Bonsoir ! Voilà une semaine de passée ! Je dois dire que j'avais peur de vos réactions, mais elles m'ont vite rassuré sur une chose : J'ai réussi à vous toucher en plein cœur, ce qui est le but recherché ! J'espère que vous avez un bon cœur bien accroché pour le reste.

Merci à : Paige0703 (La voilà la suite !), ColJayjay (Ne t'en fais pas, elle sera Rinch mais pas dans l'immédiat), isatis2013 (Je vais te donner de quoi te réhydrater ! Et te donner du baume pour apaiser les souffrances de ton petit cœur), Jade181184 (Assez obscure en effet, voilà la suite !), Rochelle17 (Réparé, Finch n'est pas un robot le pauvre lol ! ) et Val81 (En effet c'est vague et il était intéressant d'étudier le sujet de l'après attentat).

J'espère que ce nouveau chapitre continuera à vous toucher. Et mille merci à Isatis2013 pour sa correction!

Bonne lecture !


Chapitre 2 : L'admission.

Un bip sonore continu résonnait dans la pièce. La poche de perfusion goûtait à un intervalle régulier. La machine à oxygène émettait un très faible ronronnement. Harold commença à prendre conscience de l'environnement dans lequel il se trouvait. Quelque chose pinçait le bout de son index gauche. Sans doute pour prendre ses constantes cardiaques. Son corps lui semblait plus lourd que tout. Son dos lui faisait mal. Sa hanche aussi. Son cou semblait bloqué. Doucement il retrouva quelques sensations et reconnu ce qui devait être un bandage à sa nuque.

Les yeux toujours clos, il essayait tant bien que mal de comprendre ce qui lui arrivait. Il ne parvenait pas vraiment à bouger. En remuant un peu son bras il sentit une gêne. Il grimaça et déglutit. Un simple mouvement lui demandait beaucoup d'effort. Il se sentait si faible. Prenant sur lui, il se fit violence et ouvrit doucement les yeux. Il les ferma aussitôt, agressé par la lumière du jour. Laissant passer un petit moment, il finit par les ouvrir de nouveau. Il ne vit que le plafond blanc de la chambre dans un premier temps. Puis il baissa le regard sans bouger sa tête. Il put remarquer qu'il était entravé, retenu par des sangles. Quelque chose maintenait sa nuque en plus du grossier pansement.

Il gémit. Il était sous oxygène aussi. Par un tube nasal qui avait soigneusement été posé. Les tuyaux partaient de chaque côté de son visage, disposés sur ses oreilles. Il remarqua alors trois poches de perfusion et resta confus. Pourquoi autant de produits ? Malgré l'absence de lunettes sur son nez, il put y lire quelques noms. Mais celui qui l'interpella fut celui de la morphine. Morphine ? Pourquoi un anti douleur aussi puissant ? Il ferma les yeux et plusieurs images lui revinrent en tête : Nathan qui sourit, le corps inerte de Nathan sur le brancard, le regard de l'infirmière qui avait tenté de le rassurer, les deux hommes en costumes, les pleurs de Grace, les regards de pitié des chauffeurs de taxis, la conversation avec la machine. Du sang. Son propre sang. La douleur qu'il avait ressentie.

Il s'humecta les lèvres et serra les dents. Il sentit une présence et il rouvrit les yeux.

-Mr Wren ? Vous m'entendez ? Demanda Maryse.

Il cligna bêtement des yeux. Sa gorge était sèche, il n'était pas en mesure de répondre. Il eut une légère toux qui lui arracha des grimaces de douleur et ferma les yeux, crispé. Il sentit qu'on lui portait une paille à la bouche et accepta de boire. L'eau lui fit du bien et il soupira. Il s'endormit.

Le temps s'écoulait lentement dans cette chambre d'hôpital. Le tic tac de l'horloge était le seul son régulier à présent. Harold n'entendait plus que ça. Ce son le calmait et il avait calé sa respiration dessus. Certes elle était rapide mais il ne pouvait pas ralentir les battements de son cœur avec la souffrance qu'il endurait. Parfois quelques gouttes de sueurs coulaient sur son front et il sentait toujours une serviette humide se poser dessus dans les minutes qui suivaient. Quelques fois il lâchait des gémissements, incapable de se retenir. Comment faire face à une douleur qui vrille le dos ? Comment la surmonter alors qu'il était déjà placé sous un produit puissant, censé combattre la douleur ? Il ne pouvait pas y arriver seul. C'était dur, insupportable, voire insurmontable à certaines périodes.

Deux jours s'écoulèrent péniblement, rythmés par la souffrance, les consultations des médecins, les soins par les infirmières et une toilette toute simple. On lui avait retiré ses sangles. De toute manière, il se sentait incapable de faire le moindre mouvement pour le moment. Il n'avait pas beaucoup ouvert les yeux pendant ces deux jours. Mais aujourd'hui, il fit un effort et les garda ouvert. Il put donc détailler l'infirmière qui s'occupait de placer une nouvelle poche parmi les trois. Les yeux dans le vague, il ne voyait pas encore clairement. La femme bougea et glissa les lunettes sur le nez d'Harold, prenant soin de ne pas le gêner avec la sonde nasale.

-Mr Wren ?

Harold retrouva peu à peu la vue et distingua la professionnelle. Ses cheveux étaient détachés, elle était légèrement maquillée, portait des lunettes, cachant ses beaux yeux verts.

-Vous m'entendez ?

Il déglutit et articula péniblement.

-Ou….oui.

-C'est une bonne chose.

Il fronça les sourcils mais ne parla pas. Un simple mot était déjà pénible.

-Mr Wren, je sais que vous êtes faible. Pour répondre à nos questions par oui ou par non, vous pourrez clignez des yeux une fois pour non et deux fois pour oui. Cela vous semble faisable ?

Harold répondit positivement.

-Bien. J'appelle votre médecin, il vous expliquera tout.

Elle le laissa seul. Harold réalisa qu'il ne pouvait toujours pas tourner sa tête à cause de la minerve. Ses muscles semblaient atrophiés à force de ne pas bouger et il commençait à le ressentir. Il fit bouger doucement ses doigts pour retrouver la sensation du toucher. Le drap était à la fois fin et doux. Son estomac gronda un peu. Il n'avait rien avalé depuis son hospitalisation. Il était seulement nourrit avec les poches. Il soupira de dépit. Il retrouva quelques sensations, le contact du drap contre sa poitrine non couverte, parsemée de patchs reliés aux machines, Il écarquilla les yeux. Il était pratiquement nu. Du moins en haut. Il n'était pas en mesure de dire s'il portait un pantalon mais quelque chose le gênait à son anatomie. Grinçant des dents, il bougea son bras, doucement et avec sa main, souleva le drap. Ce geste provoqua une douleur intense mais il se ravisa. Il eut sa réponse : il était bien nu et on lui avait mit une sonde urinaire. Il reposa le tissu et gémit, gardant la main sur son ventre.

Le praticien entra dans la pièce.

-Bonjour Mr Wren. Je suis le Dr Hailey.

Il se rapprocha du lit.

-Je ne vous demanderai pas si ça va. Vous avez très mal ?

Harold répondit positivement. Le grand homme attrapa le tabouret et le fit rouler jusqu'à lui, puis s'assit dessus.

-Votre cas est délicat Mr Wren. Est-ce que vous vous souvenez de l'origine de vos blessures ?

Nouvelle réponse positive.

-Comme vous n'avez pas encore la force de parler, je ne vous demanderai pas les circonstances, même si nous n'avons aucun doute que vous étiez sur les lieux de l'attentat du ferry ?

Harold gémit à cette évocation et une lueur triste passa dans ses yeux bleus. Le médecin comprit mais n'insista pas.

-Vos blessures sont très importantes Harold.

Le fait que l'homme prononce son prénom attira son attention.

-Vous avez été sérieusement blessé. Nous ne savons pas comment vous avez fait pour venir jusqu'ici. Vous auriez pu mourir.

Harold déglutit.

-Je suppose que vous avez remarqué qu'on vous a immobilisé avec des sangles les premiers jours. C'était une procédure afin d'être certain que vous ne bougeriez pas.

Il fit une pause, scrutant les réactions de son patient mais celui-ci n'attendait que la suite, paniqué et impatient.

-Au niveau de votre nuque, vos vertèbres étaient déplacées. Nous vous avons opéré d'urgence avant que cela ne s'aggrave, votre pronostic vital était engagé. Maintenant il ne l'est plus.

-Qu'avez-vous...fait … Murmura Harold, haletant légèrement.

Etonné par la prise de parole de son patient, l'homme continua.

-Nous avons réalisé une fusion vertébrale. A partir de la plaie que vous aviez dans votre dos, des tiges métalliques ont été placées de part et d'autre de votre colonne vertébrale. Entre ces deux tiges, il existe des liens qui permettent de tenir toute la partie qui était sévèrement fragilisée, expliqua le praticien en mimant avec ses mains.

-D'où…la minerve ?

-Exactement. Il faut un certain temps pour que l'os puisse venir se souder sur la structure que nous avons mise. L'opération est très récente, vous allez la garder au minimum une semaine.

-Et... mon… Dos ?

-Nous avons fait une radio et votre bassin était touché. Surtout du côté gauche. Vous avez dû tomber lourdement. Nous avons opéré afin de réparer les dégâts mais …le bas de votre dos est fragile et en rajoutant votre fusion osseuse…Nous ne savons pas si vous allez pouvoir remarcher.

Il écarquilla les yeux. Il venait de se prendre une douche froide. Puis en réfléchissant, il constata qu'il ne sentait plus vraiment ses jambes ! Cette perspective lui fit peur et il paniqua pour de bon, s'affolant. Le médecin se leva et posa ses mains sur les épaules de son patient.

-Mais ce n'est pas définitif.

Harold se calma un peu.

-Lorsque vous étiez inconscient après votre opération, nous avons pratiqué un test courant. A l'aide d'un appareil nous avons introduit des décharges électriques d'intensité faible via une fine aiguille. Les résultats ont montré que vous y répondiez encore.

-Alors…

-Vous avez encore de la force mais nous ne savons pas combien vous en avez. Nous allons devoir faire plus de tests pour déterminer la gravité de votre paralysie. C'est malheureusement une des conséquences d'une telle opération.

-Je…

-Ne vous forcez pas à parler si vous sentez que vous n'en avez pas la force.

Harold gémit puis cligna des yeux.

-Que ... puis-je…espérer ?

-Dans le meilleur des cas, une rééducation rapide de deux-trois mois mais dans le pire des cas … une rééducation à vie.

Il poussa un petit son horrifié et détourna le regard, triste. Trop, c'était trop. Entre la perte de son meilleur ami, la décision dure qu'il avait prit de ne pas se montrer devant Grace, puis ses blessures importantes et la perspective qu'il n'allait sans doute plus pouvoir marcher, il n'en pouvait plus. Il se retrouvait désormais seul, loin de tout le monde. Il n'avait plus personne. Il était isolé, faible, blessé et infirme. Refoulant un sanglot, une larme coula sur sa joue et il ferma les yeux pour cacher sa détresse. Mais cela n'échappa pas au praticien, qui se contenta de poser une main compatissante sur le bras d'Harold.

- Laissez-moi… Implora Harold, la gorge nouée.

Le praticien acquiesça et quitta la chambre, prenant soin de fermer la porte. Lorsqu'il se retrouva enfin seul, loin de tout regard, Harold craqua. Il laissa ses larmes couler à flots. Peu importe que pleurer lui fasse mal à la nuque à cause des tremblements, il ne pouvait plus se retenir. Il était humain comme tout le monde. Il pouvait très bien avoir des moments de faiblesse et c'était le cas. Le visage trempé, il serra les dents et gémit de plus en plus fort. Décidément, il n'était pas en paix avec son corps. Dans un geste rageur, il arracha les aiguilles des perfusions. Il était en colère. Comment avait-il pu un instant espérer que le gouvernement ne les tue pas ? Comment avait-il pu être si naïf ? Si aveugle ?

Il souffla péniblement et tira sur les fils connectés aux patchs sur sa poitrine. L'appareil émit un son strident. Il n'en tint pas compte et continua, agacé. Deux infirmiers entrèrent dans la chambre. L'un d'entre eux fonça sur Harold et l'empêcha de continuer, l'immobilisant. L'autre se précipita sur le chariot d'urgence, attrapant une seringue. Il vint la planter dans le bras d'Harold et celui-ci s'agita nerveusement.

Progressivement le produit se répandit dans ses veines et il se sentit plus fatigué. Sa vue se brouilla et il s'endormit, abandonnant son combat, sa rage.

Il se réveilla en sursaut pendant la nuit. La chambre était plongée dans une faible luminosité, qui n'était aucunement gênante pour dormir. Les rayons de la lune traversaient les stores et donnaient un côté intime. Il s'aperçut rapidement qu'il était de nouveau sanglé. Il ne pouvait pas bouger ses bras, juste tourner ses poignets. Même au niveau de sa poitrine, une bande médicale passait et l'empêcher de bouger. Il geignit et ferma les yeux en un rictus de douleur. Il avait mal, tout son dos et sa nuque étaient en feu. S'il devait décrire ce qu'il ressentait, il dirait qu'on lui broyait les os dans une presse.

Il hoqueta. De l'aide. C'était ce dont il avait besoin. Il voulu attraper la commande mais ne la trouva pas. Ces liens l'entravaient et l'empêchaient de faire quoi que ce soit. Il maudit l'incompétence des personnes qui avaient osé le ligoter sans penser à placer le bouton d'appel assez proche. Même s'il était de nouveau sous morphine, il avait horriblement mal. Il était tendu et crispé. Sa respiration s'affolait. Il cria sous une douleur vive qui traversa son dos en une ligne. Puis ce fut un hurlement qu'il ne put retenir.

Maryse débarqua et posa une main sur son front un instant avant de se diriger vers le chariot et de prendre un décontracturant. Elle l'injecta et Harold commença à en ressentir les effets. Son rythme cardiaque ralentit progressivement avant de revenir à la normale. Maryse se plaça au dessus de lui.

-Ca va un peu mieux ?

-Oui… répondit-il, encore essoufflé tout de même.

-Vous êtes en nage. Constata-t-elle. Vous voulez que je vous fasse une petite toilette ? Le contact de l'eau vous fera du bien.

-Volontiers…

Il avait accepté rien que pour sentir de l'eau sur lui. Il détestait se faire materner, mais ayant conscience de ses difficultés et face au petit sourire encourageant que Maryse lui avait offert, il ne pouvait pas refuser. Alors qu'il reprenait doucement possession de ses douleurs, son estomac riposta. Maryse releva la tête et sourit avant d'aller dans la salle d'eau, préparer le nécessaire. Il voulu bouger un peu mais l'entrave le rappela vite à l'ordre. Il grogna. Il se sentait rabaissé et humilié. La femme revint avec une bassine fumante, un gant de toilette et plusieurs serviettes. Elle fit glisser un peu la couverture.

-Non…

Elle s'arrêta.

-Un souci ?

-Je suis… seulement … pudique. Bredouilla l'informaticien.

-Je sais que vous ne portez rien Mr Wren.

Il fronça les sourcils.

-Je me suis chargée de vous placer la sonde urinaire.

Harold s'étrangla avec sa salive et toussa légèrement, rougissant.

-Ne le prenez pas comme ça ! Vous savez que vous n'êtes pas le premier ?

Cela rassura un peu Harold, sans pour autant l'apaiser totalement.

-Maryse… ?

-Oui ?

-Détachez-moi…

-A une condition.

-Laquelle ? Soupira Harold.

-Que vous vous teniez bien. Que vous ne recommenciez pas.

-Je le promets. Accepta-t-il.

Elle sourit puis retira les liens. Le reclus souffla de bien être, se sentant un peu plus libre, plus humain. Mais il ne put s'empêcher de cacher sa grimace. Maryse plaça une serviette de chaque côté de son patient, suivant les courbes de son corps, afin d'éviter que l'eau ne mouille le lit. Elle retira délicatement la sonde nasale puis elle prit le gant de toilette, l'enfila et le plongea dans la bassine. Elle posa le tissu trempé sur le front de l'informaticien, qui frissonna soudainement. Le gant glissa sur sa joue et il ferma les yeux appréciant le contact. L'infirmière passa sur l'autre joue râpeuse de son patient, mouilla son front et légèrement ses cheveux. Elle remouilla le gant puis descendit sur ses épaules, évitant les nombreux fils, massant doucement chaque bras. Elle recommença puis passa sur la poitrine, retirant toute trace de sueur. Harold gardait les yeux clos et essayait de se concentrer sur cette main au lieu de laisser ses douleurs l'envahir.

Maryse prit soin de ne pas trop descendre, ayant comprit à quel point son patient était pudique. Elle ne s'arrêta que sur le ventre et resta professionnelle. Harold rouvrit les yeux et lui offrit toute la reconnaissance qu'il put à travers ses yeux bleus. Elle esquissa un petit sourire puis termina. Elle sécha son patient avec une autre serviette et remonta la couverture sur lui. Elle replaça ensuite la sonde pour l'oxygène.

-Vous vous sentez mieux ?

-Oui…Merci.

-Je vous laisse vous reposer.

Elle alla vider la bassine puis la rangea. Alors qu'elle s'apprêtait à sortir, Harold la rappela.

-Maryse ?

-Oui Mr Wren ?

-Je pourrais avoir des vêtements ? Demanda-t-il tout penaud.

-Vous n'avez rien d'autres hormis ce que vous portiez le jour de votre admission. Remarqua-t-elle tristement. Vous n'avez pas quelqu'un qui pourrait vous en apporter ?

Cette question trancha le cœur d'Harold. Cela lui rappela ô combien il était seul. Il inspira un bon coup et tourna doucement la tête, malgré la minerve, vers les rideaux. Maryse s'inquiéta de ce changement de comportement et se rapprocha de lui. Harold avait la gorge serrée désormais. Elle s'en aperçut.

-Oh … Je suis désolée Mr Wren, je ne pensais pas que …

-Je suis seul. Admit-il, comme une évidence.

Elle resta silencieuse puis reprit.

-Quelle taille faites-vous ?

Doucement, Harold planta son regard dans le sien.

-Vous n'êtes pas obligé…

-Mr Wren, c'est pour votre bien.

-Mettez ça à mon nom, je payerai les frais…

-Comme vous voulez. Alors vos tailles ?

Harold finit par lui dire et elle nota tout cela sur son petit calepin.

-Je prendrai du confort, vous devez être à l'aise tant que vos cicatrices ne sont pas totalement cicatrisées.

Il ne dit rien, fatigué. Elle le salua et lui ordonna de se reposer. Il finit par se laisser aller au sommeil.

Le lendemain matin, il se réveilla difficilement, légèrement sonné. Il sentit son dos le pincer mais se retint de crier. Il vit Maryse rentrer dans la chambre, avec un sac.

-Bonjour Mr Wren, reposé ?

-Bonjour Maryse. Un peu.

-Je suis allée faire un tour à la boutique en face de l'hôpital, je vous ai trouvé ce qu'il vous faut !

-Oh ? Sourit doucement Harold, curieux.

-Vous voulez voir ?

-Oui.

Elle déposa le sac, l'ouvrit et commença à sortir quelques affaires.

-Un short, un pantalon de pyjama puis un pantalon pour sortir… Harold remarqua alors qu'il ressemblait à un pantalon de costume et son sourire s'élargit, deux tee-shirts, un polo, une chemise, deux gilets car il commence à faire frais ! J'ai pris aussi des chaussettes et des sous vêtements pour quand on pourra vous retirer la sonde. Le reclus rougit. Une paire de pantoufles et …une paire de baskets, je sais que vous avez encore vos chaussures de ville mais elles ne seront pas adaptées dans un premier temps.

-Merci. Fit Harold, ému par le ton joyeux de l'infirmière. Je peux… enfiler le short ?

-Je vais plutôt vous l'enfiler, vous n'y arriverez pas vous-même…

-Je sais …

-Vous voulez bien ?

Finch approuva doucement. Elle prit le vêtement puis souleva le drap au bout du lit. Elle détacha la poche qui était relié à la sonde, de son support un instant puis la fit passer dans une des jambes du vêtement. Elle lui glissa le short, passant les pieds dedans et Finch eut un air contrarié, réalisant qu'il ne sentait pas beaucoup le tissu sur sa peau, il sentait à peine les mains de la praticienne. Elle remonta le short, tout en gardant le drap en place pour l'intimité de son patient et parvient à le glisser sous ses fesses. Harold ne put retenir un gémissement.

-Voilà.

Harold lui sourit faiblement mais grimaça.

-Vous avez mal ?

-Hum hum.

Elle pencha la tête sur le côté mais n'insista pas.

-Je vais profiter que vous êtes à jeun pour vous faire une prise de sang.

Elle prépara le matériel puis s'installa. Elle noua l'élastique au bras d'Harold et tapota doucement pour faire ressortir les veines. En voyant une, elle s'empara d'une fine aiguille et la planta, puis rempli deux tubes, tout en observant son patient, qui était bien calme en apparence, malgré son visage crispé, ses cernes, ses cheveux mal coiffés, sa barbe qui commençait à prendre. Elle entendit à nouveau un bruit qu'elle avait entendu quelques heures auparavant et sourit.

-Vous avez faim ?

-Oui…

-Soif aussi ?

Harold se mordit la lèvre.

-Oui.

Elle rangea les tubes sur son support, nettoya le bras et rempli un verre d'eau. Harold leva ses mains pour s'emparer du verre mais ce mouvement le fit se crisper. Il ne se laissa cependant pas faire contre la douleur et attrapa le récipient d'un geste peu assuré. Par reflexe, il voulu rapprocher ses lèvres et donc sa tête. Il hurla, regrettant son geste aussitôt. Maryse s'était empressée de reprendre le verre en le voyant faire ce qu'il ne fallait pas. Harold avait agrippé une des barrières de son lit, la serrant de toutes ses forces, les yeux clos. Il resta comme cela un moment puis finit par rouvrir les yeux, pour apercevoir une paille. Maryse la porta à ses lèvres et il bu, humilié une fois de plus.

On lui apporta son premier vrai repas depuis son admission et il eut bien du mal à se débrouiller seul. Mais il avait insisté qu'il finirait par y arriver. Il avait prit sa télécommande et avait redressé le dossier du lit pour être assis. Il avait répandu la confiture fournie dans un petit pot sur la tranche de pain et il l'avait mangé doucement, évitant de trop remuer sa mâchoire. Même si la confiture n'était pas terrible, il appréciait de pouvoir manger après tout ce temps. Il n'avait pas réussi à boire le chocolat chaud l'accompagnant, déjà fatigué. Il avait reposé ses bras sur le matelas et s'était, sans s'en rendre compte, rendormi. Lorsque la cantinière reprit le plateau, elle fut surprise de le voir dormir et elle prit soin de prévenir un infirmier. Le jeune homme jeta un œil et décida de baisser le dossier, afin de soulager le dos d'un poids. Le mélange des perfusions : la morphine, les anti-inflammatoires, la nourriture, ajoutés à la douleur, épuisaient fortement Harold.

Il fut réveillé quelques heures plus tard par le Dr Hailey.

-Bonjour Mr Wren.

-Bonjour. Murmura-t-il, à moitié endormi.

-Comment vous sentez-vous ?

A présent bien réveillé, Harold fixait le praticien dans les yeux.

-C'est … Difficile.

Hailey haussa un sourcil.

-C'est normal. Vous allez avoir besoin de temps et de beaucoup de patience.

Il ouvrit le dossier qu'il tenait dans les mains et poursuivit.

-En raison de la particularité de votre rééducation, vous allez être transféré en fin de semaine dans un institut adapté.

-Pourquoi ? Demanda Harold.

-Le personnel est plus qualifié pour la rééducation et vous suivra de très près. C'est un petit établissement avec environ 200 patients, équipés de radios, d'une IRM, d'un scanner, de salles de sports, d'une piscine, de bains et il y a un extérieur pour permettre aux patients de prendre l'air. Le professeur à qui j'ai adressé votre cas est d'accord pour vous prendre en charge.

Harold fit une moue contrariée.

-Sachez que vous êtes le premier patient, en dix-huit ans d'expérience, que je vais envoyer dans cet institut.

L'informaticien réalisa encore plus à cet instant précis la gravité de son cas.

-En attendant votre transfert, le professeur Hans m'a demandé de vous faire faire quelques exercices afin de garder la tonicité de certains de vos muscles.

-Exercices ?

-Des mouvements très simples pour nous mais qui seront sûrement pénible dans un premier temps pour vous.

Harold déglutit.

-J'ai eu le retour de vos analyses sanguines. Le médecin s'empara d'une feuille et la lu. Vos taux sont corrects. Même si nous n'en doutions pas, il fallait vérifier. Savez-vous pourquoi ?

-Non.

-Vous allez avoir un traitement à vie. Pour vos douleurs, car je ne vous le cache pas, vous aurez mal tous les jours, pas comme aujourd'hui, ce sera atténué. Les antidouleurs devront être prit avec d'autres médicaments qui vous aideront pour votre dos et votre hanche fragilisée. Du potassium, du magnésium et du calcium seront nécessaires.

-Pour le renforcement osseux ? Tenta Harold.

-Vous avez compris. Mais aussi pour éviter les crampes et les problèmes cardiaques.

-Mais … je n'ai pas de…

-Non vous n'en avez pas. Mais comme vous serez dans l'obligation de faire beaucoup moins d'activités, c'est une anticipation nécessaire.

-D'accord…

-Le seul inconvénient c'est que ce traitement est un peu lourd pour un organisme qui n'est pas habitué.

-C'est-à-dire ? Questionna le reclus.

-Vous risquez d'avoir quelques troubles digestifs et d'avoir des nausées. Il existe d'autres effets mais qui sont très rares : une migraine, des allergies.

-Mais je n'aurai pas le choix…

Hailey se pinça les lèvres.

-Pas vraiment si vous voulez rester en bonne santé.

Harold ne répondit pas. Pourquoi rester en bonne santé s'il n'avait plus aucun objectif ? A quoi pouvait-il bien se raccrocher maintenant ?

-Nous commencerons une partie du traitement aujourd'hui : tout ce dont vous avez besoin hormis les antidouleurs car vous êtes déjà sous morphine.

-Faites… Murmura Harold sans plus de conviction.

-Un kinésithérapeute va venir dans une heure pour suivre les recommandations du professeur Hans. Vous pouvez vous reposer un peu en attendant.

Harold approuva doucement et le praticien quitta la chambre. Il fixa un point imaginaire au plafond et ferma les yeux, plongeant dans ses réflexions. Devait-il guérir ? Accepter le traitement ? Accepter la nouvelle vie qui l'attendait : seul et infirme ? Incapable de se débrouiller ? Il était blessé d'avoir été si naïf, si innocent. Il éprouvait une rage profonde contre le gouvernement. Jamais il n'aurait dû vendre la machine pour un stupide dollar. Mais lui-même ne connaissait pas la valeur réelle d'une telle machine. Il commençait à regretter de l'avoir donné. S'il avait, par l'intermédiaire de Nathan, réclamé une somme d'argent, peut être qu'il ne serait pas blessé, peut être que Nathan serait encore en vie.

Il se maudit, non même avec de l'argent, le gouvernement n'aurait pas hésité une seule seconde à les tuer. L'argent ne les aurait pas freinés, il devait arrêter de se faire des illusions. Mais il n'acceptait pas la mort de Nathan. Lui qu'il avait connu pendant ses années de faculté, au MIT. Nathan et lui s'étaient liés d'amitié très rapidement, chacun ayant le même goût concernant la technologie, chacun étant très curieux. Ils avaient cohabités dans la même chambre d'étudiant lors de leur cursus. Nathan avait dû supporter sa folie et son addiction au travail. Il avait même dû le faire ralentir à plusieurs reprises lorsqu'il travaillait trop. Mais peu à peu, Nathan avait compris que le travail était son refuge et qu'il ne pouvait pas faire grand-chose.

Lorsqu'ils avaient obtenus leurs diplômes, Harold ayant été le premier de sa promotion, Nathan avait eu l'idée de fonder une société. Harold avait accepté de suivre son ami et leur pari s'était révélé gagnant. La société avait rapidement pris du galon grâce au travail acharné du plus grand informaticien de tous les temps, Nathan l'aidait bien sûr mais n'était pas aussi doué.

Il repensa soudainement à quelqu'un. Nathan avait un fils. Will. Avait-il apprit la mort de son père ? Harold n'osa imaginer le chagrin du jeune homme qu'il considérait comme son propre neveu. Il s'en était beaucoup occupé quand Nathan travaillait trop et que son ex-femme ne le gardait pas. Le petit Will n'avait pas eu une enfance facile avec ses parents et Harold avait tout fait pour qu'il en garde tout de même quelques bons souvenirs. Il rouvrit les yeux. Il ne pouvait pas laisser son neveu sans nouvelle. Certes il ne savait pas qu'il était avec Nathan lors de l'explosion mais il avait le droit de savoir. Comment allait-il justifier son… infirmité si Will venait le voir un beau jour ?

Harold réfléchit et prit sa décision. Il devait le mettre au courant, sans préciser tous les détails, sans préciser que Nathan avait été visé. Il fit appel à ses forces et tenta de tourner la tête pour regarder la table de nuit. Un cri s'échappa de ses lèvres mais il força. Un téléphone. Oui il devait l'appeler, seulement s'il parvenait à atteindre l'appareil. Il attrapa la télécommande sur le lit et appela une infirmière. Sans surprise, ce fut Maryse qui débarqua.

-Eh bien Mr Wren ? Un souci ?

Harold réalisa une chose.

-Mais … vous n'avez … pas de ...pause ?

En effet après l'avoir vu la nuit, puis la matinée, il pensait qu'elle serait de repos. Maryse sourit et avança.

-Il est déjà 18h, la dernière fois que je vous ai vu c'était vers 6h du matin.

-Oh ?

-Alors ?

-J'aimerai téléphoner.

Elle fronça les sourcils et réalisa que le combiné était un peu loin pour qu'il parvienne à l'attraper. Elle rapprocha la table de lui.

-Ca ira ?

-Oui, merci.

-Je vous laisse ?

-S'il vous plaît.

Elle s'éclipsa. Harold saisit le combiné et appuya sur les chiffres. Heureusement, il connaissait par cœur le numéro de son neveu, lui qui avait la mémoire des chiffres. Il porta le téléphone à son oreille et attendit. Une sonnerie… deux…trois...

Au bout de la quatrième sonnerie, quelqu'un décrocha.

-Oui ?

-Will ? Demanda-t-il, peu assuré.

-Oncle… Oncle Harold ? Retentit la voix brisée de Will.

Harold devina que le jeune homme était au courant mais voulu en avoir le cœur net.

-Tu es au courant ?...

-Oui… Sanglota le jeune homme.

Harold ravala sa salive, sentant les larmes lui monter au nez. Il n'avait jamais aimé entendre, ni voir Will pleurer car cela le rendait toujours triste.

-Comment ça a pu arriver Oncle Harold ? Pourquoi papa ?...

-Will, je suis vraiment désolé…

-Comment l'as-tu appris ? Renifla Will.

-Will… j'étais avec lui…

-Quoi ?! Oncle Harold ! Tu vas bien ?!

-Pas vraiment. Admit-il. J'ai été blessé.

-Où es-tu ?

-Will, tu devrais … penser à toi d'abord.

-Oncle Harold. Papa sera enterré dans deux jours. Tu es le seul qui me reste de ma famille.

-Will… tu as ta mère…

-Peut être mais tu sais ce que je pense d'elle.

Harold se rappela alors certaines paroles de Will lorsqu'il était adolescent. Will n'aimait pas particulièrement sa mère et ne la portait pas dans son cœur. Il la considérait comme responsable du divorce de ses parents et de l'état de son père qui avait changé une fois qu'il s'était retrouvé sans sa femme.

-J'ai besoin de te voir. De voir que tu vas bien, que ce n'est pas si grave.

-Will…

-Oncle Harold, s'il te plaît.

-Je suis à l'hôpital général de New-York pour le moment.

-Pour le moment ?

-Will… je t'expliquerai si tu viens, ce ne sont pas des choses à dire au téléphone.

-D'accord. Je viendrai demain, tu es dans quelle chambre ?

-Euh … Je ne sais pas…

-Pas grave, je me renseignerai à l'accueil. Je te laisse te reposer Oncle Harold, prends soin de toi.

-Toi aussi Will…

Will raccrocha et Harold reposa le combiné sur son support. Cette courte conversation l'avait remué, faisant revenir une profonde tristesse. Will n'était plus que la seule vraie personne qu'il avait mais il ne voulait surtout pas l'obliger à quoi que ce soit : le jeune homme avait des obligations, il était médecin en Afrique.

Il fut interrompu dans ses réflexions par l'arrivée d'un homme qui devait avoisiner la quarantaine.

-Bonjour, je suis le Dr Rick, kinésithérapeute.

-Bonjour. Salua Finch.

-Vous êtes prêt pour quelques petits exercices ?

Harold ne répondit pas, les lèvres pincées.

-Je ferai attention Mr Wren, Maryse m'a prévenu que vous étiez souffrant. J'ai lu votre dossier avant de venir vous voir.

Il ne dit rien. Il n'avait pas envie de se soumettre aux exigences de son médecin. Il était fatigué et ne sentait plus ses forces. Le kiné remonta ses manches et se rapprocha de lui.

-On va commencer en douceur. Les bras d'abord.

Harold eut un petit geste de recul. Cela n'étonna pas le praticien.

-Vous avez peur. Je m'arrêterai si vous avez trop mal. Il vous suffira de me le dire. Lui expliqua-t-il d'une voix posée et douce.

L'homme s'empara du bras gauche d'Harold dans un premier temps et le leva doucement. Il plia doucement, faisant marcher les articulations du coude et recommença le geste plusieurs fois, prenant soin de ne pas trop tirer sur le bras. Il exécuta la même chose de l'autre côté, observant les réactions de son patient. Harold était calme et se concentrait sur ses gestes, n'oubliant pas de respirer.

-C'est parfait. Maintenant on passe aux jambes.

Un voile de peur traversa les yeux de l'informaticien. Le praticien, ayant eu vent de sa pudeur, défit le bord du lit et remonta la couverture sur les cuisses de son patient. Finch s'étonna mais fut reconnaissant du geste. L'homme posa les mains sur la jambe droite. Finch écarquilla des yeux. Il sentait tout de même la touche mais elle était faible. Rick glissa une main sous le genou et le souleva, pliant la jambe. Harold se pinça les lèvres. Il avait senti un pincement dans son dos mais ce n'était pas si douloureux. Le praticien recommença et finit par soulever la jambe. Harold ne put retenir un gémissement.

-D'accord. C'est trop pour vous. Il la reposa et vint masser la cuisse pour faire travailler les muscles. Cela surprit Harold mais il le laissa faire. Après tout c'était un professionnel de la santé et du corps humain. Il passa ensuite à l'autre jambe au bout de quelques minutes. Il fit la même chose et tenta de plier la jambe. Sans prévenir Harold hurla, faisant bondir l'homme, qui s'empressa de rallonger la jambe. Désormais haletant, Harold s'efforçait de penser à autre chose que la douleur qui lui vrillait le bas du dos. Rick avait posé une main sur l'épaule de son patient, exerçant quelques pressions avec son pouce, l'air désolé.

-Je vais plutôt masser. Cela ira ?

-O…Ou… Oui…

Il posa ses mains sur la jambe gauche et la massa, commençant par la cuisse puis descendant. Harold avait fermé les yeux, tentant de deviner les zones moins sensibles aux touchers du praticien. Il finit par se détendre légèrement. La fin de la séance se signala par l'arrivée de la cantinière. Rick remit la couverture en place sur Harold et lui conseilla de se reposer et de ne pas hésiter à utiliser ses bras avant de quitter la chambre. La femme déposa le plateau sur la petite table et la roula jusqu'à Harold.

-Bon appétit Monsieur.

-Merci.

Harold souleva la cloche et détailla l'assiette : de la purée, une tranche de jambon chaude. Un repas classique. Il s'empara de la cuillère et goûta la purée. Il fit une grimace. Evidemment ce n'était qu'une purée industrielle. Il se força un peu à manger. Il n'avala que la moitié et mangea toute la compote aux pommes. Il avala aussi les nouveaux médicaments qui lui avaient été prescrits. Il repoussa la table du mieux qu'il put et ferma les yeux, épuisé.

A suivre...