Disclaimer : Rien à moi, tout à JKR (dommage…)

Rating: T, pour l'instant.

Genre : Univers alternatif.

Résumé: La belle et riche comtesse Narcissa Malefoy s'éprend d'un jeune musicien orphelin, Harry Potter. Mais un drame survient et elle est contrainte de solliciter la protection de son oncle, l'inquiétant Lord Voldemort, qui s'intéresse à son tour de très près au jeune homme…

NDA : Bonjour à tous ! Mille mercis pour vos nombreuses reviews qui m'ont convaincue de l'intérêt de continuer cette histoire (du coup, je vous ai pondu un gros chapitre bien indigeste !). J'espère avoir répondu à tous les inscrits et aux anonymes qui avaient laissé leur adresse mail. Toute ma gratitude également à Lidwine, Hatsumimi, sephir, clem, No Name, Miss Tic, Ellie, Mea et Kyara. Votre soutien m'a donné des ailes ! Pour répondre aux deux principales questions qui m'ont été posées : oui, on ira voir ce qui se passe dans la tête de Harry (dès ce deuxième chapitre, d'ailleurs), et oui, Drago aura un rôle à jouer dans l'histoire (mais il n'y a pas de DM/HP prévu au programme, je préfère prévenir tout de suite les fans inconditionnelles de ce couple !!) Bonne lecture !

--------------------------------------------------------------------------------------CHAPITRE DEUX-------------------------------------------------------------------------------------

-Ron ! Bon sang ! Tu ne peux pas jouer en mesure ?

-C'est Fred qui a décalé, que je sache ! Pourquoi tu t'en prends toujours à moi ?

-Parce que tu as une fâcheuse tendance à presser, et que tu oublies d'écouter les autres…

-C'est ça, et toi, tu es irréprochable, comme d'habitude…

George leva les yeux au plafond en sifflotant et Fred poussa un soupir à fendre l'âme.

-Oh, Ron ! Hermione ! Vous vous calmez, maintenant ! S'interposa Harry d'un ton ferme. Quand ça décale, tout le monde est responsable, d'accord ? Allez, on reprend mesure 28 !

-Quelle autorité, mon vieux Harry…, rigola Fred. Tu es né pour être le chef !

Hermione plaqua un accord impatient sur son clavecin, et sans plus discuter, les cinq musiciens se remirent à jouer. Harry tenait la partie de premier violon, Ron le second, Fred était à l'alto et George au violoncelle. Ils travaillaient d'arrache-pied depuis plusieurs heures déjà et commençaient à donner des signes de lassitude. Harry songea qu'il était grand temps de mettre fin à la répétition, mais il voulait aller au bout de ce Concerto Grosso.

Soudain, on frappa à la porte, et le battant s'entrouvrit. La tête rousse et presque chauve d'Arthur apparut dans l'embrasure.

-Je peux vous interrompre cinq minutes, les enfants ?

Ils s'arrêtèrent de jouer, et Arthur entra d'un pas vif dans le salon de musique. Les jeunes gens le dévisageaient d'un air interrogateur. Ginny s'était glissée dans la pièce derrière son père, et elle sourit à la ronde tout en allant retrouver Hermione au clavecin.

-J'ai une nouvelle importante à vous communiquer, annonça Arthur d'un ton nerveux. La comtesse Narcissa s'apprête à venir nous rendre visite, d'ici une petite heure.

-Hein ? S'exclama Fred en sautant sur ses pieds.

-Quoi ? La belle Narcissa ? Renchérit George, adressant à son frère jumeau un regard entendu. Elle vient ici ?

-Qu'est-ce qui lui prend ? Ajouta Ron, éberlué.

-Laissez-moi parler, et vous en saurez plus, coupa Arthur, agacé. Figurez-vous qu'elle m'a convoqué ce matin même au Manoir. Elle voulait m'informer de certains projets nous concernant, vous, moi et Remus, ainsi que toute notre école. Il semblerait qu'elle ait décidé de nous soutenir un peu plus activement…

-Formidable ! S'écria Ginny en joignant les mains, extatique.

-Il était temps…, marmonna George.

Ron glissa pensivement :

-Je me demande ce qui l'a décidée à s'intéresser enfin à nous.

-Ne vous réjouissez pas trop vite, reprit Arthur. Pour le moment, elle veut voir dans quelles conditions nous travaillons, et il s'agit de lui faire bonne impression.

-Espérons qu'elle réalisera à quel point nous manquons de moyens…

-C'est idiot, qu'elle vienne cet après-midi, fit remarquer Harry. Il manque presque tout le monde. Les élèves ne sont pas là, ni la moitié des professeurs. Remus est parti pour trois jours…

-Bien sûr, j'ai prévenu la comtesse qu'il n'y avait pas de cours le samedi, mais elle n'en a pas moins exprimé le désir de venir une première fois aujourd'hui. Je n'allais pas refuser !

-Bravo, papa, tu as bien fait ! Ricana George. De toutes façons, c'est nous les meilleurs !

-Et les plus beaux…, ajouta Fred en battant des cils et en passant une main langoureuse dans sa tignasse rousse.

-Bon, quoiqu'il en soit, reprit Arthur avec un sourire, c'est une initiative inattendue et généreuse de sa part, et nous nous devons de bien la recevoir. Molly s'occupe avec Arabella de mettre de l'ordre dans la maison et de préparer le thé. Comme il n'y a pas de cours aujourd'hui, la comtesse ne pourra pas vous voir enseigner, mais elle visitera les locaux. A propos, j'espère que vos chambres sont présentables… ?

-Attends ! Elle ne va quand même pas aller dans nos chambres !

-Eh bien…On ne sait jamais !

-Elle ne s'y risquerait pas !

Arthur grimaça en essuyant ses mains moites sur sa vieille redingote élimée.

-Si elle y tient, je ne pourrai pas l'en empêcher…Bon, pour cette fois, votre mère prendra les choses en main. Par ailleurs, j'aimerais que vous jouiez quelque chose devant notre visiteuse. Pourquoi pas un mouvement de la cantate que je viens d'achever, et que vous avez déchiffrée hier ? Ainsi, la comtesse entendra aussi la voix de Ginny…

- Oh papa, tu crois vraiment que c'est indispensable ?…couina la jeune fille rousse en reculant d'un pas pour se plaquer dos au mur, l'air aussi affolé qu'une biche acculée par une meute de chiens.

-C'est une excellente idée, Mr Weasley, approuva joyeusement Harry. L'œuvre est très belle, et tu la chantes magnifiquement, Ginny !

Le garçon fit un clin d'œil à la jeune fille et lui adressa un sourire encourageant. Toute rougissante, elle lui renvoya timidement son sourire. Il se dit avec émotion qu'elle n'était pas suffisamment consciente de la beauté de sa voix et qu'il était grand temps qu'elle prenne confiance en elle.

-Je vous laisse travailler. Dès que la comtesse arrivera, Mrs Figgs viendra vous prévenir. Nous nous chargeons de l'accueillir dignement, Molly et moi. Je l'amènerai ici ensuite. Vous, vous continuerez à jouer comme si de rien n'était.

-Et jusqu'à ce que mort s'ensuive…, conclut George en tirant la langue et en faisant gémir les cordes de son violoncelle.

-Ca fait des heures qu'on travaille ! C'est de l'esclavage !

-Peu importe, l'avenir de cette école est en jeu, Ron ! Répliqua sévèrement Hermione en fronçant les sourcils.

-Bon, je file, mes enfants, reprit Arthur, un peu gêné, avant de se diriger à pas pressés vers la porte. Je compte sur vous tous pour regarder Harry et suivre ses instructions. Attention, la comtesse est musicienne, et elle a un goût très sûr. Tâchez de charmer son oreille, et elle sera bien disposée envers nous. A tout à l'heure !

Arthur s'éclipsa. Fred posa alto et archet sur sa chaise et se dirigea vers un des placards pour en sortir les bonnes partitions.

-Je propose qu'avant de reprendre, nous fassions une pause de quinze minutes, suggéra Harry en déposant à son tour son instrument dans sa boîte. Moi, je n'en peux plus, je vais faire un tour dans le jardin.

-J'arrive ! S'écria Ron. Tu viens, Hermy ?

L'air buté, la jeune fille secoua ses boucles brunes.

-Non, non…il faut que je travaille mon trait en doubles croches…

-Arrête ça, tu le joues impeccablement ! Tu ferais mieux de te détendre et de venir respirer un peu d'air frais.

-Sortez vite, que je puisse faire un petit somme, bougonna George en se laissant tomber dans un fauteuil non loin de la cheminée. Vous me réveillerez !

-Bon, d'accord, je viens avec vous, lança Hermione, se levant de son tabouret. Qu'est-ce que tu fais, Ginny ?

-Je vais me chauffer la voix. Je n'ai pas envie de chanter comme une casserole devant Sa Majesté.

-Hein ? Tu ne vas pas faire ça ici… ! S'écria George en rouvrant les yeux d'un air paniqué.

-Oh, très bien, j'ai compris ! Répliqua la jeune fille, vexée. Je monte dans ma chambre pour ne pas importuner monsieur.

-Ne te fâche pas, mon chou, tu sais bien que j'adore t'entendre miauler …Mais là, j'ai besoin de calme…

-Sois revenue dans un quart d'heure sans faute, Ginny ! Rappela Harry en quittant le salon derrière Ron, suivi d'Hermione.

Le garçon tenait à faire la meilleure impression à la comtesse Malefoy. La famille Weasley manquait cruellement de moyens pour faire tourner l'école de musique qu'Arthur avait courageusement créée. Harry se sentait fortement impliqué dans cette affaire, conscient de devoir tout, ou presque, à Molly et Arthur. Il espérait de tout son cœur que leur bienfaitrice choisirait d'augmenter les subsides qu'elle versait chichement à l'institution éducative. Le garçon ferait tout ce qui était en son pouvoir pour convaincre l'aristocrate de la nécessité de soutenir Arthur. La vie entière de Harry tenait entre les murs de cette vieille maison chaleureuse, au sein de cette famille d'adoption auprès de laquelle il avait découvert le bonheur de faire de la musique et surtout, celui d'aimer et d'être aimé en retour.


La voiture à cheval s'est arrêtée devant une des plus grosses maisons du bourg, non loin de l'église. C'est celle qui abrite la famille Weasley. Si j'ai bien compris, une des ailes de ce bâtiment en U est consacrée à l'école de musique qu'Arthur a fondée, il y a maintenant une bonne dizaine d'années.

Le cocher annonce que nous sommes arrivés à destination. Rassemblant mes lourdes jupes, je saisis la main qu'il me tend et je descends de voiture, suivie de ma femme de chambre qui lâche un bruyant soupir. Elle n'approuve pas cette visite, mais je ne m'en alarme pas. Pourtant, j'ai besoin de son appui dans cette affaire. Minerva est attachée à mon service depuis ma plus tendre enfance, et je la connais on ne peut mieux. Je sais qu'elle m'adore, mais quoique j'entreprenne, elle tente toujours de réfréner mes ardeurs, non parce qu'elle me désapprouve, mais parce qu'elle redoute qu'il m'arrive un quelconque malheur. Je devine que ses réticences ne tarderont pas à disparaître. En fait, sous ses allures de vieux chaperon acariâtre, elle peut être encore plus fantasque et hardie que moi. Je suis à peu près certaine que d'ici peu, elle sera tout feu tout flamme et me soutiendra activement dans mon projet.

Nous poussons le portail de fer et avançons dans la cour pavée. Presque aussitôt, la porte principale s'ouvre, livrant passage au maître des lieux qui s'empresse de courir à notre rencontre et m'accueille à sa façon, à la fois respectueuse et débonnaire. Il n'y a jamais rien eu de servile ou d'affecté chez cet homme, et je l'apprécie pour cela.

Il nous entraîne à sa suite à l'intérieur de la demeure. Sa femme, une petite personne rousse et grassouillette, nous salue à son tour. Elle non plus n'est pas obséquieuse, et son comportement plein de franchise, que certains jugeraient même désinvolte, me change et me repose des flatteries et courbettes hypocrites auxquelles je suis malheureusement accoutumée. Par ailleurs, je sais que cette femme a une fort belle voix, je l'entends souvent chanter des solos à l'église, et j'en profite pour lui en faire compliment, dans le but plus ou moins avoué de m'en faire une alliée. Toute souriante, elle me propose de boire un thé, mais j'annonce d'un ton sérieux que je préfère visiter d'abord les lieux.

Je vais finir par me persuader moi-même que si je suis venue ici, c'est avant tout pour parrainer cette famille méritante… !

Le son étouffé d'une merveilleuse musique parvient jusqu'à mes oreilles. J'interroge Arthur du regard, et il m'explique avec un certain embarras que ses enfants et leurs amis sont en train de répéter sa toute dernière cantate, et qu'ils se feront une joie d'en interpréter un mouvement devant moi tout à l'heure.

J'espère ardemment que mon beau violoniste se trouve parmi eux. Je n'ai bien sûr pas encore parlé de lui à Arthur. Ce matin, en m'entretenant avec le brave homme au Manoir, j'ai simplement exprimé mon désir de connaître le fonctionnement de son école, dans le but de mieux évaluer ses besoins, et je lui ai suggéré qu'il me fasse voir les locaux aussitôt que possible. Il m'a appris qu'il n'y aurait pas de cours dispensés aujourd'hui et que les jeunes élèves ne seraient pas là, mais j'ai insisté pour venir malgré tout dès cet après-midi. Je n'en ai rien dit, mais j'étais trop impatiente de revoir le jeune homme aux cheveux noirs…

Hélas, je n'ai aucune certitude de trouver ici celui qui, depuis le dernier bal, n'a cessé d'occuper mes pensées…

En compagnie d'Arthur et de son épouse, je parcours les différentes pièces de la maison. Tout est propre et ordonné, mais assez indigent, il faut bien le reconnaître. Le mobilier, composé principalement de tables d'écoliers, de chaises et de pupitres à musique, est usé et bancal. Les murs auraient besoin d'un bon rafraîchissement, les fenêtres laissent passer les courants d'air et les planchers menacent de céder par endroits …

Après ce premier tour d'horizon au cours duquel Arthur s'est appliqué à m'expliquer le principe de l'accueil des enfants, ouvert à chacun, quelle que soit sa condition sociale, ainsi que le partage de leurs activités entre l'enseignement général, les cours d'instruments, la chorale et l'orchestre, nous gagnons l'autre partie de la maison, abritant les pièces de vie de la famille Weasley. Là aussi, je suis frappée par la modestie du décor. Apparemment, la maîtresse de maison ne dispose que d'une seule servante pour lui venir en aide… Malgré cette évidente pauvreté, la demeure est charmante, décorée avec goût, pleine de bouquets de fleurs, et on y sent une présence féminine attentive et accueillante.

Enfin, Arthur nous introduit, Minerva et moi, dans le salon de musique. Mon rythme cardiaque se précipite délicieusement, et je frémis d'anticipation.

C'est sans conteste la plus jolie pièce de la maison. Elle est spacieuse et toute lambrissée de boiseries peintes en bleu pâle. Donnant sur un verger, deux grandes fenêtres l'éclairent généreusement, et le plancher de bois blond renvoie la lumière, ce qui est du plus bel effet.

Les musiciens se sont arrêtés de jouer à notre entrée. Après s'être tous vivement levés dans un grand bruit de chaises raclant le sol, ils s'inclinent respectueusement. Mon cœur fait une embardée. Le beau garçon brun se trouve parmi eux, je le repère aussitôt, il est tout près de moi, sur la gauche, et ses yeux verts semblent capter toute la lumière de la pièce. J'essaye de contenir mon émotion en prenant place dans le fauteuil que me désigne Arthur, et je souris aimablement à la cantonade, faisant signe aux musiciens de reprendre là où ils se sont interrompus. Visiblement nerveux, Arthur reste debout à mes côtés.

Mue par la curiosité, j'examine tout à tour chacun des musiciens. C'est une jeune fille brune, au visage intelligent et aux cheveux exubérants remontés sur la nuque, qui tient le clavecin. A son aspect physique, je devine qu'elle ne fait pas partie de la famille Weasley. Je note qu'elle a de bons doigts, un jeu précis et dynamique.

Debout près du clavecin, une autre demoiselle interprète la partie vocale. Elle paraît très jeune, quinze ou seize ans à peine. Sa voix de soprano est claire, tendre, aérienne. Apparemment moins assurée que ses compagnons, elle jette de temps à autre un coup d'œil furtif dans ma direction. Je remarque la couleur rousse de ses beaux cheveux, épais et brillants, retenus par un ruban, et j'en déduis qu'il s'agit là de la benjamine des Weasley.

Les autres membres de la famille, du moins ceux qui sont ici présents, je les connais de vue. Les jumeaux m'ont toujours enchantée par la vivacité de leur jeu instrumental et leurs expressions malicieuses, voire goguenardes. Je crois savoir que ces garçons ne manquent pas d'esprit, j'ai même entendu dire qu'il leur arrive de fréquenter de jeunes nobles faisant partie du cercle de mon fils, et qu'ils y sont bien vus. Quant au grand violoniste dégingandé, il est, je crois, le plus jeune des garçons d'Arthur. Il paraît à l'aise avec son instrument, mais son jeu ne me semble pas particulièrement inspiré. Il faut dire à sa décharge que la partie de second violon ne lui donne guère l'opportunité de mettre en valeur son savoir-faire…

De la même manière qu'on garde, au cours d'un repas, le met le plus délicieux pour la fin, afin de mieux le savourer, j'achève mon tour d'observation par le premier violon...

Je suis assise si près que j'ai pour ainsi dire le nez sur lui et qu'il m'est difficile de le fixer sans friser l'indécence. Je m'y risque cependant, et ce que je vois ne fait que confirmer ma première impression. Non seulement il est magnifique, mais en plus, il joue comme un dieu, ce dont je n'avais pu me rendre compte le soir du bal. Je remarque sur son front une fine cicatrice, à demi dissimulée sous une de ses mèches noires. Détail amusant, il a posé sur son nez un binocle, sans doute pour mieux distinguer ses notes à distance, et cet accessoire lui donne un petit air sérieux et vaguement intellectuel que je trouve charmant. Visiblement, c'est lui qui dirige l'ensemble, et les autres le suivent attentivement. Compte tenu de sa jeunesse, il mène le jeu avec un brio, une fougue et une maîtrise impressionnants...

En bon musicien, il écoute et regarde la chanteuse, veillant à ne pas couvrir le son de sa voix et lui laisser le temps de respirer.

La gamine a pris plus d'assurance et la musique se déploie, élégante et raffinée. Si j'ai bien compris, c'est Arthur qui en est le compositeur. Cet homme a un réel talent, et les jeunes gens servent ses intentions avec intelligence et sensibilité. Tandis que je les observe, je sens encore une fois s'infiltrer en moi un insidieux sentiment de jalousie. L'amitié, voire l'affection qui les lient tous sont si apparentes ! On sent quelque chose qui vibre dans cette pièce, une sorte de flux de compréhension et de complicité qui passe de l'un à l'autre, et dont je me sens désagréablement exclue.

Surtout, je ne suis pas dupe : cette jolie fille rousse, tout en chantant de sa fraîche voix d'ange, plonge les yeux d'une manière éhontée dans ceux du beau violoniste. Je devine que ces jeunes gens travaillent souvent ensemble, et la connaissance qu'ils ont l'un de l'autre habite leur interprétation et lui donne toute sa force. Rien d'étonnant à ce que je sois prise d'une soudaine et brutale envie de les séparer. J'adorerais entendre cette fille s'étrangler sur une note aiguë, j'aimerais qu'elle chante faux et que les traits de son visage soient moins gracieux. Mais hélas, je suis bien obligée d'admettre qu'elle est ravissante et que plus on avance dans le morceau, plus elle exécute ses vocalises rapides avec une irréprochable précision. Le premier violon lui répond avec une virtuosité non moins impressionnante.

Certes, j'ai pris autrefois des cours de chant avec un maître italien, et il m'arrive souvent de chanter, moi aussi, mais je n'ai pas la technique sûre de cette péronnelle. Mon timbre de voix est plus grave, plus rond. Plus mûr. Je sais que beaucoup d'hommes aiment m'entendre chanter, mais je n'ai guère exercé ma voix ces derniers temps. Je sens que je vais m'y remettre sérieusement dans les jours qui viennent…

Je vois bien que le jeune violoniste apprécie la voix de la rouquine. Cette pensée m'est insupportable. Je ne veux pas que cette voix éveille quelque chose en lui, un sentiment qui ressemblerait trop à de l'attirance. Je connais le pouvoir de séduction de la voix humaine, lié à sa composante essentiellement charnelle, et je pressens que cette fille, malgré sa jeunesse, le connaît également.

Le garçon sera à moi. Je suis riche, je suis belle. Je suis puissante, et malgré tout leur talent, ces gens me doivent respect et obéissance. Si je le décide, je peux leur arracher ce bel adolescent. Et ce n'est certainement pas cette petite chanteuse insignifiante qui pourra contrarier mes projets intimes.

Ils ont fini de jouer. J'applaudis avec bienveillance, souriant à chacun d'entre eux, adressant à la chanteuse un regard et un signe de tête éloquents.

-Dites-moi, mon ami, cette charmante cantate est bien de vous, n'est-ce pas ?

-Elle est de votre serviteur, en effet…dit Arthur en baissant la tête, confus.

-Mais c'est une magnifique réussite ! Permettez moi de vous féliciter ! Les harmonies en sont délicieuses. En revanche, elle ne me semble pas facile à exécuter, surtout pour la chanteuse...

-C'est vrai, mais ma petite Ginevra s'en sort très bien, je trouve…

Evidemment, le brave homme défend son bébé bec et ongle …

-Elle a une fort jolie voix, dis-je avec un sourire gentil et condescendant, mais sans doute peut-elle encore s'améliorer en abordant ses aigus avec moins de raideur. Le son y gagnera en souplesse et en rondeur.

La jeune fille incline la tête à son tour, je la sens légèrement mortifiée et je me félicite de cette petite victoire sur celle que j'appelle déjà intérieurement ma rivale. L'air de rien, je me tourne avec naturel vers le premier violon. Il a retiré son binocle et l'a glissé dans la poche de sa veste à basques.

-Votre partie est très intéressante, et vous en avez bien rendu les subtilités, jeune homme.

C'est la première fois que je m'adresse à lui directement. Surpris de ma remarque de connaisseuse, le garçon me gratifie d'un sourire et marque sa gratitude d'un modeste hochement de tête. Je note que ses joues lisses ont nettement rosi, et j'en éprouve une sorte de ravissement puéril.

-Oh, mais je manque à tous mes devoirs, madame, dit soudain Arthur d'un ton empressé. Je ne vous ai pas présenté nos musiciens. Voici tout d'abord Hermione Granger, notre claveciniste. Vous connaissez certainement son père, notre précieux et fidèle médecin Michael Granger.

Je me tourne vers la jeune fille.

- Vous êtes une musicienne accomplie, mademoiselle. Permettez moi de vous féliciter ! Dis-je d'un ton chaleureux. Je connais votre père, en effet, il nous arrive de faire appel à lui au Manoir, et nous n'avons jamais eu à le regretter.

Granger n'est pas le médecin attitré de notre famille, mais il intervient fréquemment auprès du personnel, et il a bonne réputation. La demoiselle est visiblement ravie de mon commentaire, ses yeux brillent et ses pommettes sont écarlates. Durant tout cet échange, j'ai senti le regard du garçon brun posé sur moi, et je frissonne sous cette excitante caresse. Heureusement que j'ai pris soin de mettre une de mes plus jolies tenues, celle dont le bustier épouse mes formes et dégage un décolleté suggestif sans excès.

-Et voici Harry Potter, continue Arthur en désignant le premier violon. Ce garçon est arrivé ici à l'âge de onze ans, et vous voyez quel excellent musicien il est devenu, en six ans à peine …

Harry…Un prénom ordinaire, mais qui lui va si bien ! Je le regarde à nouveau avec intérêt, masquant habilement l'émotion qui m'étreint et fait imperceptiblement trembler mes mains moites.

-Où viviez-vous, avant de venir étudier la musique ici, avec Arthur ? Dis-je d'un ton aimable et aussi dépassionné que possible.

-Oh…je…j'ai commencé la musique bien plus jeune, à l'église, avec monsieur le pasteur…Il m'a d'abord enseigné l'orgue…

Le jeune homme s'est adressé à moi avec une timidité bien compréhensible, mais son regard vert ne fuit pas le mien, au contraire, il me fixe hardiment. Il a une voix douce, agréable, bien posée, mais je m'aperçois qu'il n'a pas répondu à ma question, et je ne connais toujours pas ses origines. Je continue d'un ton ferme.

-Quelle est la profession de vos parents ? Sont-ils musiciens, eux aussi ?

-Heu…, commence Harry, et cette fois, son regard se trouble et s'abaisse tandis qu'il entrouvre les lèvres, hésitant à répondre. Devinant sa gêne, Arthur intervient, répondant à sa place.

-Les parents de Harry sont décédés alors qu'il avait un an à peine. Ils étaient musiciens, en effet, mais le garçon a été recueilli par un oncle, un commerçant, qui n'avait guère d'estime pour la musique. Heureusement, notre pasteur, le révérend Severus Rogue, a su déceler chez Harry un talent hors du commun, et il nous l'a amené avant qu'il ne soit trop tard. C'est Remus Lupin qui l'a mis au violon.

Oh, voilà qui est intéressant ! Ce garçon est donc un orphelin… Je vais pouvoir faire passer l'attention que je lui porte pour un pur mouvement de charité. Me forçant à ne plus regarder le jeune Harry, je me lève en penchant la tête d'un air grave. Il est temps de sortir le grand jeu.

-Mon cher Monsieur Weasley, dis-je calmement, si je suis venue ici, c'est d'abord et avant tout pour évaluer de mes propres yeux les besoins de votre école. Ceci étant dit, je ne vous cache pas que j'aimerais une contrepartie, en échange des honoraires supplémentaires que je m'apprête à vous verser.

- Sa Seigneurie sait combien nous lui sommes tous reconnaissants et dévoués, dit Arthur en s'inclinant profondément.

-Je n'en doute nullement, mon ami. Alors voilà : rien ne me ferait plus plaisir que d'entendre notre Manoir vibrer plus souvent au son de votre belle musique et de vos excellents musiciens. Il serait regrettable de garder un tel talent sous le boisseau. Auriez-vous la bonté de m'envoyer tous les après-midi quelques uns d'entre eux, afin qu'ils exécutent pour moi et mes éventuels invités quelques pièces intéressantes de leur répertoire ?

Arthur sourit avec fierté, puis balaye rapidement du regard le groupe des jeunes gens. Tous ont l'air légèrement abasourdi. L'homme se tourne à nouveau vers moi.

-Nous sommes extrêmement flattés de l'intérêt que vous nous portez, et je pense que ces jeunes gens seront très honorés de venir ainsi vous divertir. Mais avez-vous une quelconque préférence en matière de répertoire ?

C'est maintenant que je dois me montrer habile, et ne pas laisser échapper l'occasion qui se présente…

-J'avoue apprécier tout particulièrement le quatuor à cordes, ainsi que la sonate en trio ou les pièces pour violon et clavecin, dis-je d'un ton empreint de sincérité. Vous n'êtes pas sans savoir que grâce à vous, mon cher monsieur, je peux tenir moi-même une partie de clavecin, ainsi qu'une partie de contralto, même si je n'ai pas l'aisance de ces deux brillantes demoiselles.

- Sans vouloir vous flatter, Madame, je témoigne volontiers que vous possédez toutes les qualités d'une excellente musicienne ! Vous savez que je ne vous ai jamais adressé de compliments sans penser intimement que vous les méritiez…

-Je connais votre honnêteté artistique, mon cher ami, ainsi que votre franchise et votre intégrité, aussi suis-je très touchée de vos encouragements. Je serai d'autant plus ravie de pouvoir exercer mes maigres qualités en compagnie de virtuoses aussi confirmés !

-Nous en sommes tous infiniment honorés, dit encore Arthur avec une fougueuse sincérité. Harry et mes trois garçons ici présents viendront au Manoir dès que vous en exprimerez le désir. J'ai également d'autres fils, instrumentistes à vent, qui pourront occasionnellement vous rendre service, si vous en formulez le souhait.

-Eh bien, pourquoi ne pas commencer dès demain, si vous n'avez pas d'autres obligations ?

Arthur se tourne vers le jeune orphelin et lui adresse un regard interrogateur.

-Harry…?

Je ne puis qu'être surprise de voir cet homme d'âge mûr montrer un tel respect envers l'adolescent. Au lieu de lui donner un ordre, ce qu'on aurait pu attendre de sa part, il le consulte, ne voulant pas l'engager sans son consentement.

-Pour moi, il n'y a pas de problème…, dit le jeune homme sans la moindre hésitation. Mais qu'en est-il de Ron et des jumeaux ?

Le violoncelliste me jette un coup d'œil coquin et l'altiste se penche ironiquement jusqu'à terre en signe de soumission.

-Nous sommes entièrement libres, bien sûr ! S'écrient-ils en chœur.

o0o

Dans la voiture qui nous ramène au Manoir, je ne puis m'empêcher de rire sous cape en repensant à la scène dans le salon de musique des Weasley. Tout compte fait, j'ai réussi à faire tomber les principaux obstacles qui me séparaient du jeune Potter, et je suis certaine d'avoir déjà quasiment gagné la bataille…

-Puis-je savoir ce qui fait rire ainsi ma jeune maîtresse ? Demande Minerva en me considérant de son œil sévère.

Avec son chignon serré et sa bouche mince, elle peut paraître glaçante, mais je la sais infiniment indulgente et compréhensive à mon égard.

-Oh, rien, rien, Minerva. J'ai passé une excellente après-midi. Et toi ?

Elle penche la tête sur le côté, comme si elle regrettait par avance ce qu'elle s'apprête à dire.

-J'ai apprécié la compagnie de ces gens et j'ai trouvé leur musique fort agréable, mais bien entendu, je n'y connais rien, vous le savez, ma petite Narcissa.

Ah ha ha…j'en étais sûre ! Comme moi, Minerva a été séduite par les musiciens. Je n'en attendais pas moins de sa part ! Je proteste vigoureusement.

-Ne sois pas si modeste ! Tu t'y connais beaucoup, au contraire ! Dis-moi, en quoi as-tu apprécié leur compagnie ?

Elle hésite, souriant à demi.

-Eh bien, je ne sais pas…ils sont naturels, ils ne donnent pas l'impression de jouer un rôle devant vous.

-Comme tu décris bien ce que j'ai moi-même ressenti… ! Oh, Minerva, j'ai une envie folle d'aider ces gens. Ils sont merveilleux !

La vieille femme me jette un regard soupçonneux.

-N'y a-t-il pas une autre raison pour que vous vous enflammiez aussi soudainement en leur faveur?

-Une autre raison ? Qu'entends tu par là, Minerva ?

-Je vous connais bien, petite maîtresse…, glisse-t-elle d'un air malin.

-Et alors ? Dis-je sur le ton de la provocation, en réfrénant mon envie de crier de joie.

-Je ne suis ni aveugle, ni stupide !

-Que veux-tu dire, Minerva ? Tes sous-entendus commencent à m'agacer !

-Vous vous êtes prise d'intérêt pour un de ces garçons, avouez-le !

Ah, nous y voilà ! Comment fait-elle pour tout deviner ainsi ?

-Cela se pourrait… mais je ne te dirai pas lequel !

-Nul besoin de me le dire, je sais de qui il s'agit !

-Ah oui ? Dis-je d'un air innocent.

Minerva esquisse un sourire en coin.

-C'est le petit orphelin, le violoniste, qui vous a tapé dans l'œil !

-Oh, n'utilise pas cette expression vulgaire !

-Je me trompe ?

-Peut-être…

-Je connais vos goûts, ma chérie. Ne faites pas l'enfant ! Je vois à votre expression que j'ai deviné juste ! Mais je ne suis pas sûre que vous mesuriez les conséquences de…

Ah zut, elle ne va pas m'assommer avec un de ses sermons !

-Ecoute, Minerva, ma vie est si monotone…J'ai envie de m'amuser un peu…

-Vous amuser ? Seriez-vous comme les chats qui jouent avec les souris avant de les dévorer ?

Je ris nerveusement. Minerva est d'une incroyable perspicacité. Je ne peux rien lui cacher, elle lit en moi comme dans un livre ouvert.

-Tu as raison, je dois ressembler à un chat guettant sa proie... Mais c'est de ta faute, si je suis avide et cruelle, c'est toi qui as fait mon éducation ! A propos, tu ne m'as pas dit comment tu trouves ce jeune homme…

-Il a l'âge de votre fils…

Je l'attendais, celle-là. Je hausse les épaules.

-Cela n'a aucune importance. N'est-il pas charmant ?

-Si, mais…

-Reconnais qu'il est mille fois plus séduisant que tous ces ennuyeux messieurs qui m'entourent et tentent de gagner mes faveurs !

-Ils ne sont pas tous si ennuyeux…

-Réponds-moi ! Le trouves-tu séduisant ?

-Certes ! Il est beau comme un cœur. Cependant…

D'enthousiasme, je saute sur mon siège en attrapant les main de ma confidente.

-Ah, tu es d'accord avec moi ! J'en étais sûre ! Je l'aurai, Minerva, je t'assure qu'il sera à moi !

-Oh, je ne doute pas un instant que vous parveniez à vos fins ! Mais avez vous pensé à ce que deviendrait ce garçon si on le surprend un jour avec vous et si…

-Oh, Minerva, ne joue pas les trouble-fêtes ! Pour l'instant, il ne s'est rien passé entre nous ! Et ce jeune homme ne peut que m'être reconnaissant de lui donner cette incroyable chance d'exercer son art devant une si noble société ! Je vais le faire sortir de son trou, et grâce à moi, il pourra peut-être s'enrichir en jouant pour la fleur de l'aristocratie !

Apparemment peu convaincue, la vieille femme bougonne dans sa barbe, mais je ne l'écoute plus.

Entre temps, nous sommes arrivées au Manoir. Je saute de voiture et monte en courant les marches du perron. Je me sens pleine d'allégresse, je trotte avec entrain à travers les couloirs, dansant devant les miroirs comme une adolescente amoureuse, quand soudain, je manque me heurter à une grande silhouette sombre qui venait à ma rencontre, suivie d'une autre que j'identifie rapidement comme étant celle de Lucius. Je m'incline en reprenant mon souffle et parviens à retrouver suffisamment de maîtrise de moi pour remettre en place mon masque de neutralité. J'exécute une gracieuse révérence.

-Mon oncle…, dis-je avec un respect teinté de crainte.

L'homme contre lequel j'ai bien failli m'écraser est en effet Lord Voldemort, le plus jeune des frères de ma mère. Me fixant de son œil sombre et ironique, il me domine d'une bonne tête, et je me sens toute petite devant lui. Il a environ l'âge de Lucius, peut-être sept ans de plus que moi. Vêtu de gris-argent et de vert foncé, il est extrêmement élégant. D'ailleurs, sa prestance m'a toujours impressionnée. Je ne le connais pas très bien, ma sœur Bellatrix est beaucoup plus proche de lui. Je sais que c'est un homme immensément riche et puissant. Son vaste domaine se trouve non loin de Bristol, il est propriétaire de plusieurs vaisseaux et une de ses activités principales n'est autre que la traite négrière, ce qui, je crois, lui permet d'engranger d'énormes revenus. D'après ce que j'ai entendu dire, il détient également de vastes plantations dans les îles Caraïbes…

-Comment se porte ma charmante nièce ? Glisse-t-il de sa voix grave et cependant légèrement acide, en saisissant ma main pour y poser ses lèvres. Je vois que vous êtes toujours aussi ravissante, Narcissa…

-Eh bien, je me porte à merveille ! Et vous, mon oncle ?

-Ma foi…tout va pour le mieux. Tout au plus suis-je un peu fatigué par le long voyage qui m'a conduit jusqu'ici …

Je l'observe plus attentivement. Son beau visage aux traits durs ne paraît pas spécialement marqué, et ses vêtements ne portent pas la moindre trace de poussière. Mais je crois volontiers qu'il puisse être éprouvé par son périple.

-Et que nous vaut le bonheur de votre visite ? Dis-je en souriant aimablement.

-Avant tout, c'est le simple désir de vous revoir qui m'a jeté sur les routes, avant que l'hiver ne s'installe et que les déplacements deviennent trop difficiles. Sachez aussi que votre cher époux s'intéresse à mes activités, et m'a fait savoir qu'il aimerait y prendre part. Je suis donc venu m'entretenir avec lui de divers projets que nous avons en commun…

-Voici d'excellentes nouvelles, mon oncle. Combien de temps séjournerez-vous parmi nous ?

-Une petite semaine, je pense…

-Vous nous quitterez donc si vite ?

-Je suis un homme très pris, ma chère enfant…

-Je vois…Il ne me reste donc plus qu'à me féliciter que vous daigniez nous consacrer un peu de votre temps si précieux … Lucius, avez vous donné les instructions au personnel, afin que tout soit mis en oeuvre pour recevoir mon oncle dignement ?

-Rusard est prévenu, ma chère. Mais je vous suggère d'aller vous assurer par vous même que mes instructions soient bien suivies. A propos, voici une heure que je suis à votre recherche, en vain. Où étiez vous donc passée ?

Je sens une rougeur indésirable envahir mes joues. Que m'arrive-t-il ? Je suis pourtant devenue maîtresse dans l'art de la dissimulation ! Sans doute est-ce le regard pénétrant de mon oncle, toujours posé sur moi, qui me plonge ainsi dans l'embarras. J'essaye de prendre un ton simplement enjoué.

-Figurez-vous que je suis allée au bourg, rendre visite à cette sympathique famille de musiciens, les Weasley…

D'abord surpris, mon mari dissimule à peine une grimace de mépris.

-Les Weasley ? Allons bon ! Quelle mouche vous a piquée ?

-Aucune, mon cher. Vous connaissez ma passion pour la musique. J'ai pris la décision de soutenir leur école, et en échange, j'ai demandé à certains d'entre eux de venir régulièrement ici, les après-midi, pour mettre un peu de gaieté entre ces murs austères et nous faire profiter de leur talent…

-En voilà, une étrange lubie ! Tout ceci va nous coûter cher ! Je vois d'ici la tête de Rusard…Vous auriez pu me consulter, avant de vous lancer dans cette aventure !

-Allons, mon ami, intervient mon oncle d'un ton bonhomme, ne grondez pas ainsi votre belle épouse ! Si nos projets communs prennent forme et que vous suivez bien mes conseils, je vous assure que votre fortune en profitera de manière si spectaculaire que vous n'en serez plus à compter les honoraires que vous versez à ces malheureux musiciens…

Un frisson me parcourt le dos. Dans quel projet Lucius est-il sur le point de se lancer ? Mon oncle a une réputation quelque peu sulfureuse. Certains disent que pour amasser sa fortune, il ne s'est pas contenté d'user de moyens légaux. D'autres insinuent que ses mœurs sont étranges et dissolues, et que s'il n'est pas marié, c'est qu'il préfère que personne, pas même une épouse, ne vienne mettre son nez dans ses affaires privées.

Légèrement mal à l'aise, je prends congé de ces messieurs et pars aussitôt m'assurer auprès de Rusard que tout est bien mis en œuvre pour recevoir honorablement mon oncle. Comme d'habitude, le vieil homme s'est chargé de donner les ordres aux valets, et les appartements de Lord Voldemort sont déjà préparés, dans l'aile nord du Manoir. Rassurée, je puis enfin rejoindre mes propres appartements pour changer de tenue avant le dîner…

Assise devant mon miroir, je contemple mon image, vaguement inquiète. Quelques rides sont apparues ces derniers mois aux coins de mes yeux…ma peau n'est plus aussi ferme que lorsque j'avais vingt ans…Ne suis je pas trop vieille ? Puis-je espérer plaire à un jeune homme de dix-sept ans? J'ai beau savoir que les garçons de cet âge sont souvent intéressés par les femmes plus mûres et plus expérimentées qu'eux, je me sens soudain beaucoup moins sûre de moi…

Je secoue la tête pour chasser mes doutes et souris à mon image d'un air vainqueur. Je ne suis pas une débutante, et je maîtrise aussi bien les techniques de séduction que ce garçon joue brillamment de son violon. Si l'exercice est un peu délicat, il n'en est que plus excitant…Et d'ailleurs, je sais parfaitement de quelle manière procéder, ma stratégie est déjà au point…

Comment vais-je pouvoir attendre jusqu'à demain sans mourir d'impatience ?


Coucou ! Vous ne vous êtes pas endormis ? Tant mieux ! Ben voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Ce chapitre vous a sans doute paru long, mais il était nécessaire pour mettre le décor, les personnages et l'action en place. J'espère que vous ne m'en voulez pas trop d'avoir donné à Minerva une condition inférieure *fait le gros dos en attendant les coups...* Si vous êtes sages (comprenez, « si vous m'encouragez activement », hem, hem… ), le chapitre suivant devrait arriver au courant de la semaine prochaine !!