Il lui complique incroyablement la tâche lorsqu'elle s'est mis en tête de le dévêtir ! un véritable strip-joker ! les petites mains agiles ont appris à agir vite et bien : faire coulisser le noeud de cravate, ouvrir gilet vert et chemise, faire sauter les bretelles, glisser le pantalon...

Il arrive que, par mégarde, un objet composant sa panoplie coutelière s'échappe d'une des nombreuses poches du peinturluré. Exclamation immédiate de l'intéressé : "Oh ! depuis le temps... que je le cherchais, celui-ci !" Il est alors vain de tenter d'interrompre ces "retrouvailles" sous peine de passer pour une Mrs Lovett totalement invisible aux yeux d'un Sweeney Todd ayant recouvré ses lames !...

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Le Joker, quant à lui, l'épluche avec des gestes lents... plutôt précis... parfois involontairement comiques.

Capable d'être... tant d'hommes à la fois !...

Acquitté de cette tâche, il lui arrive de rester un moment muet devant ce corps... partagé une ultime fois entre les différentes possibilités qui s'offrent à lui : l'aimer... la torturer...

Un mouvement compulsif de sa langue accompagne la réflexion, un bruit appréciateur de la bouche signe la résolution de ce dilemme.

Une fois n'est pas coutume, il ne parvenait pas à se décider. Aussi a-t-il sorti son couteau fétiche afin de passer la lame sur la peau, sillonnant les courbes, suivant le tracé de la lame d'un regard plein d'intérêt, laissant sa langue circuler librement sur ses lèvres chemin faisant... se remémorant la fois où... il avait laissé la même arme le soin de...

Elle n'a pas peur. Il faut dire qu'il est terriblement adroit quand il s'agit de manier le couteau. "A proper artist with a knife..."

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Elle glisse sur ce corps jusqu'à ce que réaction s'en suive...

Il commence à la toucher plus que de raison. Sa peau granule sous le passage de ses doigts terminés par des ongles relativement longs pour un homme...

Les sensations qui naissent en lui commencent à l'intéresser autant qu'à le déranger. Il a le sentiment d'être assailli. Tente d'ignorer ce fait... déglutit péniblement, se lèche les lèvres devenues sèches.

Pourtant... l'oeuvre est entamée...

Ses mains se joignent aux siennes. Les mouvements de hanches se succèdent... appelant là quelques gémissements, grognements et autres vocalises incontrôlées.

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Elle se dit... qu'inviter un homme tel que le Joker en elle... est une pure folie !

La conscience du danger... rapidement étiolée par l'inconscience de la volupté qu'il lui procure un peu malgré lui...

Ma foi... il ne faut s'attendre à aucune fioriture ! Le Joker aime de manière basique.

L'étreinte peut être bonne... comme elle peut être mauvaise.

Et qu'il soit de disposition amoureuse ou non ne change rien au fait qu'il prend grand soin d'elle, faisant en sorte qu'elle ait sa part - et accessoirement qu'elle lui foute la paix un moment !...

Car l'heure n'est déjà plus aux câlineries ; les veines du Joker venant d'être traversées par un tout autre poison qui va lentement mais certainement le pousser dehors, en quête de nouveaux méfaits à commettre.

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Rien dans cette triste nature ne vaut quelques bidons d'essence et des munitions.

Son atelier rappelle le bric-à-brac d'un brocanteur !...

Chimiste dans l'âme, le Joker concocte sa propre cuisine explosive avec passion. Insomniaque de nature, il vaque alors à la confection de systèmes ingénieux à la manière d'une dentellière : un fil par ci, un autre par là, gare à l'amalgame des couleurs !... "Ma petite entreprise... qui ne connaît pas la crise..." pourrait-on presque l'entendre chantonner...

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Il possède des mains d'artiste... badigeonnées par sa propre vision de la peinture corporelle ; l'expression même d'un être élevé au rang de pourvoyeur d'anarchie.

Il a ainsi dévasté la palette de maquillage de sa belle à la manière d'un chiot qui malmène une pantoufle ; non seulement il en était couvert mais en plus la salle de bains avait bénéficié d'une remise en couleur intégrale !... hors de question d'utiliser houppettes, éponges et autres accessoires : l'application se fait à mains nues comme un maçon manie la truelle.

Il dégueule sur l'effet naturel, rechigne à l'utilisation du correcteur de teinte... leur préférant nettement le look zombie destroy ; application dantesque du noir autour des yeux, après l'apposition d'un masque spectral pour terminer par la touche finale : l'emploi d'un stick à lèvres couleur vive, appliqué de manière débordante, étirant le sourire jusqu'aux oreilles si l'on peut dire !

Se plaît à dire que même s'il était une star, il ne tolérerait aucune retouche maquillage !... et s'en va dans un grand éclat de rire, claquant la porte de la pièce laissée en l'état.

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"Monsieur est toujours... terriblement bien mis."

Constat. Approbation. Satisfaction. Langue qui parcourt toute la longueur de la lèvre inférieure.

Il n'aurait pas supporté qu'elle cherche à "gratter la peinture". D'ailleurs il se couche avec son maquillage, en marque draps et corps, et quitte le lit avec une mine de clown ravagé au fard dégoulinant.

Le style dandy est réinventé, sali, massacré... pour privilégier une allure négligée, costume souillé et passé à certains endroits - signes que les affaires se portent bien surtout en ce qui concerne le maniement des armes lourdes. Le Joker a la tenue de l'emploi.

La seule fois où le patron s'est aventuré à rentrer au bercail en tenue... d'infirmière... lui a valu un viol dans les règles !

Il faut dire que chaton était d'humeur fort jouasse après avoir fait partir en fumée l'hôpital principal de Gotham, au nez et à la barbe de la justice présumée de la ville !...

Donc voir une folle lui bondir dessus ne l'a qu'à moitié dérangé. Tout comme le loupé de dernière minute du détonateur qui a failli ternir l'apothéose de l'explosion... quelques tapes et voici l'engin acquitté de sa dette !...

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Son camion terré dans le sous-sol, le clown s'y engouffre, fermant la porte d'un coup sec. Regards. Réouverture de porte, invite sans équivoque possible.

La tenant sur ses genoux, jambes pendant dans le vide côté portière ouverte, doigts de la main gantée de cuir courant sur le visage, baisers échangés allant du plus chaste au plus outrancier.

Une nouvelle fois, elle lui dit qu'il est beau - à sa manière s'entend. Approbation discrète de la tête. Se permet de la respirer une dernière fois.

Oh, il lui arrive de partir en virée avec lui. Et lorsque le duo déferle sur Gotham, il pleut du sang !