Jeux de miroirs
Chapitre 2
Disclaimer : Aucun des personnages de Gundam Wing ne m'appartient.
AC 205
Heero regagna son domicile au pas de course, à chaque mètre qu'il parcourait il sentait sa fureur et sa détermination croitre.
Duo lui avait demandé de ne pas faire de mal à Jiro, d'apprendre à le connaître, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il doive l'héberger.
Si Jiro était vraiment son clone il saurait se débrouiller tout seul comme lui le faisait avant même d'avoir neuf ans.
Poussé par son irritation il déverrouilla la porte d'entrée, notant avec satisfaction que son clone n'avait pas osé y toucher, remonta le couloir et entra dans la chambre d'amis.
Jiro dormait mais s'éveilla à son entrée, un regard bleu, un peu inquiet, chercha le sien.
- Grand frère ?
Heero frissonna de tout son corps.
La colère et la rancœur qui l'animaient s'évaporèrent comme par magie.
La voix de Jiro était plus douce que la sienne.
Il se pencha et saisit une des mains de son clone, la tint ouverte devant ses yeux, Jiro se laissa faire, un peu désorienté.
Heero parcourut du regard et des doigts cette main qu'il tenait. Elle était à peine moins rugueuse que les siennes, aussi large et forte.
Il obligea ensuite son double à se lever et à se dresser nu face à lui.
Il n'avait pas vraiment pris le temps de l'examiner la première fois, se contentant de le regarder rapidement, cette fois il prit tout son temps.
Jiro avait été bien entrainé. Si l'on faisait abstraction des blessures de guerre, ils avaient le même corps, pratiquement les mêmes marques, jusqu'à la cicatrice sous le sein gauche.
Heero étrécit son regard. Cette cicatrice il l'avait depuis qu'il s'était fait sauter avec son gundam et que Trowa l'ait recueilli et soigné, il la devait à une blessure au cœur d'après ce que lui avait dit son ami. Jiro n'aurait pas du en avoir une identique.
Jiro suivit son regard et rougit.
Cela ne l'avait pas dérangé d'être ainsi étudié mais il n'aimait pas que l'on regarde cette cicatrice là.
Heero n'eut pas le temps de poser des questions, son téléphone s'était mis à sonner, il se détourna de Jiro une seconde pour prendre l'appareil.
Son clone en profita pour se rhabiller vivement et attendit.
- Allo ? lança Heero dans le combiné sans plus quitter Jiro des yeux.
La voix de Quatre lui parvint, chaleureuse, elle le détendit un peu, mais pas longtemps.
- Heero ! Trowa me disait que tu avais enfin décidé de renouer avec Duo. Félicitations.
Heero laissa échapper un rire bref et sans joie.
- Les félicitations sont prématurées Quatre, j'ai rencontré un obstacle.
Trowa qui écoutait distraitement, debout près d'une fenêtre, se tourna vers son ami en l'entendant répondre à Heero.
- Un obstacle ? Quel genre d'obstacle ?
Le visage de Quatre était contrarié, il n'aimait pas quand les choses n'allaient pas comme elles le devraient. Trowa fit basculer l'appareil sur haut parleur pour entendre ce que disait Heero.
- J s'est amusé à me cloner visiblement et mon double m'a coiffé au poteau, je l'ai retrouvé dans le lit de Duo. Expliqua Heero.
- Tu veux dire que tu as un double de ton âge ?
- Exactement, et il m'appelle grand frère. Répondit Heero en riant.
Jiro lança un regard peiné à Heero et quitta la chambre.
Trowa se détourna pour cacher son expression à Quatre. Il ne semblait ni choqué ni surpris, simplement préoccupé. Quatre était lui trop ébahi pour s'en rendre compte.
- Mais comment est-ce possible ? D'un point de vue génétique, même s'il est vraiment ton clone il devrait être plus jeune que toi…
- Sauf si comme je le crois, J a utilisé le protocole de Cluster. (1)
- Heero, il ne s'agissait que d'un protocole expérimental !
- Et bien, si l'on en juge par l'apparence de mon clone, je dirai qu'il est efficace.
- Je suis vraiment désolé pour toi… si nous pouvons t'aider n'hésite pas…
Quatre fut interrompu par Trowa qui se penchait vers le téléphone.
- Heero, demande à ton clone de te mener à sa planque, on se retrouve là bas.
Il mit fin à la communication avant qu'Heero ou Quatre ne puissent poser de question et se redressa. Quatre le fixa, le regard brillant d'indignation.
- Je crois que tu me dois des explications. Siffla Quatre.
- J'en dois à Heero aussi. Contacte Duo, je me charge de Wufei. Nous devons tous aller là bas.
- Mais…
- S'il te plait Quatre, pas maintenant, je te promets que tu auras toutes les réponses sur Josiah Island.
- Josiah Island ?
- L'endroit où nous devons aller. Répondit Trowa en s'éloignant pour téléphoner à Wufei.
Heero reposa le téléphone et rejoignit Jiro dans le salon.
Son double se tourna vers lui, les larmes aux yeux puis fonça dans sa direction, les poings serrés.
- Ca te fait rire que je t'appelle grand frère !
Heero l'immobilisa, non sans peine, Jiro n'était pas son double pour rien.
Il le serra contre lui pour le calmer.
- Je ne me moquais pas de toi Jiro.
- De qui alors !
- De moi en fait.
Jiro lui lança un regard soupçonneux sans rien lire sur son visage qui puisse infirmer ou confirmer les dires.
- Nous devons nous rendre dans la planque où tu vivais. Déclara Heero après un silence.
- Pourquoi ?
- Je n'en sais rien, Trowa semble y tenir.
Heero vit Jiro pâlir et se tendre. Il ne posa pas de questions, il préférait se trouver face à Trowa avant de se mettre à en poser. Il était clair dans son esprit que son ami avait des révélations à lui faire.
Tout en se préparant il se demanda s'il devait prévenir Duo puis décida que non, le natté avait demandé qu'il lui laisse un temps de réflexion, il allait le faire, Duo allait devoir attendre pour visiter la planque de Jiro. Pour le moment ils ne seraient que quatre à y aller, sans compter Jiro bien entendu.
Il fut donc désagréablement surpris lorsqu'il découvrit Duo à côté des trois autres à son arrivée sur Josiah Island.
L'île était aussi désolée qu'une île puisse l'être, elle faisait cinq km sur trois et était battue par les vents marins, la végétation était rare, quelques arbres rachitiques faisaient de leur mieux pour y survivre parmi les rochers de granit. Un immense hangar se dressait au centre de l'île, sans doute un ancien entrepôt à MS si l'on en jugeait par ses dimensions.
Wufei toisa Jiro d'un œil froid, il n'entendait pas faire confiance à ce clone surgit de nulle part qui mettait en péril la relation entre Heero et Duo.
- Alors voici donc la vulgaire copie qui s'est honteusement glissé dans le lit de Duo…
Désorienté un bref instant par l'attaque Jiro le fixa d'un œil rond.
Heero ne réagit pas, quelque peu heureux qu'au moins un de ses amis ne soit pas bien disposé envers Jiro.
Il était partagé entre ce curieux sentiment qu'il ne comprenait pas et qui le poussait à accepter son clone et la rancune qu'il ne pouvait réprimer face à la situation.
Comme Jiro restait silencieux Wufei se rapprocha de lui.
- Même un clone devrait savoir qu'il y a des choses qui ne se font pas, comme séduire le compagnon de son original. Poursuivit-il.
Cette fois Jiro s'empourpra et ouvrit la bouche pour riposter, mais il n'eut pas le temps de dire un seul mot, Duo s'était interposé.
- Dis donc Chang, où as-tu été pêcher l'idée que je suis le compagnon d'Heero ? J'aimerai bien savoir comment une telle chose pourrait être possible, considérant que MONSIEUR YUY ici présent s'est barré aussi loin que possible quand je lui ai justement proposé une cohabitation.
Wufei refusa de se laisser abattre par la rebuffade.
- Mais tu voulais te mettre avec lui donc tu es son compagnon. Insista t'il.
Duo serra les poings et les glissa dans ses poches pour ne pas lui en coller une.
- Puisque tu veux tout savoir, pour le moment je ne suis le compagnon de personne, mais si on continue à me chauffer les oreilles comme ça je sens que je vais vite choisir. Mais je ne crois pas que cela te plaira. Déclara t'il d'une voix froide.
Heero se tendit en entendant cela.
Finalement Wufei n'était pas l'allié idéal.
Ca n'arrangeait pas ses affaires.
Jiro lui détourna les yeux, le visage triste.
Il ne voulait pas être choisi pour de mauvaises raisons.
Il voulait que Duo veuille de lui par amour, pas par rancune ou par provocation.
- Nous en reparlerons plus tard. Intervint Quatre dans un effort louable de diplomatie. Pour le moment j'aimerai beaucoup que nous allions nous mettre à l'abri, il fait vraiment froid ici.
Les regards convergèrent vers lui.
Il n'avait pas besoin de simuler avoir froid, il avait vraiment froid.
- Suivez moi. Déclara vivement Jiro.
- On ne va pas faire confiance à cette copie ! s'emporta Wufei.
- La ferme Chang, tu commence à nous gonfler, Quatre a froid et Jiro est seul, mais si tu as peur de ne pas faire le poids face à un clone d'Heero… Lança Duo d'un ton sarcastique.
Wufei lui adressa un regard noir et ne dit plus rien.
Laissant les navettes qui les avaient amenés sur ce qui servait jadis d'aire d'atterrissage le petit groupe se dirigea vers le hangar, progressant péniblement contre le vent qui semblait vouloir les tenir loin de leur but.
Ils y parvinrent finalement et Jiro leur ouvrit une petite porte rouillée. Le hangar était vide, leurs pas n'en résonnèrent que plus fortement tandis qu'ils suivaient Jiro vers un abri de béton construit à l'autre extrémité.
Jiro ouvrit la porte de l'abri et entra, des lumières s'allumèrent immédiatement. Comme le hangar l'abri était vide, Jiro le traversa et se plaça sur une grande plaque de métal encastrée dans le sol. Trowa le rejoignit en silence et après une hésitation le reste du groupe suivit. Jiro donna un coup de talon sur un bouton dissimulé au bord de la plaque et celle-ci se mit à descendre sans bruit, les emportant dans les profondeurs de l'île, une autre sortit de l'épaisseur de la paroi la remplaça, dissimulant l'élévateur. Des lampes murales éclairaient l'élévateur et les parois de granit.
Après une descente qui leur sembla durer une éternité l'élévateur atteignit enfin sa destination et une porte d'acier s'ouvrit devant eux, leur dévoilant un long tunnel légèrement en pente.
Jiro et Trowa s'y engagèrent sans hésiter, Duo leur emboita le pas pour ne pas rester aux côtés d'Heero, Quatre suivit Duo et les deux asiatiques fermèrent la marche. Wufei semblait sur ses gardes, il n'aimait visiblement pas se trouver sous terre et manifestait son mécontentement par quelques commentaires en chinois que les autres faisaient de leur mieux pour ignorer.
Seul Jiro lui lançait par moment des regards soucieux.
Une autre porte s'ouvrit devant eux et ils se retrouvèrent sur un large balcon métallique surplombant un magnifique jardin. Des ingénieurs au service de J avaient recréé un biotope complet comme cela se faisait dans les colonies spatiales, rien ne manquait, ni les plantes d'agrément, ni le verger, ni le potager. Un pavillon d'architecte était construit tout au bout du jardin, tout en granit, en bois et en verre.
- Bienvenue chez moi. Lança Jiro en commençant à descendre l'escalier d'acier qui menait au jardin.
Les autres, hormis Trowa qui lui les observait, prirent le temps de regarder l'endroit d'un œil rond. Ils avaient beau avoir tous vécus dans les colonies et y être nés ils n'en étaient pas moins stupéfaits.
- Surprenant n'est-ce pas ? sourit Trowa.
- Ce n'est qu'un biotope comme on en trouve partout dans les colonies. Grommela Wufei.
- Tu es déjà venu ici, je me trompe ? Dit Heero en se tournant vers Trowa.
Trowa hocha affirmativement la tête.
- En effet, et tu étais avec moi.
- Je crois que je m'en souviendrais. Fit valoir Heero qui n'avait pas le moindre souvenir des lieux.
- Ce serait vraiment surprenant, tu étais inconscient et dans un état critique quand je t'ai amené à la demande de J. répondit Trowa d'une voix calme.
Il s'adossa à la rambarde, faisant face aux quatre autres, le visage grave.
- Il y a d'autres bâtiments plus bas, dont un hôpital, J y a fait venir des médecins en urgence pour te sauver, ton cœur avait été gravement endommagé et tu souffrais de sérieuses brûlures qui nécessitaient des greffes. Jiro vivait déjà ici, il s'est proposé pour te venir en aide, le médecin en chef désigné par J avait l'intention de lui prélever de la peau pour les greffes, mais ton clone a proposé bien plus…
- Quoi donc ? demanda Duo.
- Son cœur. Répondit Trowa en fixant Heero.
Le brun sursauta et porta instinctivement la main à sa poitrine, tout prenait soudain un sens, l'élan qui le poussait vers son double, et surtout la cicatrice de Jiro si semblable à la sienne…
- Tu as compris. Déclara Trowa. C'est le cœur de Jiro qui bat dans ta poitrine et il a le tien.
Il laissa son regard se perdre dans le vide et revint en pensée à cette époque là, dix ans plus tôt.
Il avait rapidement compris que ses soins et ceux de Catherine ne suffiraient pas à maintenir Heero en vie et avait contacté son professeur qui avait prévenu J. Peu de temps après un message était parvenu à Trowa lui donnant les instructions nécessaires au transfert d'Heero.
Il les avait suivies à la lettre sans discuter, ainsi que le voulait son professeur.
Arriver sur Josiah Island qui n'avait pas meilleure allure que maintenant l'avait quelque peu surpris, mais après avoir découvert ce qui se cachait sous la surface il avait admis sans peine que c'était là une excellente planque.
Le meilleur endroit pour qu'Heero soit soigné.
Il avait laissé le blessé entre les mains expertes des médecins et avait commencé à errer sans but dans les couloirs.
Des éclats de voix avaient attiré son attention.
La voix d'un homme d'un certain âge, il avait rapidement reconnu celle du médecin en chef, et celle d'un adolescent en colère.
Trowa s'était immobilisé, surpris par ce qu'il entendait. La voix de l'adolescent ressemblait à celle d'Heero.
- On m'a fait naître pour lui venir en aide ! hurlait le garçon qu'il ne pouvait voir. Vous ne pouvez pas refuser ma proposition aujourd'hui.
- Jiro, je t'ai dit que nous allions te prélever de la peau et plus de sang que d'habitude…
- Ce n'est pas suffisant ! Il a besoin d'un nouveau cœur, vous le savez et vous savez également que le mien est celui qui sera le plus compatible.
- Je ne peux pas me permettre de te perdre Jiro, tu es aussi important que lui.
- C'est faux ! Le combattant c'est lui ! Pas moi. Pas alors qu'il sait se battre depuis toujours.
- Tu as été formé comme lui depuis deux ans… avait commencé l'homme.
- Justement ! Ca ne fait que deux ans, je ne ferai pas le poids et vous le savez ! Donnez lui mon cœur et passez moi le sien, il sera bien suffisant pour moi. L'interrompit le dénommé Jiro d'une voix lourde d'amertume.
- Si c'est vraiment ce que tu souhaites. Avait capitulé le médecin.
Comme des pas se dirigeaient vers la porte Trowa avait préféré se retirer avant d'être découvert.
Mais il n'avait pas oublié ce qu'il avait entendu ce jour là, seulement regretté de ne pas avoir pu voir Jiro.
Il avait fait celui qui ne savait rien lorsqu'on lui avait permis de ramener Heero au cirque quelques jours plus tard et n'avait rien dit à Heero sur ce qu'il avait appris.
L'aurait il voulu qu'il n'en avait pas le droit, son professeur , répondant au désir de celui d'Heero, lui avait formellement interdit de révéler à Heero l'existence de cette planque ou de lui dire qu'il y était passé pour y être soigné.
Mais maintenant les professeurs étaient morts depuis longtemps, il n'avait plus de raisons de se taire et de cacher ces informations.
Il allait raconter tout ce qu'il avait entendu lorsque Jiro qui se demandait pourquoi ils tardaient à le rejoindre remonta vers eux et réalisa en un éclair ce qu'il se passait.
Trowa savait pour lui, ils ne s'étaient pas trouvé face mais il avait senti sa présence dans le couloir pendant qu'il essayait de convaincre le médecin ami de J de donner son cœur à Heero.
Il n'y avait pas attaché d'importance à l'époque, il n'était pas sur de survivre avec le cœur endommagé d'Heero, puis il avait tout simplement oublié.
Il fit courir son regard sur le petit groupe, les expressions sur les visages en disaient plus long qu'un discours.
Trowa avait parlé, il leur avait tout dit, il était trop tard pour l'empêcher de révéler quoi que ce soit.
Il se recula en tremblant, gardant les yeux baissés pour éviter leurs regards.
- Jiro, regarde-moi petit frère. Appela Heero calmement.
- Je n'ai pas besoin de votre pitié ! hurla Jiro en faisant volte face et en dévalant l'escalier.
Heero se lança à sa poursuite, Trowa, Quatre et Wufei retinrent Duo qui voulait les suivre.
Heero fonçait autant qu'il le pouvait, mais Jiro était aussi rapide que lui et il avait pour lui l'avantage d'une meilleure connaissance du terrain.
Il le perdit derrière le pavillon d'architecte mais poursuivit en voyant une porte dans la paroi toute proche, sans doute le couloir conduisant à l'hôpital où il avait été soigné.
Il en explora chaque recoin avec application, sentant un sentiment étrange de déjà vu naître en lui. Ces couloirs lui étaient familiers, pourtant, aux dires de Trowa il était inconscient quand il y avait été conduit, il ne pouvait donc pas garder de souvenirs des lieux.
Il poussa une dernière porte et se figea.
L'endroit où il venait d'entrer était aménagé comme une chambre d'enfant.
Jiro était assis dans un coin, les jambes repliées contre le buste, agité par les sanglots.
Heero regarda vers lui et ne le vit plus comme un adulte soudain.
Sa mémoire le ramenait des années en arrière, à l'époque de ses dix ans, J l'avait mené en ces lieux pour une intervention chirurgicale visant à l'améliorer, il n'avait rien vu de l'île, étant arrivé de nuit dans une navette sans aucune ouverture vers l'extérieur. Mais il avait été laissé libre d'aller à sa guise dans le complexe.
Une nuit qu'il vagabondait dans les couloirs, profitant du sommeil des adultes, il avait entendu les pleurs d'un enfant plus jeune que lui.
Il avait ouvert une porte, guidé par les sanglots et s'était retrouvé dans cette chambre.
Un bébé d'un an ou deux pleurait dans un petit lit blanc.
Un bébé brun aux yeux bleus comme les siens.
Pris d'une violente migraine Heero s'immobilisa, les deux mains contre son crane.
J avait tout fait pour effacer ce souvenir de sa mémoire, mais il lui revenait à présent.
Il avait rencontré Jiro à l'époque, il l'avait pris dans ses bras et était resté avec lui jusqu'à ce qu'il se rendorme. Il venait lui rendre visite la nuit, jusqu'à ce qu'on les découvre ensembles et qu'on lui interdise de revenir, qu'il essaie de s'enfuir avec l'enfant et qu'on tente de modifier sa mémoire pour qu'il n'en garde aucun souvenir.
Mais pourquoi ? Pourquoi J tenait il tant à ce qu'il ne sache pas que Jiro existait ?
J savait pourtant combien il se sentait seul à l'époque, combien il regrettait de n'avoir aucune famille…
Alors pourquoi ? Parce que Jiro n'était qu'un clone aux yeux de J ? Parce qu'il n'était pour lui qu'un instrument facilement remplaçable ?
Jiro leva les yeux, vit la souffrance sur les traits d'Heero. Son grand frère souffrait et c'était de sa faute, parce qu'il avait désobéi à J, qu'il avait quitté la planque et avait rejoint Duo.
Il se redressa lentement.
Il savait ce qu'il devait faire.
Il l'avait toujours su.
Il n'aurait pas du faire ce qu'il avait fait.
Il battit des paupières pour chasser ses larmes.
Il devait se montrer fort, pour son grand frère.
Pour celui sans qui il n'existerait pas.
- Je suis désolé grand frère, vraiment désolé… murmura t'il. Je vais disparaître de ta vie, je ne t'ennuierai plus…
Heero oublia sa migraine et le retint avant qu'il ne puisse quitter la chambre d'enfant.
- Non ! protesta-t-il en serrant très fort son double contre lui.
Il ne voulait pas le perdre, surtout maintenant qu'il savait la vérité, qu'il se souvenait de lui.
- Grand frère ? S'étonna Jiro.
- Je ne te laisserai pas partir. Sanglota Heero en enfouissant son visage dans la chevelure brune de son clone.
Jiro ouvrit de grands yeux.
Son grand frère pleurait ?
Il prit une profonde inspiration.
C'était douloureux d'entendre Heero pleurer, mais en même temps ça faisait naître une étrange chaleur en lui. Si Heero pleurait, s'il refusait de le laisser partir, c'était qu'il tenait un peu à lui.
Il posa ses mains sur celles d'Heero.
- Tout va bien grand frère, je reste avec toi. Ne pleure plus.
Il attendit ensuite qu'Heero se calme, caressant les mains fortes qui le retenaient du bout des doigts. Découvrant avec plaisir ce grand frère bien plus sensible qu'il ne le pensait.
Combien il l'aimait…
Combien il aurait aimé pouvoir grandir à ses côtés…
Heero l'aurait protégé comme il protégeait les colonies, il en était persuadé.
Il était heureux de l'avoir protégé lui aussi, à sa manière, en lui offrant un cœur solide et sain.
Il attendit qu'Heero se calme, sans faire preuve de la moindre impatience, il savait parfaitement attendre sans rien manifester, cela lui avait été enseigné.
Finalement Heero le fit se retourner vers lui et plongea son regard dans le sien.
- Tu étais trop jeune pour t'en souvenir, mais nous avons été ensembles quelques jours quand tu étais bébé, je voulais t'emmener loin de J et de ses hommes, loin de tout ce qu'on te faisait subir à cause de moi. Je te demande pardon, je n'ai pas réussi à te sauver…
Jiro lui adressa un sourire tranquille.
- Je ne t'en veux pas grand frère, tu as fait ce que tu pouvais, je le sais. Ne t'en fais pas pour le reste. Le plus important c'est que nous soyons ensembles aujourd'hui.
Heero hocha la tête.
Tout était dit pour le moment.
Jiro avait raison, le plus important était bien qu'ils se soient retrouvés.
Il restait pourtant un détail qui le tourmentait un peu.
Il tendit la main pour toucher le torse de son double, la posant à l'emplacement du cœur, ce cœur qui avait été sien.
Jiro posa la sienne par-dessus et baissa les yeux.
C'était un peu étrange, cette main sur son cœur.
C'était comme si Heero cherchait à renouer avec un organe qu'on lui avait retiré.
- Est-ce qu'il a guéri facilement ? demanda Heero.
- Il a eu les meilleurs soins. Répondit Jiro avec prudence.
Il n'avait pas trop envie de raconter à son original le long séjour dans une chambre d'hôpital que lui avait valu son geste, tout le temps qu'il avait passé relié à une machine le temps que guérisse enfin le cœur d'Heero, le traitement lourd qu'il continuait à prendre.
Il ne voulait pas lui dire que non, son cœur n'avait jamais complètement guéri, qu'il présentait des lésions trop importantes dont les séquelles ne s'effaceraient jamais.
C'était son fardeau, il ne pouvait pas le rendre à Heero ni lui en confier l'existence.
Il adressa un sourire sincère à celui qu'il voyait comme son ainé.
Il voulait continuer à protéger son original, même au prix d'un mensonge.
Heero méritait bien ce sacrifice.
Il était un héros.
Même un héros pouvait avoir besoin d'être protégé parfois.
Jiro était fier d'être l'un de ceux qui protégeaient Heero.
Duo se délivra de l'étreinte de Wufei et repoussa Trowa sans ménagement, le regard étincelant de rage.
- Non mais vous êtes malades ? Qu'est-ce qu'il vous prend ?
- Tu dois leur laisser un peu de temps. Déclara Trowa.
- Non mais vous me prenez pour qui ? Je voulais juste… je voulais…
Duo s'interrompit.
Que voulait-il au juste quand il avait fait mine de suivre les deux autres ?
Il ne savait pas vraiment.
Peut être s'assurer que tout irait bien…
Peut être tout simplement rester avec eux deux.
Il se recula en secouant la tête, tourna le dos aux trois autres pour leur cacher son visage et ses expressions.
Sa colère disparut tout aussi vite qu'elle était apparue, le laissant indécis et triste.
Il avait rêvé de partager sa vie avec Heero lorsqu'il était adolescent.
Et maintenant qu'il était adulte, il y avait deux Heero.
Celui qu'il connaissait depuis toujours sans vraiment le connaître semblait il et un autre qu'il connaissait charnellement mais qui lui était tout aussi inconnu, qui n'était qu'une copie du premier et qui pourtant aspirait à être bien plus.
Qui promettait d'être à la fois semblable et très différent d'Heero.
Il réprima un gémissement.
Pourquoi fallait-il toujours que tout se complique ?
Comme si Heero n'était pas suffisamment complexe en un seul exemplaire, il en avait deux à étudier à présent.
Il n'avait vraiment pas besoin de cela.
Puis il se prit à sourire malgré lui.
De quoi se plaignit-il au fond ?
Il aurait du se réjouir au contraire.
Deux Heero Yuy, deux versions du grand héros des colonies pour le petit lui tout seul.
Deux hommes disposés à l'aimer, lui le gosse des rues de L2 qu'aucune famille ne voulait garder, qui se retrouvait toujours à la case départ, à l'église.
Il souriait toujours lorsque les larmes commencèrent à rouler sur ses joues.
Parce qu'Heero avait été son premier amour, son amour d'adolescent et qu'Heero était finalement venu lui rendre cet amour.
Parce que Jiro avait été son premier amant, le premier avec qui il ait eu des rapports, un amant plein de promesses et d'attentes inavouées qu'il avait deviné au fond du regard bleu, qu'il aimerait voir se révéler.
Parce que la morale voudrait qu'il choisisse entre les deux.
Parce que la morale voudrait qu'il en blesse un et qu'aucun des deux ne méritait de l'être.
Parce qu'il ne voulait pas le faire.
A suivre
(1) Protocole de Cluster : processus de vieillissement accéléré d'un corps se faisant par étapes successives, assez douloureux et éprouvant pour le sujet vieilli. Totalement imaginaire bien sur et inspiré par l'anime Cluster edge où des armées ennemies utilisent des soldats artificiels clonés. Je ne sais pas comment ils sont amenés à l'âge adulte, mais tout étant possible je me suis permis d'extrapoler.
