J'ai récidivé, j'ai fait une putain de suite foiraxée. Détestez moi.
Je trouve ça plus crade que le premier, mais c'est sans doute moi, hein. Âmes sensibles s'abstenir, on sait jamais, préservons votre pureté mentale. (Ou la perte de votre mental, aussi.)
"Clank"
Le son d'un verrou qui se ferme, derrière toi.
Clank.
Le son que tu attendais. Tu es enfermé, désormais. Tu es enfermé et tu le demandais, te le demandais. Tu voudrais que le destin ne t'empêches pas de faire ce que tu comptes entreprendre, même si finir sera moins aisé que débuter.
Une pièce quasiment déserte, quatre murs. Une table, un miroir au mur. Un sol dénudé, des parois aveugles qui t'insultent, immaculés.
Encore immaculés.
Et derrière toi une lourde porte de bois sombre, immobile et immuable. Verrouillée par tes propres pas, tu as tout prévu. Depuis l'intérieur, on ne l'ouvre pas. On ne l'ouvrira plus. Bien fait pour toi. Tu le regrettes déjà ?
Au fond de la salle, sur un lit gelé, un corps que je ne saurais plus nommer autrement que par le nom 'cadavre' repose, à jamais figé dans la douleur. Une fiole contenant une larme évaporée depuis des jours repose sur l'oreiller. Tu t'en approches, l'odeur attaquant tes narines ne te faisant aucun effet. Le cadavre d'un ennemi sent toujours bon. Le parfum de celui de ton amant est-il encore plus puissant ?
Je sais que tu as recommencé. Que les couleurs ont disparu de la vie avec la mort, duo disparate qui avait voué ta perte. Que le monde est redevenu monochrome, gris. Et triste.
De ta poche tu extrais une seringue. Je l'aurais parié. tu as recommencé. Tu dénudes ton avant-bras, et dans la lumière diffuse qui filtre d'un soupirail, t'auréolant d'une lueur divine et diffuse -ange déchu ? - tu observes l'objet sous toutes ses coutures.
Le liquide danse dans le tube, d'un magnifique bleu s'irisant de rouge vers les parois. Comment t'es-tu procuré ça ? En réalité, tout comme moi, tu ne le sais pas. Tu trouves juste cela magnifique, quand il t'apportera ce que tu recherches depuis maintenant deux semaines. Deux heures dans ton esprit. Assis sur la couche du mort, tu souris, effleurant de l'aiguille les lèvres pâles et gelées. Il se décompose lentement, plus qu'il ne le devrait malgré tout tes efforts pour le garder parfait, et un petit bout de lui, pourri jusqu'aux entrailles s'accroche sur le métal.
Tu n'en souris que d'autant plus. Tu l'auras dans la peau ... Quelle expression stupide qui prend tout son sens, pour une fois.
Sur ton bras mis à nu, tu t'observes, et l'on dirait que c'est la première fois. Tes précédentes instants de folie ont laissé leurs marques sur ta peau glacée. Scarifications, cautérisations ... Tout pour que le monde grisé retrouve ses couleurs qu'on lui avait donné. Tu passes un doigt rêveur sur ces plaies, moqueur envers ce que tu t'es fait. L'aiguille se dirige ensuite vers ta veine, palpitante, impatiente. et s'y plante. Tu déverses dans tes veines l'instant présent, je te hais, est-ce que ça, au moins, tu le ressens ?
Tu voudrais que le destin te rende ce qu'il t'a pris, alors tu t'en balances d'ainsi foirer ta vie.
Le temps n'a plus son habituelle prise sur toi, sur le monde dont ton esprit s'affranchit avec une ferveur religieuse, que la pourriture s'infiltre dans tes veines en même temps que le poison dont tu t'es rendu dépendant il y a bien trop longtemps. Il commence à se distordre sous tes yeux, et les murs gelés, tu voudrais les voir saigner, cracher par des plaies imaginées ce sang que tu n'arrives pas encore à faire couler.
Tu jettes au loin la seringue, étoile filante qui se fracasse contre le néant gris du béton. Le monde se recolore, lentement. Mais les murs sont toujours aussi désespérants. Tu te lèves, au milieu d'un monde étincelant, brisant d'un poing le miroir. Tu ne veux plus t'y voir, ton âme s'est morcelée comme se morcellera le silence qui se fait oppressant. Ne reste que le cadre de bois, les larmes réfléchissantes ont volé dans la salle, rencontrant le sol dans un cliquetis qui te fait rien. Tu contemples ta main, ton sourire dément ne quittant plus tes lèvres. Puis tes doigts, ta paume, dégoulinants de ton sang. Plus il coule et plus tu souris, hystérique, amnésique, ironique ?
Tu ne sais pas, tu ne sais plus. Le liquide qui teinte ton poing, dévalant le poignet pâle, et celui qui court désormais dans tes veines se mêlent pour t'ôter toute envie ou souvenir de lui.
Tu ris, ris à en perdre haleine, tournant sur toi-même pour éclabousser du sang qui goutte de tes phalanges l'espace désespérément gris. Tu tournes pour t'offrir un monde. Tu n'as pas mal, ressens-tu seulement encore une quelconque douleur, juste envie de rire, ton épiderme tournoyant s'éraflant sur le béton dans un frottement comparable à la soie sur ton corps. Et tu tournes, tu tournes, comme un jouet du destin oublié dans une pièce.
Tu ris et tu ne le sais pas.
A bout de souffle, tes pieds s'emmêlant te font trébucher, tomber. Te font haïr la raison pour laquelle le sol est au sol et le plafond si haut. Tu t'effondres les yeux clos, hilare. Ton esprit tangue, tangue avec ton souffle erratique, alors que tu vomis sur le sol tout ce que ton estomac a pu supporter jusque là.
Tu voudrais que le destin estompe la peine qui habite ton coeur, pas qu'il lui permette de te détruire un peu plus à chaque heure.
Alors tu ris, oui tu ris, pendant que les souvenirs brûlants viennent incendier ta plaie dans un festival de couleurs inconnues, tu ris. Pendant qu'entre tes jambes tu te sens brûler aussi, tu ris; Attisé par un souvenir, celui de son propre sang sur ses lèvres, tu ris. En léchant ton propre sang, te mordant pour le faire couler encore, tu ris.
Même brisé, tu ris ...
Ta main se referme sur un éclat de verre, et ton rire étincelant s'envole de ta bouche pour piqueter d'étoiles violettes la surface. Repose ça. Tout de suite. Je ne veux pas. Je t'ai observé jusque là, retenu jusque là. Maintenant je n'en ai plus la force. Tu t'en saisis pour colorer le monde. Le serrant jusqu'à ce qu'il se retrouve inondé. Et ta paume éraflée jette au loin ton petit jouet ensanglanté. Les sensations, les sentiments, tout je le sais, tout s'aiguise. L'air sur ta plaie te fait ressentir la plénitude auquel tu n'as normalement aucun droit de goûter.
Un autre fragment du miroir est à ta portée. Immaculé. Il reflète ta réalité, le visage d'aliéné, cette image dans laquelle tu n'arrives pas à te reconnaître. Tu sens le poison courir dans tes veines, alors tu glisses ton propre reflet sur ton cou, pour dessiner le trajet. Tu ne sens plus tu ne sens pas.
Et je reste là, impuissant. Et ça non plus tu ne le vois pas.
Ton corps se soulève, tu ris, affront à la réalité. Tu as du mal à tenir assis. Tu bascules en arrière, agité des convulsions qui t'annonce ta destinée. Le feu coure dans tes veines, tu gerbes ta couleur qui s'étouffe dans ta gorge. Ton rire reste coincé, alors que ton coeur vient de s'immobiliser.
Ton dernier sourire sur tes lèvres à jamais restera gravé.
Et le destin se fout de toi, tu n'en a rien à carrer, tu souris car tu vas me rejoindre dans cette éternité qu'on m'avait imposé.
