Salut la compagnie ! J'avoue que sans l'avis positif de ma bêta, j'aurais un peu hésité à poster la suite (je me demandais même si je n'allais pas supprimer cette fic) mais en même temps, c'est moi qui ai mis ma dose d'avertissements auparavant. Donc à défaut de reviews, je me contenterai du nombre de vues, zéro indiquant NUL et puis c'est tout. A mes lecteurs, je vous aime, même silencieux, et j'espère que vous appréciez l'histoire en retour.


Chapitre 2 : Inattendu

Je ne sus jamais comment il avait découvert que mon point sensible était mon cou. Je doutais fortement que mon frère l'en ait informé, d'une parce qu'il avait une tendance légèrement surprotectrice qui le poussait à aboyer sur tous les garçons malintentionnés qui m'approchaient, et de deux, parce que je ne vois pas quand lui-même aurait pu l'apprendre. Seul mon ex-petit copain l'avait découvert, et je doutais bien que ces deux-là se connaissent. De là à en parler… Toujours est-il que je ne reçus en souvenir de cette soirée qu'un « A ma charmante. Loki » envoyé par sms qui me frustra autant qu'il me flatta. Je ne pouvais ignorer totalement la boule qui se nouait dans mes entrailles à la simple vue de ses mots. Quelque chose, une brûlure, qui m'empêchait de réfléchir et me plongeais dans une songerie étrange.

Cela était d'autant plus frustrant que mon frère avait été clair : Loki était un dragueur invétéré, un homme à femmes, de ceux qui couraient après tout ce qui bouge à partir du moment où cela portait la jupe et séduisaient plus que son comptant sans même y faire l'effort. Et en effet, je le remarquais. De retour au lycée, lorsque je croisais sa silhouette bien entourée au détour d'un couloir, c'était noyée sous les piaillements et les gloussements de plaisir. On murmurait sur son passage, on se contait de ces histoires de coucheries où seule la fille bernée, bien sûr, était une catin, et où le beau Loki seigneur de ces dames accourait à la rescousse d'une innocente devenue l'ignoble profiteuse, ennemie numéro une à abattre.

Je ne pensais pas être atteinte un jour par tel phénomène. Les gens populaires me faisaient peur. Trop beaux, trop inaccessibles, le genre de personnes qui vous écrasaient d'un seul regard et dont l'œil critique, lorsqu'il daignait se poser sur vous, détruisait chaque parcelle de votre être, si le simple fait de s'être approché d'eux ne vous avait pas déjà réduit en cendres sous la comparaison. Eux, sublimes, lumineux vous, fade, miteux. Deux mondes qui ne se mélangeaient pas et ne devaient pas se mélanger, pour le bien de tous.

Seulement voilà : la fête et l'inconnu avaient aboli ces règles. J'ignorais ce qui, de la fatigue ou de l'impulsion, avait été propice à une approche, mais cela avait été une grossière erreur. Il ne me restait dans la tête qu'un vulgaire fantasme sur une créature aussi nuisible pour moi qu'inaccessible, et une absence totale de répondant. Comme si j'avais ignoré son petit jeu de drague. Car il m'avait bel et bien draguée, la dernière fois : avec la lucidité que le recul m'apportait, j'en étais désormais certaine. Cette manière qu'il avait eu de soutenir mon regard, si effrontée, si amusée… ç'avait été un jeu. Oui, quel beau jouet j'étais.

Je n'avais pas répondu à son sms. Tout d'abord parce qu'il n'en valait pas la peine et que je n'étais pas résignée à jouer les filles faciles. Sur le moment, ça ne m'était pas apparu comme cela, mais c'était exactement la manière dont j'avais agi. Et moi qui me berçais d'illusions sur une amitié fille-garçon, avec un inconnu qui plus est avec lequel je n'avais pas échangé un mot…

Ensuite, parce que s'il avait une quelconque suite dans les idées, il aurait amorcé une conversation. Chose qu'il ne fit bien sûr pas. J'avais été une simple rencontre d'une soirée, et des rencontres, il en faisait tous les jours, plus charmantes les unes que les autres. Et plus… ouvertes, sans doute. Bien sûr, il était toujours possible qu'il attende lui-même que je vienne à lui, et que nous ayons été motivé par une seule et même raison qui nous poussait à garder obstinément le silence. Je n'y croyais pas. Pas plus que je ne croyais qu'il ne passe pas son temps pendu à son portable, tout populaire qu'il était. Il avait peut-être effacé mon numéro s'il n'en faisait pas collection. Et les évènements ne faisaient rien pour que l'on se recroise.

Ce fut mon frère qui força les choses.

« Tu ne sors jamais » me dit-t-il un jour sur un ton de reproche. « Comment veux-tu te socialiser si tu restes tout le temps enfermée dans ta chambre, avec tes bouquins d'astronomie, tes patrons de couture et ta fichue timidité ? Il faut t'aérer, de temps en temps ! Tu sais, voir tes amis ! »

Je protestais mollement, d'humeur un peu morose.

« Quoi ? » fit mon frère. « Tes amis ne sortent pas, peut-être ? Arrête de mentir et va les rejoindre ! »

Je n'avais pas envie. Essayer de le dire à mon frère que j'étais fatiguée, que je n'étais peut-être pas la bienvenue… autant parler à un mur. Râlant sans la moindre énergie, je me laissais traîner par son bras comme un vulgaire ballot de paille. Je n'avais rien pour me défendre. Les parents étaient partis faire des courses et, même s'ils avaient été là, je savais pertinemment qu'ils auraient encouragé sa démarche. Pourquoi sortir ? Mon oreiller était si confortable !

Autant ne pas chercher pourquoi mon frère, qui n'était pas dans la même année que moi, savait tout de l'emploi du temps de mes propres amis tandis que j'en ignorais le moindre détail. C'était mon frère, et l'un de ces populaires aux superpouvoirs sociaux que je ne m'expliquais pas. Aussi m'embarqua-t-il, maquillée comme une poupée et habillée de ma petite robe blanche fourrée, à l'aise comme un poisson rouge au beau milieu d'un banc de piranha, jusque devant l'entrée d'un petit square. Avec la tenue qu'il m'avait imposée, nul doute qu'il ne comptait pas me voir revenir avant un moment.

Et effectivement, ils étaient bien nombreux à être là. Scorpio et sa colérique Aquarius, fourrés dans les bras l'un de l'autre, me rappelant cruellement que j'étais, moi, célibataire jusqu'au bout des ongles -mon frère aurait rétorqué que je n'avais qu'à sortir plus souvent de ma caverne-, mais aussi et heureusement Cancer du côté des garçons, ainsi que les calmes Virgo et Libra doublées de la pétillante Lyra. Ce qui me surprit davantage, en revanche, ce fut la présence, en grande discussion avec Cancer, de l'ami brun de mon frère, Grey, de sa copine Lucy, et… de Loki. Je n'avais désormais plus aucun doute sur ses informateurs.

Virgo m'accueillit avec un signe de tête et aussitôt, le reste du groupe se tourna. Lyra se jeta littéralement sur moi, un flot de paroles ininterrompu se déversant de sa bouche, du classique « tu nous avais trooop manqué » à « il faut que je te raconte un truc génial ! Tu sais, Capricorn et Yukino… ». J'étais à la fois émue et surprise d'une telle assemblée, et pourtant, il y avait une silhouette que je ne pouvais lâcher des yeux. Loki rassembla les cartes de poker qui gisaient dans l'herbe, les battit et les rangea dans leur petit étui avant de lever vers moi ses yeux sous ses lunettes de soleil. Je crus deviner un haussement de sourcil, un tic au coin de sa bouche qui ressemblait à un demi-sourire et…

« Finalement, je crois que je vais rester » dit-il à Grey et Lucy qui se levaient pour rejoindre mon frère. « Je ne pense pas qu'on m'en voudra beaucoup. »

Il fit un clin d'œil à Grey qui se renfrogna, sous le coup d'une idée qui ne lui plaisait qu'à moitié. Je ne connaissais pas le passif de sa bande, mais quelque chose me disait qu'il y avait des histoires de cœur dans l'air. Quand on naviguait parmi les populaires… Lucy haussa les épaules et rejoignit mon frère, et je revis mon jugement. Bien sûr que ça ne plaisait pas à l'autre d'être abandonné seul avec un petit couple, à tenir la chandelle, en proie à l'ennui et sans personne pour repousser d'éventuelles arrivistes.

Il les suivit à contrecœur, jetant un coup d'œil noir à Loki tandis que celui-ci lui criait un « Pense à Erza ! » joyeux.

Et Sagittarius, revenu avec bières et joints en abondance, nous réunit enfin dans le calme du gazon déserté. Il était neuf heures, l'horaire de fermeture des parcs, aussi fit-il passer le mot d'ordre qu'il avait aperçu le gardien et qu'il fallait se planquer. Dans le genre vite.

Je ne me le fis pas dire. D'un, je ne tenais pas à ce qu'on me prenne en flagrant délit dans une activité illégale, toute banale fût-elle. Les parents informés, le casier judiciaire si cela recommençait ou les flics si on choppait Sagittarius avec les joints, très peu pour moi. Et de deux, j'étais dans le genre très douée pour disparaitre. Vous savez, se faire oublier, être transparente, invisible… ma spécialité, quoi. Sans réfléchir, je fonçais derrière un massif de rhododendrons pour me coincer entre eux et l'imposante masse de lauriers qui formaient une haie de bordure au parc. Derrière moi, un bruit de débandade m'informa qu'il en était de même pour les autres, et je m'emmurais dans le silence.

Youhou. Elles étaient brillantes, les idées de mon frère pour me « sortir ».

C'est dans cet état d'esprit que je vis la silhouette massive du gardien s'approcher. Il devait avoir entendu quelque chose, un bruit de fuite, tout du moins, car je vis soudain la lueur de sa lampe torche ramper sur les allées et dans les massifs. Et qui se déplaçait tant et si bien qu'il lui suffit bientôt d'un petit mètre pour m'atteindre. Découverte en moins de deux. Paniquée, j'amorçais un mouvement de recul qui eut le brillant résultat de faire craquer une branche morte, attirant plus encore l'attention du gardien, qui chercha le point en question au bout de sa lampe, balayant les rhododendrons.

Jusqu'à moi.

Ou du moins, jusqu'à l'endroit à se trouvait ma tête quelques secondes plus tôt. Un bras puissant me fit basculer en arrière, m'arrachant un cri étouffé de justesse par une main plaquée contre ma bouche. J'attendis, le cœur battant, plaquée contre un torse chaud et inconnu, que la lampe s'éloigne de la zone où je me trouvais.

Un miaulement furieux retentit soudain, et un chat jaillit d'entre les buissons d'où sortirent deux silhouettes contenant à grand peine leur colère à l'encontre de l'autre. Je ne distinguais pas de qui il s'agissait, mais si une chose était sûre, c'est que je leur devais une fière chandelle. Le gardien se désintéressa de mon cas pour approcher les victimes du félin.

Je me détendis, et me remis à respirer normalement. Il en était de même pour le facteur inconnu dans mon dos, car je sentis le souffle de celui-ci, contre ma nuque, s'apaiser, et son menton reposer une seconde sur mon épaule tandis que quelques mèches de ses cheveux courts chatouillaient mon cou. A lui aussi, je devais beaucoup. Mais qui était-ce ? Virgo ? Libra ? …Cancer ? Cancer avait les cheveux trop longs pour ça. Je me tournais, adressant un sourire reconnaissant à ce qui s'avéra être…

…Loki.

Ses pupilles luisantes d'excitations, il me rendit un immense sourire. Et quelle posture pour une seconde rencontre ! Je sentis mes joues s'enflammer, soudain bien plus consciente du contact de nos corps, et voulut bafouiller quelque chose, mais il posa un doigt sur ses lèvres pour me faire signe de me taire et reporta son attention sur les deux personnes piégées par le gardien. Autant ne pas se faire remarquer maintenant que nous étions tirés d'affaire.

Finalement, les grognements lointains des deux pris en faute et les pas sourds du gardien s'éloignèrent. Une fois assuré qu'ils ne reviendraient pas, Loki se redressa et jeta un coup d'œil aux alentours. Puis il me tendit sa main et me redressa, toujours aussi alerte.

« C'est amusant, non ? » me dit-il à mi-voix en désignant notre sursaut d'adrénaline.

- Je dirais plutôt… terrifiant. »

Il rit, secouant sa chevelure folle, et attrapa ma main afin de retourner à la pelouse. La sienne était brûlante, et j'eus honte de mes petits doigts gelés qui devaient le forcer à réprimer des frissons. Mais, enveloppée dans la douce chaleur de sa paume, j'oubliais ce détail pour me laisser mener de l'avant, piétinant au passage un nombre incroyable de fleurs.

Il s'assit dans l'herbe et je le rejoignis.

« Où sont les autres ? » chuchotais-je.

Il haussa les épaules avant de jeter un regard alentour. Personne. Pourtant, tout le monde ne pouvait pas avoir été pris. Nous n'avions vu que deux silhouettes, et nous étions encore sept à se dissimuler dans les parages. Peut-être les autres avaient-ils préféré une autre zone du square. Tout de même inquiète pour leur sort, je guettais les environs. Mais lorsqu'au bout d'un moment, rien ne sembla vouloir bouger, je m'assis précautionneusement dans l'herbe avec une pensée triste pour ma robe ornée de jolies taches vertes.

Loki, allongé, les bras derrière la tête, semblait observer le ciel. Il était calme et presque normal. Un instant, j'oubliais que j'avais affaire au plus redoutable dragueur de l'école, me retrouvant face à un simple être humain. Puis ses yeux se tournèrent vers moi, et je détournais le visage, furieuse contre moi-même d'avoir été prise en flagrant délit en train de l'observer.

« Tu t'y connais en étoiles ? »

La question me laissa pantoise. Là où je m'imaginais qu'il me servirait un sourire de prédateur, moqueur, et son habituelle artillerie, reposait une simple interrogation désintéressée. Tant et si bien que je n'en compris pas immédiatement la teneur.

« U-un peu, » bafouillais-je en reprenant mes esprits, alors qu'il était sur le point de se répéter.

- Tu sais ce que c'est, cette constellation ? dit-il en tendant le doigt.

- Cassiopée ? demandais-je.

- Oui, c'est ça. »

Il sourit. Cela s'entendait dans son timbre, soudain plus chaud, et je ne résistais pas à l'envie de tourner la tête vers lui. Ses cheveux s'emmêlaient dans un désordre sans nom, tombant à demi sur l'arcade de ses sourcils, et son nez, fier et droit, se découpait de toute sa blancheur sur le parc. Je me rapprochais et il quitta le ciel des yeux pour m'observer. Je me tortillais, mal à l'aise, et désignais de nouveau la fameuse constellation.

« C'est une princesse grecque » expliquais-je avant de pointer une nouvelle étoile du doigt. « Tu vois celle-là, qui brille si fort ? C'est Arcturus, l'étoile la plus lumineuse du ciel. Juste après, il y a Vega, que tu trouves dans la Lyre, et qui a une forme un peu ovale si tu as de l'imagination… »

Je continuais mon monologue, d'abord à un rythme rapide sous le coup du stress, puis je ralentis et mes phrases devinrent fluides comme je récitais toutes ces choses que j'affectionnais tant. Et peu à peu, emportée par mon élan, je cessais de me demander qui du ciel ou de moi-même Loki observait en silence. Bon, il faut avouer que cette pensée n'était pas une bonne idée, mais qu'auriez-vous fait à ma place ? J'étais quand même à deux pas du mec le plus séduisant du lycée, d'un an mon aîné, dont je n'aurais jamais pensé qu'un jour il s'intéresse à moi ou à la moindre de mes phrases ! (et oublions le fait que je n'avais remarqué son existence que depuis quelques jours, voulez-vous). Rien que le fait d'imaginer que des gens comme lui s'intéressent à des choses aussi peu fashion que l'astronomie m'en bouchait un coin.

J'élevais peu à peu la voix, emportée par mon élan, lorsque Loki se redressa sur ses coudes et se tourna vers moi. Je m'arrêtais net, stupéfaite. Je remarquais soudain que son visage était très, très proche, et que les mêmes lèvres qui avaient embrassé mon cou se mouvaient lentement en un sourire. L'idée me fit déglutir. Sans un mot, il se pencha lentement, doucement, imperceptiblement vers moi… et je fermais les yeux, hypnotisée.

J'attendis sans un mot. Son souffle chaud caressait ma peau, de plus en plus proche, et je sus soudain que ses lèvres n'étaient plus qu'à quelques centimètres de ma peau. Chaudes. Douces. Il allait… il allait…

« Tu sais que tu es mignonne quand tu rougis ? »

Je piquais le fard de ma vie.

Et soudain, des bruits de pas précipités dans notre direction. Un souffle haché, le rythme d'un halètement, suivi d'un arrêt brusque du piétinement, juste dans mon dos. Puis une voix grave, masculine et suspicieuse, qui résonna dans le silence du parc.

« Qu'est-ce que vous foutez là ?! »

xxx

Note de fin :

J'espère que vous trouvez la fin sadique, parce que c'est le but. =p