Bonsoir. Voici l'humble second chapitre de cet O.S que j'ai choisi de prolonger.

Je sais que les avis étaient mitigés, que si certains voulaient une suite (une grande majorité), d'autres auraient préféré voir l'histoire s'arrêter ici. J'espère pourtant qu'aucun d'entre vous ne sera déçu par ce chapitre.

Faites-moi part de vos impressions. La suite est en cours d'écriture.

Je vous souhaite une bonne lecture ;)


« These are dark times, there is no denying.

Our world has perhaps faced no greater threat that it does today.

But I say this, to our citizenry ;

We, ever your servants, will continue to defend your liberty and repel the forces that seek to take it from you !

Your ministry, remains, strong…! »

-Rufus Scrimgeour. Minister of Magic, 1997.

« And remember, you have nothing to fear, if you have nothing to hide. »

-Pius Thicknesse. Minister of Magic, 1997


Surtout, ne pas s'arrêter.

Oublier que sa poitrine lui fait mal, que ses jambes s'épuisent. Oublier qu'il est derrière, savourant probablement de la voir s'épuiser dans sa tentative de le fuir… Ne pas y penser.

Ne penser qu'à se fondre dans le noir, qu'à se dissimuler parmi les ombres et les vents.

Pourquoi était-elle là ? Elle n'en savait rien. Tout ce qu'elle arrivait à comprendre, c'est qu'il lui fallait courir pour sa survie. Elle slalomait entre les arbres, essayant de suivre la faible lumière de la lune. Mais elle ralentissait, elle le sentait bien : ses jambes ne pouvaient plus suivre. Lentement, elles se dépossédaient de son corps, faiblissant comme envahies d'un poison mortel. Ses pieds s'écrasaient sur le sol dans des mouvements hasardeux, crispant ses muscles, tordant ses articulations à les en faire paraitre friables. Là où les arbres semblaient maléfiques et où leurs tentacules noueux se faisaient cruels, elle sautillait maladroitement, priant pour ne pas tomber ou encore sceller son sort par une vulgaire entorse.

Les larmes venaient bien plus aisément à ses yeux que l'air à ses poumons. Elles troublaient sa vue si cela était encore possible avec ce noir hadal.

Au loin, le silence, brutal et impitoyable. C'est là qu'elle songea à la chose la plus évidente qui soit pour un sorcier. Sa baguette, où était sa baguette ? Dans sa main demeurait effectivement une forme fine. Elle s'arrêta alors brusquement, se retournant pour le menacer d'un sort s'il ne cessait de la poursuivre. Mais le seul mot qui sortit de sa bouche fut dénué de sens.

- Belladone.

Elle était sur le sol, enchevêtrée dans un tas de racines et de tiges. Ses membres étaient immobilisés par toutes sortes de plantes elle reconnaissait le buis par son odeur caractéristique, mais aussi des ajoncs, des camomilles, des hélianthes et des amaryllis…

Et soudain, tout prit feu. Hermione ne cria même pas, rendue muette par la peur. Elle mit du temps avant de se rendre compte que les flammes ne la brûlaient pas. Elles léchaient son corps d'une manière plutôt curieuse et dérangeante, comme une eau chaude : celle des vagues d'une mer parfumée et traitresse.

Se laissant aller à cette caresse diabolique, Hermione ne put s'empêcher de fermer les yeux. C'est au moment où elle comprit que les vagues s'étaient transformées en un contact beaucoup plus humain, qu'elle les rouvrit.

Une langue força sa bouche.

La sienne.

Elle se redressa brutalement, essoufflée et hagarde. Les grincements des poutres de la tente finirent par lui faire comprendre que ses précédentes visions n'étaient encore qu'un des nombreux cauchemars qui la hantaient ces dernières nuits. Machinalement, comme ces six dernières années -depuis son acquisition-, elle tâtonna les alentours à la recherche de sa baguette. Comme d'habitude, sa main n'heurta aucune forme sinon celle du vide.

Elle avait encore oublié.

Sa baguette était fendue et irréparable. La complicité qu'Hermione entretenait avec elle avait disparu comme le souffle du mourant. Les baguettes de remplacement étaient sur la table, subtilisées par les garçons lors de leur rafle.

Tout était noir dans la tente, sauf quelques lumières dansantes sur l'une des tentures, montrant qu'Harry ou Ron montait la garde. A en juger par les ronflements sonores, ce devait être Harry qui faisait le guet.

Elle mourrait d'envie de sortir, de tout lui raconter mais elle fut envahie, comme chacun des derniers jours, de cette culpabilité terrible qui l'empêchait ne serait-ce que d'articuler une syllabe lorsqu'elle pensait à ce qui s'était passé. Pourtant, livrer ses peurs, ses cauchemars, cela n'aurait pu l'aider qu'à mieux les surmonter, non ?

Aucun des deux garçons n'avait osé demander à Hermione ce qu'elle avait vécu durant leur absence. Ils attendaient probablement qu'elle vienne se confier d'elle-même, mais en vérité, elle n'avait aucune envie d'en parler.

Le parchemin qu'il lui avait transmis avait comme figé, laissé en suspens, ce qui s'était produit. Dès qu'elle y pensait, sa peau se nivelait fébrilement : elle frémissait, sans vraiment savoir s'il s'agissait d'excitation ou de peur, chose qu'elle préférait ignorer.

Les sinistres allusions que contenait son message auraient dû alerter Hermione. Mais elle ne parvenait à s'ôter de l'esprit qu'il l'avait avant tout laissée partir. Elle, prisonnière idéale, captive aux promesses d'or. Et tout cela en échange de quoi ? En échange d'un baiser. En échange d'un jeu qu'elle s'était résignée à jouer.

Ce rafleur n'était pas si mauvais, elle souhaitait s'en convaincre. Il jouait son propre jeu dans cette guerre, et le fait qu'il l'aie libéré prouvait bel et bien qu'il entretenait une certaine indépendance face aux conflits qui envahissaient le monde de la sorcellerie. Il visait ses intérêts, les considérant comme primordiaux par rapport à ceux du mage noir -ce dernier ayant pourtant la possibilité d'en finir avec lui en un seul coup de baguette.

C'était en refusant cette impuissance, en la niant avec sa vanité et son orgueil, qu'il se distinguait de ceux qui par lâcheté obéissaient au Seigneur des Ténèbres. Pourtant, n'était-ce pas de la lâcheté que de ne prendre aucun parti ? Il avait tout à voir avec cette guerre, il était directement concerné. Les injustices et préjugés qui étranglaient le monde sorcier étaient divers et variés mais particulièrement nourris envers leurs deux statuts : sang-de-bourbe et loup-garou.

Des hybrides, aurait probablement dit Dolores Ombrage. De pauvres hybrides sans cervelles ! Impossible qu'ils aient été dotés de cervelles comparables à celles des vrais sorciers…

Mais il était évident qu'avant d'être un loup-garou, Scabior était un homme et qu'il soit sorcier ou non, son humanité prouvait qu'il siégeait à juste titre sur cette terre.

Humanité…

Où est l'humanité lorsque l'homme renie sa dignité et se vend au plus offrant ? Où est l'humanité lorsque l'homme vend ses semblables, comme du bétail sauvage, capturé à force de chasses et de traques ?

Mais son baiser…, contrecarrait à chaque fois l'esprit d'Hermione, sentant toujours son cœur s'emballer à ce souvenir.

S'il arrivait à ressentir des sensations, des émotions et à en procurer… Ne pouvait-il tout de même pas être considéré comme humain ? Il n'avait pas été trop brutal, lui laissant l'initiative. Elle s'en souvenait bien.

Mais le fait qu'il ait joué ainsi avec ses facultés de décision, la laissant se noyer seule dans un malheur inévitable pour assurer sa survie… Cela ne le rendait-il pas plus vicieux ? Plus manipulateur encore qu'elle ne pouvait l'imaginer ?

Hermione tournait et retournait cela dans sa tête tous les jours, toutes les heures, pleurant la perte de son impartialité. Cette dernière évanouie dans le regard orageux qui peuplait ses nuits.

Les deux autres s'inquiétaient pour elle, elle le voyait bien. Mais elle était impuissante face à leur souci. Elle ne pouvait même pas s'empêcher de désirer le voir à nouveau. Parce qu'elle voulait le convaincre de les rejoindre, de rejoindre leur camp. Elle avait cru durant un instant que ses paroles avaient un impact sur lui.

Qu'en était-il vraiment ? Elle n'avait même pas osé lui poser la question… Les doutes l'envahissaient de leurs tourments. Elle avait envie d'y croire mais s'y hasarder la terrifiait.

Hermione ne s'était jamais connue aussi anxieuse. Les deux autres non plus d'ailleurs… Ils la voyaient réagir au moindre bruit, au moindre mouvement extérieur. Elle craignait son tour de garde mais semblait vouloir le prolonger lorsqu'ils désiraient prendre la relève. Incompréhensible.

Elle regardait les alentours, perturbée mais l'expression emplie d'un espoir sourd et insensé.

- Hermione, murmurait alors Harry. Tu as vu quelque chose ?

Et à ce moment là, elle se tournait vers lui et esquissait un sourire contrit. Comme gênée d'avoir été surprise en pleine activité prohibée.

- Non, non. J'écoutais, je vérifiais, disait-elle toujours.

Et elle jetait les maléfices protecteurs, comme à l'accoutumée.

Ron et lui avaient alors toujours un regard éloquent : que cachait-elle… ?

Ils étaient méfiants, elle était perdue. C'est avec ces pensées qu'elle se rendormit, se recroquevillant en espérant éloigner les assauts du doute…

Un soir, deux semaines après, ils finirent par oser lui poser la question. Ils étaient en train de manger en silence le pot-au-feu qu'elle avait préparé. L'ambiance était pesante, lourde de doutes et d'inquiétudes. Parfois, ils osaient se regarder, de ces œillades gênées qu'ils n'avaient jamais connues. Aussitôt, le premier ou le second baissait les yeux, ne pouvant faire face au mutisme de l'autre. Les seuls bruits qui perçaient la couche opaque de l'atmosphère aphasique, étaient les entre-chocs de couverts ou encore les déglutitions bruyantes de Ron. Quelques secondes, Hermione s'arrêtait et l'observait manger, sans faire de commentaire, rajoutant involontairement davantage de tension au climat glacial. Il finissait par lui jeter un coup d'œil inquisiteur, les joues gonflées, s'arrêtant de mâcher, comme pour écouter ce qu'Hermione murmurait au silence.

- Il reste du pain ?, demanda Harry.

Hermione lui tendit simplement la grosse miche de campagne, aux trois quarts entamée.

- Merci…

Mais au lieu de s'en découper un morceau, il lui lança un regard insistant. Hermione finit par détourner les yeux, ne saisissant pas la raison pour laquelle il la dévisageait ainsi.

Machinalement, ses yeux revinrent vérifier s'il la fixait toujours, ce qui était le cas. Elle but un peu d'eau, ne pouvant plus se détacher des deux émeraudes qui lui faisaient face et semblaient lire en elle.

- Quoi ?, finit-elle par demander d'une voix tendue.

Il enfourna une cuillerée de soupe dans sa bouche, puis une deuxième, préférant réfléchir avant de formuler quoi que ce soit. Hermione se dit qu'il n'avait peut-être rien d'important à dire, mais l'insistance de son regard lui laissait imaginer qu'il saisissait son trouble avec une étonnante et effrayante perspicacité. C'est ce qui la poussa à insister elle voulait l'inciter à dire ce qu'il avait à dire.

- Harry ?, l'interpella-t-elle doucement. Pourquoi ce regard ?

Ron leva la tête, les regardant tous les deux comme si une dispute éclatante avait lieu sous ses yeux. Harry avala sa bouchée, but une gorgée d'eau, prenant désespérément son temps…

- Je te trouve fatiguée.

Elle ne répondit rien : il était soit sincère, soit très rusé. Mais après tout, les deux n'étaient pas antithétiques, et leur mélange n'était pas pour la rassurer.

- C'est vrai, avoua-t-elle. Je suis fatiguée… Mais ce n'est pas dramatique, conclut-elle.

- C'est depuis la dernière fois, intervint Ron, apparemment soulagé de pouvoir rebondir sur la remarque d'Harry. C'est depuis les rafleurs.

Devant tant de subtilité, Hermione se braqua aussitôt, furieuse contre elle-même d'être aussi transparente. Mais maintenant que «l'attaque» était lancée, il en faudrait beaucoup plus pour arrêter leur interrogatoire.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?, l'encouragea Harry, ravi que Ron le suive dans sa tentative de crever l'abcès.

- Rien, esquiva-t-elle maladroitement. Il y a eu course-poursuite mais vous êtes arrivés à temps…

Les deux jeunes hommes se lancèrent un regard alarmé ; elle commençait à trembler. D'un commun-accord tacite et gauche, ils en conclurent qu'elle avait honte de quelque chose. Peut-être que les rafleurs lui avaient fait du mal…

- Hermione, tu dois-… Enfin… Ce serait mieux si tu nous en parlais…, bredouilla Ron.

- Ils t'ont fait quelque chose ?, prononça Harry avec grande difficulté.

Elle les regarda, tour à tour, ne sachant quoi leur répondre.

- Non, pas vraiment…, éluda-t-elle.

A nouveau, ils eurent un regard. Hermione sentit son cœur s'accélérer. Elle ne voulait ni être jugée, ni être considérée comme une traîtresse. Les sentiments et les sensations qui l'habitaient encore furieusement ne dépendaient pas de sa propre volonté... Elle aurait aimé le leur dire…

- Il m'a sauvé, parvint-elle à articuler, dans une spontanéité qu'elle regretta aussitôt.

En effet, ses paroles sonnaient comme une apologie.

- Qui t'a sauvé ?, demanda Ron, à présent un peu moins inquiet pour elle que pour lui.

- Lui… Le rafleur.

Les deux garçons l'observaient à présent d'un regard soucieux.

- De quoi parles-tu ?, l'invectiva soudainement Ron.

Elle lui jeta un regard d'effroi et d'amertume.

- Tu es sûre de ce que tu dis ?, reprit-il plus doucement alors qu'il se rendait compte de sa brusquerie.

- Eh bien… Il m'a libérée. Et surtout, il m'a empêché de tomber dans un ravin.

Elle avait cru qu'une telle révélation la soulagerait un peu, qu'ils commenceraient peut-être à partager ses doutes. Qui était vraiment ce rafleur ? Pourquoi avait-il agi ainsi ? Mais vraisemblablement, les deux jeunes hommes ne semblaient pas vouloir la croire. Ils la regardaient même comme si elle avait perdu la tête.

- Voyons, Hermione, ça n'a pas de sens…, murmura Harry, la voix peu assurée car contredire Hermione n'amenait jamais rien de bon.

- Je sais…, finit-elle par dire. Ça n'a aucun sens. Voilà pourquoi cela me perturbe.

Elle n'eut pas besoin de les regarder pour savoir qu'ils ne la croyaient toujours pas. Mais qui pouvait les blâmer ? Elle, une prise unique, relâchée par des rafleurs qui ne vivaient que pour traquer les sang-de-bourbes ? Impossible.

- Je lui ai parlé, je lui ai dit qu'il nous fallait nous battre contre Vol-

Elle s'interrompit, le visage effrayé, qu'avait-elle failli prononcer ?

- Vous-savez-qui, reprit-elle, tremblante. Qu'il nous fallait nous battre contre Vous-savez-qui… Et il m'a semblé qu'il entendait mes arguments… Voilà peut-être pourquoi il m'a libéré.

Harry écarquilla les yeux, semblant subitement comprendre quelque chose d'effarant.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu lui as dit ? J'espère que tu ne lui as donné aucune information !

Hermione tourna les yeux vers lui, le rassurant d'un regard, étant pourtant elle-même incertaine quant à ses révélations.

- Je lui ai juste dit que nous étions de son côté. Que notre camp se battait pour que les loups-garous regagnent la dignité que tout être humain mérite et que leur refusent certains sorciers. Que nous nous battions pour annihiler toute forme d'inégalité… Au-delà de nos différences… Que nous nous ressemblions… tous les deux…

Ron fronça dangereusement les sourcils.

- Vous n'êtes pas du tout du même monde, Hermione. C'est un misérable qui traque les faibles en période de guerre !

- Ron, essaie de comprendre, il m'a sauvé la vie !

Il se leva, tapant du poing sur la table qui la séparait d'elle.

- Qu'en sais-tu réellement, Hermione ? Peut-être qu'il ne l'a pas fait exprès ! Peut-être que nous t'avons retrouvée à temps… ! Peut-être que tout ce qu'il voulait, c'était te tourmenter comme ça ! Comment peux-tu le défendre ?

- Non ! Vous n'auriez pas pu me retrouver à temps ! Ils avaient transplané dans leur cachette ! Mais lui m'a sauvé de Fenrir Greyback et m'a fait à nouveau transplaner dans la forêt, alors que ma baguette était brisée !

En vérité, ici se tenait le débat qui avait lieu depuis des jours au sein de l'esprit complexe d'Hermione. Ce dernier s'affectant, s'envenimant toujours plus pour trancher si le rafleur était bon ou mauvais.

- Je ne peux pas y croire, murmura Ron, la colère encore bien présente dans sa voix plus basse. Je ne peux pas y croire, répéta-t-il.

Harry posa une main sur son épaule, l'engageant à se rasseoir. Il ne faisait qu'écouter les deux autres, réfléchissant lui-même au problème qui lui paraissait étrangement insoluble.

- Il ne s'est rien passé d'autre, Hermione ?, s'enquit-il d'une voix douce, ayant peur de la brusquer davantage.

- Non, mentit Hermione. Rien.

- Alors oublions cette histoire, finit-il par dire, pantois.

Hermione hocha la tête, approbatrice, mais elle avait beau se montrer d'accord, elle savait bien que ce n'était pas aussi simple. Les deux garçons ne l'avaient aidée en rien, et elle ne pouvait leur confier les détails de son moment avec Scabior. Bien qu'ils soient ses meilleurs amis, elle savait qu'ils l'auraient jugée pour une chose dont elle n'était qu'à moitié responsable.

Que faire… ?

La folle idée de les quitter durant la nuit pour chercher Scabior s'insinua dans son esprit comme une aiguille dans son bras. Elle devait savoir, connaitre la vérité. Mais elle ne pouvait leur faire courir ce risque… Une telle idée stupide pouvait tous leur couter la vie.

Les rafleurs se présenteraient à nouveau, elle le savait…

Saisissant une des baguettes de remplacement, elle fit disparaitre la vaisselle, puis apparaitre sur la table les différents parchemins sur lesquels ils planchaient quotidiennement.

L'ambiance s'était appesantie, aucune amélioration n'était à noter. Chacun semblait s'affairer dans son coin Ron écoutait la radio et cherchait les ondes pour se brancher sur Potter-veille. Harry, quant à lui, semblait absorbé par la carte du maraudeur. Mais elle, elle n'avait rien à faire. Tout était prêt, rangé, en ordre pour le départ du lendemain. Alors elle les regardait s'activer, réfléchissant à ce qu'elle pourrait bien faire. Elle avait lu plusieurs fois tous les ouvrages qu'elle avait amené avec elle, et n'avait rien trouvé de nouveau ou de probant à propos des horcruxes.

Inlassables, les souvenirs revinrent l'assaillir, comme à chaque fois qu'elle avait les mains vides et le cœur morne. Elle prenait réellement conscience de l'obsession qu'elle trainait : de cette paranoïa qui ne la quittait jamais, comme des doutes terribles qu'elle véhiculait.

Ron lui rappela soudainement que c'était son tour de faire le guet, ce à quoi elle acquiesça aussitôt, le cœur battant. Chaque fois qu'elle prenait son tour de garde, une excitation sourde s'emparait de ses membres tout-à-coup, une sorte d'enthousiasme bercé par l'adrénaline la gagnait.

Sans savoir pourquoi ni comment, elle se retrouvait à longer les limites de ses protections magiques, serrant fébrilement sa baguette entre ses doigts tremblants. Elle scrutait les alentours, paralysée par le moindre son, mais toujours plus impatiente de voir quelque chose se produire.

Mais il se ne passait jamais rien, alors de longues minutes, elle sombrait dans une sorte de léthargie guidée par la frustration, où elle repensait à ce qui s'était passé dans la forêt. Elle avait tant envie de croire que ses courts discours avaient suffi à convaincre le rafleur de remettre en question la légitimité de sa vie… En y réfléchissant, quelle idée stupide… Mais…

Mais voilà, elle n'en savait rien, et même si elle cherchait désespérément à se convaincre de l'une ou de l'autre interprétation, contourner son esprit logique -son esprit rationnel quémandant inlassablement des preuves- était mission impossible.

Des craquements interrompirent ses pensées. Elle redressa la tête, probablement moins paniquée qu'elle n'aurait dû l'être. Rien. Certainement un animal nocturne…

Elle se souvint brusquement de la première fois où elle avait vu Scabior. Elle montait la garde, comme ce soir-ci, et avait entendu des bruits. Elle s'était alors légèrement écartée de la tente, explorant prudemment les alentours, protégée dans sa bulle.

Et là, il était apparu.

Il était passé à côté d'elle, songeur, regardant sans les voir les dos de ses seconds, dont les bras portaient des corps inertes. Soudainement, alors qu'il l'avait dépassée, il s'était arrêté un peu plus loin. « Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Elle se souvint du frisson qui avait parcouru son échine, crispant ses omoplates à lui en faire mal. Comment avait-il pu la voir ? C'était la question qui martelait son crâne, comme son cœur pulsait insolemment le sang dans ses membres.

« Qu'est-ce que c'est… que cette odeur… ? »

Les sourcils froncés, la marche désinvolte, il était revenu sur ses pas, se postant juste devant elle. Hermione retint sa respiration à s'en causer des vertiges. Il me sent, se dit-elle. Il me sent !

Il inspira fortement, essayant visiblement de mettre un nom sur le parfum qui perturbait ses sens. Les larmes vinrent aux yeux d'Hermione, naissant de sa peur mais aussi de la pitié qu'elle ressentait pour les malheureux capturés qui n'avaient pas la chance d'être de son côté de la barrière de protection.

La sorcière avait plongé ses yeux dans le regard absent du rafleur, essayant d'y lire une quelconque humanité. Elle n'avait pu qu'en saisir leur flamme impénétrable, infranchissable et désespérément froide. Le bleu se mêlait au gris et au vert dans un mélange captivant. Sa barbe de quelques jours renforçait son apparence générale de bandit de grand-chemin, détrompée par son long manteau de cuir noir doublé d'un satin bordeaux outrageusement opulent.

Son nez droit, ses sourcils froncés en une ride frontale impressionnante, et la mimique cruelle qui creusait ses joues dans une sorte de rictus bouleversait Hermione. Il était terrifiant et pourtant, quelque part, épouvantablement fascinant.

Puis, l'un de ses hommes avait laissé tomber un corps à terre, comme s'il s'agissait d'un vulgaire sac poubelle. Le rafleur s'était tourné vers lui et l'avait invectivé, irrité…

« Qu'est-ce que tu fais… ? »

L'homme avait l'air un peu stupide, il bredouilla bêtement que le fardeau n'était pas léger. Scabior le railla aussitôt.

« Tu veux que je le porte, peut-être ? »

Et quand son sous-fifre avait acquiescé, trop enfoncé dans la bêtise pour comprendre le cynisme flagrant de son chef, ce dernier avait aussitôt répliqué froidement.

« Ne sois pas stupide, ramasse-le… »

Et ils étaient partis, sans rien ajouter. L'avait-il déjà sentie, à cet instant ?

Peu probable, mais il avait compris que quelqu'un avait trainé dans les parages. En tout cas, il avait reconnu son parfum un peu plus tard, lorsqu'elle avait été capturée.

Encore une fois, elle replongea dans ses souvenirs lorsqu'il avait enfoncé son visage dans son cou, respirant à plein nez ses effluves.

« Délicieux parfum, Pénélope. »

A ce moment-ci, elle aurait presque désiré lui dire son vrai nom, comme pour le faire taire.

L'aurore pointait doucement le bout de son nez. Elle rentra à l'intérieur de la tente, réveillant doucement Ron pour qu'il la remplace. Il grogna mais elle sut le convaincre en lui mettant sous le nez un toast beurré et tartiné de confiture à la fraise faite-maison.

Encore une fois, elle avait passé sa nuit à rêver, à imaginer des choses improbables et insensées et elle savait bien que comme à l'accoutumée, elle mettrait un temps fou pour s'endormir, malgré sa fatigue. Qu'enfin, ses rêves seraient peuplés des yeux pénétrants de Scabior et qu'il murmurerait à son oreille les mêmes menaces terribles.


L'ambiance ne s'améliorait pas. En vérité, on aurait difficilement pu l'appesantir.

Chacun avait en tête ses propres doutes, ses propres soucis, mais le fait de les partager ne les allégeait pas : au contraire, ils étaient plus lourds que jamais.

C'était comme si le lien du trio, tressé durant les six précédentes années avec toutes les péripéties qu'ils avaient dû affronter, s'effilochait contre le tranchant du silence. Les disputes éclataient régulièrement, futiles mais pénibles : accablantes. Elles sapaient complètement le moral de tous, rendant la quête encore plus difficile qu'elle ne l'était.

Pourtant, il y avait encore cette rare lumière parfois, ces regards emplis d'espoir lorsqu'ils trouvaient un indice probant. Ces coups d'œil complices, joyeux… Enfin.

Mais Hermione l'avait compris. Elle était la source de tous les problèmes. D'abord, parce que malgré le fait qu'elle soit une sorcière talentueuse, et même si elle était probablement la plus douée et cultivée de leur groupe, elle restait une fille. Depuis l'incident des rafleurs, les deux garçons faisaient particulièrement attention à elle, réduisant ses tâches, ne la laissant plus que rarement faire le guet et lui conseillant la plupart du temps de rester dans la tente.

Elle se sentait insultée, comme si par avance ils souhaitaient prévenir les ennuis qui seraient susceptibles de lui arriver. Pourquoi ? Parce qu'elle était elle et que même si elle était restée muette sur son expérience, ils avaient bien compris que quelque chose de grave, d'important, s'était produit entre elle et les rafleurs, et que cette chose ne devait jamais, au grand jamais, se reproduire. Pour leur bien à tous.

Ensuite, ils lui faisaient probablement inconsciemment payer son mutisme. Elle ne leur en voulait pas car elle savait qu'elle en avait fait de même avec eux durant leurs années à Poudlard.

Et enfin, son obsession pour Scabior la minait tant qu'elle perdait peu à peu ses idées et son sens logique. Elle avait un mal fou à trier ses idées ou même à faire le vide. Ses talents d'investigatrices, troublés par les tourments qu'elle connaissait à présent par cœur, inquiétaient réellement les deux autres. Ils avaient en quelque sorte tellement compté sur elle pendant leur scolarité que sa soudaine ignorance, ou presque inaptitude, les enrayait complètement.

Mais l'amertume ne s'amenuise pas, elle s'accumule. Leurs disputes s'envenimèrent, devenant bientôt des crises générales. Les regards se faisaient froids, les tons devenaient secs, les demandes se formulaient en ordres, aigrissant davantage leur groupe.

- Nous sommes déjà allés dans la forêt de Greed Banseer ! On ne peut y retourner une troisième fois, Ron !, s'écria-t-elle, furieuse.

- Ah, parce que Palden Lake, c'est plus sûr ? Ils nous y attendent comme les chasseurs traquent leur gibier ! Je te rappelle que c'est là où nous nous sommes fait attraper la première fois…

- C'est précisément pour cela qu'ils ne nous y attendront pas une seconde fois !

Harry leva les yeux au ciel.

- Ton raisonnement ne tient pas, Hermione. Ils ont leurs terrains de chasse routiniers, et je suis prêt à parier que celui-là en est un…

Elle poussa un cri de rage.

- Très bien, très bien. Allons à Greed Banseer… !, persiffla-t-elle.

Ron esquissa un mouvement vers elle, comme une main sur son épaule mais elle se dégagea de toute emprise en sortant de la tente en furie. Il regarda Harry, l'air sombre.

- J'en ai ma claque de tout ça. Il faut qu'on agisse ! Ça fait un mois et demi qu'on patine, depuis la visite chez Lovegood…

- Ron, on fait ce qu'on peut, au cas où tu n'aurais pas remarqué…, mugit Hermione qui l'entendait toujours, bien qu'elle alluma un feu dehors.

- On a déjà eu cette discussion, Ron, et tu sais comment ça s'est fini la dernière fois, menaça Harry d'une voix froide.

Le rouquin pâlit.

- Vous n'allez pas encore me faire la morale ! Je suis revenu, par Merlin ! Je t'ai sauvé la vie, Harry, alors ne viens pas me faire à nouveau des reproches ! Grâce à moi on a récupéré l'épée de Gryffondor et on a détruit le médaillon !

Harry serra les dents.

- Bien sûr… Mais Hermione et moi on a risqués nos vies, pendant que tu gambadais dans les bois pour nous retrouver… Pourquoi nous retrouver ? Parce que tu étais parti ! Pourquoi encore, je te le demande ? Parce que tu faisais les mêmes réflexions que celles que tu viens de sortir, sans réfléchir !

- Quoi ?, beugla-t-il.

- Nous sommes tous dans la même bouse de dragon, je te ferais remarquer !, siffla Harry, la voix glaciale.

- Et qui nous y a embarqué, en premier lieu ?, brama Ron.

- Bon sang mais taisez-vous, tous les deux !, hurla Hermione. Vous m'exaspérez !

L'électricité ne disparut pas, bien au contraire. On sentait l'atmosphère menaçante et lourde de sens.

Hermione était revenue à l'intérieur, encore tremblante de colère. Ils se jaugèrent tous les trois pendant un instant, en chiens de faïence. Hermione fut la première dont les épaules s'affaissèrent dans un mouvement de capitulation.

- Il faut que nous cessions de nous disputer…, murmura-t-elle d'une voix douce, mais tremblotante. Cette quête est en train de nous retourner le cerveau… Il faut que… que nous prenions un nouveau départ.

- On pourrait le faire si tu nous disais ce qui s'est vraiment passé cette fois-là…, répondit Harry en maîtrisant sa voix du mieux qu'il le pouvait.

Ron agréa silencieusement, provoquant l'embardée du cœur d'Hermione.

- Je vous ai tout dit.

- Tu mens, la coupa aussitôt Harry.

Ce n'était pas de la cruauté, juste de l'inquiétude exaspérée.

- Je… Je vous ai tout dit, répéta-t-elle.

Harry laissa glisser sa tête entre ses mains, en signe d'abandon. Ron, lui, faisait craquer ses doigts machinalement, énervé.

- Je ne comprends pas pourquoi tu les protèges !

- Je ne protège personne !, s'écria Hermione. Je suis juste… Il y a des choses qui ne collent pas…

- Le fait qu'il t'aie sauvée ?, demanda Harry, sa voix laissant nettement poindre du scepticisme.

Elle le fusilla du regard.

- Je sais que vous ne me croyez pas… Mais franchement, vous ai-je une seule fois donné l'occasion de douter de moi ?

- Tu ne croyais pas à l'existence des reliques, répondit aussitôt Ron, comme revanchard.

- Toi non plus !, siffla Hermione.

Harry ne dit rien.

- C'est de toi dont on parle, non… ?, finit par répondre le roux, un peu pâle.

- Tu es vraiment un idiot, Ronald Weasley !, marmonna-t-elle, le ton amer.

Les oreilles du rouquin devinrent écarlates mais le brun ne lui laissa pas le temps de répliquer.

- Dis-nous… Hermione. Je suis sûr que ça te soulagera.

- Je refuse de dire quoi que ce soit tant que vous ne m'affirmerez pas croire à ce que je vous ai déjà raconté.

- Très bien, concéda Harry. Admettons qu'il t'ait réellement sauvée…

- Comme je vous l'avais raconté la dernière fois, je lui ai parlé de nos buts… Enfin, pas de la quête des horcruxes, évidemment, mais juste de notre envie de renverser Vous-Savez-Qui, pour un monde plus juste et plus tolérant… Je pense qu'il… Je ne sais pas… Pourrait nous être utile… Et considérant le fait qu'il m'avait semblé écouter mes arguments jusqu'au bout… Ce qu'un mangemort convaincu n'aurait jamais fait… D'autant plus que ce n'en est pas un, précisa-t-elle, hâtive et maladroite dans son argumentation.

Les deux garçons l'observaient, l'air perplexe. Ron arborait même une expression très peu amène.

- Tu veux dire qu'il t'a écouté, comme ça ?, répéta Harry.

- Tu sais ce que je crois, Hermione ?, commença soudainement Ron d'une voix dure.

Elle posa ses yeux affolés sur lui. La dernière fois qu'il avait pris ce ton, il était parti pour ne revenir que bien des semaines plus tard.

- Je crois qu'il t'a tapé dans l'œil.

Harry trouva l'idée si ridicule qu'il pouffa. Hermione, elle, en fut estomaquée.

- Tu te rends compte de ce que tu dis ?, se moqua le brun.

Mais Ron ne lui jeta pas même un regard, les yeux fixés sur elle, la transperçant littéralement de ses iris froids.

- Je crois que tu essaies de nous convaincre de ce dont tu aimerais te convaincre toi-même. Que ce bâtard égoïste et sadique pourrait être une bonne personne.

On sentait toute l'amertume des dernières semaines perler dans son discours, comme un monologue qu'il s'était répété inlassablement durant des jours et des jours.

Harry cessa de rire promptement, son sourire figé dans une expression hagarde.

- Et je crois aussi qu'il t'a fait quelque chose, cette fois-là. Quelque chose dont tu ne veux pas parler parce que tu en as honte… Et tu as probablement raison d'en avoir honte..., continua le rouquin d'une voix si glaciale qu'elle pétrifia Hermione.

- Arrête ça, Ron, tenta Harry.

Mais le rouquin le fit taire d'un geste calme. Harry percevait à quel point son ami était étouffé par la jalousie et la manière dont cette dernière étranglait sa voix dans des murmures terribles.

- C'est une fille, constata-t-il froidement. Tu crois franchement que cet enfoiré n'a rien demandé en échange ?

Hermione hoqueta comme elle l'avait prédit, cela sonnait comme une terrible trahison.

- Il t'a touchée… ?, s'enquit-il avec un détachement insensible.

La gifle partit d'elle-même, sans qu'Hermione n'ait pu la contrôler. Sa main heurta la joue du roux dans un claquement sonore et violent, signe de la brisure de leur amitié.

Tremblante, elle se redressa.

- N'ose plus jamais m'adresser la parole, Ronald Weasley.

Ron lui lança un regard haineux, ne pouvant plus davantage étouffer sa colère face à la douleur qui se répandait sournoisement dans sa joue.

- Mais je vois que tu ne nies pas…, murmura-t-il.

- Ça suffit !, s'écria Harry.

- Mais laisse-le, laisse-le, Harry…, dit-elle soudain, des larmes coulant sur ses joues exsangues. Qu'il me traite comme une trainée si cela lui chante… !

- Tu m'ôtes les mots de la bouche…

Hermione s'écarta brusquement, pointant sa baguette vers lui.

- Je n'ai aucune justification à te donner, AUCUNE ! Furunculus !

Elle attrapa son manteau et sa cape avant de quitter la tente. Elle entendit à peine les cris d'Harry, alors que son cœur frappait ses tempes dans de lourds battements.

Ses pieds franchirent la barrière de protection et elle transplana aussitôt. Lorsqu'elle arriva à destination -le jardin d'Overkley Park, près de l'ancienne maison de ses parents-, elle eut l'impression qu'elle avait été désartibulée.

Effectivement, une douleur sans nom s'abattait sur sa poitrine, comme une béance marquant une absence déchirante. Celle de son cœur.


Furunculus : formule magique qui fait pousser d'affreux furoncles sur l'adversaire.