Partie 2
Métropolis, 23h15.
Il y a quelques heures de cela le soleil
faiblissait en intensité, progressivement ses rayons se
dissimulaient derrière une épaisse fumée, une fumée qui se
condensait et se transformait en brouillard. L'horizon cachait
maintenant la lueur qui se projetait sur toute la ville de
Métropolis, la nuit avait fait son entrée d'une bien belle
manière, accompagnée de ses millions d'étoiles et de sa lune
toujours aussi parfaite, elle introduisit une légère brise sur
toutes les avenues, sur toutes les rues et ruelles, sur tous les
carrefours et jardins de cette magnifique ville qu'était
Métropolis. Tous ses habitants vivaient paisiblement dans leur
maison chauffée par le feu de cheminée, ils riaient devant leur
télévision, ils regardaient le ciel quand un avion passait juste au
dessus de leur tête, ils achetaient discrètement des vêtements
pour faire plaisir à leur conjoint, ils sortaient avec leurs amis
pour faire une soirée cinéma, ils étaient heureux. Cette naïveté
croissante les tuait seconde après seconde, ils ne s'imaginaient
pas dans quel monde atroce ils pouvaient vivre, si jamais ils
connaissaient le moindre mouvement de la menace qui planait sur leur
vie si parfaite ils prendraient certainement leurs jambes à leur cou
et déguerpiraient sans hésiter à l'autre bout du monde. Pendant
qu'ils s'extasiaient à l'idée de voir leur équipe de
base-ball favorite gagner le championnat ou pendant qu'ils
réservaient une soirée romantique pour leur amour de jeunesse, un
homme qui, depuis quelques années, arpentait les rues et le ciel en
tant que Superman, combattait un mal qui ne cessait de s'amplifier,
les jours passant, les feuilles et fleurs fanant, la vie défilant
paisiblement. Ce combat qui s'était déroulé à l'abris des
regards indiscrets avait, sans l'ombre d'un doute, détérioré
psychologiquement et physiquement les acteurs de cette confrontation
ainsi Clark, Lex et Lois en étaient sortis totalement changés et
bouleversés, leur vie avait pris un tournant dont ils n'imaginaient
toujours pas les répercussions, les conséquences que cela pourrait
avoir sur leur futur respectif.
Personne sauf
exception ne comprenait la dure réalité des choses, le déroulement
de cette vie n'était que le fruit du destin, chaque acte avait sa
conséquence, chaque pensée était prédéterminée, quoi qu'on en
disait ou quoi que l'on faisait c'était le déroulement normal
des choses, personne ne pouvait le changer, c'était quelque chose
qui nous dépassait, une force supérieure nous guidait et nous ne
ressentions rien, nous nous laissions guider sans rien dire. Il y a
de nombreuses années un couple décida de l'avenir de leur fils,
ils l'obligèrent à suivre une destinée qu'il n'avait jamais
voulu, une destinée qui le poussait à croire des fondements
inconnus, des fondements qui le révulsaient. Cet homme fut le seul à
décider de son avenir, il n'écouta que la voix de sa raison, il
pria chaque jour intérieurement pour que cela soit le bon choix, il
se remettait toujours en question, il se sentait coupable de chaque
malheur qui se produisait à ses alentours et il comprit que chacun
de ses mouvements, que chacun de ses choix entraînaient un
enchaînement de répercussions, des répercussions qu'il avait lui
même crée mais qui étaient en même temps indépendantes de sa
volonté. Il ressentait depuis toujours un poids qui s'alourdissait
de plus en plus sur ses épaules, le temps avait changé et après
avoir eu la responsabilité d'une seule ville, il devait maintenant
secourir le monde entier, c'était sa mission, mais une mission qui
en devint très vite banale. Au fur et à mesure que le danger
s'agrandissait et que les sauvetages devenaient de plus en plus
fréquents, les terriens se jouaient de l'importance du super
héros, ils ne le respectaient presque plus, ses sauvetages
devenaient inexorablement habituels, banales comme si la vie de
l'homme d'acier faisait partie intégrante d'une journée
ordinaire d'une personne quelconque, comme si ses sauvetages
étaient devenus normaux, comme si Superman était quelqu'un de
normal.
La caméra s'était pris de passion pour les balades nocturnes, elle arpentait tranquillement les rues de Métropolis en évitant, bien entendu, tout contact avec les passants qui marchaient en tas, même à cette heure tardive, sur les trottoirs aux côté des nombreuses voitures de luxe qui circulaient dans les deux sens, la vie de la nuit prenait le pas sur la bien belle vie du jour. La caméra qui s'était retournée pour regarder un groupe de jeunes ivres, des valoches de bière dans les mains, titubant tout en déviant de leur trajet rectiligne, se recadra pour continuer sa route vers une immense et magnifique cathédrale. Cette dernière était resplendissante, des fresques d'une beauté mémorable ornaient la façade extérieure et s'équilibraient à la perfection avec la qualité de la pierre avec laquelle avait été construit ce monument. Des anges étaient sculptés à l'entrée, ils fixaient la caméra comme s'il étaient toujours vivants, l'artiste avait fait un travail prodigieux, proche de la perfection, tellement proche que les anges paraissaient lunatiques, on aurait dit qu'ils pouvaient changer, comme ils le désiraient, d'humeur, ainsi, peut être du à la fatigue, se dessinaient des sourires pour ensuite laisser place à des chagrins remplis de bonheur… Quelque peu perturbée la caméra s'éleva progressivement tout en filmant devant elle, les fresques étaient encore plus somptueuses de plus près, cette beauté laissa la caméra en suspens quelques secondes juste avant qu'elle ne reprenne conscience et ne s'élève à nouveau. Plus nous nous dirigions vers le sommet de la cathédrale plus l'air se faisait glacial, il y faisait beaucoup plus sombre, les étoiles se rapprochaient, une main aurait pu les recueillir et les parsemer un peu partout sur cette ville, qui était devenue, la nuit, la scène des atrocités et des mille mystères. Nous étions enfin arrivés au sommet et devant nous ,en rang, se reposaient de nombreuses gargouilles, plus hideuses les unes que les autres, le dos courbé et leur tête se reposant sur leur bras droit qui prenait appui sur leur cuisse, eux aussi étaient dégoûtés des changements qui opéraient dans la ville, eux aussi se sentaient oppressés par des petits détails qui étaient mauvais signe et bien qu'ils ne pouvaient pas parler, leur visage absolument déformé représentait à merveille les pensées de beaucoup de personnes ayant du bon sens. Levant quelque peu son objectif, la caméra fut surprise de distinguer tout au bout de la rangée une autre forme indéterminée, elle aussi - enfin c'est ce qu'elle croyait- était courbée, à la différence près que cette dernière était agenouillée sur une des gargouilles. La caméra instinctivement se rapprocha petit à petit de cette forme tout en zigzagant les différentes têtes monstrueuses pour enfin la filmer de profil, il s'agissait de Superman comme pouvaient l'indiquer la cape rouge qui flottait grâce à la légère brise qui s'était levée, mais aussi au S qui y figurait. Les bras croisés se reposant sur ses genoux pliés qui s'étaient rétractés sur son torse musclé, Clark fixait l'étendue de gratte ciel qui lui faisait face, il pensait à quelque chose de bien déterminé, il était triste, ses yeux le trahissait, il essayait de rester stoïque mais ses yeux pensaient autrement, il était effondré, comme s'il avait fait le mauvais choix. A quoi pouvait-il bien penser ? A son combat éprouvant contre Lex ? A Lois qui avait finalement découvert son secret ? Ou a toute autre chose qui nous est complètement inconnu ? La caméra qui lui faisait maintenant face admirait délicatement et minutieusement son visage parfait, un visage qui était illuminé par la douce lumière de la lune et qui reflétait à merveille l'espoir et le courage, un visage qui ne cessait de faiblir plus le temps passait, un visage qui lâcha toute pression et qui tomba sous les larmes qui coulèrent en rafale.
L'homme d'acier que tout le monde connaissait en tant que super héros sans faiblesse venait à l'instant même de montrer son visage le plus humain, la tristesse qui le rongeait depuis le début surmonta tous les obstacles surhumains qui constituaient le corps de Clark pour enfin se libérer et crier tout le mal qui l'habitait. Les yeux devenus rouges, Clark essuya d'un revers de sa manche les larmes qui avaient déjà séchées et respira, d'une manière très saccadée, un long moment pour renifler silencieusement. Les mains maintenant posées sur son visage dur et musclé, il repensa aux merveilleux moments qu'il avait vécu durant toutes ses années, il contempla le ciel dépourvu de nuage et imaginait ses parents, tous les deux, courbés au dessus de lui, l'aidant à surmonter, toutes les épreuves qu'il avait vécu ces dernières années, une aide, presque divine, qui l'incita à prendre sur lui et à attendre… La caméra sans crier garde s'avança presque trop rapidement vers le super héros pour intégrer l'iris de son œil gauche et afin de suivre le système nerveux qui reliait ses deux yeux au cerveau et à tous les autres organismes. Après avoir balayé de nombreux filaments rougeâtres, représentant sûrement les liaisons nerveuses, la caméra, comme miniaturisée s'échappa de sa tête par l'autre œil. Arrivée de l'autre côté, l'étendue de gratte ciel venait de laisser place à un ciel transcendant, d'une beauté magistrale, les nuages se berçaient généreusement dans les rayons orangeâtes du soleil qui disparaissait petit à petit à l'horizon. La caméra était comme attirée violemment et rapidement vers l'avant, elle ne contrôlait plus rien, elle n'était pas maîtresse de ses mouvements, elle était à la merci de quelqu'un ou de quelque chose, elle se laissa donc faire et admira le paysage, même s'il défilait à tout allure. Après quelques minutes de vive allure, la caméra sentit comme une inclinaison vers la terre en effet les nuages disparaissaient pour nous ouvrir la voie vers un quartier de l'immense ville de Métropolis. Comme intuitivement la caméra comprit qu'on se concentrait petit à petit sur un petit balcon, composant d'un très bel appartement, situé à quelques étages au dessus des ruelles de la ville. Toujours attirée, elle réussit à se poser délicatement par terre, juste en face d'une magnifique petite baie vitrée, entre ouverte, puis se retourna pour voir avec qui elle avait à faire. Le choc fut de taille puisque nous étions face à Superman qui venait juste de poser les pieds au sol, avec dans ses bras la sublime reporter et partenaire, Lois Lane. Les deux amoureux, le visage serré et dur, s'introduisirent dans l'appartement de la jeune femme en poussant délicatement la vitre vers la droite. Lois se dirigea vers un interrupteur afin d'allumer la lumière qui restait tamisée puis commença une nouvelle route vers la cuisine, pendant que de l'autre côté du mur, Superman alias Clark Kent, était resté debout, les bras croisés, tout en regardant et analysant chaque petit objet de la pièce dans laquelle il se trouvait. Quelques bruits se firent entendre dans la cuisine, il ne s'agissait seulement que de casseroles et de tasses mais Clark préféra utiliser sa vision-x afin de constater les dégâts éventuels, une chose qu'il n'aurait jamais du faire. Lois était avachie par terre, elle était assise, dos contre le meuble, des larmes coulaient timidement sur son visage angélique, ses mains tremblaient, elle était simplement en état de choc, elle n'avait sûrement pas pu résister aux événements qui s'étaient déroulés quelques heures auparavant. Les yeux baissés mais déterminés, Clark stoppa sa vision- x avant de se diriger normalement vers la cuisine.
Clark( serrant sa mâchoire, le regard à la fois triste et dur) : Lois est ce que tout va bien ?
Lois ne mit que quelques secondes avant de répondre.
Lois( reniflant silencieusement , se grattant le nez et essuyant ses larmes, d'une voix sèche) : C'est bon Clark, je sais parfaitement me débrouiller toute seule, je n'ai en aucun cas besoin de ton aide pour préparer mon café….(après un temps) Donc reste où tu es et laisse moi faire ce dont j'ai envie…
Clark
se frotta le bas du visage avec sa main droite, il savait
parfaitement qu'elle lui en voulait mais que devait-il faire alors
? Rester là sans rien dire ou engager la conversation ? Et si jamais
il l'a perdait ? Il ne se le pardonnerait jamais surtout que tout
cela serait de sa faute, pourquoi ne lui avait il rien révélé ?
Pourquoi n'a t il pas pris son courage entre ses mains afin de lui
prouver tout l'amour qu'il lui portait ? Il n'avait jamais su
faire le premier pas, et voilà où tout ça le menait, Lois n'aurait
jamais du faire le lien entre lui et Superman, elle n'aurait jamais
du faire partie de sa destinée, elle n'était pas prête…Il s'en
voulait désespérément, comment avait il pu passer à côté de
tout ça, la sincérité lui faisait défaut et il le savait mais
jamais il n'avait pris le temps d'y remanier, un défaut qui le
tuera un jour…
Clark respecta la volonté de Lois
et s'installa, empreint d'une certaine gêne, sur le canapé qui
figurait dans le salon. Il passa les mains dans ses cheveux et
s'affala tout en soufflant sur le dossier, il essayait de faire le
vide dans sa tête mais rien n'y faisait, il pensait toujours à ce
combat traumatisant, il voyait encore le choc entre le mur et Lois,
il la voyait encore morte et amnésique, il devait arrêter de penser
à ça, tout ceci appartenait au passé, il devait se concentrer sur
le présent et s'activer pour résoudre le problème qui se
posait…Soudain…
Lois( toujours dans la cuisine, prenant sur elle, d'un ton sévère) : Tu veux un café ou pas ?
Voilà elle avait recommencé à parler, c'était bon signe, elle réussissait petit à petit à lui pardonner, elle lui proposait un café, quoi de plus logique après un dur combat comme l'avait été celui contre Lex, intérieurement il souriait, il pouvait maintenant enchaîner et entreprendre un dialogue d'adulte et enfin mettre les choses au clair sans dispute.
Lois(continuant sur sa lancée, toujours du même ton) : A moins que tu détestes ça ? Peut être est ce là encore un de tes nombreux secrets, peut être que tu jouais là encore un double jeu ?
Cette phrase résonna comme un coup de couteau en plein coeur du jeune Kent, il était tellement persuadé qu'elle commençait à lui pardonner qu'il occulta le fait qu'elle puisse encore lui en vouloir. Les sourcils froncés et la tête baissée, il respira profondément et décida de lui répondre.
Clark( Ne sachant plus quoi dire pour la soutenir, toujours la tête baissée) : Lois je t'en prie, écoute moi, je suis sincèrement désolé…je sais que j'aurai du te le dire beaucoup plus tôt mais…
Lois( le coupant sèchement sans équivoque, toujours du même ton) : Hop là, mauvaise réponse… Je ne veux rien savoir de ta vie tu comprends ? Tu le veux ce café ou pas ?
Clark(timidement, d'une voix très basse mais tout de même audible) : Oui, oui…mais…
Cela ne servait à rien qu'il continue, il envenimerait la situation au lieu de résoudre le problème, il se résigna donc à clore le sujet jusqu'à ce qu'il soit juste devant elle, jusqu'à ce qu'il lui prouve son amour, jusqu'à ce qu'il lui dise ce qu'il ressentait au plus profond de lui…jusqu'à ce qu'il lui dise la vérité. Quelques secondes plus tard, Lois sortit de la cuisine, avec une seule tasse, dans sa main droite, dont une légère fumée s'introduisit à l'intérieur de ses narines. Le regard neutre elle vint s'installer juste en face de son petit ami afin de poser la tasse sur la petite table en verre. Elle touilla le liquide avec une de ses cuillères puis commença à boire une gorgée avant de remettre la tasse à sa place étant donné que c'était trop chaud.
Clark( la fixant étrangement, comme s'il voyait une inconnue, fronçant les sourcils) : Heu…Lois?Je n'ai pas le droit à ma tasse de café ?
Lois(relevant à peine les yeux, toujours le regard sur sa tasse, toujours neutre) : Je crois que tu es assez grand pour aller la chercher tout seul, non ?( Après un temps, ironiquement voire blessant) Oh et puis ne t'inquiète pas tu peux utiliser ta super vitesse devant moi, je suis digne de confiance…
Quelque peu excédé par le comportement de sa petite amie, Clark exécuta son « conseil » en super vitesse. En deux trois mouvements, Clark avait disparu puis réapparu devant Lois avec sa tasse de café dans les mains. Il regarda Lois attristé, ils n'auraient jamais du en arriver là, la voir dans cet état le perturbait et lui faisait du mal, son cœur était noyé dans le désespoir mais aussi dans un amour profond et sincère.
Clark( posant sèchement sa tasse sur la table, fixant intensément Lois, prenant sur lui même) : Il va bien falloir qu'on en discute, c'est toi même qui me l'a dis tu te rappelles ?
Lois( relevant finalement les yeux pour faire face à Clark, le visage dur et serré) : Il doit y avoir quelques vêtements à toi dans l'appartement, de quoi te pouvoir t'habiller…Tu pourras, une nouvelle fois, changer de personnalité car franchement je n'ai pas envie de te voir dans cet état là…
Clark(se mordant la lèvre inférieure, ne comprenant pas où elle voulait en venir) : C'est à dire ? Tu veux que je mette des vêtements pour cacher le costume ? (Intérieurement) Merde, mauvaise réponse…
Lois( serrant sa mâchoire pour ne pas crier, d'un ton extrêmement dur) : Je veux que tu redeviennes Clark Kent, un point c'est tout…
A ces mots Lois se leva brusquement et se dirigea vers la baie vitrée qui était toujours entre ouverte, elle fixa les étoiles pendant que Clark, en super vitesse, cherchait et mettait ses nouveaux vêtements. Il ne lui fallu que dix secondes pour changer de personnalité et c'est à ce moment même qu'il comprit tout la rancœur que pouvait accumuler Lois, depuis la révélation. Il resta à quelques mètres de Lois, qui regardait toujours le ciel, puis il décida d'entamer une nouvelle discussion, il ne savait pas ce que ça allait donner mais il espérait tant que ça marcherait, il tenta le tout pour le tout.
Clark( Nostalgique, regardant Lois puis le ciel) : Je me rappelle de ma première soirée ici, tu étais exactement la même, tu étais parfaitement identique, tu regardais les étoiles avec un verre de champagne à la main, tu voyais dans certaines étoiles le reflet de ta mère et tu te disais que de là elle pouvait toujours veiller sur toi…et je crois que ce fut à ce moment là que je me suis le plus rapproché de toi, j'imaginais la même chose, c'était comme si je ne faisais plus qu'un avec toi…
Il stoppa son récit après avoir entendu Lois verser une nouvelle fois quelques larmes, elle essayait de feindre que tout allait bien mais rien n'y faisait, elle était en larmes, elle ne pouvait pas les retenir c'était plus fort qu'elle, tellement de choses rentraient en compte, tellement de questions se précipitaient dans sa tête et aucune réponse ne lui venait à l'esprit, elle était perdue.
Lois(toujours face à la ville, reniflant bruyamment, d'une voix tremblotante) : C'est fou car je croyais te connaître Clark mais en fait je n'arriverai jamais à te comprendre, tu m'as menti depuis le début alors que je t'ai donné tout mon amour…(Prenant un temps, respirant profondément, reniflant une dernière fois) Tu essaies tant bien que mal de me rassurer, de me retrouver et de me comprendre mais sache que tu n'y arriveras pas, tu m'as fait beaucoup trop de mal pour que tu puisses réussir aussi facilement…( Avalant sa salive puis se retournant progressivement vers Clark, insistant de plus en plus phrase après phrase) J'ai été invitée dans ta destinée, une destinée que je ne connais pas, j'ai collaboré avec l'un des hommes les plus riches du monde sans savoir où j'allais, j'ai eu en ma possession une roche et un tatouage extraterrestres, j'ai failli mourir en voulant aider Superman, en voulant t'aider, j'ai vu le mal que pouvais te faire Lex Luthor, j'ai appris que tu étais en réalité Superman et j'ai failli te perdre ( N'en pouvant plus, laissant tomber toutes les larmes de son corps mais continuant à parler) et toi tout ce que tu as à me raconter, c'est cette histoire qui n'intéresse personne ?
Clark( honteux, désespéré, voulant la prendre dans ses bras mais se résignant, le regard baissé) : Mais je voulais juste…
Lois(le coupant sèchement, toujours en larmes) : Attends seulement que je finisse ce que j'ai à dire… J'ai vécu des atrocités que personne d'autres ne vivra jamais et toi tout ce que tu as à me proposer c'est une histoire comme celle là ? Mais attends tu te prends pour qui là hein ? J'aurai du faire le lien bien avant mais je devais être sûrement trop aveuglée par l'amour que je te portais mais maintenant que je sais tout, tout a changé crois moi, ma vie est totalement chamboulée, la faute à qui, Clark ?
Clark( ne pouvant plus accepter de ne rien dire, sortant de ses gonds, aimant) : Oui je sais que tout ça est entièrement de ma faute, oui je sais que j'aurai du te dire tout ça il y a bien longtemps mais je n'ai fait ce choix que pour te protéger…imagine ce qui se serait passé si jamais quelqu'un découvrait que tu connaissais l'identité de Superman hein ? Qu'est ce qu'il aurait fait à ton avis hein ? Tu en a eu un parfait exemple tout à l'heure, il ne t'ai jamais venu à l'idée que moi aussi j'ai pu souffrir atrocement en te voyant gisant sur le sol ? Il ne t'ai jamais venu à l'esprit que je puisse t'aimer à la folie, t'aimer à en mourir ? Je t'aime trop pour penser une seule fois qu'il t'arrive malheur, je ne pourrai jamais me le pardonner, je ne pourrai jamais accepter que je puisse te faire du mal, que je puisse te faire souffrir…
Lois(retenant douloureusement ses larmes, essuyant celles qui coulent toujours, désolée) : Et pourtant c'est ce que tu es entrain de faire…
Les deux amoureux se fixèrent longuement sans que personne ne parle, la phrase avait provoqué un choc, en aucun cas Clark ne se serait attendu à une telle réplique, il n'avait jamais vu Lois dans cet état, il s'en voulait terriblement, il savait qu'il se répétait mais c'était tellement vrai, c'était tellement de sa faute qu'il ne pouvait pas faire autrement, il devait vivre avec ça, chaque acte avait sa conséquence. Toujours en pensant à cette dernière phrase Clark s'avança doucement vers Lois qui secoua sa tête de gauche à droite.
Lois( passant sa main droite dans les cheveux, le regard vraiment triste, toujours désolée) : J'aimerai que tu…(reniflant, et prenant un temps) que tu quittes l'appartement, j'ai besoin d'être seule, j'ai besoin de réfléchir à ce qui s'est passé….J'ai besoin que tu sois loin de moi…
Clark sans broncher accepta les conditions
de sa petite amie il savait qu'il devait respecter ses choix, c'est
pour cela qu'il se dirigea vers le balcon, après que Lois se soit
décalée vers la droite pour s'assoire sur le fauteuil, puis
s'envola rapidement vers l'étendue nuageuse, accompagné d'un
bruit de tonnerre. La caméra se retourna puis rapidement se dirigea
vers le fauteuil sur lequel Lois était assise, la tête entre ses
mains, et était entrain de pleurer bruyamment et sans pudeur, elle
était effondrée, elle savait qu'elle n'avait pas fait le bon
choix mais elle avait du le faire.
Le plan, qui
était toujours le même, opté par la caméra se scinda par une
légère ligne noire verticale en deux parties avec dans chacune
d'elle, des évènements différents. Celle de gauche filmait
toujours Lois, totalement bouleversée et effondrée par la scène
qui avait précédé ce traumatisme, alors que celle de droite fixait
le regard dur et serré de Clark qui volait à travers les nuages,
son regard était froid, tel un robot sans âme. Le parallèle était
terrible, un couple scindé en deux avec d'un côté une femme en
plein désespoir ne cachant pas ses larmes et prête à tout pour
éviter le dialogue avec son petit ami et d'un autre côté nous
faisions face à l'impassibilité du super héros, un super héros
qui ne voulait pas faire face aux malheurs qui s'enchaînaient trop
rapidement depuis quelques années, il ne voulait pas penser à ce
qui venait de se passer, il ne voulait plus vivre dans le passé,
c'est ce qui lui faisait défaut, il devait changer pour espérer
retrouver la Lois qu'il connaissait et qu'il aimait.
L'image
de droite prit de l'ampleur jusqu'à effacer totalement celle de
gauche qui disparu en quelques secondes ainsi donc nous étions
maintenant véritablement face à Clark, qui tout en volant se
transforma en Superman. Furieux il redoubla d'effort et accéléra
d'une manière totalement surprenante entraînant, inconsciemment
avec lui, la caméra qui le filmait toujours de face. Les nuages
défilaient à tout allure, le soleil avait disparu derrière
l'horizon, les étoiles la regardaient amoureusement mais
commençaient à s'éloigner de plus en plus, la caméra savait
qu'ils s'approchaient du sol jusqu'à ce qu'il s'arrêtèrent.
Il laissa la caméra un instant en disparaissant rapidement derrière
elle. Elle se retourna donc et fut surprise de voir que Clark était
exactement dans la même position avant même qu'elle ne se soit
introduite dans son œil gauche. Il était ainsi donc agenouillé sur
la même gargouille, les bras croisés se reposant sur ses genoux
pliés qui s'étaient rétractés sur son torse musclé. Il fixait
péniblement et d'un regard nostalgique, l'étendue des gratte
ciel, il était tranquille ici, personne pour venir le déranger, il
était seul. La caméra toujours face à lui se dirigea une nouvelle
fois vers ses yeux mais cette fois si elle s'introduisit dans celui
de droite pour suivre les terminaisons nerveuses et ressortir,
quelques secondes plus tard, par l'œil gauche. Toujours les yeux
rouges Clark était toujours posté sur la gargouille rien n'avait
changé depuis tout à l'heure excepté le fait que maintenant on
savait la cause de son malheur. Alors qu'il était paisiblement
installé au sommet de cette cathédrale, une voix surgit de nulle
part…
…( Voix grave, sans interruption) : Je dois t'avouer Superman que j'ai mis un bout bon de temps avant de te trouver, qu'est ce que tu fais là, à cette heure ci ?
Comme s'il s'attendait à recevoir de la visite Superman ne fut même pas étonné, il ne se retourna pas et resta fixer la ville qui s'étendait devant ses yeux. Une lueur d'amitié envahissait ses yeux, le sourire qui n'était jusqu'alors qu'invisible commença à se former, Clark savait de qui il s'agissait et le fait d'entendre sa voix le rassura.
Clark(sans même se retourner, fixant la ville) : Je t'aurai cru plus perspicace Batman, il y a quelque chose qui te tourmente ces temps ci ?
Le sourire s'agrandit et Clark se releva pour ensuite faire face à Batman, vêtu de sa combinaison en cuir moulante, seule une petite partie de son visage était visible, il préférait opter pour cette solution afin de ne se faire jamais démasquer. Un léger rictus se forma sur son visage, il était très posé, la question qu'avait posé Clark en aurait fait sourire plus d'un mais Batman resta quelque peu stoïque et n'offrit timidement qu'un minime rictus , comme pour être poli.
Bruce ( Le visage sérieux, fixant Clark) : Tu sais très bien que ma vie est un enchantement, je me demande encore pourquoi je revêtis ce costume…( le regard posé, changeant de sujet) J'ai reçu un message de ta part il y a quelques heures de cela, qu'est ce qui se passe ?
Clark( fronçant les sourcils, se retournant vers la ville) : Tu savais que je préparais mon combat contre Lex depuis déjà des années, je ne te l'apprends pas…(voyant Batman acquiescer ) mais voilà il y a quelques heures je l'ai enfin tué…
Bruce( posant ses mains sur ses hanches, toujours fixant Clark) : Je ne comprends pas, ça devrait être une excellente nouvelle, depuis le temps que tu voulais mettre fin à cet affrontement, pourquoi n'avoir pas prévenu les autres ?
Clark( serrant sa mâchoire, le regard dur) : Le pire dans tout ça c'est que je reste persuadé que Lex est toujours de ce monde, il n'est pas mort sous les décombres de cet immeuble et j'ai bien peur qu'il en revienne encore plus fort et plus dangereux…
Bruce( le regard quelque peu inquiet, avalant sa salive) : Comment peux tu en être aussi sur ? Tu l'as bien vu périr sous ces décombres, n'est ce pas ?
Clark( ne sachant plus quoi penser, perdu, se retournant vers Batman) : Mais oui là n'est pas la question, je suis comme toi, j'ai des pressentiments qui ne trompent pas…( marchant entre les gargouilles en tournant le dos à Batman) Tu te rappelles il y a un an quand le Joker avait réussi à sortir de prison, tu l'avais ressenti bien avant mais personne ne t'avais cru sauf moi…Aujourd'hui c'est exactement la même chose excepté que c'est moi qui ai besoin de ta confiance et ton amitié…Est ce que je peux compter sur toi ?
Bruce( se rapprochant de Clark, sans zigzaguer entre les gargouilles, marchant assurément ) : Bien sur que tu peux compter sur moi, j'ai toujours eu foie en ton jugement, si tu penses que Lex reviendra hanter ta vie alors je serai là pour t'aider à le vaincre , une fois pour toute…J'ai juste une seule question à te poser( voyant que Clark s'était retourné), pourquoi n'en parles tu qu'à moi, pourquoi ne préviens tu pas les autres ?
Clark(fixant intensément Batman, se mordant les lèvres) : Tout simplement parce que je préfère être sur que mon intuition soit la bonne et parce que je n'ai pas envie de créer la panique dans la ligue juste pour un fort pressentiment, qui peut être totalement erroné… Je veux voir Lex de mes propres yeux , il faut que je me prépare au pire…( Voyant que Batman regardait sous une de ses manches de costume) Tu dois partir je suppose ?
Bruce( d'un sourire crispé, confus, mais toujours en restant très posé, sans faiblir) : Oui, je suis désolé Superman j'ai d'autres gangsters à fouetter, dans ma très chère ville de Gotham City…Je mènerai mon enquête concernant la résurrection prochaine de Lex, peut être a-t-il laissé des indices quelque part, il a beau être minutieux, il n'en demeure pas moins humain, il a certainement une faille, il faut juste que je la trouve….(sortant un grappin d'un étui et l'accrochant au sommet d'une église, juste en face d'eux) Passe le bonsoir à Lois Lane…
Après un léger sourire moqueur, Batman se balança , grâce au grappin, d'immeuble en immeuble, sans que personne ne le voit, jusqu'à disparaître dans la nuit la plus totale et la plus sombre. Superman était resté debout, fixant l'horizon sans prononcer un seul mot, il n'avait retenu de la dernière phrase que « lois Lane », un prénom qui fit ressurgir en lui de nombreux souvenirs douloureux qui étaient jusqu'alors perdus au plus profond de son inconscient.
Clark( fixant l'horizon, tout en se reposant dans la même posture sur la même gargouille) : Je n'y manquerai pas (d'un vois plus douce, presque inaudible) Je n'y manquerai pas…
La caméra faisait face à Clark et sans trop de bruit elle le laissa seul , perdu dans ses pensées, afin qu'il réfléchisse calmement et sereinement au futures épreuves auxquelles il sera malheureusement confronté, dans cette équation s'additionnait le combat qui l'opposerait à Lex à la relation tumultueuse qui l'unissait à Lois. La caméra se décala vers la droite puis pointa son objectif vers le sol dur et froid que constituait le béton de ces routes. Arrivée très rapidement au rez-de-chaussée, la caméra faisait face maintenant aux deux anges réalistes et angoissants. Ces derniers fixaient encore une fois intensément la caméra et comme pour un mirage nous pouvions remarquer que ces anges étaient tristes, de nombreuses larmes coulaient sur leur visage, la tristesse, le désespoir et l'incompréhension les habitaient. La caméra se rapprocha de l'un d'entre d'eux pour apercevoir un petit écriteau inscrit sur une colonne miniaturisée qui servait de reposoir pour cet ange, un écriteau qui portait une inscription divinement bien écrite, il s'agissait de deux mots : « Fallen Angel ».
