - Quel honneur, monsieur, quel putain d'honneur ! »
« - Grady, qu'est-ce que vous racontez ? » Demanda Harry avec lassitude, se demandant pourquoi ça le dérangeait.
« - Et il connait mon nom ! C'est incroyable, Watson, peux-tu croire cela ? » S'extasia-t-il, se détournant momentanément d'Harry pour regarder son labrador, qui aboya vigoureusement et essaya de plonger sa truffe humide dans le manteau d'Harry.
« - Vous ne me connaissez pas vraiment, hein ? » Soupira Harry.
Fronçant les sourcils, les cheveux grisonnants de Grady furent balayés par un souffle particulièrement froid. « - Bien sûr que je vous connais, Monsieur Potter. Tout le monde vous connaît. Vous êtes un héros ! Mais je n'ai jamais eu la chance de vous croiser dans le village avant, je suppose que vous allez voir vos bons amis à Hollybrush ? » Grady s'interrompit et se pencha en avant avec un air conspirateur. « - Pardonnez-moi de dire ça mais je parle parfois de vous avec Madame Granger-Weasley et elle est toujours gentille avec moi. »
« - Hermione. » Dit doucement Harry et surtout pour lui-même. Hermione et Ron. Une bouffée d'espoir l'envahit à la pensée de ses amis et il fit un sourire à Grady. « - Oui, tout à fait, vraiment. Je suis en route pour là-bas maintenant… je suis probablement en retard maintenant donc… je ferais mieux d'y aller ! »
« - Laisse Monsieur Potter tranquille maintenant, Watson. » Gronda Grady et il fit un sourire à Harry. « - C'était un vrai plaisir de vous rencontrer ! »
Harry regarda l'homme habillé bizarrement et son chien et les salua, l'esprit déjà tourné vers la maison de Ron et Hermione. « - Moi aussi. » Dit-il. « - Tous les deux. »
Grady le saluait toujours furieusement en parlant à son chien quand Harry tourna au coin d'une rue, s'éloignant de la maison qui n'était plus la sienne et se dirigeant vers un endroit où, il l'espérait, il y aura des réponses.
Cette fois, la porte s'ouvrit tout de suite et Harry se retrouva face à face avec Ginny, belle dans un long cardigan vert émeraude et un jean. Une main sur la poignée de la porte et l'autre tenant une pomme, elle observa Harry en croquant une énorme bouchée.
« - Alut. » Marmonna-t-elle, essuyant sa bouche avec le dos de sa main.
Confus, Harry se frotta les cheveux. « - Ginny… tu ne vis pas ici. »
« - Ouais, je sais. » Répondit-elle lentement, avalant sa bouchée de pomme. « - Toi non plus. »
« - Je vis à Londres. » Marmonna Harry, essayant de comprendre ce qui était si différent chez sa femme mais ayant du mal à mettre le doigt dessus. « - Apparemment. »
« - Ouais, je sais. » Répéta-t-elle, haussant un sourcil et le regardant avec perplexité. « - Alors. A quoi jouons-nous exactement ? »
Prenant une autre bouchée, elle coinça une mèche de cheveux derrière son oreille et c'était ça. Les cheveux à travers lesquels ses ongles de couleur rouges passèrent étaient plus courts que d'habitude. Les cheveux de Ginny étaient, faute de meilleur mot, à la mode, en quelque sorte et tombait élégamment autour de son visage. C'était étonnant et la question s'échappa de la bouche d'Harry sans sa permission.
« - Qu'est-il arrivé à tes cheveux ? »
Elle fit une grimace. « - Charmant. Tu as dit que tu aimais la semaine dernière. »
« - Non, c'est bien, je veux dire… »
« - Gin ? » Fit une voix à l'intérieur de la maison juste avant qu'Hermione… une merveilleuse Hermione à l'aspect normal… apparaisse dans le couloir. « - Es-tu en train de flirter avec le nouveau facteur ? Oh… bonjour Harry. »
Avant qu'il ait le temps de répondre, elle le tira au chaud dans la maison, laissant Ginny refermer derrière eux. L'odeur provenant de la cuisine, comme toujours, était le pain à la cannelle que Ron aimait et le café frais qui maintenait Hermine éveillée pendant de longues réunions au ministère et diverses activités des dix milles groupes de parents d'élèves auxquels elle participait. Il y avait un costume pailleté à demi-fait en forme de tomate sur la chaise la plus proche et Harry soupira doucement, ce qui lui permit de se détendre une fraction de seconde.
« - Harry est bizarre. » Déclara Ginny.
Hermione le poussa sur une chaise avec une facilité effrayante et l'observa pendant plusieurs secondes. « - Tu sembles effectivement un peu bizarre. As-tu encore utilisé cette glue euphorique ? »
Harry cligna des yeux, ne sachant pas si oui ou non il devait être offensé. « - Quoi ? Non ! Eh bien… je ne pense pas… »
« - Peut-être qu'il fait une crise de moitié-vie. » Suggéra utilement Ginny. Elle s'assit, évitant soigneusement le costume de tomate et Hermione s'appuya contre le comptoir.
« - Il n'est pas si vieux, Gin. » Dit Hermione, bougeant sa baguette en direction de la bouilloire.
« - Oui, merci, j'ai seulement trente-sept ans… non ? » Harry réprima la panique qui monta en lui quand les deux femmes lui lancèrent un regard étrange. « - Et tu es plus âgée que moi, Hermione, si je deviens sénile, il n'y a pas beaucoup d'espoir pour toi. »
Hermione grogna et lui tendit une tasse fumante. Il l'accepta avec reconnaissance et enroula ses mains froides autour.
« - Très bien. » Dit-elle avec délicatesse. « - Je mets un embargo sur toutes les discussions liées à l'âge dans la cuisine. Ceci est une zone de vie où je préférerais vraiment ne pas y penser tout simplement. »
« - Pouvons-nous en parler dans le salon, alors ? » Demanda Ginny, poussant Harry avec son pied et puis : « - Oh, wow… Draco t'a laissé sortir de la maison avec ce jean ? »
Harry fronça les sourcils en regardant le vêtement incriminé. « - Quel est le problème avec ça ? »
Ginny haussa les épaules. « - Rien mais pour autant que je sache, tu es seulement autorisé à le porter dans ton atelier. Tu te sens rebelle ? »
Harry soupira et se redressa sur sa chaise. Il n'y avait pas une seule partie de cette phrase qu'il comprenait.
« - Pas spécialement. » Marmonna-t-il. Sa tête commençait à lui faire mal à nouveau.
« - Parfois, je ne suis pas sûr de savoir comment tu fais pour supporter cet homme. » Dit Hermione et Ginny lui lança un coup d'œil. « - Tu sais ce que je veux dire. Je sais que tu l'aimes mais si Ron commençait à faire des règles sur mes vêtements, je lui jetterais un sort dans les parties intimes. »
Ginny émit un bruit bizarre qui était à moitié un rire et un étouffement avec un morceau de pomme. « - Je t'apprécie beaucoup, Mione, mais pouvons-nous éviter de parler des parties intimes de mon frère ? »
« - Approuvé. » Dit rapidement Harry, avalant son café.
« - Alors. » Reprit Ginny, toussant un peu. « - Non seulement tu portes un jean interdit… » Elle bougea ses doigts de façon spectaculaire. « - Mais tu es aussi ici plutôt qu'à la boutique. Qu'est-ce qui se passe ? »
« - Vous êtes-vous disputés ? » Demanda Hermione, les sourcils froncés d'inquiétude.
« - Pas autant que je sache. » Marmonna Harry, le bout de ses chaussures effleurant le sol et son ventre se tortilla au souvenir de cet inattendu et spontané baiser d'au revoir. Il était aussi douloureusement conscient que cette Ginny n'était pas sa Ginny. Elle n'était pas sa femme. Elle était plus détendue et plus ludique et même si ça devrait être une bonne chose, ça faisait mal à la poitrine. Harry soupira.
Et puis, sortit de nulle part, plusieurs morceaux qu'il avait délibérément tenu à ignorer se mirent parfaitement en place et il en resta bouche bée.
« - Oh, putain, je suis gay ! » Laissa-t-il échapper, coupant Ginny au milieu d'une phrase.
Elle rigola. « - S'il te plait, dis-moi que ce n'est pas juste ça qui te perturbe. Attends, bien sûr que ça ne l'est pas… je me souviens parfaitement d'une conversation extrêmement maladroite avec toi à ce sujet… voyons, il y a dix-huit ans ? »
« - Oui, nous l'avons eu aussi ! » Déclara Hermione, les yeux brillants d'amusement et il devint douloureusement évident qu'elles le taquinaient. Liguaient contre lui, en fait, pour quelques maladresses passées dont il ne se souvenait même pas. « - Hermione, je crois que j'aime Draco… tu sais, dans le vrai sens d'aimer. » Dit-elle, prenant une voix profonde et une expression perplexe.
Harry rougit horriblement et se passa une main sur le visage. Son estomac se noua et sa bouche était si sèche qu'il pensait qu'il ne pourrait jamais décoller sa langue de son palet. Il était gay. Certes, il ne devait pas seulement être conscient de cela maintenant, à son âge apparemment avancé. Il était gay et il était gay avec Draco Malfoy. Draco Malfoy qui avait apparemment une certaine influence bizarre sur ses choix vestimentaires.
Et Ginny… eh bien, elle était là mais il n'avait aucune idée du reste. Et cette pensée emmena alors une autre interrogation et Harry cessa temporairement de respirer.
« - Où sont Lily, James et Albus ? » Demanda-t-il finalement.
Hermione se glissa sur la chaise à ses côtés et ses yeux sombres envahirent son champ de vision. « - Tes parents et Dumbledore sont morts, Harry, tu sais ça. » Dit-elle avec une voix emplie d'inquiétude.
« - Non… je veux dire… les enfants. Mes enfants. » Murmura-t-il et Ginny se tourna pour échanger un regard avec Hermione.
Instinctivement, il glissa une main dans sa poche où se trouvait la note d'Al et bien sûr, elle n'était pas là… pas seulement parce que ce n'était pas le bon vêtement mais parce qu'ici il n'y avait pas Al. Il n'avait jamais été là. Draco Malfoy avait dix-sept ans de pratique à le regarder dormir. Il ne s'était jamais marié avec Ginny. Il eut l'impression d'être heurté par quelque chose de lourd et il ferma les yeux. Ses entrailles devinrent glacées et il saisit durement le bord de sa chaise.
« - Harry ? » Appela quelqu'un. « - Veux-tu que j'appelle Draco ? Qu'est-ce qui pourrait aider, Gin ? »
« Ne le dis à personne. » Disait l'homme. « Ne le dis à personne. Putain, que vais-je faire ? »
« - Du sommeil et une bonne potion de gueule de bois, probablement. Je vais vraiment finir par trouver Blaise mort. » Déclara Ginny et il s'obligea à ouvrir les yeux. « - Non, tu sais quoi ? Je vais le tuer moi-même. »
« - A-t-il fait à nouveau son propre vin ? » Demanda Hermione avec un léger amusement.
« - Non, c'était du Gin. Dans la salle de bain. » Ginny roula des yeux.
Hermione grogna. « - Eh bien, malgré tout ce que je peux dire à propos de Ron, il n'a jamais fait ça… ça serait trop de nettoyage, je suppose. »
« - Je ne sais pas de quoi vous parlez. » Déclara sincèrement Harry. Avec quelques efforts, il prit une expression qu'il espérait être plus rassurante.
« - Pauvre Harry. » Dit Ginny, posant sa tête sur son épaule. Ses cheveux chatouillèrent son nez et elle sentait bon, comme une sorte de fleur mais ce n'était pas elle. Pas du tout.
Au moment où il quitta la maison, sa tête pulsait. Hermione et Ginny, dans un mélange confus de gloussements et taquineries, l'avaient renvoyé chez lui mais il n'avait pas l'intention de retourner au Square Grimmaurd. Réfléchissant à peine, il tourna presque au hasard dans une ruelle du Londres moldu.
Ici, les rues étaient mouillées et le froid sortait de nulle part et quelques décorations étaient accrochées ici et là à des rebords de fenêtres. Harry avança à travers la foule, se laissant être bousculé par des gens beaucoup plus pressés. Enfin, sentant qu'il risquait avoir des bleus, il entra dans le café le plus proche. Il faisait bon et ça sentait les aliments frits et l'humidité. Les chaises étaient en plastique orange vif et cloué au sol et Harry savait que rien de bon ne devait être servi ici mais ça n'avait pas d'importance.
« - Un chocolat chaud, s'il vous plait. » Commanda-t-il au comptoir sans lever les yeux. Peut-être que du sucre aidera.
« - Avec de la crème fouetté dessus, jeune homme ? »
La tête d'Harry se redressa péniblement. Il cligna des yeux pour être sûr.
« - Vous ! »
Le vieil homme barbu sourit, révélant ses dents en or étincelantes. « - Moi. Veux-tu un supplément de chocolat en poudre ? »
« - Que faites-vous ici ? » Demanda Harry, lorgnant son tablier et le badge qui indiquait 'Boris'.
« - Est-ce que j'ai l'air de jouer avec un dragon ? » Boris bougea ses sourcils broussailleux.
« - Non, je veux dire… je m'en fiche de toute façon, que m'avez-vous fait ? » Siffla Harry. Il se pencha sur le comptoir, appuyant ses deux mains sur la surface de métal collante et regarda le vieil homme dans les yeux.
« - Ne sois pas comme ça, mon garçon. » Les yeux laiteux clignèrent lentement. « - Je te donne juste un petit aperçu. »
« - Quoi ? »
« - Un coup d'œil. Maintenant, veux-tu ce chocolat chaud ou pas ? »
Surpris, Harry laissa ses doigts glisser en arrière sur le comptoir et resta debout. « - Je le prends. Je ne pense pas que la crème fouettée serait une très bonne idée cependant. » Dit-il, sentant son estomac se tordre à cette pensée.
« - Tu as raison. » Boris tapa sur les touches de la caisse. « - Ça fera cinq mornilles. »
« - N'est-ce pas un café moldu ? » Murmura Harry, regardant autour de lui.
« - Ça l'est. L'argent est pour moi. » Dit-il en tendant une main ridée. « - Tu ne penses pas vraiment que je travaille ici, n'est-ce pas ? »
Harry émit un bruit d'incrédulité. « - Je ne vous payerez pas si vous ne travaillez pas ici ! Et de toute façon, je veux une explication. »
Boris sourit lentement. « - Pour cinq mornilles, tu peux avoir un chocolat chaud et ceci. Au moins jusqu'à un certain point. »
Pendant un moment, Harry et lui se regardèrent. Les seuls bruits étaient le tintement des couverts et les cris étouffés des cuisiniers mais la pression à l'intérieur de la tête d'Harry arrivait bientôt à son point de rupture.
« - Très bien. » Il sortit les pièces et les posa sur le comptoir, ayant l'impression d'avoir été arnaqué mais sentant aussi que sa seule véritable option était de céder.
Harry s'assit sur une chaise inconfortable et accepta en silence l'énorme tasse de chocolat chaud que Boris plaça devant lui. Il retira son tablier et se retourna maintenant en face d'Harry dans son manteau de toile cirée, une grande tasse de thé devant lui.
« - C'est bon de te revoir, jeune homme. » Dit-il et il y avait comme une véritable affection dans la voix qui rendit Harry perplexe.
« - Eh bien… bien… je pense. Je dois savoir ce que vous avez fait. »
« - Je te l'ai dit, c'est juste un aperçu. Tu as dit que tu voulais savoir ce qui se serait passé si tu avais fait quelque chose de différent. » Boris sirota tranquillement sa tasse, des gouttes de thé ruisselant dans sa barbe. « - C'est ceci. »
Le cœur d'Harry martela. « - Mais… qu'ai-je fait différemment ? »
Boris haussa les épaules. « - Seulement toi le sais, jeune homme. Ne me dis pas que tu ne l'as pas vu ? »
« - Vu quoi ? » Murmura-t-il puis il se souvint du rêve. La salle de bain et puis la lumière en haut de l'escalier. Les yeux et les mots… autant de mots auquel il ne pouvait pas y croire. Ne le pouvait toujours pas. « - Ce qui s'est passé dans mon rêve est vraiment arrivé ? »
Boris hocha la tête. « - Comment aimes-tu ? »
« - Aimer ? » Répéta Harry, se raidissant sur sa chaise. « - Comment pourrais-je aimer ? Ma femme n'est pas ma femme, mes enfants… » Il déglutit difficilement. « - Mes enfants n'existent pas et je suis gay avec Draco Malfoy ! »
C'est seulement quand deux vieilles dames se tournèrent vers lui à l'autre bout du café en se taisant qu'Harry réalisa qu'il avait crié. Il leur sourit faiblement.
« - Eh bien, tu avais raison alors. » Dit Boris légèrement. « - Les choses sont complètement différentes. »
Harry laissa tomber sa tête dans ses mains et gémit d'exaspération. « - Je vous préférais quand j'étais ivre. » Marmonna-t-il.
Le rire de Boris fut fort et grondant dans le silence et Harry ouvrit un œil et le regarda à travers ses doigts. « - Shh. Ma tête me fait mal. »
« - Alors, qu'as-tu fait, mon garçon ? Tuer quelqu'un ? Avoué un amour impossible ? Voir le monde ? »
Harry sortit de derrière ses mains et observa la table de formica rayé. « - Je l'ai sauvé. » Murmura-t-il et la réalisation serra son cœur.
« - Il semblerait. » Acquiesça Boris, faisant grincer sa chaise.
« - Est-ce tout ce que vous allez dire ? Vous n'allez pas m'aider… vous savez, à combler les blancs ? » Demanda Harry avec un sentiment d'impuissance.
« - Tout est là si tu regardes, tu sais. » Boris hocha sagement la tête.
« - Génial, c'est vraiment instructif. »
« - J'en suis heureux. »
« - Combien de temps est-ce que ça va durer ? » Demanda Harry, avalant son chocolat chaud trop sucré et essayant de ne pas se sentir vaincu.
« - Oh, le temps que ça prendra. » Dit Boris d'une voix neutre, inspectant l'intérieur de sa tasse comme si Harry n'était pas là.
Se penchant en arrière sur sa chaise et laissant ses bras pendre mollement, Harry soupira. Il fronça les sourcils quand une pensée lui vint. « - De toute façon, qu'est-ce que vous faites au… » Il regarda l'inscription sur les fenêtres. « - Fontayne's Diner si vous êtes bon pour jouer avec la vie des gens ? »
Les yeux laiteux restèrent impassibles. « - Je garde un œil sur toi, voilà tout. »
Harry n'eut rien à dire après ça.
Au moment où il se força à rentrer, il faisait sombre à l'extérieur.
Le chemin du retour jusqu'au Square Grimmaurd fut long, froid et tout ce dont Harry avait besoin. D'une certaine manière, le vent glacé qui glissait dans ses cheveux, engourdissait ses narines et faisait claquer ses dents était idéal pour apaiser sa panique jusqu'à ce qu'il soit certain qu'elle n'allait pas éclater dans sa cage thoracique. En fait, au moment où le numéro douze fut en vue, un calme détaché l'envahissait. Il ne savait pas combien de temps cela allait durer mais seulement pour l'instant, il savait que ses enfants étaient en sécurité quelque part… qu'ils étaient tous… ailleurs.
Cette autre partie… la partie Malfoy… eh bien. Harry déglutit et rassembla son courage avant d'entrer dans la maison. Il pouvait faire cela, il était… eh bien, il ne savait pas exactement ce qu'il était censé être encore, mais il restait un homme et un Gryffondor et il était parfaitement capable de faire face à quoi que ce soit.
« - J'ai réussi à ferrer Fitzwilliam. » Le cri qui provint de la cuisine appartenait bien à un Malfoy et Harry espérait que ce n'était pas encore Lucius.
Il n'y avait qu'un seul moyen de le savoir, pensa-t-il, et au moins, il était correctement couvert cette fois.
Il entra dans la cuisine. C'était juste Malfoy. Son Malfoy, ou du moins, Draco Malfoy. Harry fronça les sourcils. « - Quoi ? »
Malfoy le regarda depuis la table où il écrivait furieusement, qui était parsemé de morceaux de parchemin, plumes, une tasse de café vide et une étrange petite boite sculptée.
« - Fitzwilliam. Je l'ai aperçu après ma réunion et par un coup de chance, j'avais une flasque de rechange sur moi donc j'ai joué les hommes d'affaires roux en litige. » Dit Malfoy en bougeant les sourcils et prenant un étrange accent. « - Et j'ai réussi à le faire insinuer qu'il pourrait certainement fermer un œil ou deux dans mon affaire pour une belle quantité de Galions. »
Harry le regarda un instant, réduit au silence par le demi-sourire étrange sur les lèvres de Malfoy. Il avait l'air vraiment heureux et Harry pensait que c'était la chose la plus étrange qu'il ait jamais vu. Soudain, cependant, la remarque lui arracha un sentiment pas très agréable.
« - Fitzwilliam ? Le chef du département de la Justice Magique, Fitzwilliam ? » Demanda-t-il. C'était impossible.
Malfoy hocha lentement la tête, le sourire se fondant en une expression d'exaspération. « - Combien d'autres Fitzwilliam ai-je essayé de coincer durant ces six derniers mois ? »
Je ne sais pas, voulait dire Harry mais il rechercha désespérément des mots plus utiles. « - Ouais, désolé… c'est juste parfois difficile de croire que quelqu'un comme Franz… euh, quelqu'un comme Fitzwillam puisse être corrompu. » Dit-il, la voix dure avec une réelle incrédulité.
En tant que Chef du Bureau des Aurors, il avait eu de nombreuses réunions avec le Chef du Département de Justice Magique et même si la partie rationnelle en lui savait qu'il pouvait probablement faire une telle chose, ça lui faisait toujours un coup.
De façon inattendue, Malfoy sourit à nouveau. « - Merci. »
Harry cligna des yeux. « - Euh… de rien ? »
« - N'es-tu pas d'étrange humeur ce soir ? » Demanda Malfoy en posant sa plume et croisant les bras sur sa poitrine. Il soupira. « - Je prends une certaine fierté à exposer le plus improbable des méchants, tu sais… oh, bon sang. Mais qu'est-ce que tu portes ? »
Perplexe, Harry baissa les yeux vers sa tenue. Il se souvint de l'étonnement de Ginny mais choisit de l'ignorer. « - Des vêtements ? » Tenta-t-il.
Malfoy grogna. « - Si tu le dis. Je pensais avoir jeté ce jean horrible il y a des semaines. » Dit-il, le visage emplit de dédain.
Quelque chose dans son expression libéra Harry de sa stupeur et l'emplit d'une chaude colère épineuse alors que son cerveau lui rappelait que bordel, il n'aimait pas beaucoup Malfoy. Le fait est qu'Harry semblait vivre dans une sorte de bonheur domestique avec lui était plus que déroutant.
« - Eh bien, tu ne l'as pas fait. » Répliqua Harry, se sentant irritable. « - Il était au fond de l'armoire. Et je l'ai mis. Je suis sorti avec pour aller voir Hermione. »
Les sourcils de Malfoy se haussèrent. « - Tu es allé voir Hermione ? N'es-tu pas allé travailler aujourd'hui ? »
« - Non. » Harry croisa les bras et croisa les yeux gris étonnamment intenses. Il avait le sentiment étrange qu'il était sur le point de se faire gronder et ça faisait tellement longtemps que quelqu'un n'avait plus fait ça qu'une partie de lui était impatient d'y être.
« - Gryffondor paresseux. » Soupira Malfoy. « - Si seulement nous pouvions tous prendre un jour de congé à chaque fois que nous ressentions le moindre dérangement. »
Harry tiqua sur le mot 'moindre' mais ne pensa pas qu'il était utile de faire valoir le point. « - Eh bien, si tes amis ne me gavait pas de cocktails… » Commença-t-il.
« - Blaise est ton ami aussi. » Coupa Malfoy, l'air presque blessé.
« - Quand il fabrique du Gin dans la baignoire, c'est le tien. » Marmonna Harry, momentanément terrifié de voir à quel point c'était facile.
« - Vraiment ? » Le visage de Malfoy était un curieux mélange d'horreur et d'amusement.
Harry hocha la tête. Dans le silence amusé qui suivit, il retira son manteau et s'effondra sur une chaise de la table, croisant les bras et essayant de lire les notes de Malfoy à l'envers. Ce Malfoy là n'était certainement pas un conseiller financier et quoi qu'il faisait aujourd'hui, il était évident que ça lui plaisait.
« - Cet homme est une horreur. » Marmonna Malfoy mais Harry ne l'écoutait pas vraiment. Il remarqua la façon dont les cheveux de Malfoy tombaient devant ses yeux quand il se penchait en avant sur la table et rigola doucement. Il remarqua la façon dont les cheveux retombaient et le sourire sincère qui adoucissait ses traits au point qu'il était presque méconnaissable de l'homme sur le quai en Septembre. Le Malfoy qu'il avait vu était raide et tendu par ses années, le visage fermé et vêtu de noir avec les cheveux plaqués en arrière si sévèrement qu'ils semblaient presque invisible.
Cet homme avait été, supposa Harry, un prolongement naturel du Malfoy qu'il avait toujours connu mais celui-ci était totalement inconnu. Ses yeux étaient chauds alors qu'il relevait la tête et posa son pied nu contre le mollet d'Harry sous la table. Harry retint son souffle.
« - C'est ton tour de faire le dîner. » Dit-il d'un ton si léger qu'Harry eut l'impression que c'était juste une proposition.
« - Eh bien, ça sera intéressant. » Marmonna Harry, jetant un regard autour de la cuisine vaguement familière et se demandant combien de temps ça lui prendrait de trouver quelque chose de comestible dans tous ces placards. « - Qu'est-ce que tu vas faire, exactement ? »
« - Regarder. » Dit Malfoy, rassemblant ses parchemins dans un ordre étrange qu'Harry n'était pas sûr de comprendre. Il ricana. « - Maintenant, retire ce jean horrible. Il me dérange. »
Harry passa le reste de la soirée avec sa santé mentale intacte, ce qui était plus que ce qu'il avait espéré. Après le dîner, il ne voyait presque rien de Malfoy mis à part le sommet de sa tête alors qu'il griffonnait des notes et mordillait sa lèvre inférieure. De temps en temps, il levait les yeux de sa place, installé dans le fauteuil le plus proche du feu et ses yeux faisaient le tour de la pièce comme s'il cherchait quelque chose qui n'y était pas.
Essayant d'agir aussi 'normalement' que possible, Harry se vautra sur le canapé en cuir usé très confortable (le genre que Ginny détestait, nota-t-il avec intérêt) et feignit de lire le journal. Du moins, jusqu'à ce que les yeux de Malfoy s'attardent sur lui plus que les quelques secondes habituelles et dise :
« - Tu sais que c'est celui d'hier, hein ? Et que tu l'as déjà lu ? »
Harry regarda le journal d'un air consterné. « - Es-tu sûr ? » Demanda-t-il, essayant de paraître convaincant.
Malfoy soupira et lui sourit avec indulgence avant de reprendre son écriture. « - Oui. » Répondit-il doucement. « - Surtout parce que tu as passé une bonne dizaine de minutes à parler des critiques gastronomiques. »
« - Oh. » Harry regarda le feu et tenta de se rappeler d'une époque où il prenait même la peine de lire les critiques gastronomiques, sans parler de diatribe dessus. « - Oui, ces idiots d'examinateurs. » Dit-il, espérant que son froncement de sourcil ressemble plus à du mépris qu'à de la confusion. « - Je voulais juste… euh… relire. Juste pour être sûr. »
Malfoy émit un petit bruit étrange mais ne s'embêta pas à continuer. « - Parfois, je me demande si ta jambe est vraiment la seule blessure que tu as eu pendant la guerre. » Murmura-t-il sèchement.
Harry se figea. Ses doigts se crispèrent autour du journal et son cœur cogna contre sa cage thoracique alors qu'il regardait vers ses jambes. Ses jambes qui étaient maintenant enfermées dans un cher tissu noir et qui lui semblaient parfaitement bien pour lui. Le froid l'envahit et il dut réprimer le désir de balayer les règles de Boris et secouer Malfoy pour savoir de quoi il parlait.
Il bougea expérimentalement ses orteils et chaque genou et cheville tour à tour. Tout semblait en ordre mais la rapidité de son pouls et la sécheresse dans sa gorge lui indiquait que Malfoy ne plaisantait pas vraiment et que ses paroles suggéraient que c'était quelque chose qui était arrivé il y a longtemps.
« Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ? » Se demanda-t-il silencieusement, sachant, même dans son horreur, qu'il ne pouvait pas exprimer la question. Malfoy aurait sans doute une réponse pour lui et il doutait que ça lui plairait.
« - Je pense que je vais aller me coucher. » Dit Malfoy après ce qui semblait être une longue période, faisait sursauter Harry de sa rêverie.
Il leva les yeux. « - Hm ? »
« - Je vais me coucher. » Répéta Malfoy, se levant de son fauteuil et poussa Harry avec son pied. « - Tu viens ? Tu devrais vraiment si tu veux être en forme pour aller travailler demain. »
Harry regarda avec un sourcil levé la chemise froissée, la plume coincée derrière l'oreille de Malfoy. Il ouvrit la bouche pour protester mais la seule chose qui en sortit fut un énorme bâillement et Malfoy sourit. « - C'est bien ce que je disais. »
Il se détourna et se dirigea vers les escaliers, laissant Harry s'effondrer à nouveau dans le canapé et écoutant ses pas qui résonnèrent à travers le plafond.
« - La ferme, Malfoy. » Murmura-t-il dans la pièce vide, soudain très conscient qu'il était seul. Il était habitué à un calme coucher civilisé et ça lui fit mal. Rassemblant ses dernières forces, il éteignit les flammes de la cheminée d'un coup de baguette et traîna les pieds pour aller se coucher. Il semblerait qu'il ne pouvait plus faire reculer le moment où il devait partager un lit donc il supposait qu'il pouvait bien en finir avec ça.
Il souhaitait juste qu'il se sente philosophique comme il le disait lui-même.
Malfoy était déjà assis au bord du lit et défaisait les boutons de ses poignets quand Harry affronta la chambre à coucher. Avec un peu d'effort, Harry fit de son mieux pour donner l'impression que 'tout était parfaitement ordinaire' et se dirigea vers ce qui semblait être son côté du lit. Peu sûr de savoir quoi faire maintenant, comme si la routine banale d'un coucher avait été effacé de son esprit, il écouta les doux bruits émit par Malfoy et examina le réveil à son chevet. C'était un appareil avec les rouages et les ressorts visibles et dans une étrange matière ressemblant au cuivre. Les aiguilles indiquaient qu'il était minuit vingt et le balancier bougeait doucement d'avant en arrière comme pour attraper son attention.
« - Tes parents étaient ici. » Déclara Harry soudainement et les bruits s'arrêtèrent. « - Ce matin. » Ajouta-t-il.
« - Oh, vraiment ? Avaient-ils quelque chose d'intéressant à dire pour s'être déplacés ? »
« - Ils voulaient parler de Noël. » Répondit Harry, observant toujours le réveil et voyant un nuage de fumée sortir par le haut. Surpris, il sourit.
Malfoy soupira fortement et se déplaça sur le lit. « - Je ne sais pas pourquoi ils ont pris cette peine, hein ? Tout le monde sait que nous allons faire exactement la même chose que nous faisons à chaque putain de fête d'année, Merlin m'en donne la force. »
« - Dois-je m'attendre à plus de chanson ? » Demanda Harry, se retournant pour regarder Malfoy. Il ne s'attendait pas vraiment à une réponse et il fut surpris d'entendre Malfoy rire et secouer la tête.
« - Plus que probablement. Je ne pourrais jamais comprendre pourquoi vous faites ça. » Admit-il.
Harry fronça les sourcils. « - Hm ? »
« - Cette chose avec Celestina Warbeck. » Malfoy commença à déboutonner sa chemise. Alarmé, Harry se mordit la langue mais ne se détourna pas. « - Pourtant, je sais certainement mieux que quiconque qu'il ne faut pas interférer avec tout ce qui suggère une relation civile entre vous deux. Tu te souviens de ce qu'il a fait la première fois que je t'ai ramené au Manoir ? »
Harry ne s'en souvenait pas vraiment. « - Mm. » Dit-il distraitement, regardant le tissu blanc glisser des épaules de Malfoy et puis il baissa les yeux, soudainement mal à l'aise. Qui plus est, ça devait vouloir dire quelque chose, supposa-t-il.
Le silence s'étira pendant plusieurs minutes alors qu'Harry regardait ses chaussettes et écoutait le bruissement du tissu alors que Malfoy se déshabillait, se posant des questions sur les blessures à sa jambe et Noël et Celestina Warbeck… cette dernière en particulier pour une raison de compréhension. Il n'en avait jamais été un grand fan et il ne pouvait pas imaginer que Lucius Malfoy possédait ses plus grands succès non plus.
« - Quelque chose ne va pas ? » Demanda soigneusement Malfoy et une main se posa sur l'épaule d'Harry.
« On peut dire ça. » Pensa Harry. « - Non, juste fatigué. » Marmonna-t-il et essayant de ne pas penser à combien de fois il avait sorti ce mensonge en particulier au cours des dernières années.
Avec un sens de la fatalité, il tira son pull par-dessus sa tête et retira son pantalon et ses chaussettes. Il se glissa sous la couette et regarda droit vers le plafond, crispant les muscles quand sa peau nue entra en contact avec les draps froids.
Et ça y était. Il était au lit avec Draco Malfoy. La vie avait certainement un sens tordu de l'humour.
« - Pourquoi fait-il si froid ici ? » Grogna Malfoy très près de l'oreille d'Harry, faisant se dresser les poils de sa nuque. Quelques secondes plus tard, il y eut une main froide sur son ventre, un pied glacé contre son mollet et l'odeur de l'homme partout.
« - La fenêtre est ouverte. » Déclara Harry. « - C'est le mois de Décembre. Il fait nuit. » Il fit une pause. « - Ce sont des raisons suffisantes. »
« - Les raisons ne me réchaufferont pas. »
« - Tais-toi. » Marmonna Harry, se forçant à se détendre, ce qui était un vrai défi avec son espace personnel envahi de cheveux blonds.
« - Je me tairais dans une minute. » Répliqua Malfoy dans le cou d'Harry.
Oh, bien.
Inspirant profondément, Harry éteignit les lumières. Il se demanda si le martèlement dans sa poitrine était aussi bruyant qu'il le sentait. La respiration de Malfoy était chaude et régulière contre sa peau et, contre toute attente, ce n'était pas vraiment désagréable. Harry tourna soigneusement la tête, observant son réveil original et ensuite la fenêtre où on pouvait voir un ciel clair parsemé d'étoiles, tout comme celui de sa maison. Tout ce qu'il avait toujours connu et il devait lutter contre cela mais quelque chose de nouveau, quelque chose d'intéressant et vulnérable lui soufflait que cela valait peut-être la peine de faire ce que Boris attendait, ou apprendre quoi que ce soit qu'il voulait qu'il apprenne et ainsi, il sera rapidement de retour chez lui.
« - Vêtements sur le plancher. » Marmonna Malfoy.
« - Quoi ? »
Il n'y eut pas de réponse.
Cette lumière en haut des escaliers était devenue très familière.
Harry avança vers elle avec un but maintenant, voulant, ayant besoin d'en savoir plus. Sachant qu'il était là.
Poussant la lourde porte en bois, il fut accueilli par une odeur de potion épicée.
Un bruissement de draps et son souffle se coupa. Il savait, même si Harry était invisible.
« - Malfoy ? » Murmura Harry, se rapprochant. « - Draco ? »
« - Qui est là ? » Les yeux gris brillaient dans l'obscurité. « - Potter, est-ce toi ? Laisses-moi tranquille ! »
Coup d'œil autour. Le cœur serré par la peur. Coup d'œil autour. Sa baguette est sur la table de nuit. Hors de portée.
Sa respiration devint plus difficile, plus hachée, et : « - Je veux juste te parler. »
« - Je ne veux pas te parler. » Pâle au clair de lune, doigts crispés sur les draps, assis dans un pyjama rayé mal ajusté. Petit, feignant d'être grand.
« - J'ai compris beaucoup de chose. » Rapprochement et mouvement faisant glisser la cape sur les épaules. « - Lorsque tu as commencé à me jeter l'Impardonnable. »
« - Je recommencerais si tu ne pars pas. » Presque un sifflement. Lèvres tordues dans un rictus.
« - Non, tu ne le feras pas. » Invoquant la baguette sur la table de chevet et la tenant fermement. Le bois dur et froid entre ses doigts tremblants. Une inspiration de courage dans l'obscurité. « - Je suis désolé pour ce que j'ai fait. Mais maintenant, tu vas m'écouter. »
« - Va te faire enculer, Potter. »
Douleur. Désespoir. Un pas de plus. « - Ecoute. »
« - Je dois y aller. » Murmura une voix dans l'oreille d'Harry. Ses yeux s'ouvrirent.
« - Hm… Malfoy ? »
« - Malfoy, hein ? » Les yeux gris étaient maintenant à quelques centimètres d'Harry alors qu'il se penchait sur lui, une main de chaque côté de l'oreiller d'Harry. « - Je souhaiterais vraiment pouvoir rester et savoir exactement ce qui se passe dans ton esprit… crois-moi. » Il soupira et passa une main sur la poitrine nue d'Harry, ses doigts frôlèrent son ventre et vinrent appuyer fermement sur le membre à demi dur d'Harry, qui réagit avec l'enthousiasme du matin et vraiment sans sa permission, son ventre se contractant sous la caresse et une chaleur inapproprié l'inondant.
« - Oh. » Haleta-t-il, surpris et les yeux de Malfoy devinrent plus intenses.
« - Maintenant, c'est juste cruel… Potter. » Ajouta-t-il, haussant un sourcil. « - J'ai découvert récemment que Monsieur Fitzwilliam aimait courir dans le parc à une heure ridicule du matin alors… » Il soupira avec regret et ses doigts glissèrent une fois de plus sur l'érection maintenant dure d'Harry, lui faisant serrer les dents. « - Je me rends compte qu'il faut faire des sacrifices dans la recherche de la vérité, mais vraiment. »
Harry retint un gémissement, déchiré entre l'envie de s'éloigner, bondir hors du lit et crier à Malfoy de garder ses mains pour lui et l'envie primitive de son membre qui exigeait une attention et se fichait de qui il s'agit.
« - Ouais. » Souffla Harry, un peu à bout de souffle. « - Donc, ça sera un homme d'affaires roux en litige à nouveau ? »
Malfoy grogna. « - Tu ne penses pas que ça serait un peu visible dans le parc ? »
« - Je ne pense pas grand-chose de ce que tu fais. » Répondit Harry, se sentant courageux et distrait puis soudain horrifié par ses propres mots, le sourire de Malfoy et la main qui remontait sur sa poitrine et son cou.
« - C'est bon à savoir que je n'ai pas complètement perdu la main. » Soupira Malfoy, retirant sa main. « - Je dois vraiment y aller maintenant. »
Frustré et confus, Harry se tortilla sur place et hocha la tête. Malfoy se pencha, glissa ses doigts dans les cheveux d'Harry et l'embrassa profondément, la langue au goût de dentifrice et de thé aromatisé envahit la bouche d'Harry, le faisant haleter involontairement. Quelque part au milieu de la folie et la perplexité tourbillonnant dans sa tête, il était conscient d'être couché là, soumis et se laissant embrasser.
Ce n'était pas bien. Rassemblant son courage, il leva une main et attrapa le chandail de Malfoy et espérant pour le mieux. Il n'avait jamais embrassé un homme avant et c'était à la fois terrifiant et terriblement normal. Quoi qu'il en soit, son cœur martela dans sa poitrine tellement fortement que cela suffit presque à le distraire de la culpabilité qui l'envahissait alors que sortit de nulle part, la pensée de Ginny l'envahit. Deux Ginny en fait : sa femme… oh mon dieu, sa femme… et celle plus heureuse qu'il avait rencontré hier.
Dégrisé, il se détacha et évita le regard de Malfoy.
Haletant, Malfoy lança à Harry un demi-sourire intéressant et se redressa à contrecœur. « - Je dois vraiment y aller. N'oublie pas d'aller travailler aujourd'hui. »
Lorsque la porte se referma derrière lui, Harry se laissa tomber en arrière sur le lit, bras et jambes écartées. Il regarda le plafond.
« - Je viens d'embrasser Malfoy. » Murmura-t-il, léchant sa lèvre inférieure et ayant le goût de menthe.
« - Pour sûr. » Déclara le miroir, l'air amusé.
Harry ferma les yeux et gémit. « - Je n'ai pas peur de te casser. J'ai déjà beaucoup de malchance… je suis désensibilisé. »
Il écouta mais il n'y eut rien mis à part un 'hmph !' du miroir, laissant Harry seul avec lui-même, étendu à travers les draps avec une érection douloureuse qu'il appréhendait de toucher. Ses yeux balayèrent la pièce, à la recherche d'une distraction et ils tombèrent sur une photo encadrée sur la commode de Malfoy.
La commode de Draco, se corrigea-t-il résolument. Il allait vraiment devoir s'y habituer avant de se retrouver par inadvertance dans un jeu sexuel pervers dont il ne pourrait pas sortir. Alors que cette pensée se cristallisait lentement dans son esprit, il frissonna et son sexe négligé réagit vivement. Horrifié, Harry appuya une paume dessus pour réprimer cela et tendit la main vers la photo.
Il détestait Malfoy après tout. Peut-être qu'à travers cette illusion… son corps lui faisait comprendre que ça faisait trop longtemps qu'il n'avait plus eu de sexe.
Quoi qu'il en soit.
Se mettant sur le côté, il observa la photo encadrée d'argent, sa bouche s'asséchant.
C'était une photo de lui, un lui beaucoup plus jeune, debout sur un fond de montagnes et un vif coucher de soleil. Il portait un gilet vert et un jean et avait un sourire un peu penaud. Ça semblait être un jour de grand vent parce que le Harry de la photo levait sans cesse une main pour écarter les cheveux de son visage. Il avait l'air heureux, en bonne santé, insouciant et Harry ne se souvenait de rien à ce sujet.
Il regarda l'annotation soignée dans le coin de la photo : Édimbourg, Août 2002.
Harry se mordit la lèvre. Il ne pouvait pas se rappeler exactement ce qu'il avait fait en Août 2002 mais il savait qu'il n'était jamais allé à Édimbourg. Eh bien, pas dans la vie dont il se souvenait.
« Tout est là si tu regardes, tu sais. » Voilà ce que Boris lui avait dit.
Soudain, empli d'un sentiment de détermination, Harry laissa tomber la photo sur le lit et bondit sur ses pieds. Quelque part dans cette maison, il devait y avoir quelque chose qui pouvait l'aider à donner un sens à tout cela. Harry ouvrit tous les tiroirs de la pièce, fouillant dans chacun d'eux avant de passer au suivant. Au moment où il finit, à bout de souffle et déçu, la pièce donnait l'impression d'avoir été saccagée par un cambrioleur enthousiaste ou une équipe de lutins capricieux. Et il n'avait rien trouvé.
Il enfila des vêtements et se tourna pour quitter la pièce. Hésitant. Il y avait une sensation lancinante étrange dans son ventre, qui ne semblait pas content de laisser le désordre qu'il avait fait. Les sourcils froncés, il resta devant la porte, les doigts tambourinant sur la poignée. La chambre était vraiment très propre avant de commencer… Harry soupira profondément, secoua la tête et sortit sa baguette afin de tout remettre à sa place.
Puis, tirant sur ses manches pour protéger ses doigts contre le froid, il descendit les escaliers. La toile d'araignée était assez imposante maintenant et Harry s'écarta juste à temps alors qu'il avançait, le désespoir se transformant en adrénaline dans ses veines.
Dans le salon, il trouva plusieurs photos de lui-même et Malfoy… Draco… à diverses occasions officielles et Harry était soulagé de voir que son lui semblait presque aussi mal à l'aise en robe de soirée qu'il l'avait toujours été. Draco, cependant, était élégant sur chacune d'elle. Il y avait aussi plusieurs photos de lui-même, Draco, Ginny et… un homme à la peau foncé qui devait être Blaise. L'estomac d'Harry se noua. Il trouva des photos d'eux quatre à la plage, à une fête et dans ce qui semblait être la cuisine de cette maison.
Blaise Zabini, pensa-t-il, essayant de récolter des informations sur tout, était vraiment le mari de Ginny.
Putain, ça sonnait bizarre.
Harry déglutit difficilement, se laissant tomber dans un fauteuil et se frottant le visage. Bien, cette ligne de pensée n'allait pas aider dans cette situation. Au lieu de ça, ça perturbait un peu plus son esprit.
Il était… un Serpentard. Il avait été l'un des amis de Draco à l'école. Sa famille et lui avaient quitté le pays peu de temps après le début de la guerre, peut-être pour la France ? Harry n'était pas sûr mais il supposait que ça n'avait pas d'importance de toute façon. Rien de ce qu'il savait ne semblait être applicable dans ce monde, de toute façon.
Harry se releva et essaya de retrouver sa motivation. Ça devait exaspérant mais il parvint à se rendre dans le bureau et c'est ici qu'il trouva ce qu'il cherchait. Aligné sur une étagère près de la cheminée, se trouvait une série d'album en cuir avec des dates gravées en or sur les tranches.
Avec un frisson, Harry alluma le feu dans la cheminée et prit le premier volume daté de 1998-1999. Il s'installa sur le tapis du foyer et respira l'odeur de bois verni et vieilles pages. Ce fut réconfortant pendant quelques secondes puis il ouvrit l'album sur ses genoux.
C'était un scrapbooking, pas un album photo. Harry sourit, surpris et passa ses doigts sur l'article de journal collé sur la première page, enfin, quelque chose dont il se souvenait. C'était une terrible photo de lui-même, Hermione et Ron, prise suite à la bataille de Poudlard et qui avait parue dans les journaux pendant des semaines. Sales, en sang et épuisés, ils s'appuyaient les uns contre les autres et regardaient au loin sous le titre : « Trio de héros… un repos bien mérités pour Potter, Granger et Weasley. »
Harry soupira doucement, les yeux fixés sur les visages en détresses de ses amis. De façon inattendue, les larmes brûlèrent ses yeux et il tenta de les refouler, même s'il n'y avait personne ici pour le châtier de sa faiblesse. Alors qu'il le faisait, il remarqua un commentaire écrit en noir au bas de la page :
« Voici ton premier jour de liberté, Harry Potter. Comment te sens-tu ? »
Et à côté du terrible article :
« Le premier et certainement pas le dernier, le temps que je me rende compte avec certitude que je suis un journaliste bien meilleur avec mes yeux fermés et une main attachée à un Scroutt à pétard. »
Harry haussa un sourcil. Donc, il était journaliste. Ce n'était pas vraiment la carrière qu'il aurait imaginé pour un Malfoy mais peut-être que c'était logique. Harry supposait que les déguisements et la persuasion et la récolte d'information était assez Serpentard… et il soupçonnait fortement que Draco était un vrai Serpentard.
Tournant la page, Harry trouva un article sur Draco et un autre et un autre. Changeant de position sur le tapis, Harry permit aux flammes de réchauffer son dos et dévora chaque mot.
« … de grands risques personnels, cet adolescent Mangemort a tourné le dos à Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et trouvé le pardon pour la fin d'Albus Dumbledore et la rédemption avec son amitié inattendue avec Harry Potter lui-même… »
« … En échange d'une protection pour sa famille, Malfoy a fourni de précieuses informations sur les activités de son ancien maître pour le groupe de combattants qualifiés, connus comme l'Ordre du Phénix… »
« … D'énormes actes de bravoure et d'expiation de quelqu'un de si jeune, ce qui prouve, peut-être, que le passé n'est pas irréparable… »
« … Lucius Malfoy a été condamné aujourd'hui à cinq ans à Azkaban pour son rôle dans la montée au pouvoir de Vous-Savez-Qui. Des sources proches du Magenmagot suggèrent que le témoignage d'Harry Potter a joué un rôle dans la décision d'une telle peine légère pour l'ex-Mangemort. Draco Malfoy, ancien ennemi de Potter et actuellement ami proche, était également présent mais indisponible pour tout commentaire… »
Harry tourna les pages plus rapidement, respirant à peine. Il trouva d'autres articles sur chacun d'eux, tous aussi stupides, inutiles et emplis de spéculations sur ce qu'ils faisaient et où ils allaient. A côté de chacun, se trouvait le commentaire écrit de Draco.
A mi-chemin du livre, il trouva d'autres photos de journaux de lui, Ron, Hermione et Draco acceptant les honneurs après la guerre et des gros plans sur l'Ordre de Merlin Première Classe d'Harry et Seconde Classe de Draco.
Et : « Donc, te voilà meilleur que moi une fois de plus, Potter. Heureusement pour toi que tu es bon au lit sinon je n'aurais pas pu te garder près de moi. »
Une bouffée de chaleur envahit Harry et il mordilla maladroitement son ongle. Il tourna rapidement la page mais la prochaine fut pire :
« C'est officiel, Potter et Malfoy sont ensemble ! Photos exclusives à l'intérieur ! »
L'estomac d'Harry se retourna alors que c'était la première fois qu'il était confronté à cette information. C'était peut-être le fait de le voir en noir et blanc sur un journal national qui le rendait plus choquant. Peut-être de découvrir qu'il avait été démasqué par la Gazette il y a près de deux décennies et de le savoir que maintenant.
Curieusement indigné, Harry grogna et alla voir ces 'photos exclusives'… il n'y avait pas moyen qu'elles peuvent être aussi mauvaises qu'il l'imaginait.
D'une certaine manière, elles étaient pires. La tête emplie d'images salaces d'un couple en plein acte ou partiellement nu, il se retrouva cependant à regarder de douces photographies, presque innocentes, d'un jeune couple passant un après-midi ensoleillé ensemble dans le jardin du numéro douze. Quelqu'un avait évidemment dû mettre un appareil à travers les feuillages et capturé le moment, des baisers langoureux et Harry, allongé sur l'herbe tandis que Draco avait sa tête sur son ventre et semblait lire à voix haute un vieux livre. Ils avaient l'air heureux ensemble, c'était indéniable.
La Marque des Ténèbres était nettement visible sur son avant-bras pâle ainsi que plusieurs petites formes qu'Harry ne pouvait pas discerner, près de l'intérieur du coude. Draco ne cherchait pas à cacher sa Marque avec des manches longues et, en dépit de lui-même, le respect d'Harry pour lui monta de quelques crans. Tout le monde avait des cicatrices, supposa-t-il et elles étaient souvent de bons rappels. Rappels de ce qui ne fallait pas faire.
Un bruit étrange dans le couloir fit sursauter Harry et il se pencha sur un côté, essayant inutilement de voir. Dix secondes plus tard, les flammes s'animèrent et la tête de Ginny apparut. Surpris, Harry laissa tomber le lourd livre sur son pied et siffla de douleur.
« - Salut… Gin. » Gémit-il en se frottant les orteils douloureux.
Elle soupira. « - Tu as oublié Maura, non ? »
« - Hmm… Oui ? » Répondit honnêtement Harry, espérant pouvoir savoir qui ou quoi était Maura avant que Ginny décide de l'interner à St Mangouste.
« - Allons Harry, tu as promis de la garder ce matin. J'ai une réunion d'équipe dans dix minutes… nous devons discutez de notre horrible performance contre Chudley la semaine dernière et l'entraîneur-chef sera là, donc tout pèse sur moi et je suis un tout petit peu stressé. » Elle le regarda d'un air suppliant à travers les flammes, emplissant Harry de remords, même s'il ne pouvait pas vraiment être tenu pour responsable pour quelque chose qu'un autre lui-même avait accepté de faire.
« - Où est Blaise ? » Osa-t-il, assez certain maintenant que Maura était un enfant ou un animal, enfin un être conscient et parfois, il y avait peu de différence entre les deux.
« - Au travail. » Ginny lui lança un regard étrange.
« - Bien sûr. » Dit Harry faiblement. « - Je dois travailler aussi, tu sais. Draco insiste sur ça. »
Ginny grogna. « - Après hier, je parie que oui. Emmène-la avec toi. Tu sais qu'elle aime aller travailler avec son Oncle Harry. »
Oncle Harry. Les mots résonnèrent dans la tête d'Harry. Ginny et Blaise Zabini avaient une fille et elle l'appelait Oncle Harry. Il toussa, essayant de dénouer le nœud dans sa poitrine.
« - Très bien, très bien. Envoie-la-moi. » Dit-il, essayant de sourire et le soulagement sur le visage de Ginny fut immense.
« - Génial. Je te vois plus tard, alors. Maura, fais un bisou à maman. »
Harry regarda anxieusement le visage de Ginny disparaître, les flammes devenir vertes et puis il y eut un enfant qui sortit de la cheminée. En hâte, il ferma le livre et le reposa sur l'étagère, hors de la trajectoire des cendres que la petite fille semblait avoir apporté avec elle.
« - Que fais-tu ici, Oncle Harry ? » Demanda-t-elle et Harry se contenta de l'observer.
Maura Weasley… ou peut-être Zabini… semblait avoir six ou sept ans et ressemblait étonnamment à ses parents. Sa peau couleur café et ses cheveux noirs bouclés, actuellement tressés, étaient bien évidemment de son père mais les yeux bruns clairs et les taches de rousseur sur son nez étaient de Ginny.
Harry cligna des yeux et tenta de se concentrer. Répondre à la question.
« - Où pensais-tu me trouver ? » Demanda-t-il, ce qui ne répondait pas vraiment à la question mais au moins, il disait quelque chose au lieu de donner l'impression de faire le poisson devant cette pauvre enfant.
« - Tu es toujours dans la cuisine. » Dit-elle, penchant la tête sur le côté, comme pour ajouter 'idiot'.
« - Bien sûr. Eh bien, je faisais un peu de lecture et j'essayais de me réchauffer. » Expliqua-t-il, fronçant les sourcils alors qu'il prenait note de la jupe rouge, du pull rouge et des collants de la même couleur. Il fut envahi d'un mélange confus de protection naturelle envers l'enfant et la sourde douleur de son existence et il fallut quelques bonnes secondes avant qu'il donne un coup de pied à son instinct paternel et poursuive : « - Nous allons bientôt partir, as-tu un manteau ? »
Elle hocha la tête, faisant bouger ses tresses brunes. « - Je vais le chercher. »
Harry regarda avec perplexité Maura sortir de la pièce, ses pas résonnant sur le bois poli. Une porte s'ouvrit et se referma… il supposa que c'était le placard du couloir, puis elle revint avec un manteau rouge dans les bras et luttant pour l'enfiler en même temps qu'elle marchait. Harry se demanda à quelle fréquence elle venait dans sa maison.
« - Est-ce que tout ce que tu possèdes est rouge ? » Demanda-t-il, amusé.
Elle fronça le nez alors qu'elle boutonnait son manteau. « - C'est ma couleur préférée. »
« - Moi aussi. Qu'est-ce que ton père pense de ça ? »
« - Papa n'aime pas les couleurs. » Dit-elle avec une lassitude au-delà de ses années.
Harry haussa un sourcil mais choisit de ne pas commenter.
« - Allons-nous travailler maintenant ? » Demanda-t-elle avec enthousiasme et son sourire était de Ginny aussi.
Harry se mordit l'intérieur de la bouche et réfléchit à ses options. Ou peut-être juste son unique choix. Il devait se rendre à ce mystérieux travail d'une manière ou d'une autre et à cet instant, il n'eut pas de meilleure idée que celle-ci :
« - Maura, où travaille Oncle Harry ? »
Dix minutes plus tard, Harry était dirigé, ou plutôt traîné, sur un Chemin de Traverse animé par une Maura étonnamment forte. Cela faisait plusieurs années qu'un enfant ne lui avait plus tenu la main et c'était plutôt agréable de se sentir nécessaire et il souhaitait être celui au premier plan.
« - Bonjour Monsieur Potter. » Dit une femme d'âge moyen, souriant avec indulgence à Maura et aux prises avec un chien, un hibou dans une cage et un sac rempli de provision.
Harry n'avait aucune idée de qui elle était mais parvint à lui rendre son salut avant que la petite main chaude de Maura se referme autour de la sienne et il tirer à sa suite, réprimant son envie de lui proposer un peu d'aide.
« - Allez, Oncle Harry ! Si nous nous arrêtons parler à tout le monde, nous n'arriverons jamais. » Se plaignit Maura, à peine audible parmi le bavardage et le grondement de la foule.
Perplexe, Harry accéléra mais il avait à peine fait trois pas qu'un petit garçon portant un bonnet avec un pompon au bout le vit et cria : « - Regarde ! » A son père, qui portait un bonnet à pompon assorti.
« - Ne montre pas du doigt, Isaac. » Réprimanda l'homme mais il fit un grand sourire à Harry. « - Ravi de vous voir, Monsieur Potter. Et la jeune Maura. »
A cet instant, la jeune Maura s'arrêta dans sa foulée implacable et se retourna, encore accrochée à la main d'Harry. « - Bonjour. » Salua-t-elle joyeusement.
« - Ma femme a adoré. » Déclara l'homme, souriant et se frottant les mains contre le froid. « - C'était exactement ce qu'elle voulait… je ne sais pas comment vous faites ! »
Perdu, Harry prit une profonde inspiration d'air froid et tenta de sonner aussi normal que possible. « - C'est super, je suis vraiment heureux de l'entendre. »
L'homme poussa un soupir de regret. « - Je souhaiterais pouvoir venir vous achetez son cadeau de Noël, aussi. Peut-être l'année prochaine ! »
« - Peut-être l'année prochaine. » Répéta Harry, faisant à l'homme un sympathique… il l'espérait… sourire.
Quand l'homme et son fils prirent congé et s'éloignèrent, Harry et Maura reprirent leur marche parmi les promeneurs et faisant attention avec les pavés glissants. A chaque fois qu'ils ralentissaient, pas moins de dix personnes l'interpellaient, lui souriaient, lui faisaient signe ou voulaient l'arrêter pour un autographe et Harry était étonné.
Il était rare de nos jours que quelqu'un s'approche de lui en public, bien qu'il ne se souvenait pas de la dernière fois où il était allé faire des emplettes sur le Chemin de Traverse et il savait au fond que son air 'laissez ma famille et moi tranquille' sur son visage était la vraie raison pour laquelle personne s'approchait. Ça n'avait pas toujours été comme ça mais après de trop nombreux articles intrusifs et interruptions impolies, le mécanisme de défense était devenu une seconde nature.
Ou du moins, ça avait été. Après seulement cinq minutes en public avait déjà démontré que, encore une fois, les choses étaient très différentes ici. Bien sûr, tout le monde le connaissait et tout le monde voulait lui dire bonjour mais leurs salutations polies étaient toutes du genre 'Bonjour, Monsieur Potter' et 'Ravi de vous voir Monsieur Potter' et 'Est-ce que vous allez à l'atelier, Monsieur Potter ? Je voudrais passer plus tard pour vous parler d'une commande' … et en plus de ça, Harry découvrait que ça ne le dérangeait pas du tout. Il ignorait ce dont parlaient ces gens mais ça ne le dérangeait pas.
La tristesse tomba sur lui comme un voile et il soupira dans l'air glacé, trimbalé derrière Maura et remarquant à peine où elle l'emmenait jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent devant une porte en bois d'un bel immeuble en pierre.
Donc, c'était là.
« - S'il te plait, ouvre la porte, Oncle Harry. » Supplia Maura, grelottant de façon spectaculaire. « - Je vais mourir de froid ! »
Son expression tira un doux rire à Harry. Surpris par le son, il leva les yeux vers le ciel gris et passa une main dans ses cheveux ébouriffé par le vent, chassant sa tristesse.
« - Bien. » Marmonna-t-il, examinant la porte avec sa poignée en fer et son heurtoir. Quand il tendit la main et effleura le bois avec ses doigts, une poussée de magie protectrice jaillit et enveloppa étroitement sa main, des vrilles vertes parcourant ses doigts et son bras avant de se retirer, apparemment satisfaite et des clics se firent entendre avant que les charnières grincent.
Maura passa devant lui dans le bâtiment. Harry suivit à un rythme plus lent, tournant autour de lui et observant ce grand espace ouvert, sentant la sciure de bois et qui était apparemment son lieu de travail. Les murs étaient blanchies à la chaux et froids sous les doigts d'Harry et le sol était jonché de coupeaux de bois et d'outils intrigants. Au milieu de la pièce, se trouvait deux énormes établis et directement au-dessus, une série de puits de jour qui, durant une belle journée, Harry imaginait, permettaient d'inonder l'espace de lumière. Aujourd'hui, cependant, ils révélaient que de lourds nuages.
Sur les côtés de la pièce, il y avait des armoires, bureaux, coffres et commodes. Plusieurs chaises inhabituelles étaient dans un coin et une bibliothèque vitrée à moitié finie dans un autre coin. Alors qu'il examinait tout cela, une fascination l'envahit.
Avait-il fait cela ?
C'était impossible… c'était si beaux. C'était rare et habilement fait et original. Harry baissa les yeux vers ses mains osseuses et ordinaires. Cela n'avait aucun sens. Son cerveau était incapable de concilier son lui inepte et sans grâce avec l'artison qui œuvrait dans cet atelier. Boris devait se jouer de lui.
« - Je sais que tu n'es pas mon Oncle Harry. » Déclara soudainement Maura. Harry se retourna, le cœur battant. Elle était assise sur le plan de travail le plus proche, les jambes pendantes et le fixant avec un drôle de petit sourire.
« - Pardon ? »
« - Tu n'es pas mon Oncle Harry. » Répéta-t-elle calmement. « - Tu lui ressembles mais tu n'es pas lui. C'est bon, cependant. Je ne le dirais à personne. »
Cloué sur place, Harry chercha en vain une réponse approprié. Il ne comprenait pas. Ginny n'avait pas remarqué, Hermione n'avait pas remarqué… même Draco, qui apparemment… eh bien, le connaissait très bien, n'avait pas remarqué. Et pourtant, cet enfant, cette lumineuse Ginny miniature à la peau sombre avait vu à travers lui.
« - Bien sûr que je suis ton Oncle Harry. » Dit-il dans un murmure.
Maura cessa de balancer ses pieds et croisa les jambes. « - Tout va bien. Je ne sais pas d'où tu viens mais je sais que tu es seulement un visiteur. »
« - Visiteur. » Répéta-t-il. « - Quelque chose comme ça. »
Maura hocha la tête et Harry fit un pas prudent vers elle, puis un autre et encore et puis, sans raison apparente, il s'effondra sur le sol froid, les mains écorchées contre la pierre et le sang pulsant dans ses veines.
« - Ça arrive parfois. » Expliqua Maura et il y eut un bruit alors qu'elle sautait au sol et vint s'accroupir à côté d'Harry. « - Tu as mal à la jambe. Je parie que tu ne savais pas. »
Harry rigola amèrement et se mit en position assise, examinant les écorchures sur ses paumes. Bizarrement, sa jambe allait parfaitement bien, comme si elle ne venait pas de faire une telle chose de céder complètement sous lui et le faire s'écraser de tout son poids au sol.
« - J'en ai entendu parler mais c'est la première fois… que je le vis. » Admit-il, renonçant à l'idée d'essayer de mentir à Maura.
« - Tu iras mieux dans une minute. » Époussetant la sciure, Maura se laissa tomber au sol à côté de lui et plissa le nez. « - C'est tout simplement comme ça, tu tombes parfois. Tu jures généralement plus que ça. »
Harry fit un sourire. « - Je me souviendrais de ça. » Dit-il puis il ravala sa prochaine question. Même si elle savait exactement ce qui lui était arrivé, il n'avait pas vraiment envie de commencer à interroger un enfant de sept ans sur une guerre qu'elle n'avait pas connu. Il supposait que ce n'était pas important de toute façon. Savoir pourquoi n'allait pas faire disparaître cela.
« - Ai-je vraiment fait toutes ces choses ? » Demanda-t-il à la place, regardant à nouveau autour de lui.
« - Oui. » Maura hocha la tête. « - Tu fais beaucoup de belles choses. »
« - Je ne sais pas comment faire ça. » Dit Harry, un peu paniqué. « - La dernière fois que j'ai tenté de monter quelque chose, c'était une vieille coiffeuse quand j'avais huit ans. Et si je me souviens bien j'ai fait un putain, euh… je n'ai pas fait du bon travail. »
« - Tu dis putain tout le temps. » Indiqua Maura avec un petit rire. « - Je ne sais pas à quoi ressemblait cette coiffeuse mais tu as toujours dit que tu aimais le bois parce que ça ne répond pas. »
Harry haussa un sourcil. « - J'ai dit ça ? »
Maura hocha la tête, balançant ses tresses. Harry fléchit son genou avec soin. Il allait très bien. Il soupira et ramena ses genoux contre sa poitrine.
« - Dois-je les faire avec la magie ? » Demanda-t-il avec espoir.
Le nez empli de taches de rousseur se plissa alors que Maura réfléchit et, comme Harry l'avait pensé, un faible rayon de lumière perça les nuages et vint éclairer les légères mèches rouges sombres dans ses cheveux.
« - La plupart du temps, tu travailles le bois avec ces choses. » Dit-elle, montrant un support mural rempli d'outils. « - Et lui fait prendre forme. » Elle fit une pause et ses lèvres devinrent une ligne mince. « - Et tu assembles les morceaux et tu utilises ta baguette pour les détails fantasques. »
Harry sentit ses lèvres s'étiraient en un sourire. « - Tu veux dire des choses comme ça ? » Demanda-t-il, montrant une commode en chêne où des poissons étaient sculptés dessus.
« - Mmhm. J'aime les poissons. » Déclara Maura, rappelant immédiatement Lily à Harry. « - Parfois, les gens viennent et te demandent des choses et parfois, tu fais juste ce que tu veux. » Elle montra quelque chose dans son dos. « - Ceci est pour Oncle Draco, pour Noël. Je pense qu'il est presque fini. »
Harry regarda, essayant d'ignorer la vague d'anxiété mais elle ne fit que s'intensifier quand ses yeux tombèrent sur un lampadaire en acajou et vitraux. La tige était sculptée, apparemment à partir d'une seule pièce en bois, en une forme courbe qui était à la fois étrange et naturelle, comme quelque chose de la Forêt Interdite. Il devait toucher.
Il se leva et, après un moment, Maura le suivit et se plaça à l'opposé de la lampe, le regardant avec intérêt. Ayant l'impression qu'il faisait quelque chose qu'il ne devrait pas faire mais le faisant quand même, Harry glissa légèrement sa main le long de la courbe, douce comme la soie et correspondant parfaitement à son contact. Puis, de plus en plus audacieux, il appuya fermement sa paume sur le bois, sentant le grain maintenant et remonta jusqu'à atteindre le verre.
« - Dois-je ? » Demanda-t-il, refermant ses doigts autour de la baguette.
Maura haussa les épaules. « - C'est ta lampe. » Elle fit une pause. « - Je pense que tu dois. »
Harry lui lança un coup d'œil et elle lui sourit, les yeux brillant d'impatience. Il ne savait pas si oui ou non il devait suivre l'encouragement d'un enfant qui était à moitié Serpentard mais… merde, il allait le faire quand même. Retournant son sourire, il marmonna le sort pour allumer la flamme à l'intérieur de la lampe.
« - Wow. » Murmura Maura et Harry ne pouvait qu'être d'accord avec elle. Wow en effet.
L'atelier était rempli d'une douce lumière nuancé de vert grâce à la flamme qui dansait à l'intérieur des vitraux. A première vue, pensa-t-il, ça avait ressemblait à de simples vitraux scellés ensemble mais maintenant qu'il voyait la myriade de couleur, il se rendit compte que c'était plus que ça : ils se déplaçaient et disparaissaient et se confondaient l'un dans l'autre encore et encore, créant eux-mêmes les mouvements de lumière.
Une Maura verdâtre sourit joyeusement en voyant les étranges formes nébuleuses se dessinaient sur le plafond. « - Tu es intelligent, tu vois ? Eh bien, Oncle Harry l'est mais tu sais ce que je veux dire. » Elle détourna les yeux du plafond et regarda Harry. « - Veux-tu savoir autre chose ? »
Harry soupira. Se demandant combien elle en savait. « - Qu'est-ce que Ginny… que font des parents ? »
« - Papa a une entreprise qui vend des plantes. » Répondit-elle. « - Et maman est entraîneuse. Tu sais, au Quilditch. »
« - Quidditch ? »
Maura se renfrogna et hocha la tête. « - Quidditch. Je le dis toujours mal. Et Oncle Draco écrit des articles sur des méchants pour dire tout ce qu'ils font de méchant. »
« - Ouais. » Marmonna Harry, regardant la lampe que son autre lui avait fait et se frotta distraitement les cheveux. « - Et je suis un menuisier gay. Merci Boris. »
« - Qui est Boris ? » Demanda Maura.
« - Personne. »
