Il avait mal. Affreusement mal. Sa poitrine le brûlait et la douleur était insoutenable. Remus ouvrit enfin les yeux, se redressant en inspirant l'air comme s'il en avait été privé pendant de longues minutes. Il regarda autour de lui sans comprendre où il était. Ses vêtements étaient déchirés un peu partout et son torse continuait à le brûler. Ses bras et ses jambes aussi. Son corps entier semblait le brûler en réalité. Il se releva lentement, tenant à peine sur ses pieds, et observa une nouvelle fois les alentours. Quand il avait voulu s'enfuir, face à Nymphadora et Teddy, il avait en fait glissé une bonne partie du chemin et était tombé d'une petite falaise, tombant entre les arbres, s'écorchant sur les branches... Mais ça, il n'en gardait aucun souvenir. Il ne se rappelait que de sa famille, heureuse, allongée dans l'herbe. Il n'arrivait pas à savoir ce qui s'était passé après. Bien qu'affaibli, il chercha sa baguette et fut soulagé de l'avoir, pivotant aussitôt sur lui-même pour transplaner. Il s'effondra au sol, ne tenant plus vraiment debout après un tel voyage, et dût s'appuyer sur la table du salon pour se relever. Il tendit l'oreille, cherchant à savoir s'il y avait quelqu'un, mais tout semblait silencieux. Il n'aimait vraiment pas ça. Il avait la désagréable impression qu'il s'était transformé en loup-garou mais ne voulait pas y croire. Après tout, ils surveillaient les cycles et en six ans de vie commune, ils n'avaient jamais eu de problème. Il remarqua enfin le mot posé sur la table. Il le saisit et le parcourut rapidement. « Je te pardonne, après tout c'est aussi de ma faute... Mais viens à l'hôpital, s'il te plaît... Teddy va bien, personne ne t'en veut. On t'aime, Tonks. »
La soirée lui revint en flash. Il se revoyait leur crier de partir, puis un trou noir, jusqu'à ce qu'il voit le visage ruisselant de larmes de sa femme et le corps inanimé de son fils, après il s'était juste réveillé avec d'énormes douleurs sur tout son corps. Son cœur s'arrêta de battre un moment, qui lui sembla une éternité, puis il le sentit tambouriner dans sa poitrine, lui faisait encore plus mal que les blessures qu'il avait. Il ne pouvait juste pas se présenter à l'hôpital... Pas après ce qu'il avait fait. Mais où pouvait-il aller ? Il ne supporterait pas de rester une seconde de plus dans cette maison où avait une fois vécu une famille heureuse qu'il venait tout juste de briser... Il ne pouvait donc pas se permettre d'attendre ici ou d'aller à l'hôpital.
Sans vraiment avoir de but, il pivota quand même sur lui-même et s'effondra à nouveau au sol. Se relever lui sembla plus dur que jamais mais, après un effort considérable, il reconnut l'endroit où il avait atterrit. Le Terrier. Pourquoi avoir choisi cet endroit en particulier ? Il n'en avait pas la moindre idée et il n'y accordait aucune importance sur le moment. Il atteignit enfin la porte et s'effondra presque dessus en voulant toquer. Quand Mr. Weasley ouvrit, Lupin tomba, appuyé auparavant sur le battant. Le vacarme qu'il avait produit sembla attirer toute la famille et quand il fut enfin debout, Remus faisait face à cinq personnes qui l'observaient. Il se sentait affreusement mal à l'aise et n'était pas sûr de pouvoir expliquer sa présence à tout le monde. Il bredouilla quelques mots puis Hermione, qui était avec Ron, intervint.
- On est au courant de ce qui s'est passé...
L'homme sembla se figer sur place. Sa bouche s'entrouvrit et son regard se fixa sur un point derrière la femme qui avait parlé. Le silence qui s'ensuivit fut épouvantable et très lourd, sauf pour Lupin qui semblait déconnecté du monde réel. Une larme coula silencieusement sur sa joue, mais elle fut la seule et l'unique à s'échapper. La porte s'ouvrit, mettant fin au long silence que personne n'osait briser. Mrs. Weasley s'avança dans la pièce et hésita en voyant Remus. Elle se pencha tout de même vers lui.
- Je reviens de l'hôpital... Les deux vont bien.
- Les deux ? Mais...
- De quoi te souviens-tu ?
- Je... Je ne sais pas... Je ne sais pas comment j'ai pu oublier ça... Après tout ce temps... Jamais je n'avais oublié, jamais... Ted ! Tu es sûre qu'il va bien ?!
- Oui il est... vivant...
- Il est... vivant ? Il... Non... Je... Non...
- On ne peut pas être sûr qu'il va devenir un loup-garou !
- Je ne mérite pas d'être son père... Pas d'être un père... J'avais prévenu Tonks, je lui avais dit que j'étais dangereux... Je n'aurais jamais dû écouter mes sentiments...
- Remus, ils vont bien...
- J'ai transformé mon fils en loup-garou ! Qui peut aller bien après ça ?! Ni moi, ni lui, jamais ! Je suis un monstre !
- Les médecins ne sont pas sûrs...
- Bien sûr que si ! J'aurais pu le tuer !
- Mais il est vivant...
- Je lui ai imposé ce qu'on m'a fait vivre ! Il ne pourra jamais être heureux !
- N'es-tu pas heureux, Remus ?
- Je... Si... Mais... C'est différent...
- Il est déjà heureux, et le restera, s'il est élevé par ses deux parents, aimants. Les deux.
- Non je ne dois plus m'approcher de lui, comment voulez-vous...
- Remus ! Il faut que tu ailles les voir.
- ... Tonks ! Comment elle va... ? Pourquoi tu as dit que les deux allaient bien ?
- Tu ne te rappelles vraiment pas... ?
- Je... Je leur ai dit de partir, de s'enfuir... Mais ils sont restés... Elle ne voulait pas me laisser me transformer... Mais rien ne peut arrêter ça... Je... Je me souviens juste qu'elle... Elle... me suppliait... de ne pas...
- Elle n'a rien eu de grave, juste un coup au bras... Elle voulait te voir, elle a demandé si on avait des nouvelles...
L'homme resta silencieux un moment, les yeux fixés sur ses mains qui se tortillaient, se serraient, se griffaient entre elles... Il se leva enfin, à la surprise générale, et se tourna vers Molly, qui était la seule à avoir parlé depuis son retour.
- Je ne peux pas aller les voir. Je dois disparaître de leur vie. Dîtes-leur de continuer... Que je les aime...
Il se détourna de la famille et s'apprêtait à sortir quand une main serra son bras. A sa grande surprise, c'était Percy qui s'était détaché du groupe, ayant réagit en premier, et l'avait rattrapé. Les yeux plongés dans les siens, tout ce qu'il dit eut l'air si sincère.
- J'ai fait l'erreur de partir. De tourner mon dos à ma famille... De leur dire clairement, plusieurs fois, que je ne voulais plus avoir à faire à eux, que j'en devenais honteux de mon nom. Tu vois où ça m'a mené ? J'étais devenu arrogant, insultant, un idiot au service de son ministre. Et malgré tout, on m'a accepté en retour. Ne fais pas les mêmes erreurs que moi.
- Percy tu... Tu n'as pas tué ton fils...
- Toi non plus !
- Non mais j'ai fait pire ! Je l'ai condamné à vivre comme moi ! Il ne pourra jamais avoir une vie stable, un travail... Tout ça par ma faute ! Moi qui était censé l'éduquer, lui apprendre la vie, lui apprendre à vivre, à bien se tenir, l'aider à découvrir la magie, à comprendre ce qu'il ne comprenait pas, à lui donner un bon exemple ! Et qu'est-ce que j'ai fait pour le moment ?! J'ai failli le tuer ! Le manger ! Me nourrir de lui ! J'avais son...
A cette pensée, Remus eut un hoquet de dégoût. Il avait eu le sang de son fils dans sa bouche. Il avait envie de vomir. Percy le remarqua et saisit l'homme par les épaules.
- Tu n'as rien fait de tout cela ! Le Remus que je connais n'aurait jamais fait ça ! La bête en toi, qu'il est impossible de dresser, a tout fait ! Elle est la seule responsable ! Tu as réussi à te détourner de ceux que tu aimais malgré ta transformation ! Tu les as épargné alors qu'il était pour la bête en toi facile de les tuer ! Ne t'en veux pas si tu as sauvé leur vie. Tonks connaissait les risques quand elle s'est mariée à toi, elle les connaissait aussi quand vous avez eu un enfant, elle savait ce qui pouvait arriver mais elle ne t'en veut pas pour autant ! Elle ne pourra jamais te quitter car tu es un loup-garou, elle t'aime trop pour tout ça !
L'homme semblait vide. Vide de toute trace d'émotion, de réaction, d'argument... Il ne savait pas quoi répondre. En effet, Tonks connaissait tous ces risques, mais il ne pouvait se résoudre à un face à face avec une famille qu'il avait blessée. A sa famille qu'il avait failli tuer. Il hocha cependant la tête et se laissa entraîner vers le canapé.
