Claire prit place à nos cotés à la table des Griffondors et suivit la répartition des petits nouveaux avec intérêt bien qu'une lueur dans son regard me laissait à penser qu'elle était à des années lumière de tout cela. J'observais la fillette de onze, morte de peur, qui venait de s'asseoir en face de MacGonnagal. Il y a six ans, j'étais à sa place. Le temps était passé vite, plus vite que je ne le pensais.
Certaines choses avaient changé, d'autres non. Pauline avait montré son vrai caractère dès le premier jour avec ses caprices, Manu son insolence aux dépends de la première et moi… Bah je n'avais rien montré comme aujourd'hui encore.
Ma mère me posait des questions assez régulièrement sur tout cela. Dans ses moments de colère, elle n'hésitait pas à me dire que je n'avais pas de cœur pour rester ainsi insensible. Elle avait sans doute raison mais je n'avais pas l'intention de changer. Cela m'avait protégé de nombreuses fois et restait donc mon meilleur moyen de ne pas être blessée.
Le dernier premier année se dirigea vers la table des Poufsouffle qui l'applaudissaient à tout va, laissant la parole au directeur qui rappela brièvement les règles dans l'enceinte du château mais aussi dans le parc et plus exactement celles qui concernaient la Forêt Interdite. Cette dernière partie était, à mon avis, réservée aux Maraudeurs qui d'après la rumeur s'y étaient déjà rendus plusieurs fois.
Je commençais à jouer avec ma fourchette. Mon estomac criait famine tandis que mon cerveau hurlait à Dumbledore qu'il usait sa salive pour rien puisque les quatre Griffondor n'en feraient qu'à leur tête de toute façon. A se demander même si tout cela ne leur donnait pas plus envie d'enfreindre le règlement…
Les plats apparurent enfin devant nous et les discussions s'élevèrent dans la Grande Salle. Je suivis distraitement la conversation de Manu et Claire qui se tenait de l'autre coté de la table mais mon esprit restait bloqué sur mon incapacité à avoir un coup de cœur. Pourquoi cela me troublait autant ?
Après tout Lizzie, l'héroïne de mon livre préféré, n'en avait aucun jusqu'à l'arrivée dans sa vie de Mr Darcy. Et Jane Austen laissait supposer qu'il s'agissait de l'amour de sa vie… peut être devrais je seulement attendre ? Oui mais voilà, je ne suis pas l'héroïne d'une histoire ! Et cela implique que je pourrais très bien finir ma vie toute seule ! Pensée bien pessimiste pour une jeune femme de 17 ans !
Une fois le repas finit, nous nous levâmes pour rentrer dans notre Salle Commune : la Tour Griffondor. Nous retrouvâmes avec délectation nos fauteuils dans un coin de la pièce qui nous permettaient d'observer à loisir les autres sans qu'ils ne remarquent notre présence. Nous avions ainsi vu des couples se former et se défaire. Des trahisons et des amitiés naissantes, de vrais trésors…
Il semblait acquis pour Manu et moi que Claire serait la troisième de notre couple. Elle était fraîche et amicale. Son passé la rendait attendrissante et son présent adorable. Je ne doutais pas qu'elle deviendrait une véritable amie. Un soutien face à l'ennemi commun qui venait justement de se poster devant nous. Je me calais plus profondément dans mon fauteuil, comme pour y disparaître.
- Je ne pense pas que nous ayons été présentées, dit Pauline d'une voix qui se voulait chaleureuse.
Claire la regarda avec des yeux ronds. Visiblement elle ne savait comment se comporter, et surtout comment répondre à celle qui avait été son bourreau.
- Je m'appelle Pauline, continua-t-elle en ignorant le trouble de son interlocutrice. Tu ne devrais pas traîner avec ces deux là… Elles ont mauvaises réputations…
Je bondis de mon siège pour retenir Manu qui avait voulu se lever. Un coup de poing par jour me semblait suffisant. De plus, une heure de retenue à peine quelques heures après notre arrivée ferait du plus mauvais effet.
- Ne t'en fais pas pour moi, murmura enfin Claire.
- Puis-je te demander de quel droit es tu venue directement t'asseoir à la table des Griffondor sans y être répartie ?
Le ton de Pauline ne laissait planer aucun doute, elle était agacée par l'attitude de la jeune fille devant elle. Elle devait penser qu'elle pourrait se l'approprier comme nouvelle amie, ou plutôt comme nouveau clone…
- Claire Aubscour.
Un silence se fit. Je remarquais finalement que tout le monde avait écouté la conversation, même les Maraudeurs qui nous fixaient du coin opposé de la pièce. Je déglutis, impatiente de savoir la suite. Pendant un moment je pensai que Pauline avait oublié tout de cette histoire. Du harcèlement psychologique qu'elle lui avait fait subir jusqu'aux vacances d'été mais le sourire démoniaque qui se dessinait sur son visage, m'enleva tout doute.
- Mais oui ! Je me souviens de toi ! Tu étais celle qui avait un gros béguin pour…
Okay, je n'aurais jamais du faire cela. J'aurais du me maîtriser comme je savais si bien le faire. J'aurais dû lui demander de se taire ou tout simplement laisser Claire régler tout cela. Mais j'avais vu du coin de l'œil qu'elle avait blanchi, que toute cette affaire la touchait encore aujourd'hui…
Mais Manu avait raison : ça faisait un bien fou ! Quel dommage que les préfets aient été présents… Une heure de retenue pour avoir giflé Pauline, voilà quelque chose que je trouvais bien injuste. Mais au moins les choses étaient claires, la guerre avec Pauline était déclarée.
Un peu plus tard, alors que la salle commune était quasiment déserte, Manu chantait encore mes louanges tandis que Claire se contorsionnait les mains avec applications. Je les lui pris entre les miennes pour la faire arrêter ce qui eut pour effet de la sortir de son silence.
- Je ne sais pas si je supporterais qu'elle continue comme en quatrième année…
- Ne t'en fais pas. Cette année, tu ne seras pas seule. Ca fera une énorme différence, répondit Manu.
- Et puis, ce n'est pas comme si tu étais toujours amoureuse de Lupin, tentais je.
Elle me fixa un long moment avant de répondre avec une sincérité qui me sidéra au moins autant que ses propos.
- Au contraire, je pense l'être encore…
Elle l'avait murmuré en jetant un petit regard par-dessus son épaule pour l'observer lisant tranquillement un livre dans un des canapés que les Maraudeurs s'étaient réservé. A priori, ses amis avaient déjà rejoint leur dortoir, certainement pour y préparer la prochaine blague à l'encontre des Serpentard. Une fois le choc d'une telle révélation absorbé, j'éclatais d'un rire nerveux.
- Entre Manu et toi, je vais être bien entourée alors !
Je sentis quelqu'un me mettre une pichenette derrière le crâne. Manu n'appréciait pas que je parle de ses 'sentiments' vis-à-vis de Black de cette façon. Elle ne tenait pas à ce que son 'aversion' soit comparée à un sentiment amoureux, refoulé ou pas. Ou peut être ne voulait elle pas que Claire le sache.
- Tu… Toi aussi… Remus…
- Non ! Répondit Manu en secouant vigoureusement la tête.
- Elle, c'est Black, susurrais-je.
- Lily Evans ! Tu vas me le payer !
Je lui accordais le sourire le plus grand. J'étais fière de moi. Claire avait retrouvé sa gaieté et Manu m'aidait… sans le savoir. Finalement une heure de retenue, ce n'était pas si terrible que ça. Surtout que je ne recevrais pas de Beuglante vu que mes parents étaient moldus ! A l'inverse de Manu qui l'an dernier en avait reçu une bien rouge…
- Excusez moi.
Nous retournâmes d'un seul bloc vers cette voix pour découvrir Remus Lupin qui nous regardait avec un léger sourire aux lèvres.
- Je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre, tout à l'heure, qui tu étais…
Claire rougit jusqu'à la pointe des cheveux et menaçait de prendre feu, tandis que le Maraudeur, inconscient de tout ce que sa présence pouvait réveiller dans l'esprit de ma nouvelle amie, continuait.
- Je suis content de voir que tu as eu le courage de revenir affronter Pauline. J'espère qu'ainsi tu garderas un meilleur souvenir de Poudlard.
Je tapotais la main de Claire pour l'inciter à lui répondre quelque chose, puis je la bousculais un peu mais rien n'y faisait, elle semblait totalement statufiée.
- Merci, réussit-elle finalement à articuler.
Il lui sourit une dernière fois avant de partir vers l'escalier qui menait aux dortoirs des garçons. L'année promettait d'être riche en événement vu la première soirée au château !
- C'est officiel ! Tu es toujours sous le charme de Lupin, déclara Manu une main sur le cœur.
- Je suis vraiment bien entourée, m'écriais je une main sur le front.
Nous rîmes de tout cela avant d'aller nous coucher. Claire avait été installée dans notre dortoir. Celui la même que nous partagions avec deux clones de Pauline. Encore une chance que ce ne soit pas avec cette peste en personne. Malheureusement ses deux 'copines' n'avaient rien à lui envier quand elles avaient décidé de faire de notre vie un enfer.
Nous nous couchâmes rapidement mais je ne trouvai pas immédiatement le sommeil. Le retour à Poudlard cette année était des plus mouvementé. D'habitude les hostilités ne commençaient pas sur le quai de Londres mais attendaient que nous soyons dans la Tour des Griffondor. La présence de claire à nos cotés allait avoir beaucoup de conséquences et la résolution de Manu de prendre les choses du bon coté semblait compromise avant même qu'elle n'ait commencé…
Je me tournais sur le flanc. Le livre que j'avais gagné à ce concours me servira peut être finalement. A défaut d'y mettre mes pensées les plus intimes, je pourrais y relater tout ce que nous allions vivre. Après tout dans quelques années, peut être apprécierais je de relire tout cela… Je m'endormis sur cette pensée, épuisée.
La première semaine se passa sans fait notable. Les cours avaient repris avec intensité et un rythme d'enfer. Les blagues des Maraudeurs s'enchaînaient et les Serpentard rouspétaient tout autant. Les professeurs grinçaient des dents devant tout cela mais n'arrivaient pas à les prendre sur le fait et personne n'était assez fou pour les dénoncer.
Avec Claire et Manu, nous n'avions pas tous nos cours en commun. J'avais par exemple abandonné l'Etude des Moldus et elles avaient abandonné l'Histoire de la Magie bien que là tout de suite, j'aurais aimé avoir suivi leur exemple.
Le professeur Binns était un fantôme qui n'avait jamais réalisé être mort en cours. Il continuait donc à rabâcher d'un ton monotone des dates et des noms qui ne seraient en aucun cas utile plus tard mais qui me permettait d'en apprendre sur le monde magique.
Cela expliquait vaguement les relations entre les différentes sociétés qui constituaient le monde magique, comme les centaures, les gobelins et les sorciers. Bien que sur ces derniers, il y avait énormément de choses à dire. Tout d'abord sur cette loi ancestrale qui interdisait les mariages entre Sang Pur et Nés Moldu. Elle avait été abolie quelques décennies plus tôt mais certaines familles gardaient cette règle à l'esprit.
La fin du cours sonna enfin et je rangeais mes affaires le plus rapidement possible pour rejoindre Manu et Claire dans la grande Salle, pour déjeuner toutes les trois. Je me postais à l'entrée pour les attendre tout en lisant mes notes pour mon prochain cours.
J'étais tellement absorbée par ma lecture que je n'avais pas relevé la tête en entendant des bruits de course venant dans ma direction. Je savais très bien que ce n'était pas pour moi mais j'aurais sans doute mieux fait. Je me sentis brusquement rejetée en arrière alors que de la boue me recouvrait quasiment totalement.
J'ouvris les yeux, furieuse, pour voir les Maraudeurs et un Serpentard qui me fixaient. Ce dernier éclata de rire avant de s'enfuir tandis que les premiers restaient sans réaction.
- Mais ça ne va pas dans votre tête, bande de malades !
Je tournais la tête pour voir Claire et Manu courir dans ma direction. Cette dernière était hors d'elle. Elle tremblait par l'énervement et s'ils n'avaient pas été aussi nombreux, je pense que le responsable du sort qui m'avait atteint, aurait été amoché…
- Déjà qu'on supporte vos blagues débiles à longueur de journée, ce n'est pas pour en plus recevoir vos sorts !
- Hé ! Tu sais à qui tu parles ?!
Sirius Black avait été le premier à sortir de sa transe. Il jaugeait du regard Manu qui se tenait devant lui les poings sur les hanches, pendant que Claire m'aidait à enlever la boue de devant mes yeux, mon nez et ma bouche.
- A un crétin sans cervelle !
Je réprimais un petit cri. Elle était en train de leur déclarer la guerre et ça, c'était pas bon, pas bon du tout !
- Qui tu es pour te permettre…
Il ne finit pas sa phrase. Enfin pas à haute voix. Claire lui avait envoyé un sort pour le faire taire. Les Maraudeurs avaient alors relevé leurs baguettes dans sa direction. La situation était de plus en plus explosive et je n'étais pas sure de vouloir la calmer. Après tout, j'allais devoir sauter le repas pour tenter d'enlever tout cela et l'idée ne me réjouissait pas.
- Excuses acceptées, Black, dit Manu entre deux rires.
- Il ne s'est pas excusé, tonna Potter. Quant à toi, tu vas voir qu'on ne lance pas un sort à un Maraudeur sans en payer le prix.
- Ah oui ? Et que vas-tu faire ?
Je regardais Claire, incrédule. Je ne la savais pas suicidaire. Elle nous enfonçait dans les problèmes la tête la première avec ce genre de phrase ! Je soupirais avant de partir vers mon dortoir. Je devais me rendre présentable avant le cours suivant et ce n'est pas en observant mes amies déclarer la guerre que ce sera fait.
Quand je ressortis de la salle de bain, fraîchement douchée et proprement habillée, je découvris mes deux amies assises sur mon lit silencieusement.
- Vous venez de réaliser ce que vous avez fait ?
- Je viens de lancer un sort à un des meilleurs amis de Remus… fut la seule réponse que j'obtins.
Je commençais à grignoter ce qu'elles m'avaient apporté quand Manu prit la parole.
- C'est la première fois que je lui parle…
- Parler ? Dis je la bouche pleine.
Elle se retourna vers moi.
- Lily, je viens d'engueuler Sirius Black !
Je hochais la tête avec un sourire piteux.
- Euh non, pas exactement, ajouta Claire. Tu l'as dénoncé à MacGonnagal…
Mes yeux s'ouvrirent en grand. En plus d'avoir tenu tête au quatuor le plus en vogue de Poudlard, elle n'avait rien trouvé de plus intelligent que d'aller cafter ! Cette année était décidément mal partie !
En partant en cours, j'étais toujours songeuse. Comment allaient ils réagir après ce genre de chose ? Parce qu'il fallait bien le dire, Manu était la première à oser les dénoncer. Il n'y avait pas de précédents et ils allaient sans doute vouloir en faire un exemple.
Je me raidis. Et leurs groupies ? Elles étaient hystériques dès qu'elles en voyaient un… Mais là… Feraient elles venger leur Maraudeur préféré et s'en prendre à Manu ? Ou encore à Claire ? Ou même à moi ?
- Alors Evans, il parait que tu t'ais fait un masque de boue ?
Je repris mon chemin tout en tachant de ne pas lui répondre. Je devais rester calme et surtout ne plus me faire remarquer pour la journée. Mais ça, c'était sans compter sur Pauline qui me suivait… Et pour cause, nous avions le même cours !
- Tu sais, rien ne peut effacer les horreurs que tu as sur le visage !
Je grognais légèrement en entrant dans la salle. Mes tâches de rousseur ! Voilà qu'elle n'hésitait pas à m'attaquer là-dessus ! Tout cela parce qu'elle m'avait surprise un soir, confiant à Manu à quel point je les détestais.
- La seule chose que tu pourrais faire avec succès, c'est changer cette vilaine couleur de cheveux !
Je serrais le poing à m'en faire entrer les ongles dans la peau. Le professeur n'étant malheureusement pas arrivé, j'allais devoir supporter cela encore quelques minutes…
- Au final, Evans, tu devrais te faire à l'idée d'être moche.
Je laissais échapper un soupir. Elle n'avait toujours pas compris que je ne me préoccupais pas de mon aspect extérieur. Enfin du strict minimum. Contrairement à elle, je ne me maquillais pas, je ne passais pas des heures dans la salle de bain et me casser un ongle n'enclenchait pas une crise de larmes.
- Et puis, tu devrais dire aux deux laiderons qui te servent de copines que les Maraudeurs n'ont pas apprécié…
Comme si j'avais besoin qu'elle me le dise ?! Elle pensait réellement que je pensais qu'ils allaient prendre ça avec philosophie ?!
- Pauline, commençais je, je suis déjà au courant de tout cela… Alors si tu voulais aller pomper l'air de quelqu'un d'autre…
Elle ouvrit la bouche, surprise que je lui réponde ainsi. Mon ton avait été sans aucun sentiment ni émotion. J'avais exprimé une banalité qui l'avait réduite au silence. Ou presque… L'arrivée du professeur la stoppa dans son élan.
Et un autre calvaire commença. Je n'étais pas faite pour les études. Ou tout du moins pas pour le genre d'études qui vous forçaient à rester enfermé toute la journée derrière un pupitre à écouter quelqu'un débiter des informations dans lesquelles il ne croit pas, ou plus, je ne sais pas.
Plusieurs heures plus tard, je saluais la fin de la journée d'un grand sourire en me laissant tomber dans un canapé de la salle commune.
- Pfiou ! Dix jours que nous sommes revenues ici, et je compte déjà les jours qui me séparent des vacances, s'écria Manu.
- Et moi, je commence à douter. J'aurais finalement peut être pas du revenir, déclara Claire.
Je les regardais avec un sourire ému. J'adorais ces filles. Même Claire que je connaissais depuis peu, était essentielle. Je leur racontais l'acharnement de Pauline à mon égard avant de les écouter m'expliquer comment elles avaient éviter les Maraudeurs jusque là.
Ce fut bien évidemment à ce moment là, que le portrait s'ouvrit devant eux. Remus et Peter avançaient en première ligne tandis que les deux riaient deux pas derrière. Il ne faisait aucun doute qu'ils parlaient d'une future blague. Je me tournais vers mes deux amies qui blanchissaient à vue d'œil. Elles avaient eu à priori la même idée que moi…
La prochaine blague leur serait sans doute possible réservée et non à un Serpentard comme il en est d'habitude. Je tentais de rentrer dans mon fauteuil pour qu'ils ne me voient pas. Ce qui échoua, du moins en partie puisqu'ils s'arrêtèrent devant nous.
- Alors les filles, prêtes à vous excuser pour ce matin ? Demanda Potter.
Je souriais légèrement. Elles avaient là l'occasion parfaite pour que l'histoire n'aille pas plus loin. Je les regardais avec un zeste d'espoir mais…
- Nous excuser ? Hurla Manu ? N'importe quoi, Potter !
Je me claquais le front de la main devant la stupidité de mon amie. Pourquoi ne pouvait elle pas faire taire son orgueil ?! Il suffisait qu'elle prononce quelques mots et c'en était fini ! Il ne lui demandait même pas d'y croire ! Juste de le dire !
- Tu te rends compte que nous allons faire de vos vies à toutes les deux un enfer tant que vous ne l'aurez pas fait ? Ajouta Black avec un sourire.
Deux ? Donc je ne risquais rien ?! Cool ! Euh pas très sympa pour mes deux amies mais… Cool. Elles hochèrent la tête le menton bien en avant, plein de défi. Je soupirais en me levant pour me rendre à ma retenue. Je passais une heure à astiquer une salle remplie de trophées de Quidditch en compagnie d'un sombre abruti qui ne m'adressa pas même un regard.
Malgré la fatigue que j'avais accumulée dans la semaine et surtout dans la soirée, je ne parvins à m'endormir qu'après avoir noté quelques mots dans mon livre. Oui, j'allais décrire ma dernière année à Poudlard pour que mes enfants puissent la lire quand leur tour sera venu.
J'ouvris les yeux doucement profitant des rayons du soleil que je sentais chauffer ma peau. Une odeur de verdure me chatouillait les narine et je n'eus pas de doute quand au lieu où je me trouvais. J'étais assurément allongée sur une couverture qui sentait délicieusement bon, dans un jardin qui devait avoir quantité de fleurs tant les parfums étaient forts.
Le parc qui s'offrit à ma vue était un véritable arc en ciel de couleurs. Les oiseaux flânaient dans le ciel. Mon humeur se fit légère comme une plume, romantique à souhait j'avais l'impression d'être dans mon livre préféré… Orgueil et Préjugés.
- Miss Evans ! Miss Evans !
Je vis un homme d'un certain âge et avec la bedaine conséquente, presser le pas dans ma direction. Il souriait de toutes ses dents et me parla avec un respect auquel je n'étais pas habituée.
- Votre mère vous demande.
- En quoi ? Demandais je.
- Il y a en ville un nouvel arrivant qu'elle compte vous présenter.
Je fronçais les sourcils devant l'impudence de ma mère. Les règles de la bonne société étaient pourtant très strictes. Son père devait être le premier à rencontrer cet homme et lui seul pouvait m'introduire auprès de lui…
- Votre père est là lui aussi…
Je me détendis instantanément. En le suivant, je remarquais la taille gigantesque du jardin, mais aussi de la demeure vers laquelle nous nous dirigions. Je le suivis sans commentaire mais réjouie de ce rêve où ma condition sociale était si éloignée de celle que j'avais réellement.
J'entrais dans le salon pour y trouver mes parents en pleine conversation avec un homme dont je ne voyais que le dessus du crâne. Lorsqu'il prit la parole, un frisson remonta le long de ma colonne vertébrale, je connaissais cette voix, et pour sure, elle n'avait rien à faire dans un rêve aussi agréable.
- Oh ma chérie, tu es enfin là, s'écria doucement mon père en venant à ma rencontre.
Il me baisa le front dans un geste que je trouvais d'ordinaire attendrissant mais qui en ce moment ne me fit aucun effet tant la présence de Sirius Black dans ce salon m'interpellait.
- Laisse moi te présenter Lord Black. Il vient de s'installer dans la vieille maison que sa famille entretient depuis des années sans pour autant y venir.
Il y eut un échange de sourire entre les deux hommes avant que mon père ne reprenne les civilités.
- Lord, voici ma fille, Lily. Elle est notre unique joyau et se montre une jeune femme fort intelligente à ma plus grande joie.
Je rougis du compliment, ne sachant pas trop où tout cela menait.
- J'en ai beaucoup entendu parler, de son esprit vif, mais aussi de sa beauté. Vous êtes l'être le plus populaire du moment dans les salons mondains sans que vous n'y soyez apparue une seule fois.
Populaire ? Moi, populaire ? Ce rêve était définitivement bien loin de ma vie… Je les laissais discuter gaiement des derniers événements de notre village, de tout ce que le Lord avait besoin de savoir avant de s'installer dans notre région.
Je m'éclipsais à la fin du dîner, prétextant une insolation mais ce ne fut pas assez pour ma mère puisque, à peine Black parti, elle monta me rejoindre.
- Ma chérie, je suis si excitée !
- De quoi, mère ?
- Lord Black va organiser d'ici un mois un grand bal dans sa demeure et il souhaiterait nous y inviter ! Votre père a répondu favorablement et a même précisé que vous feriez votre première apparition dans le monde.
Je lui souris avec tendresse. Un bal. J'allais aller à un bal du siècle dernier… Quel dommage que Sirius Black fasse parti du tableau !
