Chapitre 01: UN TROU DANS MA CERVELLE

JE PENSAIS MOURIR DANS UN BAIN DE SANG.

Ça semblait être la manière la plus probable étant donné mon job. J'ai regardé la Mort dans les yeux (littéralement... en fait, c'est un gars bien), et, pour être tout à fait honnête, je pensais que mon mon numéro aurait été tiré bien plus tôt. J'ai toujours cru que ma mort aurait du sens...que ma marque sur ce monde serait plus permanente que mon sang sur le plancher. Au lieu de ça, je vais me transformer en légume babillant, l'esprit tellement en bouillie que je ne serai plus en mesure de me servir d'une poignée de porte, et encore moins de me nourrir. En voilà une bien triste pensée, je vais mourir de faim alors qu'il y a une demi-vache au congélateur.

Je devrais revenir en arrière. Ça ne servira à rien si mon écrit n'a aucun sens.

Il y a trois jours, putain, peut-être même plus; je ne peux pas en être certain, je me trouvais à Ashland, dans le Nord du Wisconsin. Tellement au Nord, que j'aurai aussi bien pu être au Canada. La ville comptait des disparitions en série, et aucune piste. Il y avait foule d'indices pourtant, mais la police locale était bien incapable connecter les pièces du puzzle.

Attendez! Il faut que je revienne plus loin en arrière.

Je m'appelle Bobby Singer. (Au moins, je me souviens de ça.) Il est plus que probable que vous ne me connaissiez pas... puisque la quasi totalité de mes amis sont morts et enterrés. Comme je l'ai dit, c'est courant dans notre branche de travail. Si vous êtes nouveau; je vais vous donner les bases: vous savez, tous ces trucs qui vous terrifiaient lorsque vous étiez gosse? Toutes ces choses vraiment horribles qui vous faisaient trembler de la tête aux pieds? Les monstres, les démons, le croque-mitaine sous votre lit, tout cela est bien réel. Je l'ai vu, je l'ai chassé, je l'ai tué. Il y a d'autres gens comme moi, des chasseurs, mais pas autant qu'autrefois. Nous sommes loin d'être assez nombreux. Au cause d'événements récents, nous sommes une espèce en voie d'extinction, je fais partie des anciens. J'ai appris tout ce que je pouvais au sujet de chaque foutue créature marchante, rampante ou volante, et je ne vais pas laisser tout ce savoir devenir inutile.

Retournons au Wisconsin. À une affaire qui paraissait simple comme bonjour...cela dit, ça n'a pas dû être le cas. La dernière chose dont je me souvienne c'est d'Ashland dans mon rétroviseur intérieur alors que je me dirigeais vers l'ouest, vers Sioux Falls où je projetais de prendre un long bain et de regarder autant de télé-poubelle que possible avant que la prochaine catastrophe ne me trouve. Et ensuite je me suis réveillé à la maison. En y réfléchissant bien, 'réveillé' est sans doute un terme trop doux, il sonne comme si j'avais ouvert les yeux avec le chant des oiseaux, accompagnant le lever du soleil, non, j'ai repris connaissance dans un hurlement à m'en briser les cordes vocales, et le sursaut qui l'accompagnait à bien faillit me mettre à bas du canapé. Bon, je ne vais vous mentir... l'alcool a peut-être joué un rôle là-dedans. Ce n'aurait pas été la première fois que le tord-boyaux me fait du tort, mais ça semblait différent. Le mal de crâne lancinant était présent et explicable, mais quelque chose d'important manquait: les souvenirs.

De petites choses sans importance au début. Me suis rendu dans la cuisine, souhaitant quelque chose pour reprendre du poil de la bête, et ce foutu truc est arrivé...je ne parvenais plus à me rappeler lequel était le cabinet à alcool. Il ne m'a pas fallut longtemps pour le retrouver, mais durant cette minute-trente le monde n'avait pas tourné rond.

En allant faire le point, ça avait été dur d'ignorer le lance-grenade sur le plancher de mon salon. Pas là que je le range, d'habitude. Ça avait vraiment dû être une sacrée cuite! Tout en essayant de me rappeler comment il avait atterri là, j'ai fait un peu de rangement, remis les fusils et équipement éparpillés un peu partout dans la maison, à leurs places. Le lance-grenade allait en bas, dans l'armurerie du sous-sol. Je l'aurais bien gardé dans le salon, ça aurait pu servir pour démarrer une conversation avec des invités, mais les gens avaient la fâcheuse tendance de réagir de manière excessive face à lui. Ce n'était pas comme si je m'en servais pour chasser le cerf. Pour ça, j'avais une arbalète semi-automatique. En tournant le cadran du cadenas, mon esprit eut un blanc. J'avais ouvert ce casier chaque jour pendant plus d'une décennie et tout à coup je n'arrivais plus à me souvenir de la combinaison. La date d'anniversaire de quelqu'un peut-être? J'ai tenté la mienne, pas de bol. J'ai tenté quelques autres trucs, mais sautons directement à la conclusion, vingt minutes plus tard, j'étais là-bas avec une lampe-torche et un coupe-boulons.

Quelque chose clochait chez moi. Je n'arrivais pas à me rappeler où j'avais laissé mes clefs de voiture; je n'arrivais même pas à me rappeler où j'avais laissé ma voiture. L'allée était déserte. Quoi qu'il se soit passé entre Ashland et Sioux Falls, ça avait laissé un trou dans ma cervelle et mes souvenirs fuyaient. Dans mon ancienne vie, lorsque j'étais Jo le Mécano, le diagnostique aurait été Alzheimer. Mais aujourd'hui, je ne suis plus juste Jo le Mécano, et tout ce que j'ai appris en vingt ans de boulot me disait ce n'était pas naturel.

Une seule chose à faire: Appeler les Winchester. Ces deux-là avaient le don de se sortir des pires embrouilles, même lorsqu'ils n'étaient pas censé y parvenir; ça semblait plus que juste qu'ils m'aident pour une fois. Bien entendu, pour m'aider faudrait d'abord qu'ils répondent à leurs putains de téléphones! Ces garçons avaient plus de numéros qu'un annuaire chinois, mais même en essayant chacun d'eux je suis tombé à chaque fois sur leurs messagerie. Ça aurait été vraiment plus simple de les localiser si j'arrivais à me souvenir de la direction vers laquelle ils se dirigeaient la dernière fois que je les ai vu. Pour ce que j'en savais ils auraient très bien pu se trouver à l'étage, en pleine décuve eux-aussi. Après avoir eut cette pensée, j'ai dû vérifier chaque pièce de la maison afin de m'assurer que ce n'était pas vrai, je n'allais pas laisser ces deux idiots me surprendre si tout cela n'était qu'une sorte de farce.

Il s'avéra que ce n'était pas le cas. Aucun signe des garçons où que ce soit, aucun signe de ma voiture où que ce soit, aucune indication quant à l'endroit où j'avais été entre Ashland et la maison. Au cas où, vous ne capteriez pas très bien où je veux en venir : J'en ai toujours pas la moindre foutue idée! Et c'est de pire en pire. J'ai tenté de me remémorer le visage de ma mère ce matin...pas réussi.

Le fond du problème c'est que je ne sais pas ce qui m'est arrivé. Je ne sais pas si je peux y remédier. Mais ce que je sais c'est que je ne partirai pas sans combattre. Je ne laisserai pas tout ce que j'ai appris disparaître. Voilà ce que vous tenez entre vos mains: tout ce que je sais. Tout ce qui pourrait utile à tous les Chasseurs qui viendront après moi... et cela vous inclut, vous, Sam et Dean. C'est tout l'espoir que j'ai de fixer la fuite dans mon melon. C'est un guide pour la Chasse...c'est un guide jusqu'à moi. Ma dernière volonté et mon testament.