Joyeux Noël ma chérie !

Le lendemain trouva une Sanae aux yeux bouffis attablée devant une tasse de chocolat chaud qui refroidissait délaissée par sa propriétaire. Mme Nakazawa connaissait bien sa fille. Elle était joyeuse, extravertie, attentive aux autres, toujours de bonne humeur mais jamais tout à fait comblée en amour. Certes, elle était heureuse et tout le monde ici savait que Tsubasa et Sanae étaient des âmes sœurs mais tout le monde ne savait pas le voir. Et c'était le cas du capitaine de l'équipe japonaise.

-Ma chérie, je veux que tu te remette.

-J'essaie maman. Je fais comme je peux mais je désespère. Je ne sais plus quoi faire pour lui ouvrir les yeux.

-Mon cœur, il faut savoir combattre le mal par le mal. Ta réaction d'hier n'était pas la bonne. Réfléchis à la façon dont Tsubasa pourrait percevoir au mieux le message que tu essaie de lui transmettre. Et souviens toi qu'il a arrêté l'école après le collège alors ne met pas la barre trop haute.

Elle sortit la laissant méditer. Elle savait que tôt ou tard sa fille trouverait la bonne solution. La jeune fille remonta dans sa chambre pour être au calme et décida de coucher ses idées sur papier. Ce qu'elle ne supportait pas chez Tsubasa ? Son attitude, sa tenue, sa négligence, le fait qu'il ne fasse aucun effort pour la séduire comme si elle lui appartenait. Sans compter sa passion exagéré pour le ballon ! Elle était sûre qu'en plus d'être son meilleur ami il devait faire office de doudou. Non, en fait de compte il serait plus simple de voir ce qu'elle aimait chez lui...Qu'est-ce qu'elle aimait déjà ? Abattue, elle se jeta sur son lit et soupira fort. Comment faire comprendre à Tsubasa qu'elle avait besoin de plus d'attention, de câlins, de mots doux ? Autant essayer d'enseigner le japonais à une vache et encore même cette tâche ne lui semblait pas impossible face à sa décadence amoureuse . D'ailleurs elle était pratiquement certaine qu'il n'avait découvert que très tard que ce qu'il avait entre les jambes servait à entre chose qu'à uriner. Elle devait vraiment être à bout. Et soudain, elle se releva. Elle l'avait trouvé sa solution. Elle se précipita vers le téléphone et le temps d'écouter quelques tonalités, on lui répondit.

-Domicile des Ohzora, j'écoute.

-Mme Ohzora, c'est Sanae. Est-ce que Tsubasa est la ?

-Bien sûr, attend donc je l'appelle.

Elle patienta et entendit des bruits de pas se rapprocher et quelqu'un saisi le combiné.

-Sanae ?

Sa voix était incertaine et on sentait une appréhension, de la peur et de l'inquiétude. C'était déjà ça de fait.

-Mon chéri ! Je tenais à m'excuser pour mon odieux comportement d'hier. J'ai vraiment été une garce. J'aurais du comprendre, je sais combien le football est important dans ta vie. J'espère que tu me pardonnes.

Quelques sanglots poussèrent le jeune homme à se sentir coupable.

-Mais non ma chérie. Nous sommes tous deux responsables. Je n'aurais pas du te donner de faux espoirs.

Un instant elle songea à abandonner son idée de départ et à se rendre chez lui pour lui expliquer qu'il n'était qu'un goujat et pour lui apprendre les valeurs de la galanterie mais elle se dit qu'elle devait être patiente et que ce ne serait que meilleur. La vengeance est un plat qui se mange froid.

-Quoi qu'il en soit j'ai décidé de te recoudre ton pantalon. Je passerais te le rapporter tout à l'heure et nous sortirons tous les deux, tu veux bien ? J'ai une petite surprise pour toi.

-C'est d'accord. A tout à l'heure.

Elle raccrocha sans lui avoir répondu et se mit à l'ouvrage. Elle n'aurait pas du le déchirer autant, elle allait avoir du boulot maintenant.

Tsubasa était vraiment un garçon chanceux d'après les voisins. Il était aimé de ses parents, il avait du talent, exerçait le métier de ses rêves, gagnait beaucoup d'argent et pour couronner le tout une merveilleuse petite amie qui était aux petits soins. Mais ce jour-là quand ils la virent arriver toute souriante et une lueur malsaine dans le regard, ils se dirent que la vie pouvait être cruelle même avec ceux qui avaient une bonne étoile.

L'ex-manager frappa à la porte de la maison et attendit qu'on lui ouvre. Un garçon tout heureux vînt à sa rencontre. Il lui déposa un léger baiser sur les lèvres et entama la conversation.

-Je suis vraiment content que tu ne m'en veuille pas. J'avais l'impression que cette fois ci tu étais en colère pour de bon.

-Vraiment ?

-Oui mais ce n'était qu'une impression n'est-ce pas ?

-Regarde je t'ai ramené ton pantalon, met le et sortons

-Mais je suis déjà habillé

-Oui mais moi j'ai passé l'après-midi à le coudre alors fais moi plaisir

-Très bien je vais me changer, merci ma chérie

En plus d'être réputé pour son talent Tsubasa Ohzora était connu pour sa naïveté et son insouciance. C'est donc le cœur léger qu'il s'en alla à la suite de Sanae, pensant que ses problèmes étaient résolus et que la vie était belle. Arrivé devant le stade, Tsubasa regarda sa compagne.

-Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir mon cœur !

Il se précipita à l'entrée du stade comme un enfant qui découvre ses cadeaux de Noël et il n'entendit pas la phrase aigre de sa petite amie

-Je sais, mais bientôt tu ne sera plus aussi enthousiaste d'y aller.

C'était un match amical, à l'occasion de Noël qui se déroulait dans moins d'une semaine, l'entrée était gratuite. La foule formait une masse compacte et on ne voyait plus les sièges vu le monde qu'il y avait. Tsubasa croyant faire plaisir à sa petite amie l'emmena avec lui devant entre tous les passionnés. Autrement dits tous les hommes complètements fou du stade. Ils criaient et parfois elle avait l'impression qu'ils ne la voyaient pas ou...si ils la voyaient mais comme un obstacle, un obstacle devant être exterminé. Elle se retrouva sous une masse de bras, de pieds de temps en temps c'était un mélange des deux. Quand son homme se rendit compte de sa situation, il daigna enfin la sauver. Pas ce qu'on imaginait du prince charmant quand on était enfant. Décidée à lui faire payer ce manque d'inattention elle l'envoya chercher une boisson à un moment fatidique du match. C'était une dangereuse action et elle allait se solder par un but à coup sûr mais elle ne le laisserait pas apprécier le spectacle. Profitant de son absence, elle se rua sur les garçons qui avaient osé l'étouffer et les incendia. Elle poussa, cracha, mordit et frappa chaque parcelle de corps qu'elle pouvait atteindre. Les pauvres victimes terrifiées s'enfuirent ce qui laissa à Sanae assez de place pour s'installer confortablement et elle doutait sincèrement que quelqu'un veuille prendre la place. Tsubasa revînt avec la boisson et pesta contre le vendeur qui lui avait fait manquer un but.

-Tu m'as pris un chocolat chaud à la noisette. Mon préféré ! Merci mon cœur, j'ignorais que tu connaissait mes goûts.

Elle culpabilisa un peu pour ce qu'elle avait fait mais pas très longtemps.

-C'est tout ce qu'ils avaient

Sanae se dit que le romantisme tuait vraiment des personnes et que son interlocuteur serait le prochain à affirmer ce diction.

-En plus il était gay le vendeur

-Pourquoi tu dis ça ?

-C'est gênant

-Tsubasa, c'est moi. Allez dit !

-Ben...il a dit que j'avais un beau cul...Pourquoi tu souris ?

-Parce que je suis d'accord avec lui.

Elle l'embrassa et reporta son attention sur le match qui lui paraissait beaucoup plus passionnant.

Ils étaient au restaurant et l'enfant chéri du Japon se lavait les mains lorsque il remarqua un nouveau regard sur son derrière. Mais qu'est ce qu'ils avaient tous ? D'habitude ses fesses ne produisaient pas autant d'émoi chez les hommes. Lorsqu'il fut seul, il se tourna pour jeter un œil. C'est la qu'il remarqua une tête de nounours cousu sur son pantalon pile là où était son anus. En somme très voyant. Et dire qu'il s'était promené toute l'après-midi comme ça ! Il essayait de l'arracher quand d'autres personnes entrèrent dans les toilettes. Rouge de honte et une main sur les fesses, il retourna dans la salle.

-Sanae ! J'ai un nounours sur les fesses !

-Oui c'est Petit Ours Brun, de la marque française, j'espère que tu aimes.

-Petit Ours Brun ? Je ne connais pas et puis même si c'est de la haute couture française je suis attaché à mes valeurs japonaises. Quelle idée de m'avoir mis ça. T'imagines si un journaliste m'avait vu ?

-Mais...mais le trou était trop grand et je n'avais rien d'autre.

-Dans ce cas là il fallait le jeter !

Et là elle se mit à pleurer très fort, assez fort pour que tout ceux autour tournent la tête, un serveur s'approcha d'eux :

-Un problème mademoiselle ?

-Mon...mon petit ami dit que je ne suis qu'une incapable !

Tous les regards féminins se tournèrent vers le petit ami en question pour l'incendier.

-Ne vous laisser pas abattre, un de perdu, dix de retrouvé !

-Je ne trouverai pas d'autres garçons parce que de toute façon, je ne suis qu'une grosse patate ! Je suis sûre que le pantalon est juste un prétexte. J'ai toujours su que j'étais une grosse vache. Tu préfères ton meilleur ami à ma compagnie.

Tsubasa ne savait plus quoi faire, Sanae pleurait, il avait un ours cousu sur les fesses, les femmes le regardaient méchamment et les hommes le regardait de haut. C'était le moment le plus humiliant de sa vie jusqu'à ce qu'il ait la mauvaise idée de se relever. Une chose en entraîne une autre et le champagne se renversa, confus il voulu ramasser la coupe mais en se baissant son pantalon se déchira et Petit Ours Brun eut le visage coupé en deux. Le silence qui s'installa sembla être des heures pour Tsubasa et nul doute que tout le monde a entendu le craquement de son pantalon. Ils purent admirer son boxer rouge flamboyant où l'on pouvait lire l'inscription « chaud comme la braise ». Grand moment de solitude pour le pauvre capitaine. Il attrapa vivement Sanae par le bras et la tira aussi vite que possible dehors tandis qu'on entendait quelques rires. Aucune parole ne fut échangée durant le trajet et arrivé devant la maison de Sanae, la parole fatidique est prononcée :

-Tsubi, je pense que l'on devrait voir un psychologue

-...Sanae c'est de cours de couture que tu as besoin pas d'un psychologue. Tu as mal interprété mes propos.

-Je l'ai bien cousu, ce n'est pas de ma faute si tu as grossi. Et pour être plus précise, je dirais un sexologue

-Je n'ai pas grossi, je fais du sport tous les jours ! Et un sexologue pour quoi faire ?

-Je pense qu'il sera plus apte à te parler de ses compétences. J'ai pris rendez-vous. Demain à 17h00. Et tu dois venir. Bonne nuit.

Elle l'embrassa légèrement et rentra. De dos, il ne put la voir mais nul doute que le sourire de Sanae était plus large que son visage.