Pour fêter la rentrée prochaine, voici le deuxième chapitre des Prochaines Emmerdes.
Je vous préviens, vous allez me haïr.
Déso pas déso.
Chapitre 2 : Loki
29 Août 2015 – Tour Stark, Manhattan, New-York :
« Loki, vous voudriez certainement rejoindre Tony dans son atelier, dit la voix polie de FRIDAY. »
Loki passa une main fatiguée sur son visage. Encore. C'était la troisième fois cette semaine. Depuis la conférence de presse, l'état psychologique de Tony s'était dégradé. Il se mettait plus facilement en colère et il devenait difficile de le calmer. Loki se leva. Ses enfants le suivaient plus ou moins discrètement du regard. Il savait qu'ils s'inquiétaient, et franchement, il ne savait plus quoi faire, plus quoi dire pour les rassurer.
« Continuez de travailler les garçons, dit Loki avec un sourire forcé. »
Pas un ne replongea son nez dans leurs exercices, mais il ne pouvait leur en vouloir. Loki descendit à l'atelier de Tony, et sans surprise, il le trouva au milieu d'une crise de colère et de destruction. Si pendant les crises précédentes, il se contentait de jeter des objets contre les murs plus ou moins au hasard, cette fois était différente. Il avait déployé son propulseur-montre autour de sa main gauche, la droite toujours fermement maintenue contre son torse par l'écharpe médicale, et tirait, détruisant minutieusement tout son matériel.
« Tony ! S'exclama Loki affolé. Tony ! Arrête ! »
L'homme ne répondit pas, et envoya une salve vers un ordinateur encore partiellement intacte.
Loki se plaça devant Tony alors qu'une nouvelle salve se chargeait dans son propulseur.
« Tony ! Stop !
- Pourquoi ? Hein ? Hurla l'autre homme. Pourquoi je m'arrêterais ? Il n'y a que ça qui me soulage ! Fous-moi la paix !
- S'il te plaît, plaida Loki en essayant de parler doucement. S'il te plaît, calme-toi. Ne détruis pas cet endroit que tu aimes tant. On va s'asseoir, et discuter des alternatives, quelque chose pour te soulager. Mais ne fais pas quelque chose que tu regretteras ensuite.
- Oh, oui, pour que tu me dises encore et encore qu'il faut que je sois patient, que les pommes finiront bien par soulager mon bras, que la rééducation va tout arranger ! Mais devine quoi ? Ça marche pas ! J'ai mal ! Tout le temps ! Tout le putain de temps ! Mais ça t'arrange, hein ? Ça t'arrange que je sois complètement dépendant de toi !
- Quoi ? S'étrangla Loki. Non ! Ça me fait mal de te voir souffrir Tony. Pourquoi dis-tu une chose pareille ?
- Toi qui as tellement peur de me voir mourir, répondit Tony avec un rictus tordu, me voilà incapable de seulement sortir seul dans la rue. Tu n'aurais jamais pu rêver mieux, hein ? Tellement impotent que je ne peux plus prendre le moindre risque !
- Tu ne peux pas croire ce que tu dis, fit Loki d'une voix blanche.
- Ah ouais ? Alors dis-moi pourquoi tu as été capable de réparer le cerveau de Barnes ? Pourquoi tu as pu guérir le bras de Natasha ?
- Ce n'est pas comparable, Tony, essaya-t-il de se défendre. Ce n'est pas du tout…
- Parce que ça t'arrange ! Le coupa Tony en criant. Ça t'arrange que je sois diminué ! Maintenant, barre-toi ! »
Loki resta là, les bras ballants, incapable d'assimiler les paroles venimeuses de Tony. Il sursauta quand celui-ci se mit à hurler :
« Barre-toi ! »
Seul ses réflexes lui permirent d'éviter le tir de propulseur dirigé vers sa poitrine. Son souffle se coupa dans sa gorge, et l'émotion l'empêcha de dire quoi que ce soit. Tony hurla de nouveau, et Loki se téléporta. Dans leur chambre, il prit un sac et commença à y mettre pêle-mêle toute sorte d'affaires. Il appela ses garçons et leur intima de faire leurs valises le plus vite possible. Ils ne dirent rien, mais leurs regards inquiets parlaient pour eux.
« Je vous expliquerai quand nous serons chez Hela, promit Loki avec un petit sourire tendu. »
Puis, il s'obligea à écrire au moins un mot pour expliquer les raisons de son départ à Tony. Il prit une feuille et un stylo et s'assit au petit bureau de leur chambre.
Tony,
Si je m'en vais aujourd'hui, ce n'est ni un abandon, ni une rupture. Si je m'en vais aujourd'hui, c'est pour mieux revenir.
Je suis fatigué, Tony. Je ne dors plus à force de veiller sur ton sommeil, et quand tu dors bien, c'est moi qui ai des cauchemars. Je suis fatigué d'avoir à gérer mes propres angoisses, celles des garçons, et les tiennes. Et ne recevoir comme remerciements que des cris, des injures, et des tirs de propulseurs. Je n'en peux plus. J'ai besoin d'air. J'ai besoin de panser mes propres plaies, avant de pouvoir à nouveau lécher les tiennes.
Je t'aime Tony, et c'est pourquoi je pars. Prendre du recul pour ne pas nous laisser nous déchirer. Peut-être as-tu raison. Je n'ai pas assez essayé. Mais ce n'est pas en restant dans la tour que je trouverai une solution.
Je reviendrai Tony, avec une solution, j'espère, avec moins de problèmes aussi.
Je reviendrai, et nous pourrons être heureux ensemble.
Je t'aime.
Loki
Il redressa la tête, essuya les quelques larmes traîtresses qui s'étaient accumulées au bord de ses yeux, et posa la feuille en évidence sur le lit.
Il n'était déjà plus là quand Tony remonta de l'atelier, décidé à se faire pardonner.
Il n'était plus là pour l'entendre l'appeler, puis hurler. Pleurer. Et hurler encore.
30 Août 2015 (Date de Midgard) – Sur les rives de la Gjöll, Helheim :
Cela avait été un peu étrange de reprendre leurs marques dans leur maison du Royaume des Morts. Comme à leur habitude, Fenrir et Jörmungand avaient été les premiers à se sentir à l'aise. A peine arrivés, Jörmungand nageait dans la Gjöll sous sa forme serpentine et Fenrir courrait dans les environs trop heureux d'être un loup à nouveau. Sleipnir et Hela avaient plus ou moins forcé Loki à leur avouer ce qui s'était passé.
Le jeune père avait serré les dents afin de paraître le plus détaché possible, et avait minimisé la situation. Ses aînés n'étaient pas dupes. Ils savaient qu'il y avait un peu plus qu'une simple dispute, mais ils n'allèrent pas plus loin dans leur interrogatoire. Néanmoins, Hela envoya un message sur Vanaheim pour prévenir de l'arrivée du jeune Prince et des Lokison.
Elle-même ne pouvait pas sortir longtemps de son Royaume. La mort la protégeait, mais dès qu'elle quittait Helheim, la maladie attaquait à nouveau son corps. Elle n'était pas guérie de la fársótt, juste en sursis éternel dans ses terres. Cela lui coûtait d'envoyer son père et ses frères loin d'elle, mais elle savait que Loki avait besoin d'une oreille paternelle et bienveillante. Loki était très reconnaissant qu'elle ait cette maturité.
Il prévoyait de partir pour Vanaheim dès le lendemain, mais pour le moment, il voulait passer un peu de temps avec sa fille.
« Serait-il possible que les Passages entre les Mondes aient été ouverts par les précédents Souverains de Helheim ? Et qu'ils ne les auraient pas refermé ?
- C'est très probable, répondit Hela. Mais ouvrir des Passages, même si je sais le faire, ce n'est pas ma spécialité.
- Quelle est-elle ta spécialité ?
- L'Invocation.
- Vraiment ? S'étonna Loki. C'est un type de Magie réputé difficile. Je suis très fier.
- Merci, rougit sa fille. Et un peu la Nécromancie aussi.
- Tu es la Reine des Morts, bien sûr que tu maîtrises la Nécromancie, dit Loki d'un ton qui signifiait 'suis-je bête' faisant rire Hela.
- Et toi Faði ? Demanda-t-elle. Je suppose que tu maîtrises la glace, étant donné que tu es à moitié Jötunn.
- Seulement sous ma forme de Jötunn, justement. Sinon, je suis plus vieux que toi, j'ai pu me spécialiser dans plusieurs domaines. L'Incarnation, tout d'abord, sinon, tu n'aurais pas autant de frères. Le Feu aussi, grâce à ma moitié Vane. L'Illusion, d'où le titre de Dieu de la Ruse.
- Je n'ai aucun don pour l'Incarnation, dit Hela avec un petit air déçu. Je ne peux pas me transformer.
- Mais tu peux invoquer des créatures, répondit Loki avec un sourire. Je ne peux pas faire ça. Ou avec difficulté.
- Tu es le plus grand Sorcier des Neuf Royaumes, et tu ne peux pas invoquer d'âmes ?
- Tu as un pouvoir particulier grâce à ton statut de Reine des Morts. Tu invoques des âmes qui sont tes sujets. Je ne suis pas Roi. Quand j'invoque une âme, je dois la forcer à m'obéir. Avec beaucoup de travail et de volonté, je peux le faire, j'y suis déjà arrivé, mais ce n'est pas facile. Peut-être qu'un jour, avec beaucoup de travail tu parviendras à prendre une autre forme.
- En kónguló ! S'exclama l'adolescente. Comme ça, j'aurai huit pattes, comme Sleipnir ! »
Loki sourit. Sa fille, malgré sa maturité, était encore bien jeune.
« Et puis, j'aime la façon dont elles tissent leurs toiles. Elles font de jolis motifs. Elles se mettent au centre, et surveillent les alentours. Rien ne leur échappe avec tout leurs yeux. »
Les kónguló étaient des sortes d'araignées au corps ressemblant à celui d'une guêpe. Avec un sourire malin, Loki se transforma, et s'appliqua à tisser une toile contre le mur. Sous cette forme, il avait la taille de la main de Thor certainement, et tissait un fil couleur argent, légèrement brillant, donnant une nouvelle dimension au mur gris sable. Une fois fini, il reprit sa forme Vane.
« Ça te plaît ?
- Je vais travailler dur pour pouvoir faire ça, moi aussi, promit Hela les yeux brillants et l'air excitée. »
Elle s'approcha du mur et toucha doucement la toile du doigt. Celle-ci luit un peu et se colla contre sa peau. Elle tira et la toile se défit un peu. Elle se tourna vers son père, avec le visage de celle qui avait fait une bêtise.
« Entraine-toi bien, et tu pourras réparer la toile, la rassura Loki. Et faire les tiennes. Je suis sûr que tes serviteurs vont adorer avoir des toiles de kónguló partout dans ton palais. »
31 Août 2015 (Date de Midgard) – Maison de Vlanarus le Sagace, Alinor, Vanaheim :
Les garçons étaient ravis de revoir le vieux Maître de Magie, et Loki ne pouvait nier qu'être à nouveau dans la maison où il avait tellement de bons souvenirs était rassurant. Maître Vlanarus n'était pas nommé le Sagace pour rien, car à peine arrivés, il posait déjà la question de l'absence de Tony, sous-entendant qu'il y avait áll sous roche. Ils en parleraient plus tard, quand les enfants ne pourraient pas les entendre. En attendant, Jörmungand signait maladroitement des remerciements et des bonjours aux serviteurs qui ne comprenaient pas ce que ces gestes bizarres signifiaient.
Jörmungand n'avait pas encore commencé l'orthophonie, mais toute la petite famille apprenait la langue des signes américaine grâce, essentiellement, à Internet. Et si Tony avait pu commencé à apprendre avec eux avant son enlèvement, l'état de sa main désormais, limitait considérablement les choses. Alors, non, il n'avait pas besoin de signer pour se faire comprendre de Jörmungand, mais Loki comprenait, avec un peu de recul, qu'il s'était senti exclu.
Ce n'était pas de la faute de Tony, il ne s'était pas réellement exclu lui-même. Ce n'était pas non plus la faute de Loki, il n'avait pas rejeté son compagnon.
« Mais depuis notre retour sur Midgard, à part les disputes et les réconciliations, nous ne partageons plus grand chose. Et quand il m'a attaqué… Il avait raison dans un sens. J'ai fondé tous nos espoirs sur les pommes d'Iðunn, et je n'ai pas cherché d'autres solutions. Nous avons réussi à guérir Natasha Romanoff, nous pouvons-
- Mon Prince, Loki, l'interrompit Vlanarus. Vous savez que les blessures de l'Agent Romanoff, et celle de Tony sont très différentes. Les os sont faciles à renforcer, et la partie délicate était de ne pas influencer les tendons. Mais la Magie de Soin ne peut pas faire réapparaître la chair, ou la peau.
- Mais elle peut aider les nerfs à repousser, non ? Il a mal constamment. Si les nerfs revenaient à leur état normal, il n'aurait plus aussi mal, se défendit Loki.
- Ou la douleur sera décuplée. Personne ne peut le dire. Vous n'avez pas rien fait Loki. Vous n'êtes pas un expert, mais vous savez reconnaître une cause perdue quand vous en voyez une.
- Tony n'est pas une cause perdue, répliqua Loki vertement.
- Je n'ai pas dit cela, mon Prince. Mais voyez les choses sous cet angle. Si vous ne pouvez rien faire pour son bras, peut-être pouvez-vous faire quelque chose pour tout le reste. Pour lui rendre la vie plus facile.
- Vous pensez que j'ai eu tort de partir ?
- Non, je pense que vous avez eu raison. Tony s'est montré violent envers vous. La priorité était de vous mettre en sécurité. Néanmoins, j'ai comme l'intuition que vous ne souhaitez pas rompre avec lui. Dans d'autres circonstances, je vous aurais conseillé de le faire. Et s'il revenait à recommencer… j'espère que vous prendrez la bonne décision.
- Je ne pourrai pas, souffla Loki. Je l'aime trop. Je ne pourrai pas nous faire ça.
- Bien sûr que vous le pourrez. Et vous le ferez. Parce que il n'y aura pas que votre sécurité en jeu, mais celle aussi des garçons. Sans parler de celle de Tony lui-même. Que se passera-t-il si les garçons savent que Tony a essayé de vous faire mal, à votre avis ? Cela ne peut pas finir bien, et vous le savez.
- Il m'aime, contra Loki la voix étranglée. Il m'aime, il ne fera pas ça.
- Il vous aime, et pourtant il vous a tiré dessus avec son arme. »
Loki resta muet. Son Maître avait raison, il le savait au fond de lui. Il savait que le geste de Tony n'était pas excusable. Mais l'idée même de quitter Tony provoquait une angoisse terrible en lui.
« Mais pour le moment, et avant toute autre chose, il vous faut prendre du recul sur votre situation. Il vous faut guérir de votre côté si vous voulez pouvoir aider votre fiancé. »
Loki hocha la tête, les lèvres serrées. Il se sentait un peu nauséeux.
« Si c'est important pour vous, nous pouvons chercher un moyen de limiter la douleur physique que Tony ressent. Mais j'aimerai que nous nous concentrions sur vous et sur la manière dont vous pouvez, sans user de Magie, rendre votre vie, et votre vie de couple, meilleures. Par exemple, Tony a-t-il une place de parent auprès des garçons ? Ou êtes-vous le seul à choisir ce qui est bon pour eux ? »
Loki baissa un peu la tête. Il avait conscience d'isoler ses enfants avec lui, même si ce n'était pas complètement voulu.
« Ce n'est pas une remontrance, Loki, lui assura Vlanarus. Parlez-en avec vos fils. Demandez-leur si Tony peut prendre cette place de second parent, s'ils le veulent, s'ils le souhaitent. Votre famille a traversé de douloureuses épreuves. Vous avez le temps maintenant de vous construire, enfin, sur des bases solides, sur un amour tangible. Et apparemment, sur un mariage bientôt.
- Ce n'est pas pour tout de suite. Nous attendons que Tony aille mieux. Odin est d'accord pour que ce soit nous qui choisissions quand nous allons nous marier. Je n'en ai pas encore reparlé avec Tony, mais peut-être voudra-t-il que nous nous marrions également sur Midgard. Ce n'est pas le genre d'homme à se marier en réalité.
- Comme si vous l'étiez plus, remarqua Vlanarus. »
Loki eut un petit rire.
« L'expérience avec Sigyn n'a pas été désastreuse, pas avant la mort de Narfi, mais je n'imaginais pas réitérer la chose aussi vite. Et Tony… je pense que ça lui fait peur.
- En avez-vous parlé ?
- Non, avoua Loki. Nous ne parlons plus beaucoup. Ce n'est même pas une routine. On a juste… arrêté de parler d'autre chose que de sa douleur et son mal-être. La plupart du temps, il commence à hurler, et à jeter des objets contre les murs. Je l'en empêche, et il m'accuse, il accuse les autres, le monde entier, de ne rien faire pour lui. Et puis, il s'arrête, il pleure, il demande pardon. On se réconcilie, et quelques jours plus tard, ça recommence. Mais à part quand il explose, on ne parle plus. Avant, on parlait. Tony adorait parler. De ses inventions, des choses qui l'ennuient, des choses qui l'excitent. Maintenant, il s'enferme tout seul dans son atelier, et il ne parle plus. Peut-être qu'il arrive à s'ouvrir à d'autres personnes. A son thérapeute, ou à ses amis, mais pas à moi. »
Loki en était infiniment triste. Il avait mis du temps à s'en apercevoir. Mais même à Asgard, la communication entre eux s'était rompue. Progressivement, face au silence de son compagnon, Loki avait cessé de parler. Il parlait évidemment, à ses enfants, à leurs amis qui gravitaient autour d'eux, mais plus à Tony. Il comprenait ce que Vlanarus essayait de lui dire. D'un côté il y avait son couple, de l'autre il y avait la relation qu'il entretenait avec ses enfants. Les deux se mélangeaient presque pas. Peut-être était-ce là son erreur ? Il aurait dû inclure Tony dans les conversations, et ne pas s'imaginer que si son fiancé ne parlait pas, ce n'était pas si grave.
Tony avait raison, c'était de sa faute, au moins un peu.
2 Septembre 2015 (Date de Midgard) – Grande Bibliothèque, Alinor, Vanaheim :
Maître Vlanarus avait prévenu Canctunian, le Grand Bibliothécaire de la présence du Prince Loki et de ses fils, indiquant qu'ils pouvaient utiliser son alcôve privée pour leurs travaux. L'éminent personnage avait accueilli le Prince et ses enfants avec toute la révérence qui était due à leur rang et avait chargé la Cheffe Archiviste de veiller à ce que leurs demandes soient exaucées.
Jörmungand était absolument enchanté d'avoir accès à tous ces livres et manuscrits, et Loki avait été obligé de lui faire promettre de ne pas s'introduire dans la section interdite du dernier étage. En fait, il avait aussi fait promettre Fenrir qui y serait allé juste par goût du risque et Sleipnir qui aurait juste voulu faire plaisir à son petit frère. Il regrettait néanmoins que Hela ne puisse pas quitter son Royaume, car il aurait aimé partager également ces instants avec elle. Faire visiter les lieux de son apprentissage à ses enfants était important pour lui, pour leur transmettre ce qu'il avait lui-même appris entre ses lourds rideaux de velours.
Sleipnir était un passionné d'Histoire. Il n'aimait rien de plus qu'écouter Loki parler des batailles fondatrices d'Asgard, ou de regarder un documentaire sur l'Histoire Midgardienne. Il lisait des biographies comme d'autres lisaient des thrillers, avec passion et sans pouvoir s'arrêter. Quant à ses études magiques, il tendait à se spécialiser dans la télépathie et la télékinésie. Il s'était aperçu avec Wanda Maximoff, qu'il pouvait, avec de la concentration, lui aussi avoir de l'influence sur les objets et les faire bouger à distance.
Fenrir n'aimait pas étudier dans les livres. Il n'aimait pas rester assis pendant longtemps, à lire des textes qu'il jugeait ennuyeux et à faire des exercices qu'il trouvait idiots, trop faciles ou trop durs. Loki insistait néanmoins pour qu'il suive le même enseignement que ses frères, mais en aménageant ses temps de travail différemment. Les leçons théoriques et les exercices sur papier étaient plus courts. Ils passaient très vite à la pratique quand il s'agissait de Magie ou alors Loki faisait parler Fenrir plutôt que de le faire écrire. Puis, toutes les demi-heures, le jeune garçon était autorisé à sortir pour se dépenser. A la tour Stark, Tony avait fait livrer un grand trampoline, renforcé, et Fenrir sautait pendant une dizaine de minutes avant de revenir travailler. Ici, pas de trampoline, alors Loki avait pris sur lui, et avait autorisé Fenrir à sortir courir dehors, autour du bâtiment, au grand étonnement des Archivistes. Il maniait également la Magie, mais de manière plus agressive que ses frères ou sa sœur. Il avait un penchant très net pour le combat, et Loki ne serait pas étonné si d'ici quelques temps il demande à apprendre auprès d'un Maître d'armes.
Jörmungand, enfin, avait pour principal intérêt la botanique. Il assommait de questions Lanielle, la jardinière de Vlanarus, qui s'occupait du jardin intérieur et des décorations végétales de la maison. La pauvre Vane ne comprenait pas les gesticulations induites par la langue des signes, encore mal maîtrisée par Jörmungand, et avait du mal également avec les images télépathiques que lui envoyait le garçon. Heureusement, Sleipnir arrivait la plupart du temps à faire la traduction, ou Loki finissait par arriver pour répondre à ses questions.
« Est-ce que Tony va venir nous rejoindre ? »
La question de Fenrir rompit l'ambiance studieuse de l'alcôve privée. Sleipnir releva le nez de son exercice de mathématiques magiques, et Jörmungand cessa sa lecture des carnets de voyage des frères Dökkálfar Austri, Nordri, Sudri et Vestri.
« Non, il ne viendra pas minn úlfr. »
Jörmungand lâcha son livre, puis pointa sa tête avec ses doigts regroupés, pour les éloigner et former le Y signé. C'était le mot 'pourquoi', l'un de ses signes préférés.
« Il est très occupé pour le moment. C'est nous qui retournerons sur Midgard d'ici deux ou trois semaines.
- C'est vraiment une grosse dispute, cette fois, hein ? Fit tristement Sleipnir.
- Tu l'aimes plus Tony ? Demanda Fenrir.
- Quoi ? Si, j'aime Tony. Bien sûr que j'aime Tony. Mais parfois, nous nous disputons, et nous avons besoin de temps pour réfléchir. C'est tout. »
Il leur adressa un sourire qu'il voulait rassurant, mais qui était beaucoup trop crispé pour être naturel. Puis, avec un regard plus appuyé, il leur demanda de retourner à leurs exercices.
3 Septembre 2015 – Maison de Sigyn, Ravcena, Vanaheim :
Loki ne reconnut pas le serviteur qui vint lui ouvrir. Il se présenta donc, et demanda à être reçu par Dame Sigyn.
« Madame a-t-elle été prévenue ? Demanda le serviteur en le faisant entrer dans la maison cossue.
- Non, je ne suis pas annoncé. J'espère qu'elle pourra me recevoir. »
Quelques instants plus tard, Loki était introduit plus en avant dans la maison. Il connaissait le chemin, évidemment, Sigyn et lui avaient séjourné de nombreuses fois dans ce bâtiment qui avait fait partie de la dot de la Vane. Le serviteur le fit entrer dans le patio, où se tenait Sigyn.
C'était une grande femme blonde, athlétique. Elle aimait porter, comme ce jour-ci, de longues robes blanches ou jaune pâle, resserrées à la taille par un corset de cuir brun. Elle portait aussi de lourdes coiffes de métaux précieux, habillant des coiffures sophistiquées, souvent de grandes fleurs d'or ou d'argent, serties de pierres précieuses ou semi-précieuses, maintenues entre elles par de fines chaînes. Son maintien, et le reste de ses bijoux rappelait à quiconque aurait l'outrecuidance de l'oublier, qu'elle était la nièce de Frey, le dirigeant légitime de Vanaheim, et actuel Roi de Alfheim.
« Ma Dame, salua Loki en s'inclinant profondément.
- Mon Prince, répondit Sigyn en hochant la tête, faisant tinter ses boucles d'oreille contre les chaînes de son bijou de tête. »
Puis elle avança d'un pas, un sourire un peu tremblotant aux lèvres.
« Loki, je suis tellement heureuse de te revoir. L'annonce de ta mort a été un tel coup dur pour moi. Je ne peux que me réjouir que tu n'aies pas rejoins le Royaume de ta fille. Mais viens, entre. Cette maison a été ton chez-toi, et tu peux toujours le considérer comme tel.
- Merci Sigyn, répondit Loki en s'asseyant sur le banc de pierre recouvert de coussins.
- Les rumeurs disent que tu vas te remarier, avec un Midgardien, dit-elle avec un sourire. J'ai pensé que cela était une remarquable coïncidence. Je vais probablement me remarier bientôt également.
- Vraiment ? S'étonna Loki. Amour ou raison ?
- Les deux. Il s'agit du fils du Seigneur Òd, le second époux de ma Tante Freyja. Svend.
- Qui a commencé la cour ? Demanda Loki curieux.
- Moi, répondit la femme avec un sourire fier. Tante Freyja m'a donné sa bénédiction presque immédiatement. Mes parents auraient préféré que je fasse un mariage aussi prestigieux qu'avec toi, mais difficile de trouver un Prince Ase autre que Thor et il est hors de question que je courtise ton frère.
- Il n'est pas mon frère. Biologique, je veux dire.
- Comment ? S'étonna la Vane.
- Et je ne suis pas Ase non plus.
- Tu attises ma curiosité Loki.
- Je suis l'enfant illégitime du sanguinaire Roi Laufey et d'un Vane dont je ne connaîtrai jamais l'identité.
- Tu es… Jötunn et Vane ? Quel étrange métissage. Comment l'as-tu appris ? Pardonne-moi, mais autant Vane, je veux bien l'admettre, mais tu es bien loin de ressembler à un Jötunn. »
Sigyn semblait circonspecte. Loki se concentra et sa peau devint bleue, et ses yeux devinrent rouges. Il ne resta pas longtemps ainsi, car la température, pourtant douce, semblait être une fournaise sur sa peau glaciale. Son ancienne compagne le regardait, le visage impénétrable.
« Je l'ai appris par accident, expliqua Loki. Pendant une bataille contre des Jötnar, à leur contact, ma peau est devenue bleue. J'ai confronté Odin, et il m'a avoué m'avoir trouvé à la fin de la guerre contre Jötunheim, dans un temple, laissé à l'abandon et à la mort. Mais c'était encore un mensonge. »
Son ton était à nouveau aigri. Il prit une grande respiration, et continua son récit.
« J'ai des frères, des demi-frères sur Jötunheim. L'aîné est Roi, et le second est Grand Hiérophante. Je ne sais pas à quoi cela correspond exactement, mais il est Mage. Ce sont eux qui m'ont dit que je n'avais jamais été abandonné.
- A moitié Jötunn, dit lentement Sigyn.
- Et Vane, insista Loki en fronçant les sourcils un peu inquiet. »
Il savait que ce n'était pas la révélation la plus facile à digérer, et il espérait que Sigyn arriverait à passer au-dessus de siècles d'inimité entre les Géants du Givre et les autres peuples d'Yggdrasil. Il avait de la 'chance' cependant, les Vanir étaient beaucoup moins belliqueux que les Æsir.
« D'accord, dit-elle. C'est… surprenant. Est-ce que ton fiancé le sait ?
- Bien sûr. Même si – pour les humains, cela ne signifie pas grand-chose.
- Excuse-moi, j'ai – j'ai du mal à assimiler…
- Ce n'est pas grave Sigyn. J'ai eu du mal à l'admettre moi-même. J'ai tenté de mettre fin à mes jours quand je l'ai appris.
- Oh, souffla Sigyn l'air désolé. Je – c'est…
- C'est passé maintenant. Même si c'est encore… douloureux, j'ai pu rencontrer mes frères biologiques, et découvrir un peu la civilisation Jötunn. Ils sont très loin de l'image des êtres sanguinaires et décérébrés véhiculée par les récits guerriers, et ils manient la Magie avec art et délicatesse. Depuis la mort de Laufey, Byleist, le nouveau Souverain, souhaite rouvrir les routes commerciales progressivement. Je pense qu'Odin n'y est pas complètement opposé, mais il aura à affronter la noblesse belligérante.
- Tu causes, remarqua Sigyn. Tu fais toujours ça quand tu veux éviter le sujet qui te tient à cœur. »
Loki fit la moue. Mais intérieurement, il était un peu soulagé. Sigyn reprenait contenance et était moins tendue.
« Qu'est-ce qui t'a convaincue de me quitter ? Demanda-t-il.
- Loki, soupira-t-elle. Pourquoi ressasses-tu une chose pareille ?
- S'il te plaît, réponds-moi.
- Tu le sais parfaitement. Après la mort de Narfi, ça a été dur pour tous les deux. J'ai essayé de t'aider, mais tu ne voulais pas de mon aide. Et tu devenais violent. Tu as détruit notre chambre tellement de fois, que je ne pouvais plus les compter. J'ai préféré partir, avant que tu ne commettes l'irréparable.
- Je ne t'aurais jamais frappé, nia Loki.
- Tu n'en sais rien. Dans ces moments-là, tu n'étais plus toi-même. Ta Magie explosait de partout. Personne ne sait de quoi tu aurais été capable. Pas même toi. »
Loki resta pensif. Aurait-il été capable d'un tel geste à l'époque ? Il ne savait plus. C'était une période difficile, et il se souvenait de la rage et de la culpabilité qui l'habitaient alors.
« Pourquoi ces questions ? Demanda Sigyn.
- Tony, mon fiancé, traverse une mauvaise période.
- Est-il violent ? »
Loki hésita un long instant. C'était dur d'admettre une telle chose.
« Oui, il l'est.
- Je suis désolée, dit-elle sincèrement. Est-ce pour ça que tu es venu me voir ? Pour trouver la force de le quitter ?
- Non, nia immédiatement Loki. Non, je ne veux pas le quitter. Il a vécu des choses traumatisantes et il a besoin de moi pour s'en sortir. Mais il y a quelques jours, il m'a agressé, volontairement. Je ne sais plus quoi faire. Je suis venu me réfugier chez Vlanarus avec mes fils.
- Comment vont-ils ? J'ignorais que tu avais brisé le sort. Comment t'y es-tu pris ?
- Grâce aux Gemmes d'Infini.
- Vraiment ? S'écria-t-elle surprise. Incroyable ! C'est grâce à elles que tu as vaincu Thanos ?
- Oui, et juste après, elles m'ont permis d'user une dernière fois de leurs pouvoirs pour rompre mes chaînes. Nous essayons d'être une famille à nouveau. »
L'excitation quitta les traits de Sigyn.
« Il n'y a pas un seul jour qui passe sans que je ne pense à Narfi, dit-elle tristement.
- Moi non plus, admit Loki. Je me demande chaque jour quel aurait été son sortilège favori, s'il aurait aimé la lecture. Hela veille sur lui, elle me l'a juré. »
Ils furent interrompus par l'arrivée d'un domestique.
« Madame, votre invité est arrivé.
- Bien, fais-le entrer. Loki, je suis navrée, mais je vais devoir te mettre à la porte.
- Qui reçois-tu ? Demanda-t-il.
- L'homme que je courtise. Svend Òdson.
- Je vais vous laisser alors, dit Loki en se levant.
- Tu seras toujours le bienvenu dans ma maison, Loki, sourit Sigyn. »
Un homme les rejoint dans le patio. Sigyn l'accueillit avec un sourire chaleureux. L'homme, Svend, était grand, mais pas aussi grand que Loki, et avec une chevelure longue, roux foncé, rasée sur les côtés, tressée dans son dos. Il était richement habillé, et souriait lui aussi à sa prétendante. Loki en fut heureux pour Sigyn. Il était évident qu'ils s'aimaient, et la femme l'avait mérité.
« Seigneur Svend, salua le Dieu du Chaos.
- Mon Prince, répondit le Vane en s'inclinant profondément. Je suis très honoré de faire votre connaissance. Celui qui fut l'époux de ma chère Sigyn. Celui qui a redonné ses lettres de noblesse à la Magie de guerre en triomphant de l'infâme Thanos qui menaçait Yggdrasil.
- Je suis également enchanté, dit Loki. Vos exploits pendant la campagne contre les Maraudeurs du Nord sont parvenus jusqu'à moi. Et si Sigyn vous trouve digne d'elle, alors je ne suis personne pour mettre en doute votre honneur et votre probité. »
10 Septembre 2015 (Date de Midgard) – Palais Royal, Rez-de-chaussée de Hyr, Jötunheim :
Loki avait pris sa forme Jötunn pour rendre visite à ses demi-frères. Il s'était annoncé quelques jours auparavant, et Helblindi, qui lui avait répondu, lui avait conseillé de se présenter avec sa peau bleue. Loki avait hésité. Il n'était pas à l'aise sous cette forme, mais il avait pris sur lui. Il avait vite compris le conseil du Grand Hiérophante. Jötunheim était dans une période d'hiver, et il faisait encore plus froid que pendant sa précédente visite. Sa peau bleue le protégeait des températures plus que polaires, et même si ce n'était pas agréable pour lui, c'était pratique.
Les gardes le laissèrent entrer à l'intérieur du palais sans s'émouvoir, et le Dieu du Chaos fut accueilli par une sorte de majordome qui le conduisit aux appartements royaux. Même en prenant un rythme de marche ralenti, le Jötunn arrivait à semer Loki qui devait presser le pas derrière lui.
Il fut conduit dans une partie du palais troglodyte qu'il n'avait pas vu lors de sa visite précédente. La décoration était plus discrète et il y avait moins de monde en circulation. Les Jötnar qu'ils croisaient, chuchotaient sur son passage, dans cette langue gutturale et grave qui était l'une des spécificités de ce peuple.
La pièce où il fut introduit était visiblement une sorte de salon. Les meubles étaient disproportionnés par rapport à lui, mais Byleist était un membre très grand de son peuple, et Loki imaginait qu'il avait besoin de fournitures adéquates. Le Prince et le Roi s'inclinèrent profondément l'un en face de l'autre.
« Pardonnez l'absence de Helblindi, Prince Loki, commença Byleist en l'invitant à s'asseoir dans un fauteuil presque à sa taille, et que Loki devina spécialement fait pour recevoir des représentants des autres Royaumes. Les tempêtes de ce début d'hiver ont fragilisé certains bâtiments de nos villes plus au sud. Tous nos Mages sont appelés à consolider ces bâtiments pour la sécurité de la population.
- Vous n'avez pas à présenter vos excuses, Majesté, répondit Loki. Le Grand Hiérophante a évidemment une grande responsabilité vis-à-vis de votre peuple, il est normal qu'il lui vienne en aide.
- Je suis tout de même ravi de vous accueillir à nouveau, dans des circonstances moins tragiques. Comment va votre compagnon ?
- Beaucoup mieux, merci. Les séquelles sont dures à vivre, mais je suis optimiste pour le futur. »
En une dizaine de jours loin de Midgard, Loki avait réussi à faire le point sur ce qu'il désirait pour son couple et ce qu'il pouvait faire pour aider Tony. Mais plus important, il était maintenant déterminé à obtenir des excuse de la part de Tony et voulait que son compagnon fasse des efforts de son côté. Il avait fait des recherches pour soulager la douleur de son bras, mais rien de probant. Vlanarus avait raison comme d'habitude. Les terminaisons nerveuses allaient repousser avec le temps, pour celles qui n'étaient pas trop endommagées, mais c'était au corps de décider de la vitesse de guérison, à cause de la douleur engendrée par la repousse dans des chairs abîmées.
Loki s'était également décidé à en apprendre plus sur le peuple de son géniteur, Laufey. Il avait pu se rendre compte de ses nombreux préjugés lorsqu'il était venu demander de l'aide à son peuple de naissance, et l'idée de découvrir plus en profondeur cette civilisation avait fait son chemin dans sa tête.
Il était toujours mal à l'aise avec ses origines, mais la pensée obsédante qu'il était un monstre l'avait quitté. Ne restait que la vague impression que sa vie lui avait été volée, et la gêne de ne pas savoir où réellement se situer dans les mondes. Était-il plus à sa place parmi les Vanir ? Parmi les Jötnar ? Parmi les Æsir ? Ou sur Midgard, parmi les Humains ? Il n'avait pas la réponse à ces questions. Il avait un peu l'intuition que sa place dans les mondes allait se construire progressivement avec ses fils, et avec Tony.
Loki et Byleist discutèrent un petit moment. C'était maladroit car ni l'un ni l'autre ne savait comment considérer leur vis-à-vis. Un frère ? Un représentant royal d'un peuple étranger ?
Puis le Souverain invita Loki à découvrir le Palais et les premiers étages de la ville. Cela ressembla presque à une visite diplomatique car les deux demi-frères n'étaient pas vraiment capables de s'ouvrir plus qu'ils ne le faisaient déjà. Cependant, en apprendre plus sur les Jötnar était l'un des buts de la visite de Loki, il ne rechigna donc pas. Il fut également honoré de pouvoir visiter les ateliers de taille des larmes de glace, car ce joyau était le trésor le plus précieux du Royaume de givre.
On lui fit visiter, dans les entrailles les plus profondes de la ville, des cultures. Là, la température était plus douce, et de nombreuses plantes grasses, résistantes et comestibles, y poussaient, surveillées de très près par les cultivateurs.
Loki comprenait ce que Byleist essayait de faire, lui montrer que les Jötnar n'étaient pas seulement un peuple de guerriers sanguinaires. Il avoua tout de même à demi-mot être en train de reconstituer une armée mieux entraînée que celle de son père, qui n'avait pas réussi à arrêter une poignée d'Æsir cherchant querelle. Loki rougit en repensant à ces erreurs, quand il avait préféré lancer son frère contre les Jötnar pour prouver à Odin son inconstance et sa déraison, plutôt que d'user de sa légendaire langue d'argent.
La visite se termina. Loki regretta l'absence de Helblindi qui aurait sans doute permis un peu plus de décontraction, mais il était tout de même ravi de cette demi-journée. Avant son départ, Byleist lui offrit des manuscrits, des traités de Magie Jötunn, et cela toucha beaucoup le jeune Prince.
« N'hésitez pas à revenir Prince Loki, dit le Souverain. Et s'il est dans de meilleures dispositions envers mon peuple, peut-être pouvez-vous venir la prochaine fois avec le Prince Thor. »
Quelques instants plus tard – Maison de Vlanarus le Sagace, Alinor, Vanaheim :
Loki eut une pensée pour Thor, resté sur Midgard. Il était parti très rapidement, sans prévenir personne autrement que par le petit mot qu'il avait laissé à Tony. En rentrant sur Vanaheim, il ressentit un peu de culpabilité d'avoir fui ainsi, sans avertir ses amis. Bucky devait se faire du souci, et il espérait que le Sergent n'ait pas mal réagi envers Tony. Il avait moins de préoccupations pour Eatta, qui était beaucoup plus comme lui, et qui faisait souvent les choses sur un coup de tête ou sans prévenir personne. Il se souvenait très bien de la fois où elle était partie trois jours sur Knowhere, en laissant un post-it sur le réfrigérateur.
Et il y avait les autres, que Loki appréciait. Bruce, en premier lieu, serait certainement celui qui comprendrait le plus rapidement ce qu'il s'était passé entre Tony et lui. Coulson également, cet homme était beaucoup trop observateur pour le bien de son entourage. Les jumeaux Maximoff qui s'entendaient bien avec Sleipnir.
Bref, en fuyant, Loki n'avait pas mis de la distance qu'avec Tony, mais aussi avec tous les autres.
« Comment était cette visite sur Jötunheim ? Demanda Vlanarus. »
Loki, après être repassé par un Passage entre les Mondes, s'était téléporté directement dans la maison de son Maître, dans sa chambre. Vlanarus avait évidemment des moyens de savoir si une personne apparaissait par Magie chez lui.
« C'était bien. Un peu formel, mais nous ne sommes pas encore à l'aise l'un avec l'autre. Helblindi était absent. Que font les garçons ?
- Ils se reposent dans leur chambre. Je leur ai donné un cours de botanique directement dans la forêt de Eik cet après-midi. Fenrir est un très bon grimpeur. Il a passé son temps dans les arbres, à faire peur aux animaux. Jörmungand était ravi, évidemment, et Sleipnir a une fois de plus montré à quel point il est mature pour son âge.
- Il en a vu bien plus dans sa jeune vie que la plupart des garçons de son âge, soupira Loki. Odin l'utilisait comme monture de guerre. Il n'a pas vu beaucoup de batailles, mais beaucoup trop pour un enfant.
- A ce propos, je pense qu'il ne serait pas inutile que vous en discutiez avec lui.
- Que voulez-vous dire ? S'inquiéta Loki.
- Parlez avec lui de cette période de sa vie, je pense que ce sera bénéfique pour tout le monde. Et parlez aussi de leur exil avec Fenrir et Jörmungand. Vos fils font comme s'ils n'avaient rien vécu pendant votre séparation, et c'est plus facile pour tout le monde, mais cela ne peut pas durer sainement. »
Loki sentit la douleur bien connue de la culpabilité lui lacérer la poitrine.
« Je suis un mauvais père, gémit-il. Comment n'ai-je pas pu penser à ça ?
- Vous n'êtes pas un mauvais père, nia Vlanarus en posant une main réconfortante sur l'épaule de son ancien apprenti. Vous avez besoin d'être guidé, c'est tout. »
Loki n'en était pas persuadé. Il se força à ne pas se précipiter dans la chambre que se partageaient ses fils, pour les serrer contre son cœur et s'excuser d'être un si piètre parent. Ce n'était assurément pas la meilleure manière de s'y prendre. Il décida donc d'attendre au moins le lendemain.
11 Septembre 2015 (Date de Midgard) – Lac Tjorn, Vanaheim :
Parce qu'il fallait varier les plaisirs, Loki emmena ses enfants visiter d'autres régions de Vanaheim. Ce Royaume était majoritairement verdoyant, contrairement à Midgard qui connaissait une très grande variété de climats et de reliefs différents. Une grande partie du continent principal de Vanaheim était des massifs anciens et le climat était généralement doux, tempéré. Le Royaume était parsemé de forêts et de lacs, et Loki avait emmené ses fils au bord d'un des plus grands lacs de la région d'Alinor, son préféré, le Lac Tjorn. L'étendue d'eau était suffisamment grande et profonde pour que Jörmungand puisse y nager sous sa forme de serpent, et peut-être même pêcher quelques poissons.
Il y avait également un îlot au milieu du lac. Jörmungand y avait amené Fenrir sur son dos pour lui éviter une nage trop fatigante. Sleipnir était resté avec son père, au bord du lac, assis les pieds dans l'eau.
« Est-ce que j'ai fait quelque chose ? Demanda soudainement Sleipnir en se tournant vers Loki.
- Non, bien sûr que non, minn hestr. Pourquoi poser cette question ? S'étonna Loki.
- Quand tu te disputes avec Tony et que tu veux lui dire des choses, tu as le même regard.
- Je ne suis pas fâché contre toi, Sleipnir, le rassura Loki. Je voulais te parler, mais tu n'as rien fait de mal.
- De quoi voulais-tu parler ?
- De la période où tu étais la monture d'Odin. »
Immédiatement, Sleipnir se referma. Loki eut la pensée fugace qu'il lui ressemblait beaucoup plus ainsi.
« Il n'y a rien à en dire, répondit fermement l'adolescent. Cette période est révolue.
- Je ne souhaite que te connaître mieux, minn hestr, dit doucement Loki. Même si ton passé est douloureux. Surtout s'il l'est.
- Vraiment, ce n'est pas intéressant. J'étais asservi, mais pas mal traité. J'aurais pas dû le dire comme ça, soupira-t-il en voyant son père se décomposer.
- Asservi, répéta Loki d'une voix blanche. Je… je comprends ce que tu veux dire. C'est juste… je n'y avais jamais réfléchi en ces termes.
- Est-ce qu'on peut ne pas parler de ça, Faði, s'il te plaît ? demanda Sleipnir avec un regard suppliant. »
Loki ne répondit rien et enlaça son fils, le tenant contre lui. L'adolescent se laissa faire de bonne grâce.
« Comment on sait qu'on est amoureux, Faði ? demanda Sleipnir en se décollant légèrement de son père. »
Celui-ci écarquilla les yeux. Il ne s'attendait pas du tout à cette question qui arrivait de nulle-part.
« Eh bien, je ne saurai trop dire. C'est un sentiment ambivalent. La personne dont tu tombes amoureux devient de plus en plus importante dans ta vie, jusqu'à ressentir du manque quand elle n'est pas là. C'est un sentiment très égoïste, car tu voudrais qu'elle soit là, avec toi, partout, toujours, mais d'un autre côté, tu ne souhaites que son bonheur, même si cela signifie ta propre souffrance. Es-tu amoureux minn hestr ? »
Le jeune homme rougit et eut un rictus tordu.
« Je crois que oui, murmura-t-il. Est-ce que tu étais amoureux de mon autre père ? »
Loki passa une main douce dans les cheveux courts et décoiffés de son fils avec un petit sourire triste.
« Non, minn hestr. Non, je n'étais pas amoureux de lui.
- Alors comment est-ce que tu m'as eu ? »
La question était candide, et principalement basée sur la croyance que pour faire des bébés, il faut s'aimer très fort. Certes, son fils savait comment fonctionnait la procréation, mais n'a-t-on pas tous envie de croire que nous sommes le fruit de l'amour de nos parents, plutôt que celui d'une capote trouée, ou d'une histoire intolérable ?
« Ton père était un magnifique étalon. Un cheval incroyable. J'étais très jeune, comme tu le sais, et je ne connaissais pas mes capacités de reproduction. Quand je me suis retrouvé enceinte de toi, j'ai eu peur au début, je n'ai pas compris tout de suite ce qu'il m'arrivait. Svaldilfari, ton père, était déjà reparti depuis longtemps, et j'ignore totalement ce qu'il est devenu après ça. Mais cela ne m'a pas empêché de t'aimer de toute mon âme. J'ai tellement souffert quand Odin a élargi le sort à ta sœur et toi. Et toi, de qui penses-tu être amoureux ? »
Sleipnir reprit une jolie couleur rose et détourna le regard. Il marmonna quelque chose dans sa barbe inexistante.
« Je n'ai pas entendu minn hestr, le taquina Loki avec un léger sourire.
- De Wanda, répéta-t-il un peu plus fort.
- J'espère que tes sentiments te seront retournés mon chéri, dit sincèrement Loki. »
Ils ne purent discuter plus avant car Jörmungand les éclaboussa avec un grand mouvement de queue.
« Il veut qu'on les rejoigne dans l'eau, expliqua Sleipnir en se secouant. »
Quelques instants plus tard, Loki se transforma en alligator pour rejoindre ses fils dans le lac. Le reste de la journée passa à une vitesse vertigineuse, l'amusement leur faisant oublier leurs problèmes.
20 Septembre 2015 (Date de Midgard) – Rive de la Gjöll, Helheim :
Ils étaient de retour depuis cinq jours dans le Royaume de Hela. Leur séjour chez Vlanarus leur avait fait du bien à tous. Loki savait que le vieux Mage n'avait pas distribué sa sagesse qu'à lui seul, et que les garçons en avaient aussi profité. Il ignorait cependant ce qu'ils avaient pu se dire.
Néanmoins, Loki se sentait beaucoup mieux, dans sa tête, dans son corps, et avec ses enfants, pour être certain qu'il était temps de rentrer sur Midgard.
Tony lui manquait atrocement. Il se sentait près à l'aider, à l'épauler pour qu'il se remette. Il espérait que cette vingtaine de jours n'avait pas été trop dur pour son compagnon, et qu'il ne lui en voulait pas trop. Il avait hâte de le serrer contre lui, de l'embrasser, de lui montrer ce qu'il avait trouvé pour soulager sa douleur.
Ses recherches en Magie avaient beaucoup avancé grâce aux manuscrits que lui avait offert Byleist. Il aurait dû s'en douter lui-même, mais il était tellement peu habitué à ses pouvoirs Jötnar que l'idée ne lui avait pas effleuré l'esprit. La glace avait un pouvoir anesthésiant, et il avait trouvé un sortilège de glace, assez faible pour ne pas être dangereux, mais suffisamment froid pour engourdir la douleur lorsque celle-ci était trop aiguë.
Néanmoins, il se doutait que la discussion avec Tony allait être longue et difficile pour eux deux, et il ne voulait pas que ses fils en pâtissent. Il allait donc leur demander de rester sur Helheim, pendant son absence. Cela allait être dur pour lui de les laisser, mais il ne s'attendait pas à ce que cela soit également dur pour eux.
« On restera à notre étage, Faði, dit Fenrir d'une voix suppliante. On ne fera pas de bêtise. »
Derrière lui, Jörmungand hocha vigoureusement la tête.
« Je n'en aurai pas pour très longtemps les garçons, plaida Loki.
- S'il te plaît, Faði ! Geignit Fenrir.
- Je ne vous abandonne pas, assura Loki perturbé.
- On sait, Faði, assura Sleipnir, mais nous aussi on veut rentrer sur Midgard. »
Loki poussa un soupir lourd, et céda. Ce fut tous ensemble qu'ils franchirent le Passage entre les Mondes.
Quelques instants plus tard – Tour Stark, Manhattan, New-York :
Après les avoir tous téléportés à leur étage dans la tour Stark, Loki s'attendait à un message de bienvenue de la part de FRIDAY, mais ce fut le silence complet qui les accueillit. Il appela plusieurs fois l'Intelligence Artificielle, mais celle-ci ne répondit pas. Un douloureux pressentiment le prit à la gorge.
« Restez ici, les garçons, intima-t-il. »
Ils obéirent, bien conscients que quelque chose n'allait pas. Loki tenta de faire fonctionner l'ascenseur, en vain. Il se téléporta donc directement à l'étage de Tony.
L'état du salon le laissa pantois. Tout était détruit ou presque. Ici et là, on pouvait voir des traces de brûlures typiques des propulseurs de l'armure, mais aussi des impacts de balles.
Que s'était-il passé ici ?
Si tu me hais, laisse-moi une review pour me le signifier.
Si tu ne me hais pas, laisse-moi une review débordant d'amour.
Si tu t'en fous, laisse-moi une review random.
Si tu veux rester en vacances, je ne peux rien pour toi.
A la prochaine !
