Hey ! Je l'avais promis ! J'ai du retard, okay, mais pas tant que ça , ça va XP bref, le chapitre 2, même si j'ai peau de balle en reviews et même en views tout court apparemment. Tant pis ! Faudra juste que je pense à poster sur le site de code lyoko, si ça les intéresse... A vous maintenant !


Chapitre 2 : Hors de Portée

« … Ulrich ? T'as pas raccroché… Ça va ? »

Quand il n'eut plus le souffle coupé, il répondit : « Merde.

- Quoi ?

- Merde merde merde merde merde... »

Il était déjà en train de courir, avisant du coin de l'œil une lueur lui indiquant que le spectre avait explosé dans le bâtiment, et donc qu'il était hors de danger.

Sans y faire attention, il lâcha son téléphone en cours de route, traversant la cour à la vitesse du son pour atteindre William, qui n'avait pas bougé un muscle depuis qu'il s'était écrasé au sol. Ulrich n'en voyait que son dos.

« William ! William ! »

Arrivé à sa hauteur, se réjouissant à peine de constater qu'il était tombé côté jardin et non pas côté béton, il ne le voyait toujours pas bouger et encore moins répondre. Il le contourna sans tarder pour voir son visage et cessa tout son manège.

Ulrich voyait ses yeux mais ils ne bougeaient pas. William avait traversé la vitre de dos, s'épargnant des coupures par des éclats de verre, pourtant un peu de sang avait quitté la commissure de ses lèvres, comme s'il en avait craché.

Des voix le ramenèrent au présent : d'autres élèves un peu plus loin avaient entendu le bruit de verre brisé. Et la vue du corps de William en dessous de la fenêtre éclatée faisait sens dans leurs esprits. Il combattit l'image de ses yeux figés en se raccrochant à autre chose : William respirait encore. Il le laissa là sans même l'avoir touché et couru récupérer son téléphone.

« Ulrich ? T-

- William s'est fait défenestrer ! »

Un silence grave se fit. Quelles que fussent les autres personnes à l'autre bout du fil, car Jérémie n'était sans doute plus seul; elles venaient de se faire assommer.

« Lance un retour vers le passé !

- …Ulrich, je peux pas ! se lamenta Jérémie.

- Quoi ? Pourquoi ?!

- Xana a profité de mon absence et de sa double attaque pour s'en prendre aux données du supercalculateur ! Il a corrompu plein de fichiers !

- Et alors ?!

- Alors tant que j'ai pas vérifié tous les sous-programmes du retour vers le passé, je peux pas l'utiliser ! »

Ulrich, tremblant, jeta un œil à William, approché par quelques élèves ahuris. Toujours immobile.

« Et merde ! »

Sans répondre plus avant à Jérémie, lui raccrochant au nez pour commencer à appeler les secours, il se mit à courir à l'infirmerie. Courir, comme il n'avait jamais couru. Lui, sprinteur sur Lyokô et footballeur aguerri ; les rares personnes qui l'entrevirent ce jour-là le jugèrent tout bonnement flou à cause de la vitesse.

.o0o0o0o.

« Je sais pas, je suis arrivé juste pour le voir se faire balancer.

- Mais est-ce qu'il…

- On se calme, coupa Aelita, je rappelle qu'on est dans un hôpital.

- Je veux juste savoir si…

- J'en sais rien ! »

Yumi garda le silence, vexée par l'attitude de son ami. Elle voulait juste en savoir autant que lui sur ce qu'il s'était passé et cela l'énervait qu'Ulrich ait vu mais soit incapable de se tenir pour en dire dix mots à peine.

Ils étaient tous sur les nerfs. Tous repensaient à cette journée inoubliable où William avait disparu avec Lyokô le jour de sa première virtualisation. Pendant quelques heures, ils avaient cru à sa mort. Ce qui n'était qu'une courte étape dans leurs périlleuses aventures leur avait pourtant laissé une marque indélébile. Atténuée avec le temps, ils ne s'étaient pas du tout attendus à voir la blessure rouverte si soudainement. Et ne pas avoir leur arme fatale, le retour vers le passé, ajoutait à la fureur et l'angoisse de l'impuissance. Ils ne pouvaient s'en remettre qu'aux médecins et ils ne l'avaient pour ainsi dire jamais fait par le passé.

« Jérémie, marmonna Ulrich dans son téléphone une fois qu'il eut réussi à lui faire décrocher. Tu crois que tu réussiras à lancer le retour vers le passé à temps ? »

Les autres s'étaient approchés, écoutant attentivement une réponse qui tarda à venir.

« Je suis désolé… J'ai lancé la dernière procédure de récupération de données, mais le temps que le supercalculateur finisse de réparer les dégâts… on pourra pas remonter suffisamment loin dans le passé pour annuler ce… ça. »

Ulrich serra le poing qui ne tenait pas le téléphone. Aelita lâcha un léger soupir et Yumi croisait les bras fermement, serrant ses manches à s'en abîmer les ongles. Seul Odd répondit au petit génie :

« Bon, t'en fais pas va, on… rejoins-nous simplement à l'hôpital. » se ravisa-t-il, incapable de trouver une formule d'optimisme adéquate.

« J'arrive dans moins de cinq minutes. J'ai pris le taxi. »

Lorsqu'il arriva, Aelita vint à sa rencontre et prit sa main pour le rassurer en silence. Au même moment, l'infirmière de Kadic les rejoignit par un autre accès.

« Alors ? Demanda aussitôt Odd, tendu.

- C'est… il est stable. Mais il est tombé dans le coma. »

Elle les regarda sans rien dire, accablée. Elle savait très précisément comment leur souffle venait de s'arrêter dans leur gorge. Ils avaient gardé l'espoir que ce ne serait "qu'une assez longue convalescence" dont ils tireraient une bonne leçon. Malheureusement les conséquences de leur journée prenait de nouvelles proportions.

« Comb… combien de temps il va…

- Ça, Jérémie, personne ne sait, soupira-t-elle. …J'aurais dû... J'aurais dû insister quand je l'ai vu boiter.

- Comment ça ?

- Il y a quelque jours je l'ai vu qui boitait, mais il a refusé de passer à l'infirmerie… J-J'espère qu'il n'a pas…

- Non, non, rassurez-vous, coupa Yumi. Ce n'est pas son genre. »

Jérémie réalisa avec un temps de retard que Mme Yolande avait envisagé un suicide. Mais cela lui paru si incongru qu'il manqua d'en lâcher le fil de la conversation.

« Et puis vous m'aviez déjà demandé, rappela machinalement Ulrich : je vous ai dit que j'ai vu quelqu'un l'envoyer par la fenêtre.

- Ou-oui, c'est vrai… ça n'a sans doute rien à voir alors... »

Après quelques brefs échanges, elle leur fit promettre de rentrer avant le couvre-feu. Ils attendirent silencieusement une bonne heure avant qu'un médecin ne vienne les autoriser à le voir. Mais seulement deux par deux. Ils se regardèrent avec beaucoup de gêne, poussant involontairement le médecin à trancher: il prit au hasard Ulrich et Yumi comme premiers visiteurs, provoquant involontairement une gêne générale et croissante à mesure qu'ils réalisaient l'ironie de la situation.

Pour autant, Ulrich ne déclina pas l'offre. Déglutissant, il alla de lui-même sans plus attendre vers la porte et entendit Yumi le suivre. Mais quand ils se retrouvèrent dans la pièce, ils s'arrêtèrent net en voyant l'état dans lequel se trouvait leur équipier.
On l'avait entouré de tout l'équipement nécessaire à la prise en charge d'un coma. Un masque respiratoire avec la sonde d'intubation, le cathéter reliant son bras à une poche de liquide, électrocardiogramme et encéphalogramme inclus.

Tout son corps se tendit imperceptiblement en sentant la main de Yumi effleurer la sienne. Ils ne se regardaient pas mais leur présence leur donna mutuellement un peu plus de courage, réalisant qu'ils ne bougeaient pas depuis une bonne minute. Yumi fit le tour du lit, posant sa main sur celle de William avec douceur, tandis qu'Ulrich se décidait à avancer tout en étant incapable de s'asseoir ou de faire un geste. Il pouvait juste regarder le visage de William, résolument immobile, la tête enfoncée dans son oreiller, enroulée d'un bandage, les paupières closes. Il ne remarqua qu'après coup quelques bandages ou pansements sur ses bras. Il n'avait pourtant pas vu de blessures quand il... mais il portait une veste à ce moment-là... avait-il aussi des bandages ailleurs qu'il ne pouvait voir ?

Il finit par entendre vaguement Yumi s'excuser, promettant qu'ils ne l'abandonneraient pas et que s'ils trouvaient quoi que ce soit pour l'aider, ils ne perdraient pas une seconde. Ulrich n'eût même pas la force d'un rire jaune. Les autres passèrent chacun leur tour, tout aussi déboussolés de se retrouver dans une telle situation. Ils répétèrent comme Yumi quelques mots vagues de réconfort et des promesses, et quand ils durent rentrer chacun chez eux, ce fut le cœur lourd de dépit.

.o0o0o0o.

Les jours se suivaient sans apporter de bonnes nouvelles. Les combattants étaient toujours aussi dégoûtés de leur échec. D'habitude, tout reposait entre leurs mains et leurs efforts acharnés, cette fois les chances de William leur échappaient totalement. Quant à Kadic, côté professeurs, on avait immédiatement demandé à la police d'enquêter, croyant Ulrich sur parole lorsqu'il avait affirmé – pris de cours par les questions de Yolande – qu'il avait vu un inconnu sur les lieux.

Pour autant, la police était revenue avec d'autres interrogations : les médecins avaient procédé à des examens minutieux et découvert qu'en plus des dégâts causés par sa chute, William avait été battu par son agresseur. Et pas qu'un peu. Ce qui n'aurait étonné personne si les médecins n'avaient pas ensuite ajouté que certaines blessures semblaient pourtant plus anciennes. Les radios avaient même révélé une côte légèrement fêlée qui pouvait très bien être antérieure à la fatidique agression.

William ayant été récemment catalogué comme membre de la bande à Belpois, les policiers avaient naturellement demandé leurs avis sur ces blessures. Tombant des nues, ils avaient préféré dire la vérité : ils ne savaient rien. Puis aussitôt après le départ des policiers, ils avaient aussitôt compris. Ça tombait sous le sens. Les spectres.
Il était difficile d'estimer ce qu'avait pu encaisser William à partir des explications succinctes de la police mais Odd leur avait alors rappelé les propos de Yolande. Il avait boité, et n'avait rien dit.
Et surtout, eux ne l'avaient pas vu.
Et ils réalisèrent enfin. Il n'y avait pas que ça. Le manque de sommeil. Les cours qu'il séchait à l'occasion alors qu'il évitait généralement, les repas qu'il avait sautés sans raison, des gestes bizarres qu'il avait eus, qui n'étaient que des réflexes à la douleur…Et puis mince, William qui revenait presque à chaque fois sans jamais râler alors qu'eux-mêmes avaient affronté des spectres par dizaines, ils savaient donc parfaitement que c'était impossible de s'en tirer à bon compte autant de fois à la suite.

En y réfléchissant posément, ils comprenaient que William avait tout fait pour tout leur cacher. Toutes les difficultés qu'il avait face aux spectres, le danger qu'ils représentaient, il avait voulu porter ça seul sur ses épaules. Cet imbécile recommençait la même erreur mais ils n'arrivaient même pas à s'en exaspérer. Parce qu'ils avaient approuvé cette stratégie. Pire, ils l'avaient initiée, mise au point eux-mêmes, ensemble. Ils en étaient sûrs : William s'était contenté de l'appliquer à la lettre en considérant qu'il n'avait pas à discuter et qu'il n'avait plus le droit à l'échec.
D'un autre côté, avoir vu leur état de faiblesse après l'étreinte d'un spectre avait dû le motiver à faire bouclier humain.

Toujours côté professeurs, ceux-ci n'ignoraient pas que les jeunes digéraient mal les événements. Ils leur offraient leur compassion tant bien que mal, en les graciant des passages au tableau, ou en les notant plus souplement.

Côté élèves… c'était le choc général. On apprenait qu'une personne extérieure à l'établissement avait pu entrer dans l'école et, tombant sur un élève, l'avait presque tué. Un poil stressant.

Ulrich était passé voir la salle condamnée pour se faire une idée de ce qu'il s'y était passé. Il l'avait fait par automatisme, pour finalement se rendre compte que c'était une idée stupide.
Toutes les tables et les chaises étaient renversées. Des pattes étaient tordues, une armoire était de travers et, bien sûr, la fenêtre était béante.

Courant d'air, la porte avait claqué derrière lui. Son cœur l'avait lancé d'un coup.

.o0o0o0o.

« Il va forcément se réveiller, dit Jérémie alors qu'il veillait William. Je veux dire, il est épais deux fois comme moi… Y peut pas rester comme ça. »

Ulrich resta silencieux. Ça ne voulait rien dire, ça. Rien ne pouvait dire quand un comateux allait, et même s'il allait se réveiller. Rien. Et c'était un suspense dégueulasse. Même Xana semblait ironiquement les prendre en pitié. Il n'avait pas attaqué une seule fois depuis.

« Et j'ai pas fait un seul retour vers le passé depuis un mois… Un mois… juste un seul ça l'aurait aidé…

- S'il te plaît… répondit Ulrich.

- … pardon. »

Le silence retomba sur eux comme une chape de plomb. Les dents serrées, la gorge nouée, Jérémie regarda leur "ancien ennemi", étendu là comme une princesse sans défense. L'image elle-même avait du mal à prendre sens dans son esprit. …À cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour qu'une tour s'active. Elle l'aurait forcé à quitter cette pièce et faire ce pour quoi il était doué. Il aurait donné n'importe quoi pour qu'un indice tombe et qu'il comprenne que Xana était derrière tout ça. Il saurait qu'il aurait encore peut-être une ou des dizaines de nuits blanches à trimer, que les autres risqueraient leur peau plus que jamais sans William pour… pour veiller sur eux, aussi sottement qu'il l'avait toujours fait, il y aurait des opérations sur Lyokô, la mer numérique, et qui sait le retour de la méduse, peut-être… Mais au moins, Jérémie aurait une direction à suivre. Ça dépendrait de lui. Et pas du hasard.
Car là, assis sur une chaise d'hôpital, lui, Jérémie, le génie, le surdoué, celui qui avait rallumé et éteint le supercalculateur, celui qui avait matérialisé Aelita, celui qui avait vaincu Xana une première fois, lui, ne pouvait rien faire.

« Je retourne à l'usine. » dit-il, sans voir Ulrich bouger un muscle ni demander d'explication. Il aurait voulu, pourtant, alors il se justifia quand même ; « Je ne peux pas rester ici à ne rien faire… il faut que je trouve un moyen d'arrêter tout ça. Que ça ne se reproduise plus jamais. Et puis… s'il y a la moindre chance que Xana soit impliqué, dans son état je veux dire, alors je ne dois pas passer à côté.

- Jérémie, murmura doucement Ulrich. Il est tombé du premier étage. C'est un coma, il a un trauma crânien. Qu'est-ce que tu espères trouver ? Bien sûr que c'est de la faute de Xana. Mais ce n'est pas Xana qui va t'aider à le guérir.

- Tais-toi !… Je sais… mais je… »

Jérémie sortit subitement de la pièce, sa rage et sa honte quasi palpables. Il ne supportait pas de perdre le contrôle et en un sens, Ulrich pouvait comprendre.

Dehors, ravalant son nœud à la gorge, il rejoignit Aelita et ensemble, faute de mieux, travaillèrent sur leur projet de toujours: vaincre Xana, à tout prix, parce qu'ils avaient désespérément besoin de faire quelque chose. Et d'avoir l'impression que ce fut utile.

.o0o0o0o.

Ulrich ne bougeait pas. Depuis que Jérémie était parti, il n'avait fait que poser sa main sur celle de William. Il réfléchissait. Pas à ce qu'ils auraient pu faire pour éviter cette situation, il y en avait tant… il y avait pensé, au début, comme les autres, pendant les premiers jours de coma. Ils auraient pu mettre William plus en sécurité, disperser les spectres en les appâtant… Il avait même été plus loin, comprenant que William n'avait pas juste voulu tout prendre sur lui pour jouer les durs, mais qu'il avait volontairement évité tout mérite en passant sous silence la moindre difficulté. Tout ça pour endurer en silence. Souffrir en silence comme disait l'expression. Le genre de truc qu'on faisait quand on avait quelque chose à se faire pardonner. Quand on se reprochait quelque chose. Comme… ce jour avec la méduse ? Ces mois entiers séquestré sur Lyokô ? Ou cette exclusion du groupe qu'il avait très mal digérée ?

Certes, William n'avait pas été avare de mots acides à leur encontre à son départ et son retour – limite forcé – dans l'équipe. Et pourtant.
Pourtant une fois réintégré il avait été exemplaire. Même Ulrich lui avait reconnu cela malgré la tension dans l'air. Mais il en avait beaucoup trop fait pour son propre bien quand Ulrich le regardait à présent, et surtout, il y avait quelque chose qu'Ulrich reconnaissait enfin, un détail auquel il avait donné une importance modérée et qui était pourtant décisif.
William ne les avait jamais dénoncé. Pas une seule fois, avant ou après un retour vers le passé, n'avait-il été rapporter à quelqu'un leur attitude suspecte.

… en fait, plus que ça, avait songé Ulrich ; William ne les avait jamais trahis. Ni avant d'être intégré, ni même après qu'il l'aient repoussé comme un malpropre, alors qu'il n'avait agit contre eux que sous la contrainte de Xana. Et comme l'avait dit Aelita, elle-même avait été contrôlée par la méduse plus d'une fois. À aucune occasion elle n'avait pu montrer de signe de résistance.
William si, d'ailleurs, à la réflexion. Yumi lui avait soutiré ce moment, elle l'avait vu tenter de reprendre conscience…

Yumi, Yumi, Yumi, pas encore, sérieusement. Il ne voulait pas penser ni à elle ni à toutes ces histoires idiotes sur eux trois. Pas maintenant, pas ici. Pas alors que William payait pour toutes ces conneries.
Parce que oui, Ulrich y avait pensé, à celle-là : si Yumi et lui n'avaient pas été si chiants à l'époque, s'ils avaient été plus francs et matures les uns envers les autres, si Yumi s'était décidée à sortir avec l'un d'entre eux, ou qu'ils avaient accepté de lui foutre la paix, William aurait sans doute intégré l'équipe d'une manière ou d'une autre, mais pas de cette façon catastrophique qui avait bien failli avoir sa peau ! Et du coup, il aurait été là, sur Lyokô, le jour de la défaite de Xana. Il aurait eu des codes lui aussi et personne n'aurait eu l'idée de merde de l'envoyer seul contre des spectres !

Il desserra le poing, l'autre main toujours posée sur celle – chaude – de William, retombant dans sa torpeur. Cette torpeur qui avait suivi les premiers jours, après qu'il ai fini de penser à "ce qu'il aurait fallu faire". Dorénavant c'était la torpeur, la même que celle qui habitait chacun de ses amis, tous si synchrones dans la joie et la douleur depuis si longtemps… non ? Non. Plus maintenant. En lui, c'était différent. Il n'aurait pas réagi de la même manière si Odd ou Yumi avaient été à cette place.

Ulrich soupira et serra la main de William dans la sienne, avec le stupide réconfort que même le concerné ne pouvait pas le surprendre. Il le savait, quelque part, depuis longtemps, il s'était d'ailleurs défendu d'y penser.
Yumi l'avait obsédé avant de n'être qu'une source de problèmes. Ils n'avaient jamais étés fichus de s'accorder autrement que dans certains silences ou pendant des combats à mort. C'était pas ce qu'on appelait sortir ensemble. Ça, il n'avait jamais été fichu de mettre quelque chose en place. Encore moins quand cet imbécile était arrivé. Qu'il avait agi avec le cran et à la fois la désinvolture dont Ulrich était démuni, lui qui n'était nonchalant que derrière un écran de fumée. William qui avait un an de plus et « tout » ce qui allait avec – pour Ulrich, à l'époque, c'était grave – lui qui était dans la classe de Yumi et lui parlait sans trébucher sur les mots, lui qui faisait des sauts de l'ange du haut des plongeoirs, lui qui se prenait des heures de colle sans en avoir rien à faire et qui arrivait à faire sourire Yumi dans une conversation, cette Yumi qui aurait dû être à lui parce qu'il la connaissait depuis plus longtemps, qu'ils partageaient un lourd secret et que c'était de toutes les filles la plus jolie, mystérieuse, forte, mature, naturelle, courageuse et parce que c'était évident qu'un garçon le plus populaire du collège ne sorte avec une fille aussi…

« Tais-toi ! »

Ulrich enfouit son visage dans les draps, comme pour faire taire ses pensées de plus en plus anarchiques, sans pour autant lâcher la main de son ami. Ami… ce n'était déjà pas un bête rival, et ça avait été un ami, quelques temps. Un ami à qui il n'avait même pas été capable de parler. Ulrich ne parlait jamais à William, comme toujours, éternels boudeurs même avec la hache de guerre enterrée. Ulrich ne lui parlait pas… pas plus qu'il n'en était capable avec Yumi.

C'était bien plus qu'un ami. Sinon pourquoi Ulrich restait-il dans cette chambre déprimante ou tout espoir semblait s'étouffer ? Pourquoi rester dans cette pièce où le poids de leurs erreurs de calcul leur martelait le visage ? Pourquoi Odd, Jérémie, Aelita et puis même Yumi ne restaient-ils pas aussi longtemps que lui près de leur ami ? Ils n'avaient pas le droit de les accuser de l'abandonner. Non, ce n'était pas de leur faute. C'était lui le problème.

Ouais, sourit-il péniblement. Ulrich était généralement un problème à lui tout seul. Il avait quelques excuses mais socialement, c'était une catastrophe ambulante. S'accrocher à Yumi alors qu'il sentait bien qu'il pensait plus à détester son rival qu'à un moyen de se racheter auprès d'elle… tout ça pour ne pas admettre qu'il ne voulait pas que William la regarde, qu'il détestait de le voir en train de flirter avec elle, qu'il rageait de les voir rire ensemble, à n'en plus savoir s'il voulait Yumi, s'il voulait que William le voie remporter Yumi, ou s'il voulait que William le remarque tout court.
Ou le choisisse, tout simplement.

Il releva lentement la tête et fixa William, le regard voilé, comme dénué de vie. À quoi bon. Il avait été incapable d'exprimer ses sentiments à Yumi, quels qu'ils fussent.

Il n'aurait jamais été capable d'avouer à William qu'il l'aimait.


Haha ! Je suis particulièrement satisfaite de cette fin (lol) nan parce qu'avec Nemunas on était d'accord sur le fait que c'était particulièrement dur de faire naturel, pas guimauve, et en même temps avec des petits coeurs roses. Mais là même si c'est "roooooooh cromimi" ben je trouve ça cool quand même. En fait si je devais juger, je dirais que c'est de la bonne guimauve huhu.
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