Les arcanes de l'Arcadia

Episode II : L'océan de corruption

Prologue

La folie des hommes ne connaît aucune limite. Si certains peuples ne cherchent que la paix et l'harmonie, d'autres pillent, tuent sans vergogne. Autrefois, Galhan était une planète luxuriante, à la population nombreuse. Mais à force de piller ses ressources, de mépriser la nature et ses droits, la planète se transforma peu à peu en une grande jungle toxique.

Des plantes vénéneuses, des êtres mutants devinrent les rois de Galhan, tuant inexorablement ses habitants humains. Une juste vengeance certains diront. Qui oserait maintenant s'aventurer sur une planète où même l'air devient mortel à respirer ? Qui braverait les spores du mushigoyashi ? Qui pourrait survivre aux insectes voraces et mutants ?

La rumeur précéda la nouvelle. La nouvelle précéda l'horreur. Galhan n'était plus, Galhan était "morte" pour les humains. Beaucoup de scientifiques sont allés étudier sa faune et sa flore. D'autres aventuriers sont partis en quête de trésors perdus. Très peu en sont revenus sans séquelles. Les rares survivants encore lucides ont surnommé cet endroit …

"L'océan de corruption"

Au milieu de cet océan de mort et de tristesse, une seule personne survit encore.

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Mon paradis sur Galhan

Mon souffle se fit court. Je haletais après un tel grimper. Mon masque me serait un peu, et les filtres commençaient à être vraiment encrassés. Il faudrait les changer dans la soirée. Je m'arrêtais quelques instants pour contempler le spectacle qui s'offrait à moi.

Du haut d'un mushigoyashi, je pouvais voir jusqu'à l'horizon la forêt toxique. Les nuages de spores vertes et jaunes m'indiquaient que la nuit tomberait dans quelques heures au plus. Quelques créatures difformes volaient autour des plantes.

Ils vont se nourrir des plantes me dis je. C'est bientôt la saison de ponte des insectes. Ils cherchent plus de nourriture à cette occasion.

Je redescendis de l'arbre toxique et tombai mollement sur le sol couvert de mousses et lichens. Je suivais leur trace depuis deux jours. Ils progressaient vers les ruines d'Akale, l'ancienne capitale de Galhan. Je m'assis et me concentrai. Il fallait déterminer le vrai du faux, reconnaître l'utile de l'inutile. Les sons me parvenaient, en vrac. Mon oreille distingua ce que je cherchais :

- Vite, voyons. Tu sais bien qu'on ne doit pas traîner ici ! Nos masques n'ont plus que trois jours d'autonomie.

Une première voix, un homme.

- Je sais. D'après la carte, Akale n'est plus qu'à quelques kilomètres. On devrait y arriver avant la nuit

Une deuxième voix, plus douce. Une femme.

- J'espère que ce trésor vaut vraiment le coup, reprit la première voix.

Ne t'inquiète pas voyons. Des dizaines de coffres, remplis d'or, de diamants. C'est de l'argent qui appartenait à leur gouvernement. Ils n'ont pas eu le temps d'en profiter !

Encore des pillards. Entre les savants qui viennent dans l'espoir de satisfaire leur ego par quelque découverte et les chasseurs de trésors, je suis servie ces derniers temps. Quand ces maudits humains finiront ils par comprendre ?

Des bruits de pas, de plus en plus faibles. Ils reprennent la direction de la ville. Je me redressai et dégainai mon sabre. J'inspectai l'arme visuellement et vérifiai sur un petit arbuste que la lame avait gardé tout son tranchant. La plante fut sectionnée sans un bruit, d'un coup sec. Je rengainai l'arme et vérifiai à présent le fusil. Le percuteur, le chien, le canon étaient en parfait état. Je disposai encore de 4 balles perforantes et 5 balles sifflantes. Je repris la route, en poursuivant ces deux humains qui ne se doutaient (encore) de rien.

Galhan et ses richesses faisaient donc toujours rêver les aventuriers en tout genres. Cette planète était le centre d'une grande nation dans la constellation des chiens de chasse. Une planète tellurique de classe 7, comptant des millions d'habitants et des ressources infinies. Mais les hommes franchirent un jour la limite. La nature se vengea, en créant cette forêt toxique. En quelques mois à peine, elle avait envahi la planète, tuant tous ses occupants. Des villes jadis prospères ont disparues peu à peu sous les lianes et plantes vénéneuses.

Mais malgré cela, quelques races intelligentes venaient encore ici dans l'espoir de s'enrichir ou de profiter un jour des richesses inépuisables de la planète.

- Tu as vu ? On dirait une ancienne route ! dit la voix masculine.
- Regarde, un vieux panneau. On ne lit plus rien, mais il indique apparemment une direction. On s'approche !

Je les voyais au loin, ces deux humains. Leurs vêtements m'étaient inconnus, mais ils portaient sur eux assez d'armes pour tuer des dizaines d'insectes. Soudain, une petite forme passa à côté d'eux. Je reconnus sans trop de peine un bébé spara (1 mètre juste, 6 mois d'âge) une espèce d'insecte herbivore et peu farouche. Il s'approchait par curiosité. L'homme prit un pistolet et le tua d'un coup.

- Eh ? T'as vu, je me démerde bien encore au tir !
- Beau carton, acquiesça la femme.

La colère montait en moi. Comment osaient- ils tuer sans raisons ? Un insecte non dangereux de surcroît. Tout cela pourquoi ? Pourquoi ?

Je pris mon fusil et y introduisit une balle perforante dans la culasse. Je visai l'homme qui riait aux éclats à cause de son geste stupide. La balle rentra dans la nuque et tua sur le coup le vantard. Sa compagne en resta interdite, elle ne cria pas, elle ne bougea pas.

Je dégainai mon sabre et laissai mon fusil par terre. Je me levai et fonçai sur la survivante en hurlant :

- Maudits humains, vous ne comprendrez donc jamais ?

Cris. Sang. Douleur. Puis tout redevint silencieux. Galhan était redevenu à mes yeux le seul endroit vierge et pur dans cet univers. Un monde débarrassé de la présence des hommes et de leurs désirs stupides.

J'observai quelques instants mon sabre, taché de sang. Je l'essuyai avec une feuille morte et fixai l'inscription sur la lame. Elle ne s'effacerait jamais et pour cause.

Alliage d'Adamantium 9
Forgé par Bruma Simpa
Offert en toute amitié. An 2977.

Je laissai les corps sur place. De toute façon, ils seront mangés par les insectes ou colonisés par un mushigoyashi sous peu. Le grand cycle de la vie, en quelque sorte…

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Un algorithme précieux

Les lignes de codes défilaient les unes après les autres sur les écrans. Un petit gnome à lunettes répondant au nom de Tochiro tapait depuis des heures sur un clavier. Il fit une courte pause et appuya sur un bouton. Un message clignotant apparut, lui arrachant un grand soupir. Une grande quinte de toux failli l'étouffer. Une belle femme rousse, au regard perçant mais doux vint le rassurer en entendant cela :

- Qu'est ce qui passe Tochiro ?
- Je programme l'ordinateur de l'Arcadia, et j'ai un peu de mal Emeraldas. Mais j'y arriverai bientôt… promis…

Emeraldas se força à sourire pour Tochiro. Elle le surveillait attentivement depuis son retour de Kadesh. Aussitôt rentré, il s'était enfermé et n'était quasiment plus sorti de sa chambre. Il travaillait sans relâche, jusqu'à l'épuisement. Chose rare, il avait même refusé de trinquer hier avec son ami, le pirate Harlock.

Comment ont-ils fait sur le vaisseau Espérance ? Comment ? Bruma m'avait parlé de cet algorithme, mais je n'arrive pas à le recréer.
Quelque chose m'échappe, mais quoi ?

- Je vais te chercher à manger, Tochiro. Mais je t'en prie, fais une pause. Arrête pour aujourd'hui. Tochiro ? Tu m'entends ?
- Oui, oui, Emeraldas. Et si je passais par une autre boucle logique ? Il faut que j'essaye. Peut être que le code zêta permet de…
- Tochiro ! Arrête ! cria Emeraldas.

Cette fois, Emeraldas ne plaisantait pas. Elle avait même dégainé son sabre et le pointait ostensiblement vers l'ordinateur de Tochiro. Sa main ne tremblait pas mais elle se forçait à menacer (indirectement) son amoureux. Un pirate aussi déterminé aurait pu aussi viser Tochiro directement. Ce dernier hésita en voyant sa femme menacer son précieux instrument. Un ange passa, quelques secondes qui parurent une éternité. Tochiro se ravisa :

- Tu as raison. Je n'y arriverai pas. Pas tout seul. Cela fait des jours que je tourne en rond.

Harlock entra à ce moment là dans le bureau de Tochiro. Il contempla quelques instants les détritus liés à une vie solitaire d'informaticien qui a duré plusieurs jours. Emeraldas rengaina son arme et embrassa son mari tendrement. Elle sortit, mais avait une larme à l'œil. Seul Harlock le remarqua.

- Tochiro, commença le pirate, il faut qu'on parle. Cela fait des jours et des jours que tu t'es enfermé ici. Qu'est ce qui se passe ?
- Harlock… Je n'arrive pas à trouver comment programmer l'ordinateur central de l'Arcadia. Tous les systèmes fonctionnent, mais l'intelligence artificielle n'a aucune réaction sensée. Il doit manquer quelque chose.

Harlock connaissait bien son ami, ils s'étaient connus plusieurs années auparavant. Il savait que tant que Tochiro ne trouverait pas la solution à son problème, il continuerait à travailler sans se reposer. Il savait aussi, à la lumière de ce qu'ils avaient vécu ces derniers temps, ce que son ami allait lui demander.

- Harlock, je crois que nous devons nous y rendre. Aller voir cette personne, Sayuri, comme nous l'a indiqué notre ami Bruma.
- En es tu sur ? Est-ce vraiment ce que tu veux ?
- Je ne vois pas d'autre solution…

Aller sur Galhan, dans l'océan de la corruption, très peu pour moi. Mais si Tochiro insiste, je ne peux pas le laisser y aller seul.

Harlock se leva et laissa Tori san, un drôle de volatile noir à Tochiro. Il avait besoin de se confier à quelqu'un. Il alla trouver Mimee, sa mystérieuse compagne aux cheveux bleus pour vider quelques verres dans sa chambre.

- Je m'inquiète beaucoup pour Tochiro, Mimee. Il se tue à la tâche, et sa santé devient précaire.
- Je sais… je le sens…
- Emeraldas ne sait plus quoi faire. Tant que l'Arcadia ne sera pas opérationnelle, il ne reculera pas. Il ne fait même plus attention à sa fille ces derniers temps.

Harlock vida en vitesse son verre. Il voulait parler de ce nouveau voyage qu'il comptait faire. Aller sur Kadesh et vider leurs coffres était déjà pénible, mais se rendre sur une planète où seule la mort est une certitude était une chose difficile à supporter.

- Il veut aller voir une informaticienne, une certaine Sayuri Yomiko sur … Galhan.
- Galhan ? Tu as bien dit Galhan ? fit Mimee avec stupeur.
- Oui, sur l'océan de la corruption. Je sais que tu es déjà allé une fois. Que peux tu m'apprendre sur cette planète ?
- Qu'il ne faut pas s'en approcher. Plus personne n'y vit aujourd'hui. La nature y est féroce et en colère contre les hommes.
- Mais je dois y aller. Je l'ai promis à Tochiro…

Mimee se resservit et vida encore son verre. L'alcool lui donnerait le courage. Elle reprit sa respiration et annonça d'une voix plus faible :

- Celle que tu cherches vivait à proximité des ruines d'Akale, l'ancienne capitale. Mais personne ne l'a vue depuis des années.

Mimee mentait en disant cela. Elle savait parfaitement quelle personne était devenu Sayuri Yomiko, et surtout quelles étaient ses activités. Mais en dire d'avantage n'aurait pas entamé la détermination d'Harlock. Au mieux, elle aurait réussi à se faire peur elle.

Tochiro et Harlock vérifièrent la navette avant de partir. Ils avaient pris beaucoup de respirateurs en prévision de leur séjour. Une petite unité centrale était montée à la place d'un siège passager, pour collecter les algorithmes où à défaut des codes de déverrouillages. La navette décolla sans un bruit et s'éloigna rapidement de la géante rouge en fin de vie. Au fond de la base de l'étoile de la combination, deux personnes pleuraient à l'abri de tous les regards. Mimee pour son capitaine et … Emeraldas pour son mari.

L'ordinateur afficha sans complexes les informations sur leur destination.

Galhan. Planète tellurique de type 7, rétrogradée en type 2.
Coordonnées selon le système Procion actualisé :
Ascension droite : 12 heures 54 minutes 03 secondes
Déclinaison : 56 degrés 9 dixièmes
Troisième planète du système Alpha canopis minor
Atmosphère toxique et mortelle, vie animale. Port d'un respirateur indispensable. Traces de vie humaine.
Navigation sure, atterrissage dangereux voire fatal.

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La forêt des démons

Je sortis enfin du dernier sas d'isolement et enlevai ce masque qui me serait. L'atmosphère dans mon antre était respirable sans risques. Un vaisseau spatial, arrivé là je ne sais quand, avait fait une bonne base pour construire ce petit abri. Je fixai les rares traces de technologies encore présentes sur Galhan.

Mes ordinateurs, éteints depuis longtemps, attendaient sagement un ordre de ma part. A côté, une immense pile d'holo disques et de cartes de stockage. A part cela, le mobilier était rustique, voire inexistant. Je dormais sur le sol, sur une natte faite de feuilles et de pailles. La cuisine se résumait à un âtre vite aménagé. Quand au reste, j'avais mis en route une filtration pour avoir un peu d'eau et de l'air frais.

C'est le rêve de tout être respectueux de la nature. Une vraie maison écologiste. Mais je n'arrive pas à me débarrasser de ces ordinateurs. C'est dur de tourner entièrement le dos à son passé me dis je.

J'avais laissé tout de même un terminal en veille, pour surveiller les environs de la planète. Je n'aimais vraiment pas que des humains viennent roder par ici. J'aimais encore moins lorsqu'ils avaient l'audace d'atterrir ici. Je vais prendre un peu de repos.

Une photo, sous une pile de disques. Une photo jaunie et un peu pliée. Trois personnes, deux femmes, un homme avec une mention manuscrite : Institut galactique des Mines. Année 2974.Une femme aux yeux verts et aux cheveux fins. L'autre rousse, avec un air sévère. A proximité de la photo, un vieux papier officiel marqué d'un sceau royal Sélène, depuis longtemps disparu.


La navette s'approchait vite de Galhan. Cette planète semblait bien inoffensive vue de l'espace. Un immense océan violet et bleu, peu de nuages, une sensation de sérénité.

- Regarde Harlock, on y est ! Galhan !
- Oui, Tochiro. L'ordinateur calcule notre position et la solution d'atterrissage. Akale se trouve à proximité de ce point ci.

L'ordinateur émit une alarme sonore.

Atmosphère non viable. Danger ! Danger ! Atmosphère non viable …

Harlock, au poste de pilotage, ne tint pas compte de l'avertissement. Il se contenta de commencer sa rentrée en atmosphère en bloquant les circuits d'air frais. Les filtres et les réserves avaient une autonomie de plus de vingt jours.

La navette survolait depuis une heure la végétation dense. Pas une clairière, pas un lac. Les deux voyageurs ne voyaient que des grands arbres violets à perte de vue. Des insectes monstrueux volaient plus bas, et émettaient des cris stridents. Soudain, un trou dans la végétation offrait un site acceptable pour se poser. D'après le scanner, ils n'étaient qu'à quelques lieues des ruines d'Akale.

Le vaisseau se posa sans problèmes. En arrivant, Harlock et Tochiro remarquèrent deux autres vaisseaux qui semblaient abandonnés. Des mousses avaient pris pied sur les carcasses et des traces de blasters indiquaient une bagarre lointaine. Tochiro eut un mauvais pressentiment.


Machinalement, je relisais mon album souvenir. Je l'avais constitué pour me redonner un peu de force. Je parcourais mes notes et regardais les photos et autres documents que j'avais amassé depuis quelques années. Je pris une feuille au hasard.

Tiens, je me souviens ce jour là avoir rejoint un groupe d'écologistes. Ils protestaient contre un abattage d'arbres en voie d'extinction. Toute cette mascarade pour pouvoir vendre quelques marchandises au final.

Je recommençai au début. Je tournais les feuilles lentement. Au départ, je griffonnais encore des bouts de programmes informatiques. Chaque trouvaille était soigneusement notée et commentée. Peu à peu, les programmes laissaient la place à des études biologiques. Puis, je commençai à noter les abus et la destruction de la nature par le peuple de Galhan.

Puis vinrent les messages de dégoût puis de haine. Puis la colère et la rage s'emparèrent de mon âme… Maudits humains, je vous hais !

J'avais gardé une coupure de presse relatant l'apparition de l'océan de la corruption. A cette époque, tout le monde pensait que c'était une nouvelle opportunité et de nouvelles richesses offertes au peuple de Galhan. Je me souviens des premières battues aux insectes, organisées dans le seul but de fournir un divertissement bon marché, quand l'air était encore pur.

Un jour, je m'étais interposé avec quelques amis contre ces procédés. Nous étions 10 ou 12 pour protéger un nid de Sparas, face à une meute de bourgeois armés, prêts à en découdre pour un dimanche de loisirs. Ils nous ont tous massacrés… humains compris.

Mon ordinateur sortit tout d'un coup de sa veille. Une alarme sonore. Quelqu'un approche. Un vaisseau avec des … humains ! Je remis un masque respiratoire, pris mon sabre et mon fusil. Cette fois, j'emportai avec moi une vingtaine de balles perforantes.

Maudits humains…


- Il n'y a pas âme qui vive ici ! s'exclama Tochiro.
- Il faut chercher du côté des ruines répondit Harlock.

Leurs combinaisons isolantes les protégeaient de l'air vicié de la planète. Leur arrivée avait fait fuir les créatures des environs, mais de dangereux insectes restaient tapis dans l'ombre. Tochiro avait amené avec lui un détecteur biologique de son cru, pour déceler une présence humaine.

Aucun écho, à part lui-même et Harlock.

Ils se mirent en marche en direction du nord, en suivant les indications d'une vieille carte imprimée. Harlock n'était pas à l'aise. Il sentait qu'on l'observait. Ils empruntèrent ce qui ressemblait à un chemin taillé à coup de machettes, s'enfonçant au milieu de plantes dont ils ne connaissaient pas le nom.

Peu après, une forme humaine à terre attira leur attention. Ils eurent un geste de recul et furent horrifiés par le spectacle. Le corps était en pleine décomposition, mais des plants violets poussaient çà et là sur des blessures. Des petits insectes grignotaient avec patience des lambeaux de chair. L'homme avait encore un blaster à la main. Ses blessures n'étaient pas dues à des animaux ou à un poison. Harlock compta un impact de balle et sept coups d'arme blanche. Probablement un sabre court.

Qui a bien pu faire çà ? Et pourquoi ?

- Harlock, j'ai un … j'ai … peur… dit Tochiro en tremblant.
- Je n'aime pas çà… dit faiblement Harlock.
- Et çà ? C'est quoi ? cria Tochiro.

Un autre reste d'humain. Et encore un autre. Les deux compagnons marchèrent encore un peu et comptèrent sept humains, tous décédés de mort violente. Mais ils avaient tous leurs armes, leur argent, leurs habits.

C'est quoi cette planète de fous ? Qu'est ce qui se passe ici ?

Ils ne remarquèrent pas le léger bip émis par le détecteur de Tochiro…


Je les suivais depuis une heure. Ils n'étaient pas très discrets, à crier dans tous les sens et à effrayer les insectes. Le grand s'appelait Harlock et le gnome Tochiro. Seul le grand était armé, avec un cosmodragon et un "gravity sabre". Mon esprit d'informaticienne arrêta bien vite la démarche à suivre. D'abord, il fallait tuer Harlock, lui était dangereux. Le petit gnome n'était pas menaçant. Il mourrait juste un peu plus tard.

Pillards avides ou scientifiques lunatiques ? Et si je leur donnais une chance de s'expliquer avant de mourir ? Finalement, non, ce n'est pas la peine. Tue-les tout de suite !

Je pris mon fusil et l'armai discrètement. Les cibles ne bougeaient pas trop vite, la visée était facile. Je pointai la mire en direction de la tête d'Harlock, prête à tirer et à supprimer un maudit humain de plus.

Harlock s'arrêta de marcher et invita Tochiro à faire de même.

- Quoi encore Harlock ? On ne va pas s'arrêter toutes les cinq minutes à cause d'un malheureux qui…
- A TERRE VITE ! cria Harlock.

Une balle passa en sifflant et se planta dans un mushigoyashi, dans l'exact prolongement de la tête d'Harlock. Il se releva prestement, dégaina son cosmodragon et tira au jugé dans les fourrés.

Merde me dis je. Repérée. Il est plus malin et plus coriace celui-là. Je l'achèverai au corps à corps…

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La sauvageonne

Harlock fixait toujours le point d'où j'avais fait feu quelques instants avant. Il n'avait pas remarqué que je bougeai pour l'attaquer contre le vent. Son odeur arrivait à mes narines. Mon sabre au clair, je m'avançai prudemment. Ils ont perdu ma trace. J'avance en hurlant, perdant mon sang froid.

- Maudits humains, je vous hais !

Harlock me vise avec son cosmodragon. J'esquive un premier puis un deuxième tir. D'un coup sec, je frappe l'arme d'Harlock qui la laisse tomber à terre.

- Harlock ! cria Tochiro.

Harlock saute et dégaine son sabre. Un premier coup, facilement paré. Puis un deuxième et un troisième. Je frappe comme une folle furieuse. Mes coups manquent de précision. Harlock se défend mais refuse d'attaquer. Je continue, attaquer, tuer, attaquer, tuer…

- Attends cria Tochiro. Nous ne te voulons pas de mal. Nous cherchons quelqu'un !

Je suis trop fatiguée. Je ne peux plus combattre correctement. Je recule et pointe ostensiblement mon arme vers le cou du capitaine corsaire. Il pointe également son arme vers moi. Mais, le gnome à lunettes pointe sur moi le cosmodragon ramassé par terre.

Je reculai encore, en restant en garde.

- Il n'y a plus un seul humain qui vive ici dis je d'une voix ferme.
- Mais, vous êtes … humaine… dit Tochiro.

Ma respiration se fit courte en entendant cela. Mon masque respiratoire me fit mal d'un coup.

- Je ne suis pas humaine… Je ne suis plus humaine ! Je suis la forêt !
- Nous cherchons quelqu'un qui se nomme Sayuri Yomiko dit Tochiro.

Je baisse mon sabre, abasourdie par la nouvelle. Harlock reste en joue, mais ne fait pas de gestes hostiles. Tochiro abaisse aussi son arme.

Ce nom, il semble ressusciter d'un passé lointain. Comment savent ils ? Je reprends mon souffle.

- C'est un ami à elle, Bruma Simpa qui nous envoie dit Harlock calmement.
- Impossible criai-je ! Il est mort depuis la fin de Sélénia !

Je vois dans leurs yeux qu'ils ont compris qui je fus autrefois…

Je bondis vers Harlock et attaque sur le côté. Il réagit une seconde trop tard et mon sabre coupe en deux son gravity sabre. Le bout de son arme tombe mollement sur le sol, sous les yeux médusés des deux intrus. Je perçois un éclair de panique chez le pirate.

Ce sabre d'adamantium de Simpa est vraiment génial. Indestructible et léger !

- Attends, cria Tochiro, en me montrant un bijou.

Tochiro exhibait avec crainte un bijou ouvragé, d'une dizaine de centimètres. Un poignard avec une lame d'améthyste pure, taillé en pointe. La garde était en pierre de jade polie et lustrée, avec quelques reflets bleus. Mon nom : Sayuri Yomiko, était gravé sur la lame.

Cette dague d'améthyste. Non, ce n'est pas possible ! Le cadeau que je lui ai fait pour ses fiançailles, il y a longtemps. Comment ont-ils pu ?

Je baissai mon arme et réfléchissais quelques instants. Finalement, je remis mon sabre dans son foureau. Harlock repris le cosmodragon et le rangea aussi. Tochiro regarda atterré les morceaux de la canne épée d'Harlock gisants par terre.

- Nous voulons juste discuter un peu, dit Tochiro après avoir ramassé les restes du sabre.
- Et de quoi, dis je avec un sourire sarcastique ?
- D'algorithmes…

Je ne pus m'empêcher de rire aux éclats.

- Vous ne cherchez donc pas un trésor ? Vous ne chassez pas les insectes ? Vous êtes venus ici pour parler… informatique ? c'est trop drôle !
- Nous … avons… vu… euh… "rencontré" l'électron, dit Tochiro.

J'arrêtai de rire aussitôt et dévisageai le petit savant qui avait prononcé ces paroles. Oui, il semblait sincère. Harlock, lui avait un regard d'acier qui montrait une détermination hors du commun. Je n'avais plus à faire à de stupides humains égoïstes.

Mais un humain reste un humain me dis je. Faible, corruptible. Je vais leur donner une chance. Sans mon aide, ils ne repartiront jamais de cette planète.

- Suivez moi, ordonnai je. Ne dites rien. Marchez exactement là où je pose mes pieds, et surtout ne vous avisez pas de toucher ou de tirer sur quelque chose. Nous avons énervé les insectes avec notre combat, et ils se régaleraient volontiers de vos corps.
- Bon, c'est d'accord répondit Tochiro.

Harlock s'interrogeait sur la personne qu'il venait de rencontrer et de combattre. Quelles horribles choses avait elle vécue ? Quelles blessures avait subi son âme pour devenir çà ?

En deux heures de marche, nous arrivâmes à mon antre. Une fois le dernier sas passé, je retirai mon masque et invitai mes deux humains à faire de même. Harlock avait du charme, avec sa joue balafrée et ses mèches un peu folles. Par contre, Tochiro ne ressemblait à rien. Les deux humains me fixaient avec un regard admiratif. Je m'en étonnai :

- Qu'est ce qu'il y a, finis-je par dire ?
- Ce que vous êtes … belle, finit par dire Tochiro.
- Hein ?

J'eu un geste de recul. Sans rien ajouter, je me scrutais dans un miroir. Un geste que je n'avais plus fait depuis des années. Je reconnus mes yeux verts, mes fins cheveux. La poussière marquait mon visage, mais il avait gardé ses traits fins et délicats. Était ce cela la beauté ? Des sentiments confus, longtemps oubliés et étouffés remontaient en moi.

Je me ravisai et repris sans m'en rendre compte ce regard froid et perçant.

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Les blessures de l'âme

Je restai silencieuse, en attendant que mes invités en sursis n'engagent la conversation. Je ne leur donnais mentalement que cinq minutes pour me convaincre de ne pas les tuer.

- Je… suis… Tochiro Oyama commença le gnome à lunettes. Mon compagnon se nomme Harlock. Nous sommes venus ici dans un but précis. Nous … cherchons … des algorithmes pour programmer un ordinateur à intelligence artificielle et…
- Je sais, coupai je d'un ton sec. Moi seule dans cet univers connais les codes de programmation de l'algorithme que vous semblez cherchez. Mais à quoi est destiné cet ordinateur ?
- Euh, en fait nous construisons un vaisseau parfait, l'Arcadia et…
- Vaisseau de guerre ? Vaisseau de paix ? Parlez !

Mon ton intimidait Tochiro. Je le voyais bien. J'espérais plutôt les explications d'Harlock. Elles arrivèrent :

- Nous construisons un vaisseau pour défendre la liberté et les opprimés, répondit Harlock d'une voix assurée.
- Défendre… des humains ? Vous voulez défendre … des humains ? dis je avec une voix incrédule.
- Il existe des choses pour lesquelles cela vaut la peine de se battre. Nous voulons aussi défendre la terre contre…
- La terre ?

Cette misérable planète et ses occupants m'inspiraient un dégoût profond. Ces humains vivaient dans l'opulence, sans se soucier des dégâts que leur mode de vie faisait aux alentours.

- Qu'il y a-t-il encore à protéger sur la terre ? Existe il encore une seule chose à sauver sur ce caillou lointain ? criai-je.
- J'ai promis, commença Harlock, de protéger la terre, ses fleurs, ses arbres, et d'en faire un lieu idéal pour une petite fille d'un ami cher…

Tochiro regarda avec émotion son ami corsaire et souri. Oui, il lui avait fait cette nouvelle promesse à la naissance de son enfant. Emeraldas et lui-même souhaitaient qu'en cas de malheur, leur fille puisse grandir en paix sur la terre.

Ils ont l'air sincère. Je le sens dans leur respiration et leur regard.

- Je comprends que … Simpa a survécu ? Racontez moi tout !

Harlock et Tochiro me racontèrent en détail toute leur aventure sur Kadesh. Leur rencontre avec mon ami, ce qu'il était devenu. Il allait enfin atteindre ce bonheur qu'il recherchait lorsque le sort s'abattit sur lui. Je connaissais par ailleurs l'existence des mazones et leur mode de pensée, trop humain, ne m'inspirait pas vraiment confiance.

- L'Espérance, le vaisseau de ce brave Simpa a donc fait tout cela dis je en guise de conclusion. Et mon petit bébé d'amour a survécu…
- Votre petit bébé d'amour ? demanda Harlock incrédule.
- Oui, l'électron ! C'est mon bébé voyons !

Et voilà que les tics d'informaticiennes reviennent à la charge. Harlock enchaîna :

- J'aimerais comprendre quelles sont… euh… comment se fait il que … vous …
- Que je soit dans cet état ? Que je tue tous les maudits humains qui je croise ?
- Oui.

Je n'ai pas trop envie d'être bavarde. Mais ces deux hommes sont moins mauvais que ceux que j'ai rencontré, après tout.

- Je hais les humains pour ce qu'ils ont fait à cette planète. Tout, de l'apparition de la forêt toxique à la disparition d'innombrables espèces est de leur faute. Galhan est ma planète natale. C'était une planète riche, prospère, mais au gouvernement incompétent et à la population arrogante. J'ai pris la tête d'un mouvement écologiste pour essayer de réconcilier l'homme et la nature. Mais je dus m'absenter quelques temps, au pire moment pour Galhan.
- Était ce pour la construction de "l'Espérance" ? demanda Tochiro.
- Oui, fit je avec un signe de tête. J'ai accepté ce travail uniquement par amitié pour Bruma Simpa. L'informatique m'intéressait de moins en moins. Lorsque je suis revenue, des affrontements entre écologistes et membres du gouvernement ont dégénérés en guerre civile.

Toute ma famille, tous morts de la main de leurs anciens amis.

- Personne ne se souciait plus de la nature, qui pâtissait d'une quête toujours plus grande de ressources. J'ai alors planté les premiers Mushigoyashi, cette plante violette qui est partout. J'en avais collecté des graines lors d'un précédent voyage.

Mais je ne savais pas que cette plante créait une atmosphère mortelle.

- Lorsque j'ai vu le résultat, je fus très heureuse d'avoir pu infliger un tel châtiment aux habitants stupides de cette planète. J'y suis restée, pour garder ce lieu vierge de toute présence humaine.
- Mais, vos amis écologistes ? Que sont ils devenus ? demanda Tochiro.
- Tous morts bien avant. Vous semblez ignorer les dégâts que la corruption, la torture peuvent faire sur le cœur des hommes. Moi-même je…

Mon souffle s'arrêta. Je n'avais jamais parlé de cet épisode de ma vie, il était trop douloureux. Et j'en gardais des séquelles physiques. Dans l'art de faire souffrir son prochain, l'imagination de l'homme ne connaît aucune limite. Surtout que j'étais la dernière en vie et ils voulaient me faire agoniser longtemps. Par chance, ils ne m'ont pas touché le visage.

- Sayuri, que se passe t il ? demanda Harlock.

Pour toute réponse, j'ôtai une partie de mes vêtements. Sur mon dos, les deux visiteurs pouvaient voir des traces qui ne semblaient pas être des blessures accidentelles. Leurs visages étaient livides.

- Et ceci est juste la partie de mon corps la moins meurtrie… Comprenez-vous, maintenant, que je ne peux pas pardonner aux humains, quelque qu'ils soient ? Et vous voulez que je vous aide malgré tout ?
- Simpa croyait en notre cause, reprit Harlock. Il nous a aidé.

C'est maintenant que je dois prendre une décision me dis-je. Si ce très cher Bruma leur a accordé sa confiance, c'est que ces humains en valent peut être la peine.

Pour me donner un peu de temps de réflexion, je retournai vers la pile d'holo-disques et pris cette vieille photo. Elle avait été faite le dernier jour d'études à l'institut galactique des mines. Nous y étions tous les trois : Bruma Simpa le génie, Valina la spécialiste de la physique et moi-même l'informaticienne de choc. Le trio parfait pour créer n'importe quoi, comme un vaisseau de guerre surarmé pour une reine un peu jalouse.

- Comment comptez-vous appeler votre vaisseau déjà ? demandai-je.
- L'Arcadia ! répondirent en cœur Tochiro et Harlock.
- Dommage, fis je. Vues vos motivations, je l'aurais plutôt baptisé "Utopia" ou "Fantasia". "Arcadia", çà sonne mal pour une entité d'intelligence artificielle…

Harlock et Tochiro sourièrent un peu et se détendirent.

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Intelligence artificielle

Je reposai le sabre et le fusil à l'abri. J'augmentai aussi la cadence de filtration de l'air, car à trois l'oxygène diminuait plus vite.

- Dites moi où vous en êtes, fis je tout en manipulant les filtres au charbon de l'abri.
- Nous avons intégré des puces au blénium 3006 dans le cœur de l'Arcadia et j'ai réussi à inscrire tous les programmes primaires, Répondit Tochiro.
- Du blénium 3006 ? Rien que çà ? Et vous n'êtes pas malade après avoir utilisé le métal maudit ?
- Simpa nous a fourni du blénium pur reprit Tochiro. Et à un prix indécent dit-il à voix basse.

Tout était clair à présent. Je revoyais Simpa de retour de son audience avec la Reine de Sélénia. Il me confia que le blénium n'était plus un problème, mais qu'il avait commis une grande erreur avec la Reine. Maintenant, je commence à comprendre de quoi il parlait.

- J'ai par la suite rentré les algorithmes classiques de programmation de l'intelligence artificielle en tentant de les améliorer mais …
- Mais l'ordinateur ne réagit pas de manière sensée à des sollicitations inconnues achevai je.
- Exact, fit Tochiro ravi de voir que je saisissais vite leurs soucis.

J'hésitai à me lancer dans un exposé des théories de programmation. Sans doute le petit gnome apprécierait, mais Harlock n'entendait pas grand-chose en technique.

- La seule manière d'intégrer votre intelligence artificielle, c'est d'entrer en communion avec elle. C'est çà, le fin mot de l'histoire.
- Excusez moi, mais je ne comprends pas du tout, me dit Harlock.
- Votre intelligence artificielle, ce n'est plus un programme. C'est une conscience, une partie de vous qui se prolonge dans le temps et dans l'espace. Programmer ne sert à rien. Vous devez lui transmettre vos émotions, vos vécus, vos espoirs. Il faut après lui apprendre à s'en servir pour ressentir les choses.
- Je suis… complètement largué fit Harlock.
- J'avoue que même moi je m'y perds ajouta Tochiro

Je fus donc réduite à recommencer du début, à expliquer toutes mes théories qui avaient fait de l'intelligence artificielle une réalité. La base était un programme très complexe. Par la suite, il fallait apprendre à l'ordinateur à réagir de manière logique dans des situations de plus en plus ardues. Une fois les leçons de bases terminées, le vrai travail commençait. Il fallait transmettre une partie de sa mémoire, de ses sentiments, de ses espoirs à l'unité centrale. Et seulement après, on débutait un nouvel apprentissage comme s'il s'agissait d'un humain.

L'aide de Valina nous fut d'un grand secours. Elle de débrouillait aussi bien avec les systèmes d'armes, mais elle a renié tout çà depuis. Quel dommage qu'elle ait choisi la voie de la mécanisation.

Je pris un holo disque, mis un peu à l'écart. Je le tenais dans les deux mains, fermement.

- Tochiro, voici ce que vous voulez je crois. Si Simpa vous a fait confiance, si vous l'avez aidé, je vous dois bien ceci.

Je lui donnais ces précieux algorithmes. Pourtant, deux heures avant j'aurais volontiers passé ces humains au fil de l'épée. Mais le fait que Simpa ait survécu, qu'il cherche encore et toujours son bonheur dans la galaxie m'inspirait. Décidément, ce brave ami était plus déterminé et opiniâtre que moi.

- Nous avons une dette envers vous me dit Harlock.
- Il n'y a rien que je désire à part la solitude… et ne plus voir du tout d'humains !
- Vous avez été blessée dans votre âme et votre chair. Ces blessures peuvent guérir. Certaines avec des soins spécialisés, les autres avec le temps ou de l'amour.

Je fixai Harlock d'un air interrogateur. Qui pourrait soigner et réparer mon corps après ce que j'ai subi ? Quel but pourrais je poursuivre ? Ma famille est morte depuis longtemps.

- Sayuri, commença Harlock avec un regard fort. Quittez cette planète. Quittez ce destin inutile et absurde. Vous valez mieux que çà. Vos talents peuvent encore protéger cette nature à laquelle vous tenez tant. D'autres planètes ont besoin de vous.

J'hésite. Je me questionne. Je n'ai jamais envisagé le problème sous cet angle. Galhan est morte, mais peut être d'autres planètes sont en train de mourir. Peut être puis je encore faire quelque chose ? Non, c'est absurde, jamais les humains ne changeront.

- Je vous laisse réfléchir, finit Harlock.

Et si je retournais voir l'électron ? Après tout, pourquoi pas ?

- Tochiro, avec les algorithmes, vous devriez vous en sortir. Cependant, malgré tous vos efforts, la seule manière d'obtenir l'ordinateur parfait c'est de … c'est de… fusionner définitivement avec lui, dis je dans un murmure.
- Fusionner ?
- Oui. L'idéal, c'est de vous débarrasser de votre enveloppe charnelle et d'insuffler votre âme dans l'unité centrale. Du moins, c'est ce que mes calculs démontrent.

Je sentis que mes interlocuteurs étaient perdus et que mes explications n'arrangeaient rien. Je décidai de ne pas en dire plus. Harlock et Tochiro m'expliquèrent par la suite pendant de longues minutes leur idéal.

- Vous devriez partir dis je. Je ne sais pas combien de temps je peux supporter un humain, et vous perdez un temps précieux à rester ici.
- Déjà ? fit Tochiro.

Harlock s'était levé et regardait discrètement quelques documents éparpillés dans mon antre. Son attention fut retenue par la vieille photo, à moitié cachée sous une pile d'holo-disque. Il reconnut sans peine Simpa, Sayuri, mais cette troisième personne ? Elle lui rappelait vaguement quelqu'un.

Je reconduisis mes invités dans le sas de sortie. Pour une fois, je ne pris aucune arme pour m'accompagner. Leur navette était restée sagement à les attendre. Je repoussai doucement les insectes qui s'étaient approchés en curieux.

- Bon, on repart. Merci encore pour les algorithmes ! Il ne restera plus que le problème des canons lasers. L'Arcadia sera parfaite !
- Des canons lasers ? demandai-je.
- Oui, nos canons lasers sont durs à régler. Après ce sera finit ! dit Tochiro.

Valina était physicienne, spécialiste des systèmes d'armes et de mécanique.

- Je connais quelqu'un qui pourrait vous aider dans cette tâche. Valina Fayghornitola, une physicienne hors pair.
- S'agit il de la troisième personne que j'ai vu sur votre photo ? demanda Harlock.
- Oui. Mais aujourd'hui, elle se fait appeler Scandium.

Harlock eut un froncement de sourcils. Ce nom-là, Scandium, lui était familier. Il savait exactement qui elle était, ou plutôt ce que c'était. Tochiro lui s'était affairé à transférer les codes et les programmes dans l'unité centrale de leur navette. Leur vaisseau décolla peu après et s'éloigna dans l'atmosphère verdâtre de Galhan. Mon existence de solitude reprenait à ce moment là.

Sur le trajet du retour, Harlock resta silencieux. Tochiro débitait dans un flot continu les vertus de l'intelligence artificielle qu'il voulait programmer. Scandium, cette personne, il en avait entendu parler par Maetel et Emeraldas. C'était le conseiller scientifique le plus apprécié de… la Reine Prométhium, sur Andromède. Un humanoïde à l'âme noire et cruelle. Harlock vit aujourd'hui pour la première fois une photo d'elle, lorsqu'elle était encore humaine.

Tochiro, se dit il pour lui-même, surtout ne me demande pas çà. Emeraldas ne me le pardonnerait jamais. Fait comme tu veux, mais débrouille toi pour qu'on n'aille pas voir Scandium sur Andromède !

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La fusion des esprits

Je mis du temps avant de prendre cette décision. Après la visite d'Harlcok et de Tochiro, j'hésitais entre partir sur une autre planète, rejoindre un ami cher ou la solitude sur Galhan. Finalement j'optai pour la deuxième solution. Je me posais encore et encore toutes ces questions durant le trajet. Le ciel défilait sous mes yeux, mais je n'y prêtais pas attention. La banquette en velours était confortable dans ce train qui m'emmenait vers Kadesh.

Soudain, une voix féminine, douce :

- Vous semblez perdue dans ce train ?

Cette femme était incroyablement belle. Elle portait un manteau noir, avec des pompons. Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade.

- Pardon ? dis je.
- Vos vêtements sont en lambeaux et vous semblez ne pas savoir où vous êtes.
- A vrai dire, je suis partie en laissant tout derrière moi.
- Elle s'assit en face de moi, en joignant ses mains sur les genoux.
- Où allez vous ?
- J'hésite encore. A vrai dire je n'ai pas …
- De billet ?
- Non, je n'ai pas de billet, avouai je.
- Dans ce cas, en voilà un ! Au fait, je m'appelle Maetel.

Elle me tendit le précieux sésame. Un laisser passer galactique universel, pour une personne. Vierge. Je regardais avec curiosité cet objet, je n'avais pas vu de billet de train depuis des années.

- Je vous remercie. Je me nomme … San, euh, Sayuri. Sayuri Yomiko. Mais pourquoi me donnez vous ce billet ?
- Désirez vous aller sur Andromède ?

Aller sur Andromède? Voir Scandium ? Non merci, pour rien au monde. En plus, la Reine Prométhium a pris un malin plaisir à mécaniser sa planète, ce qui me dégoutte profondément.

Un petit homme pénétra dans le wagon. Il portait un grand manteau bleu, une casquette, et seuls deux points lumineux brillaient à la place de ses yeux.

- Chers passagers, notre Galaxy express ne marquera pas l'arrêt sur la planète Galhan pour cause de problème d'atmosphère toxique. La compagnie intergalactique vous prie d'accepter ses excuses pour le désagrément. Nous espérons pouvoir prochainement desservir à nouveau la planète Galhan.

Le contrôleur en profita pour contrôler mon billet. En possession d'un laisser passer universel, j'avais droit à quelques vêtements de rechanges, fournis gracieusement. Il m'invita poliment à les utiliser, mais je refusai.

- Allez vous sur Andromède ? redemanda Maetel.
- Non. Pour rien au monde je n'irai là bas.

Maetel paru un peu déçue. Son regard traduisait une souffrance profonde et diffuse. Elle me fixait intensément, et cherchait à percer ma personnalité.

- Quelles choses horribles vous avez du vivre, finit elle par me dire.
- Je n'ai vu que les mauvais côtés de l'âme humaine pendant des années, rétorquai je. En fait… j'aimerais voir un ami avant d'accomplir mon œuvre dis je.
- Un ami ? Un ami qui vous est cher ?
- Quelqu'un que je croyais mort, mais qui a survécu à l'enfer. Je ne l'ai pas vu depuis des années.
- Où habite il ?
- Sur la planète Kadesh.

Elle leva la tête et regarda par la fenêtre. Cet homme, qu'elle avait croisé quelques jours auparavant, venait aussi de Kadesh.

- Comment s'appelle votre ami ? me demanda Maetel.
- Bruma Simpa. Il vient de Sélénia.
- Alors, c'est probablement la personne avec qui j'ai voyagé il y a quelques jours. Mais il a refusé de me dire son nom. Il allait sur Wolf 351, il me disait qu'il devait aller chercher quelqu'un.

Alors, me dis je, elle est vivante. Heureuse Laurelin, tu as de la chance d'avoir une personne comme Bruma. Il ne t'a jamais laissé tomber, même après tout ce temps.

Je ne disais plus rien. J'étais perdue dans mes pensées. Je connaissais bien Bruma, et je savais exactement ce qu'il allait faire par la suite. Avec Laurelin, ils chercheraient une nouvelle planète où s'établir. Mais avant cela, il payerai d'une manière ou d'une autre sa dette d'honneur envers Harlock. L'Espérance s'envolerait sûrement à nouveau, et je devais mettre la touche finale à mon œuvre.

Fusionner avec l'électron. Créer l'ordinateur parfait.

- Sayuri ? A quoi pensez vous ? demanda Maetel.
- Moi ? A mon petit bébé d'amour !
- Pardon ?
- Je vais rejoindre mon bébé d'amour … à jamais !