Chapitre 1 :

Prologue

Poudlard, rentrée 1995

Assis dans la salle commune, toujours égale à elle-même, Harry songea, dans l'attente du discours d'ouverture de Dumbledore à l'été passé. Il avait sans doute été le plus difficile de sa vie. Plongé dans un état léthargique par la mort de Sirius, il avait un temps cessé de vivre. Puis, réalisant qu'il était contraint de vivre, il s'était alors laissé aller, renoncant face à l'adversité, attendant que Voldemort vienne l'achever. Il n'avait plus aucun goût de la vie. Il en arrivait même à reprocher à ses parents leur sacrifice, qui, il le savait, lui interdisait de mourir, et l'empêchait de vivre. A quoi bon poursuivre un combat qui paraissait perdu d'avance ? A quoi bon survivre, quand il ne pouvait plus vivre, perdant un à un ceux qu'il aimait ? Chaque année, la liste s'allongerait, et Harry ne serait plus qu'un corps en vie, et un cœur déjà décédé. C'était, du moins, la conclusion qu'il avait émise en Juillet.

Molly Weasley et son fils ne savaient que faire pour aider Harry. La mort d'un de leurs oncles, décédés à un âge avancé, avait forcé la famille de mages roux à rejoindre l'Irlande. Mais Harry était même devenu insensible à la vie chez les Dursley. Plus rien ne l'atteignait. Hermione l'avait pourtant supplié de s'installer chez elle, mais il avait décliné l'offre.

La solitude lui faisait du bien. Il comprenait qu'il ne pouvait pas continuer ainsi, et qu'il devait réfléchir. Passer outre ces sentiments quasi-suicidaires. Il commença d'abord par revivre de ce sentiment d'adversité. Il livrerait sa bataille, jusqu'au bout. Oui, il périrait de la baguette de Voldemort – sa mort naturelle lui semblait bien improbable – mais il ne laisserait pas ce dernier vaincre si facilement. La prophétie était maîtresse de son destin, mais il ne la laisserait pas s'accomplir par elle-même, il la devancerait.

Peu à peu, il avait remonté la pente. Dans le Poudlard Express, revoir Ron et Hermione lui avait donné le sourire qu'il n'avait pas arboré depuis le printemps. Il en oubliait presque les derniers mois. Enfin, il était intimement persuadé de ça : aussi difficile lui paraissait-il, il allait revivre, comme avant.

La voix d'Hermione le tira de ses pensées. Le banquet allait commencer.

« Il y a une nouvelle prof » commenta la jeune fille

« Espérons qu'elle ne soit pas la fille cachée d'Ombrage » espéra Ron.

Harry scruta alors la table des professeurs. Assise entre Dumbledore et Rogue, la jeune femme devait avoir entre 35 et 40… L'âge que Sirius, James et Lily auraient si Voldemort n'en avait pas décidé autant. Elle ne semblait pas grande, mais fine. Sa peau était claire, presque comme de la porcelaine. Ses cheveux bruns étaient tirés en chignon, dont plusieurs mèches rebelles s'échappaient sur la nuque et les tempes, ondulant légèrement. Ses grands yeux étaient bordés de cils noirs longs, et sa bouche, peinte de bordeau, contrastait avec sa peau, lui donnant un côté suranné. C'était assurément une très belle femme. Sa tenue appuyait l'élégance et la noblesse que dégageait son visage. Elle portait en effet une très belle robe de sorcier, très certainement de grande valeur, bleu nuit, scintillante d'étoiles. On aurait dit le plafond du réfectoire de Poudlard.

Harry ne pouvait détacher ses yeux du professeur. Quelque chose en elle l'intriguait, l'appelait. Peut-être la connaissait-il… L'avait-il croisée au sein de l'Ordre, sur le Chemin de Traverse ?

« Chers élèves, nouveaux et anciens, je vous souhaite la bienvenue. Avant d'ouvrir le banquet par mon discours habituel, je vous présente notre nouveau professeur de Défenses Contre les Forces du Mal, Ms. Edwards. J'espère que vous saurez lui donner l'estime qu'elle mérite. »

Harry sentit soudain la table vibrer. Plus précisément, son assiette. L'or de la pièce de vaisselle se grava tout à coup :

« Harry, viens dans mon bureau dès la fin du banquet. Le mot de passe est tarte à la meringue. Ms. Granger et Mr. Weasley sont également attendus. Dumbledore »

Les trois amis se regardèrent, puis jettèrent un œil à Dumbledore, qui leur adressa un petit sourire. Le message s'effaca des assiettes.

Le cœur d'Harry manqua un battement. Il lui sembla voir un chien noir aux pieds de Dumbledore. La vieille chouette de divination aurait dit qu'il voyait un Sinistros. Lui croyait voir Sirius. Son imagination cruelle lui jouaient des tours. Mais il s'était promis d'aller de l'avant. Il tâcha d'oublier cette hallucination.

Le banquet semblait interminable aux trois Gryffondors impatients de savoir ce dont il retournait.

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« Tarte à la meringue »

La gargouille qui gardait le bureau du directeur de Poudlard ouvrit son chemin aux trois élèves de 6ème année.

« Je ne savais pas que les sorciers connaissaient la tarte à la meringue » s'écria Hermione

« Si ça te rassure, je ne sais pas ce que c'est » lui répondit Ron

« Dumbledore aime trop le sucre pour ne pas avoir tenté les douceurs moldues… » enchaîna Harry pour couper court à la conversation, le ton légèrement inquiet.

Il voulait savoir ce que Dumbledore voulait leur dire. Peut-être quelque chose en rapport avec l'Ordre du Phoenix. Forcément quelque chose en rapport avec l'Ordre. Après tout, Sirius était mort. Le QG avait dû déménager. Et Harry n'avait pas demandé à savoir ce qu'il en était advenu les deux derniers mois.

« Ah Harry ! Ron, Hermione. Je vois que vous êtes tous là »

Dumbledore les accueillit avec sa jovialité légendaire. Harry, pour une seconde, lui en voulut de pouvoir encore rire après ce qu'il était arrivé au ministère. Puis, il se ravisa. Dumbledore avait perdu beaucoup de proches. Trop de proches. La vie devait continuer, il avait su l'accepter depuis.

Le Professeur McGonagall et le professeur Edwards étaient là, elles aussi.

Dumbledore invita tout le monde à s'asseoir. Il quitta alors son sourire pour revêtir un air grave.

« Harry, il y a des choses que je ne peux pas te cacher. J'ai appris cet été que malheureusement, mon choix de te protéger par ton maintien dans l'ignorance, s'il devait initialement t'épargner, est à la base de certains drames. Je… j'ai deux bonnes nouvelles, mais lourdes de conséquences. La première concerne ta mère. Enfin, de façon indirecte. Tu ne t'es jamais posé certaines questions Harry ? »

Le jeune sorcier lui adressa un regard interloqué, hochant négativement de la tête.

« Moi si » se hasarda timidement Hermione.

« Le contraire m'eut étonné Ms. Granger. Et, quelles sont ces questions ? »

« Et bien, nous ne connaissons rien du passé amical de Lily, jusqu'à ce qu'elle s'intègre aux Maraudeurs. Elle devait forcément avoir des liens étroits avec au moins une personne. C'est impossible de vivre sans. Et si Harry a, avait, un parrain, on ne luit connaît pas de marraine. »

Harry se tourna alors vers le professeur Edwards.

« Vous étiez au mariage de mes parents ! Je vous ai vue sur une photo ! »

La jeune femme acquiesça de la tête, d'un sourire gêné.

« Harry, je te présente la meilleure amie de ta mère, et accessoirement ta marraine. Avant que tu ne dises quoi que ce soit, sache que j'ai moi-même maintenu Samantha à l'écart, contre sa volonté. J'ai insisté pour qu'elle soit mutée en France après le décès de tes parents. Certains liens magiques très forts, et qui me laissent perplexe, vous unissent. Je ne pouvais pas prendre le risque de vous garder à proximité, pour vos survies respectives. »

Le jeune garçon ne quittait pas des yeux sa marraine… Il lui semblait la connaître depuis toujours, et il se heurtait au fait qu'elle soit une parfaite inconnue.

« Albus… je crois qu'il faudrait… » dit, timidement mais fermement la jeune femme.

« Oui, Samantha, j'y viens. Harry… je ne sais pas comment t'annoncer ceci… Pour des raisons complexes que j'ignore, liées sans doute au lien magique que tu as avec Samantha, Sirius n'est pas vraiment mort. J'ai envoyé Hagrid chercher son corps vivant, mais son esprit décédé. Nous l'avons gardé ici. Je ne voulais pas que tu le saches, puisqu'il n'était plus de ce monde, et qu'il n'y avait aucun espoir de le réveiller. Pourtant, il est revenu à la vie il y a quelques jours… »

Harry scruta avec incompréhension le visage de son directeur. Sirius était mort. Il l'avait finalement accepté. Il ne pouvait pas être en vie. Harry ne pouvait pas le croire.

Pourtant, il vit s'avancer devant lui, le pas mal assuré, son parrain. Mais Sirius ne portait plus les cicatrices d'Askaban. C'est comme si son visage avait rajeuni, ses blessures s'étaient pansées. Il était à nouveau cet homme à la beauté éblouissante. Harry le regardait, sans réussir à savoir s'il rêvait ou non.

Ce n'est que lorsqu'il sentit l'étreinte puissante de son parrain qu'il réalisa que cette réalité – si folle soit-elle – était réelle.