Chapitre 2 : Tu me fais un peu de place ?

Lavée, habillée, coiffée, et un peu arrangée, je suis prête pour une nouvelle journée de cour ! Il est donc temps de rejoindre mes amis en métamorphose et de me montrer sous mon plus beau jour afin...

-Hep ! Lynna, tu n'as pas l'impression d'oublier quelque chose ? me fait Lily avec un petit sourire.

Surprise par sa remarque je me regarde : tout mes membres sont présents –je vérifie ça depuis qu'on a fait nos premiers essais de transplanage, ça me terrifie- mes habits sont tous là, quoique…-je tâte- ça va, tout est là.

Je jette un regard perdu à mon amie qui soupire et me montre d'un mouvement de tête mon sac à dos, bien rempli, bien installé contre mon lit. Je me dirige dans sa direction en râlant puis je prends une lanière de la besace et la jette sur mon dos. S'il y a bien un accessoire dont je me passerai, c'est de celui-là !

-Il casse toute l'harmonie de ma silhouette.

-Tu n'as qu'à en acheter un nouveau plus joli.

-Oui mais…

-…Mais Sirius n'aime pas les filles trop coquette, je sais, tu me l'as répété presque autant de fois que Potter m'a demandé de sortir avec lui.

Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase et je file hors de la tour des Gryffondors. Ce n'est pas très poli de ma part de ne pas l'écouter jusqu'au bout quand j'y pense, je devrais faire un peu plus attention à ma dernière amie.

Ça fait maintenant six mois que j'ai fait ma déclaration à Black, et un petit peu moins de temps qu'il m'a réellement acceptée comme amie.

Je suis toujours amoureuse de lui et il le sait, enfin je crois, mais je me donne un peu de temps pour réitérer ma demande… Ça par contre, c'est un secret que seules deux personnes connaissent. Si jamais il était au courant, je pourrai me retrouver au point de départ, portant tristement le titre d'« inconnue », ou même de « traîtresse ».

Par la suite, j'ai commencé à devenir un peu plus soigneuse de ma personne, et surtout de mon physique afin de plaire à Sirius. Je prends plus de temps à me coiffer et fais attention à ce que je porte, ce genre de choses. Ça me rappelle la St Patrick d'il y a deux ans : je m'étais mise toute en vert pomme. Et bien je peux vous assurer que tradition ou pas, ma maison n'a pas apprécié.

En tout cas, depuis que je peux l'approcher sans donner aucune raison spécifique, ma vie s'est soudainement embellie. Je peux voir celui que j'aime presque autant que je veux et j'ai de nouveaux amis : les siens. Mais comme je l'ai dit plus tôt, du côté des amies, c'est un peu moins présent mais tant que Lily est là, ça me convient.

Par contre il est assez difficile de gérer ces deux amitiés qui s'affrontent de temps en temps à cause d'un certain garçon à lunettes… Ça avec en plus mon objectif que Black me voit comme étant une fille cool, je finie par être chargée.

D'ailleurs le voilà, avec ses compères, juste à l'étage du dessous. Je leur fais un grand signe de la main en descendant les escaliers pour qu'ils me remarquent, faisant pencher dangereusement mon sac qui, de son poids, arrive à me déstabiliser en avant.

Zut…

-Cette descente à plat ventre accompagné d'un plongé en avant était pour le moins brillante, fait une voix espiègle devant moi, cinq seconde après la dite descente.

-Brillant ? Tu veux que je la recommence? je lance à Potter avec ironie –enfin, j'aurai voulu, si je n'étais pas en train de couiner, en boule, le crâne entre les bras pour calmer la douleur.

Une main bienfaitrice se pose sur ma tête –oh s'il vous plaît Grand Merlin, faites que ce soit Lui. Je lève les yeux et croise un regard compatissant, mais aux lieux d'être d'un bleu profond, ils sont marron chatoyant. Remus. Son expression est pleine de compassion, et on pense tout les deux la même chose : je me suis bien fait remarquer, certes, mais pas de la meilleure manière qui soit.

-Comment tu fais pour avoir la tête aussi résistante ? plaisante Black avec cependant une certaine admiration.

-On t'a bercé trop près du mur, et depuis, toutes les chutes font naître en toi des souvenirs de ta petite enfance ? continua James, avec une fausse candeur dans la voix.

Même moi je ne peux à m'empêcher de pouffer à cette blague. Je déteste ça, la capacité qu'ont ces garçons de me faire rire quand ils me taquinent. Au moins, après cette dernière remarque, ils me demandent –enfin- si je vais bien, et le professeur McGonagall nous fait rentrer dans la classe.

Puisque Lily et Peter ont quitté la métamorphose cette année, j'ai une place toute chaude auprès de ceux qui s'appellent eux même les Maraudeurs. Un peu vieillot comme nom mais bon… S'ils aiment ça. Malheureusement, je me retrouve toujours à côté de Lupin puisqu'il est aussi facile de séparer James de Sirius qu'un dragon de ses œufs.

Remus aussi, tout comme Lily, il faudrait que je le traite avec un peu plus de gentillesse… Surtout qu'il vient de s'asseoir à côté de James ! Ce qui veut dire…

-Bon, tu me fais un peu de place ? me demande Sirius avec une voix pleine de chaleur.

…La vie est si belle parfois.

En me retournant pour déplacer mes affaires et laisser un peu d'espaces sur le banc j'envoie un baiser discret à ce cher Remus qui sourit. Quel garçon merveilleux. Quels garçons merveilleux.

Je passe donc deux heures sublimes à tenter de transformer un tas de limaces écumeuses à souhait en hachoir sans prononcer la moindre formule, n'est-ce pas magnifique ? Même le moment où la limace d'un des élèves s'est mise à se dépecer elle-même avec violence en laissant des traces sur mon bureau fut extraordinaire puisque Sirius m'a demandé si je n'avais rien.

-Et tu sais quoi ? je glousse pour la énième fois avec excitation en serrant si fort ma petite cuillère qu'elle commence à faire un angle droit.

-Quoi ? murmure Evans, qui ne tente même plus de montrer un tant soit peu d'intérêt à ce que je raconte.

Lily et moi mangeons, ou plutôt devrais-je dire qu'elle m'écoute parler de la matinée, dans la Grande Salle après ces deux heures de cours –elle revient d'Arithmancie.

-Sirius m'a protégé d'un hachoir qui avait été lancé dans ma direction !

Un petit silence s'installa, l'expression de mon amie prenant un ton inquiet.

-Qui es le fou qui t'a lancé un hachoir ?!

-En fait il rampait vers moi… Et c'était ma limace, j'avoue avec honte –mon histoire d'assistance chevaleresque est désormais détruite.

-Lynna…

-Quoi ?

-Il faut que je te prévienne.

-De quoi ?

-Ta relation avec Black, elle est... Comment dire ? Beaucoup de personnes ne voiebt pas ça d'un très bon œil. Ils pensent que c'est malsain.

-Je ne comprends pas : on est seulement ami.

Lily soupire et regarde autour d'elle pour être sûre que personne ne l'entend.

-Peut-être que là est votre relation mais certains, et surtout certaines, savent que tu l'aimes et trouvent que tu te comportes comme si tu étais le… Le « jouet » de Sirius Black. Que tu fais la femme objet, en gros !

-Laisse les dires.

-Tu n'as pas saisis… Moi aussi j'ai l'impression qu'il se sert de toi pour tous ces petits problèmes et j'ai peur qu'un jour il abuse de ta gentillesse envers lui et que tu en sortes blessée.

Elle se tait pendant un moment. Elle est adorable quand elle s'inquiète pour les autres, tiens, pour la peine, je vais lui donner un chocogrenouille !

-Ne t'en fais pas, il ne fera jamais ça, dis-je en sortant une friandise de ma poche pour la lui offrir. Et puis, si jamais je me rend compte qu'il commence à vouloir me manipuler, je remettrai les choses en place ! Il y a des choses que je respecte plus que Sirius dans mon cœur, et parmi elles, il y a mon amour pour Sirius ! Personne, pas même Black ne pourra le tâcher de quelques manières que ce soit.

Mon discours est un peu confus mais il a fait rire mon amie qui déguste une tête de grenouille en chocolat.

- Tu as déjà vu un hachoir baver ? repris-je avec intérêt.

Elle pose sa tête dans sa main avec un air exaspéré, il faut dire que discuter de limace au déjeuner n'est pas très ragoûtant.

Remus apparaît un instant plus tard et s'assied à mes côtés en saluant Lily qui lui rend la politesse. Je tente de jeter un regard discret autour de moi, regard que mon camarade remarque.

-Ne cherche pas, il a accompagné James au stade.

Je fais une légère moue tandis que mes deux compagnons discutent d'une bataille entre des gobelins et des crabes crache-feu. Ils font partit des rares élèves de sixième année qui ont gardé l'Histoire de la Magie après leur BUSEs. Pour ma part, j'ai conservé en priorité les matières que j'avais en commun avec Sirius, mais j'en ai quelques une en plus, comme l'Étude des Runes. Puis ces histoires de massues et de sang me rappelle une nouvelle fois les expériences de ce matin.

-Au fait Remus, tu as vu quand la limace d'un Poufsouffle à commencer à déchiqueter ses sœurs ?

-Comment tu fais pour dire ça avec un grand sourire ? me questionne-t-il.

-Oh, je suis désolée, je ne savais pas que tu avais des sentiments pour cette limaces…Comment vous êtes vous connues ? Tu vas continuer à la voir maintenant qu'elle est devenue cannibale ? je réplique en faisant rire mes deux amis.

Encore une chose que je hais dans la vie : ceux qu'on veut impressionner ne sont jamais là lorsqu'on sort une répartie bien trouvée.

Une fois l'image des limaces oubliée et le dessert fini, je les accompagne jusqu'au hall et on se sépare, eux se dirigeant vers la salle de M. Binns, et moi vers le terrain de Quidditch.

En y repensant, je n'ai pas demandé à Lily comment s'étaient passé ses cours à elle. À une époque j'étais plus attentive à ses récits… Mais à cette époque Sirius n'était pas dans mon cœur.

Je n'ai pas à pousser la porte du stade, elle est déjà ouverte. Je me place contre les gradins, pour les voir, sans qu'ils ne me voient. Ils sont tout les deux là-haut, en train de faire des cabrioles.

J'aurai bien aimé faire du Quidditch. J'aurai pu être une bonne joueuse, j'en suis certaine, mais à cause de certains faits, je garde le pied à terre…

Puis, j'aperçois Peter, assit sur l'estrade au-dessous de laquelle je m'étais adossée. Il me voit à son tour et on se met à parler –ou plutôt à hurler vu la distance entre nous- du cours des limaces. Je voulais l'étonner mais malheureusement il semble déjà au courant de tout. Au moins ça ne le dégoûte pas.

-Tu sais, on dirait que ces expériences ont données des idées aux deux autre, là haut, pour un prochain… Événement, me dit il avec un clin d'œil.

Quand on sait que « événement » signifie blague à portée massive, on n'ose pas imaginer le rôle que peuvent y avoir de pauvres gastéropodes.

Les acrobates aériens commencent à descendre dans notre direction, juste le temps de vérifier que ma coiffure n'est pas totalement défaite et d'arborer mon plus joli sourire. Cependant, ou devrais-je dire « comme d'habitude », il ne remarque pas. Je suis devenue l'amie d'un garçon qui prend davantage note de limaces que de mes efforts.

Finalement nous rentrons au château en discutant surtout de Quidditch et de balais. Les plus enflammés sur le sujet étant James et Sirius bien évidemment.

Je ne sais pas comment Sirius fait mais, quand il est heureux, il a l'air de rayonner. Est-il au courant qu'il dégage un charme pareil ? Le fait-il exprès ? Se rend-il compte que je suis totalement à ses pieds ?

Je suis folle de lui mais je ne peux pas l'accaparer, l'éloigner de sa tribu, même physiquement, ne serait-ce qu'une heure, il lui arrive de me prendre à part parfois mais moi, je n'en ai pas la possibilité. Non pas que je n'en ai pas envie mais…

Je lui ai promis.

-Tu es sûre de ce que tu m'as demandé ? fit Sirius, perplexe.

-Oui, je n'ai pas changé d'avis !

Ils marchaient dans le parc en reparlant de leur dernière discussion.

Il l'observa quelques secondes avant de reprendre le débat au bord de la Forêt Interdite.

-Je ne peux pas être ami avec une fille qui est amoureuse de moi, je me sentirais gêné face à une telle relation et…

-Je me comporterais comme une simple amie ! déclara Lynna avec conviction. Ne t'inquiète pas pour ça, je n'aurai pas de comportement ambiguë.

Le jeune homme l'observa un moment, elle semblait tenace mais ses joues roses montraient qu'elle pouvait faillir…

Voilà trois jours qu'elle lui avait déclaré son amour et réclamé son amitié, trois jours qu'il la voyait avec cette couleur aux joues. Tout ça pour…

-Je ne vois pas en quoi ça ne te fera pas souffrir -une idée surgit dans sa tête. Par exemple, si tu n'es qu'une amie, j'aurai le droit de sortir avec d'autres filles, non ? fit-il remarquer.

Il avait du toucher le point sensible car elle avait déglutit et parut terrifiée pendant un moment. Voilà, elle s'était rendue compte qu'elle souffrirait tout autant en étant son amie, il valait mieux qu'elle comprenne qu'il ne voulait pas subir ce poids. Ce pendant elle repris confiance et déclara :

-Bien sur ! Enfin, si ce n'est qu'une fille à la fois, mais on n'a pas le droit d'empêcher quelqu'un de fréquenter une autre personne.

-Mais…, il chercha les mots pour lui faire comprendre. Le problème c'est que…Tu...

-C'est quoi ? demanda-t-elle avec candeur.

Les mots ne voulaient pas sortir de la bouche de Black, trop malpolis, trop inconvenants, et au fond , ça l'avait touché qu'elle montre son envie d'être amie avec lui au lieu de lui jeter son amour à la figure sans qu'il ne sache quoi faire. Cependant le sang lui montait à la tête. S'il voulait qu'elle passe à autre chose, s'il ne voulait pas subir cette cage féminine. Pour sa liberté à lui, il fallait le dire.

-Tu seras trop lourde ! Tu m'étoufferas et je ne le supporterai pas, tu ne pourras pas t'empêcher de me coller, de vouloir flirter avec moi, de m'éloigner de mes vrais potes ! Tu seras une prison pour moi ! Je hais cette possessivité !

Il reprit son souffle, il avait hurlé, faisant s'envoler quelques oiseaux effrayés. En relevant les yeux, il ne croisa ni larme, ni colère, juste de la surprise. Était-elle cruche ?

-C'est seulement ça le problème ? Je t'ai dit que je me comporterai comme une camarade, rien de plus. Je mettrai mes envies de côtés afin de ne pas t'embarrasser, et je ne te collerai pas. Crois moi.

Il lui jeta un dernier regard suspicieux mais avoir crié l'avait soulagé, calmé. Si elle y tenait tant… Elle avait eut le courage de lui avouer ce qu'elle ressentait, ce qu'elle voulait, et disait être prête à mettre ces sentiments aux oubliettes pour lui. Paradoxal mais possible. Il posa alors les termes de leur pacte, en y mettant un ton particulièrement menaçant, comme une dernière épreuve.

-Tu ne m'embêteras jamais lorsque je serais avec James et les autres, tu ne te comporteras pas comme si on sortait ensemble, puisque ce n'est pas le cas, tu ne tenteras pas de m'éloigner de mes amis, tu ne tenteras pas non plus de me faire culpabiliser à propos de tes sentiments, j'aurais le droit de sortir avec des filles et tu ne me demandera pas les faveurs que je leurs accorde ?

-Oui, fit-elle avec détermination.

-Bon et bien, c'est d'accord ! déclara Sirius en retournant vers le château.

Lynna fut prise de court, puis, trois secondes après, elle demanda avec un soupçon de crainte :

-On est ami ?

Il se retourna et laissa naître un sourire en coin sur ses lèvres.

-Laisse moi juste un peu de temps pour m'habituer à ta présence et ce sera bon.

Puis il reprit sa marche vers le château en se disant que, finalement, une amie fille, ça pouvait être sympa.

De son côté, Lynna tentait de ne pas hurler de joie en sautillant comme un pitiponk.

Je ne brise jamais mes promesses… Mais je n'ai pas promis de ne plus lui courir après dans son dos.