Ils étaient à leur réunion hebdomadaire obligatoire.

De Conseil des Saints en temps de guerre, pour décider de la meilleure stratégie à adopter face à l'ennemi, ils étaient passés à un repas pris tous ensemble dans le temple du Pope. Bien qu'ils se croisent régulièrement, pour ne pas dire tous les jours, c'était un moyen comme un autre pour eux, de se retrouver et de deviser joyeusement autour d'un bon repas et dans un bordel ambiant.

Il était d'usage que le Pope préside. A sa droite, la première moitié des Saints d'Or, dans l'ordre décroissant -Shaka était assis à ses côtés, pendant que Mû se trouvait du côté de la porte. A sa gauche, dans le même ordre, l'autre moitié. Il était donc assis à côté d'Aphrodite, qui lui parlait de la nouvelle variété de rose qu'il essayait de créer -bicolore : à la fois rouge, et blanche. Une rose qui pourrait toujours répandre son délicieux poison, même si elle ratait sa cible. Même si les Guerres Saintes étaient terminées pour ce siècle, Shion, en tant que Grand Pope, ne pouvait qu'encourager ce genre d'héritage à léguer aux générations suivantes. Et puis, Aphrodite commentait ses essais ratés d'une façon très amusante… Mais Camus ne semblait pas en profiter. Le babillage incessant du Poisson semblait lui porter sur les nerfs. Pourtant, Aphrodite était son ami. Au fil des repas, ils avaient appris à se connaître. C'était à cela aussi, que servaient ces petites réunions : forcer à se rassembler des gens qui, en temps normal, même voisins, ne se seraient jamais fréquentés...

Pour deux Saints en particulier, l'ambiance n'était pas aux réjouissances. Depuis le matin, ils se sentaient fatigués, nauséeux. Une migraine sourde rampait dans leur crâne et le bruit ambiant n'arrangeait rien. Depuis le début du repas, ils n'avaient guère touché à leur assiette.

Leurs amis respectifs, ou au moins le Grand Pope, s'en aperçurent et, après leur avoir demandé ce qui n'allait pas, et n'avoir guère obtenu de réponse plus précise que des grognements et des mains sur les oreilles et les tempes, les poussèrent gentiment à manger. Heureusement, ils avaient compris que le bruit aggravait leur mal de tête, et les Saints s'étaient mis à chuchoter.

Il était rare qu'un Saint soit malade, leur cosmos les protégeait généralement contre à peu près tout, mais c'était tout de même possible, et dans ce cas là, il n'est jamais bon d'avoir le ventre vide, n'est ce pas ?

Devant tant d'insistance, ils prirent tout deux un petit gâteau au sésame et au miel, qui faisaient partie des divers mets servis en dessert, et le mâchonnèrent d'un air distrait, souhaitant en finir au plus vite avec l'air de mère poule inquiète de leurs camarades. Mais à peine eurent-ils avalé leur dernière bouchée, que leur mal de tête se mit subitement à augmenter au point qu'ils eurent l'impression que leur tête allait exploser. Une brûlure les prit à la poitrine. Le crâne serré dans un étau, les mains crispées sur les tempes, ils se mirent à hurler, jusqu'à ce que la douleur les terrasse, et qu'ils retombent, évanouis. Aussitôt, ils soupirèrent et leur visage reprit une expression sereine…

Un cosmos doux, chaleureux et bienveillant plana sur le groupe, mais pendant seulement une fraction de seconde. Un temps si court, que ceux qui l'avaient ressenti l'oublièrent aussitôt sans y prêter plus d'attention.

Shion poussa un cri, et se précipita -au hasard- vers Camus, qui s'était brusquement effondré au sol. Du coin l'œil, il aperçut Mû, qui était déjà aux côtés de Deathmask. Il était de toute façon bien plus proche de lui…

Après une auscultation sommaire, les deux Béliers guérisseurs se regardèrent par dessous la table. Il n'y avait rien, aucun problème. Leurs cœurs battaient régulièrement, leurs respirations étaient sans gène, même leur migraine semblait s'être calmée, si ils se basaient uniquement sur l'expression paisible des deux Saints…

Alors que Shion se reculait et tentait d'avoir un point de vue plus général de son patient, histoire d'envisager le problème sous un autre angle, il remarqua une légère luminescence sous le T-shirt sombre du Verseau. Doucement, il releva l'étoffe, et plaqua une main sur sa bouche en poussant un petit cri.

Une cicatrice. Toute fraîche, tout juste apparue. Juste au dessus du téton gauche, un peu excentrée sur le muscle pectoral, vers le centre de la poitrine.

Une pomme de pain et une figue, joliment nouées, liées par le pédoncule, surmontées par une feuille d'olivier et de laurier, le tout entouré d'un cercle. Comme un sceau apposé au fer rouge.

Les Saints entourant le Pope poussèrent diverses exclamations de surprise.

-Mû ! Appela le Pope, sans faire attention aux exclamation inquiètes de son amant pour son ami, vérifie si il y a une marque sur le torse de Deathmask !

Le Bélier en titre haussa un sourcil interrogateur et dubitatif, mais s'exécuta, seulement pour découvrir sur la torse du Cancer une marque identique à celle du Verseau…

-Qu'est ce que c'est ? Interrogea le jeune guérisseur en se retournant vers son Maître.

Shion, toujours une main sur la bouche et comme perdu dans ses pensées, mis du temps à répondre. Tellement que Mû réitéra sa question. Le Pope se secoua, mais au lieu de répondre à l'interrogation de son élève, il en souleva une autre.

-Quel jour sommes-nous? Demanda-t-il.

-Qu'est ce qu'on en a à foutre du jour qu'on est ? Répondit Milo. Qu'est ce qu'ils ont ? Ça se soigne ? Et puis c'est quoi cette marque ?

-Dites-moi quel jour nous sommes. C'est important !

Aiolia fronça vaguement les sourcils.

-Le quatre, je crois.

Le temps s'écoule différemment quand vous avez passé toute votre vie à vous battre et que vous êtes enfin en paix, à pouvoir en profiter pour faire ce que vous voulez -y compris rien si vous en avez envie. La plupart des Saints se souciaient peu du jour qu'il était.

-Le quatre quoi ?

-Janvier.

Le Pope n'enleva pas la main de sa bouche.

-Oh merde ! Répondit-il.

-Mais enfin, tu vas nous dire ce qu'il se passe, oui ? S'emporta Milo, Camus est mon ami !

Shion se retourna vers son amant d'un air lent.

-Éros les a mariés.