Re bonsoir!

Parce que je sais qu'un prologue ne fait pas tout, je poste le premier chapitre de cette histoire. J'espère que ce début vous aura plu et que vous serez entraînés dans la vie de ce nouveau Edward.

Je vous souhaite de nouveau une très bonne lecture ;)


Chapitre 1er : HISTOIRE DE COEUR

POV EDWARD

- « Jacob fiches-lui la paix ! » entendais-je gronder de l'autre côté de la porte de ma chambre.

- « Mais il est pas en sucre ! » répliquait une autre voix.

- « C'est pas la question ! »

- « Oh si c'est la question Bella ! Quand est-ce que tu vas bouger tes fesses et… » commença Jacob mais Bella le coupa directement.

- « Mêles-toi de tes affaires et laisses Edward dormir ! »

- « Pauvre Eddie » chuchota-t-il en riant.

- « Jacob Billy Black je te jure que si tu en… » pas le temps de finir sa phrase, la porte de ma chambre claqua contre le mur en s'ouvrant et un énorme tas de muscles me bondit dessus. Ouch.

- « Debout Belle aux bois dormants ! » s'écriait Jacob dans mes oreilles.

- « Jake ! » hurla Bella derrière lui.

- « Arrêtes de chouiner Bells, c'est pas comme s'il était en sucre ton Edward ! »

- « Désolée Edward » murmura Bella en venant s'asseoir près de moi. Elle me caressa doucement les cheveux, puis le cuir chevelu. « Notre stupide meilleur ami a une grande nouvelle à annoncer » dit-elle avec ce ton cynique qu'elle seule pouvait rendre attirant.

- « Je ne suis pas stupide » se défendit Jacob, toujours un poids mort sur moi.

- « Est-ce que ça vous dirait de baisser d'un ton le temps que mes oreilles et tout mon corps se réveillent ? S'il vous plaît ? » demandais-je en essayant de bouger mon corps sous les couettes, expulsant cet idiot de Jake de mon lit.

- « Hey ! »

- « Ça t'apprendra à rentrer chez les gens sans être invité et à les réveiller ! Idiot » répliqua Bella, visiblement en colère. Bella, ma meilleure amie, n'était pas du matin ou du moins il ne fallait pas tenter de la réveiller avant qu'elle ne le fasse elle-même, sous peine, comme maintenant, de s'en prendre plein la tête. J'étouffais doucement un rire.

- « J'ai les clefs de vos appartements ! » se défendit Jake.

- « NOS appartements Jacob ! Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans cette simple phrase, bon dieu ? »

- « VOS appartements mais VOUS m'avez donné les clefs pour que je m'en serve » reamarqua-t-il.

- « EN CAS D'URGENCE ! » Bella s'énervait tout en effectuant une pression douce dans mes cheveux, comme pour me détendre alors qu'elle était celle qui en aurait le plus besoin.

- « C'est un cas d'urgence ! » Jacob avait pris sa voix suppliante, il me faisait rire... Enfin quand je n'avais pas envie de le tuer.

Du plus loin que je me souvienne, Jacob, Bella et moi avons été meilleurs amis. Bien que Jacob soit plus jeune d'un an et que nous l'ayons connu quelques années après notre rencontre à Bella et moi, nous étions tous les trois apparentés aux trois mousquetaires au lycée ou ailleurs. Nous étions les inséparables, le triangle. Je partageais tout avec eux.

Enfin au début.

Lorsque j'ai commencé à voir Bella comme la femme avec qui je voulais vieillir alors j'ai commencé à me confier à Alice, ma jumelle puis Bella était devenue sa meilleure amie très vite alors j'avais trouvé une épaule réconfortante en Jasper, le mari d'Alice. Ouais, son mari. Ma sœur a toujours su ce qu'elle voulait et elle a toujours été le jumeau fort dans notre relation, ce qui fut assez bénéfique pour moi, je n'avais pas à faire semblant, j'existais par moi-même, ou du moins j'essayais. Elle avait vu Jasper dans un couloir de la fac de Bella et avait décidé qu'elle allait se marier avec lui dans l'année. Six mois plus tard, ils se mariaient à Hawaii, dans l'une des résidences secondaires de Jasper, que ses parents avaient bien voulu prêter.

- « Edward t'as entendu ce que je viens de dire ? » me coupait Jacob. Il avait le don de briser mes réflexions cet idiot.

- « Désolé, je crois que je suis pas assez réveillé »

- « Mais c'est méga important ! » s'offusqua-t-il alors que Bella riait.

- « Vas-y accouches et vite ! » claquais-je. Le problème était que Jacob, bien qu'il soit grand et fort, avait toujours un problème de confiance en lui ou alors ne pouvait pas prendre de décisions tout seul lorsque cela concernait sa femme, Leah. C'était d'ailleurs très drôle à voir. Je me rappellerais toujours du jour où il a essayé d'écrire ses vœux de mariage tout seul.

- « Je veux faire une surprise à Leah. Aujourd'hui, ça fait 10 ans que je l'ai rencontré » dit-il avec les yeux qui pétillent. Une pointe de jalousie s'immisçait en moi. J'aurais pu avoir ça avec Bella si je n'étais pas une poule mouillée et si je pouvais parier à 200% qu'elle ne me rejetterait pas…

- « Et pourquoi est-ce que tu nous as réveillé au juste ? » demanda Bella, un peu énervée.

- « Parce que je n'ai absolument aucune idée de ce que je dois faire et que j'aurais besoin de mes supers meilleurs amis pour garder mon petit bonhomme ce soir » dit-il, il faillit rajouter le « duh » comme il en avait l'habitude et comme si nous étions des attardés mais il dût sentir que Bella n'allait pas accueillir la blague avec un rire franc.

- « Tu organises un truc pour le jour même ? » demanda-t-elle, visiblement peu convaincue.

- « Non ! Non ! Je sais déjà ce que je veux faire et où mais je… enfin je pensais que vous pourriez m'aider à lui faire la surprise… » Bella avait l'air dubitatif tandis que je levais un sourcil. « Oh allez les gars, vous savez qu'elle arrive toujours à déceler qu'un truc ne va pas chez moi ! Je veux la redemander en mariage ce soir ! Faut pas qu'elle gâche ma surprise ! » Les yeux de Bella et les miens se transformèrent en soucoupe et le sourire de Jacob se fit moins confiant.

- « Tu veux te remarier avec Leah ? » demandais-je, un peu sous le choc.

- « Ouais je sais que c'est ridicule parce que c'est même pas 10 ans après notre mariage ni même notre vrai rendez-vous mais ce jour-là c'est la première fois que je l'ai vu et même si j'étais avec Bella… » il ne finit pas sa phrase, baissant la tête.

- « T'as pas à avoir d'excuses Jake, toi et moi on sait qu'on ne s'aimait pas vraiment » dit-elle avec un léger sourire. L'espace d'un instant je crus voir son regard sur moi mais bien sûr, mon esprit devait me jouer des tours. Bella ne ressentait pas pour moi ce que je ressentais pour elle.

- « Ouais je sais » dit-il en soupirant et un silence pesant s'installa.

- « Pourquoi vous êtes aussi silencieux ? »

- « Pour rien » s'empressa de dire Bella alors que Jacob hochait la tête et soupirait de nouveau, un air déçu sur le visage.

- « Alors vous allez m'aider ? »

- « De quoi t'as besoin ? » demandais-je.

- « Seth est avec Leah, il faudrait que vous le preniez pour l'après-midi et comme Bella adore l'avoir pour la nuit, je pensais… »

- « Je bosse ce soir et pendant 36 heures après normalement » coupais-je. Être docteur était réjouissant mais je devais avouer que les heuresde travail étaient souvent pesantes si on voulait mener une vie quasi-normale.

- « Edward ! »

- « Quoi ? »

- « Tu m'avais promis de ne pas travailler autant d'affilé ! » s'exclama Bella et mon cœur se réchauffa. Elle s'inquiétait toujours pour moi.

- « Mais il est pas en sucre ton Edward ! » répliqua Jake. Bella fulminait et quittait la pièce sans même se préoccuper de Jacob. Elle claqua la porte si fort que l'un des cadres accroché sur mon mur tomba au sol et se brisa.

- « C'était quoi ça ? » demandais-je alors que Jacob soufflait.

- « Tu sais Edward, je t'adore, mais ton manque d'observation et ta dévotion pour ce foutu hôpital te rendent encore pire qu'il y a 10 ans » répondit Jacob, acerbe, avant de quitter la chambre. « Je rentre à la maison, à tout à l'heure et merci de m'aider » chuchota-t-il avant que je n'entende une autre porte claquer.

Cela faisait une semaine que Jacob et Bella agissaient bizarrement. Un soir, alors que je rentrais plus tôt du boulot, j'avais surpris Jacob et Bella dans notre hall. Bella pleurait alors que Jacob essayait de la calmer, je m'étais approché et les larmes de Bella avaient redoublé rien qu'à ma vue. Autant dire que mon cœur avait fait un triple salto en se resserrant fort dans ma poitrine. Jacob l'avait alors poussé dans mes bras et était parti aussi vite qu'il pouvait, comme s'il fuyait, me glissant au passage un « ouvres tes yeux idiot ». J'avais immédiatement cru qu'il parlait de mes sentiments pour elle, peut-être que tout ça l'avait empêché d'être heureuse et qu'elle se sentait étouffée, même si j'essayais de ne pas lui montrer, il m'était impossible de me contrôler certaines fois.

Mais au fond de moi, je crevais d'envie qu'elle pleure parce qu'elle ressentait cette même douleur que moi quand je la regardais.

Je n'avais pas vraiment une véritable attirance pour l'amour. Pour moi, il était synonyme de souffrance en partie parce que je n'étais pas avec celle que mon cœur avait choisie de lui-même. Pourtant, je ne pouvais pas dire que je n'étais pas chanceux. Je veux dire, ce n'est pas comme si mes parents avaient divorcé ou comme si je ne voyais pas des témoignages d'amour dans ma famille. Alice et Jasper, Rose et Emmett, Jacob et Leah, ils étaient tous heureux en amour et nous le prouvaient chaque jour mais je craignais tout ça, parce que je ne voulais pas voir le dégoût et le rejet dans les yeux de Bella puis je voulais qu'elle trouve quelqu'un qui soit à la hauteur pour elle. Elle ne méritait pas un pauvre médecin comme moi qui n'arrivait pas à se battre pour sa personne.

- « Edward ? » murmura une voix derrière ma porte. Mon père disait souvent qu'entendre la voix de ma mère arrivait à arracher son cœur pour le faire voltiger. Quand j'étais gamin, je trouvais ça absurde mais plus le temps passait, plus c'était exactement ce que je ressentais lorsque Bella s'adressait directement ou indirectement à moi.

- « Ouep » répondis-je pour éviter de me nourrir d'espoir pour rien et lui montrer que le son de sa voix me faisait de drôles de choses.

- « Tu veux prendre le petit déjeuner avec moi ? » demanda-t-elle avec cette petite voix. Elle prenait toujours cette voix-là quand elle avait peur d'être gronder ou rejeter.

- « J'arrive dans 5 minutes »

- « Je t'attends à la maison, j'ai déjà fait les croissants » répondit-elle alors que j'entendais notre porte commune grincer et se fermer doucement.

L'avantage d'avoir ma meilleure amie habitant dans le même immeuble que moi était que nous habitions également au même étage et qu'une porte reliait nos deux appartements. C'est comme si nous vivions l'un avec l'autre. La plupart du temps, nous finissions chez Bella, parce que cet appartement était plus chaleureux que le mien mais surtout parce qu'il sentait Bella. Je sais que ça paraissait ridicule mais son odeur se trouvait partout dans l'appartement et je donnerais n'importe quoi pour me réveiller à l'odeur de son parfum chaque jour.
Me douchant rapidement et prenant soin de ne pas me couper en me rasant, j'arrivais à hauteur de notre porte de liaison comme on l'appelait. Sur chacun des côtés de la porte se trouvait un patchwork de nos photos depuis notre rencontre jusqu'à aujourd'hui. C'était Renée, la mère de Bella qui nous l'avait offert l'année dernière pour Noël et ma mère, Esmé, se plaisait à rajouter des photos à chaque fois qu'elle passait. Du coup, nos portes étaient identiques et presque recouvertes de photos de nous deux, rien que tous les deux.

- « Eddie les croissants sont tous chauds » cria Bella. Elle avait ce foutu don de savoir quand je n'étais pas loin.

- « Comment t'as su que j'étais là toi ? »

- « Je ne sais pas, l'instinct ? » dit-elle en se mordant la lèvre. J'arrivais jusqu'à elle et passais mon pouce dessus.

- « Tu vas finir par te couper un morceau de lèvre Bellie » elle rougit instantanément et ses yeux se remplirent doucement de larmes. « Bellie ? » elle baissa la tête doucement en la secouant.

- « Les croissants vont refroidir »

- « Tu ne veux pas me dire ce qu'il y a ? »

- « Y'a rien du tout » dit-elle en s'éloignant de moi et en disposant les assiettes sur le comptoir de la cuisine. L'appartement était ouvert, la cuisine donnant sur le salon avec un petit bar lorsque Bella ne voulait pas manger sur la table de la salle.

- « Bella… »

- « Edward, je suis juste fatiguée, c'est tout »

- « Ne me sors pas le « je suis fatiguée c'est tout ». Même si, idiot que je suis, je pourrais dire « c'est vrai qu'avec ta classe de préados, ça doit pas être de tout repos » mais on sait bien tous les deux que les meilleurs amis sont pas fait pour ça hein ? »

- « Meilleurs amis » souffla-t-elle, essuyant doucement une autre larme qui coulait sur sa joue. Je me rapprochais dangereusement d'elle, son odeur virevoltant autour de nous. Bella avait cette odeur si particulière, un mélange floral, comme freesia et peut être de la vanille et bien sûr de la fraise, son shampoing favori.

- « Bellie… » je passais doucement ma main sur sa nuque, j'avais envie de l'embrasser, là maintenant. J'avais envie de foutre en l'air le mot amitié parce que, en réalité, nous n'étions pas seulement amis, nous étions bien plus que ça. Elle était celle que j'ai toujours rêvé d'aimer, rêvé d'embrasser, d'épouser. Je voulais faire d'Isabella Swan, mienne. Elle leva les yeux et bizarrement la couleur chocolat c'était transformée en une marrée presque noire. Noire d'envie.

- « Eddie… » au moment où ma tête allait se pencher vers la sienne, son téléphone sonna, nous faisons bondir loin l'un de l'autre. Le charme était rompu. Bella avait l'air choqué, elle attrapa le téléphone en secouant la tête comme si ce qu'il venait presque de se passer était une honte et la rejection que je ressentais pris place dans tout mon être.

- « Allo ? »

- « … »

- « Jake, calmes-toi ! On va le faire okay ! Maintenant laisses-nous un peu de temps pour déjeuner et… »

- « … »

- « Jacob Black si tu ne veux pas finir castré à 26 ans je te conseille de raccrocher et de nous foutre la paix ! » Bella était toute rouge, si belle, si sexy en colère et je dus engloutir un croissant entier et en une bouchée pour retirer les images qui assaillaient mon esprit.

- « … »

- « C'est ça ! » elle raccrocha brutalement le téléphone et parti vers la salle de bain, me laissant seul avec les croissants. Quand j'entendis l'eau couler, je compris instantanément qu'elle prenait sa douche.

Comment voulait-elle que je lui dise que j'étais amoureux d'elle alors qu'elle me fuyait comme la peste ? Comment je pouvais faire pour montrer à Bella que je la voulais pour ce qu'elle était ? Mais surtout, comment avouer à Bella que notre amitié n'est pas suffisante pour moi ?

Je la connaissais plus que bien, si je commençais par cette unique phrase, elle serait capable de tout quitter pour retourner à Forks, vivre avec Charlie, son père. Même si j'aimais Bella je savais ses points forts, ses points faibles, ses qualités et ses défauts. Lorsque Jacob l'a quitté pour Leah, et malgré le fait qu'elle m'ait avoué ne pas l'aimer, elle a refusé de lui parler pendant 6 mois. Jacob était déprimé, Leah honteuse et moi j'étais comme un idiot au milieu de leur petite guéguerre… J'ai dû choisir un camp, celui de Bella évidemment, et je devais me cacher pour voir Jake. Heureusement qu'à cette époque-là, j'étais assez en colère contre lui de m'avoir piqué une chance d'être avec elle. Bref, cette période était chaotique et révélatrice à la fois. Elle nous avait permis de nous rapprocher Bella et moi, et de me conforter dans l'idée que j'étais irrémédiablement fou d'elle.

- « Edward ? » Bella était devant moi, sa tenue habituelle en place : une chemise à carreaux par-dessus un débardeur, un jean bleu délavé et ses fameuses converses. Elle avait attaché ses cheveux en une queue de cheval non maîtrisée, comme j'aimais. Bella était belle au naturel. « Tu rêvassais à qui comme ça ? » demanda-t-elle, le ton joueur même si je décelais une pointe de je ne sais quoi derrière sa phrase.

- « Hum… Je sais pas, j'étais un peu perdu dans mes pensées » répondis-je honnêtement.

- « J'ai cru voir ça » elle détourna le comptoir et se servit un verre de jus d'orange puis elle prit son thermos pour le café. « On devrait y aller, Jake était paniqué au téléphone parce que Leah fait des plans pour amener Seth à l'espace jeu en fin d'après-midi » elle riait, se moquant de notre meilleur ami. « Je ne le comprendrais jamais » elle renversa du café, comme d'habitude, à côté de son thermos et jura « Mince ! »

- « Tu sais que tu fais ça tous les matins depuis plus de 10 ans ? »

- « De quoi ? » elle fronçait ses sourcils.

- « Tu renverses toujours du café à côté de ton thermos, chaque matin, depuis que je te connais » elle me regarda bizarrement puis se concentra de nouveau sur son café.

- « Je ne le fais pas tous les matins, et puis comment tu peux le savoir, tu n'es pas là tout le temps » ça sonnait plus comme un reproche que comme une simple remarque.

- « Tu jures tous les matins Bellie et j'entends très bien le bruit de la cafetière de l'autre côté de la porte » elle s'arrêta et me dévisagea.

- « Tu m'espionnes ? »

- « Non mais si j'entends des bruits suspects, j'accours »

- « Tu accours ? » je mâchais un morceau de croissant, me levais pour prendre l'autre thermos dans le placard et me servais du café aussi.

- « Tu es un aimant à catastrophes, je ne fais que te protéger ! » dis-je en haussant les épaules. Bon, il était vrai que je profitais beaucoup de cette porte pour surveiller Bella, mais pas dans un sens voyeur, juste pour m'assurer que tout allait bien pour elle.

- « Tu sais que tu es pire que Charlie ! On dirait un grand frère possessif »

- « Dieu merci je ne suis pas ton frère » soufflais-je en sucrant légèrement mon café. Bella, elle, dosait un maximum le sien. « Et doucement avec le sucre ! T'as jamais entendu parler du diabète ? » elle se mit à rire en ajoutant encore une cuillère puis se tourna vers moi.

- « Tu vois, tu es pire qu'un père et trop protecteur ! Et pourquoi tu ne voudrais pas être mon frère ? » dit-elle en soulevant ses sourcils d'une drôle de manière.

- « On devrait y aller » bah oui, j'allais pas franchement lui dire que si j'étais son frère je serais incestueux pas vrai ?

- « O-kay » elle leva les yeux au ciel et nous partîmes chez Jacob.

Peu de temps après notre déménagement à Vancouver, Jacob prit la décision de déménager aussi, enfin pas vraiment à cause de nous mais Leah avait trouvé un bon poste d'éducatrice ici et le job offrait les meilleures protections dont elle avait besoin dans ce genre d'environnement alors ils ont décidé de venir vivre dans la ville et quitter Forks. Ça a été dur pour Billy, le père de Jake. Tous ses enfants étaient partis et il se retrouvait tout seul. Mais Charlie, le père de Bella qui habitait toujours à Forks, allait le voir souvent et puis Rachel, l'une de ses filles, revenaient souvent de son école à Portland. Jacob la soupçonnait d'être très intéressée par un certain Paul à la réserve.
Jacob et Leah avaient réussi, grâce aux héritages qu'ils avaient perçus - Jacob avait perdu sa mère très tôt et le père de Leah était décédé un peu avant notre graduation - à acheter une petite maison un peu à l'écart de Vancouver, un peu avant le Lions Gate Bridge. Il y avait un jardin à l'arrière avec une balançoire et un toboggan que Bella et moi avions achetés pour Seth à Noël. La maison était en bois, rouge, Jake adorait cette couleur. Il l'avait construite lui-même, avec l'aide de ses amis de La Push.

- « Didi et Lala ! » criait le petit monstre alors que nous sortions à peine de la voiture.

- « Hey monster ! » Je prenais Seth dans les bras et comme d'habitude il logea sa tête dans mon cou, je trouvais qu'il avait un peu de température. « Il est malade ? » demandais-je à Leah alors qu'elle nous rejoignait sous le porche.

- « Bonjour à toi aussi Edward ! » rigolait Leah.

- « Désolée, j'ai oublié de lui donner ses cachets contre sa nature de docteur et de parrain poule » Bella prit Leah dans ses bras « Comment vas-tu ? »

- « Fatiguée » je la détaillais lentement, c'était vrai que sous sa peau bronzée, je pouvais définir une certaine pâleur et des valises sous les yeux.

- « Tu as fait un test de grossesse ? » lui demandais-je alors que Bella prenait Seth dans ses bras.

- « C'est quoi qu'un test de grossesse Didi ? » demanda le petit Seth. Même à six ans, il continuait à m'appeler par le surnom qu'il m'avait donné alors qu'il ne savait pas prononcer mon prénom correctement.

- « Hum, rien, juste un truc de docteur mon grand » je regardais Bella qui hochait la tête.

- « Et si on allait faire un dessert pour le repas de midi ? »

- « Yeah ! M'man tatie Lala elle va m'apprendre à faire un dessert avec tout plein de chocolat » le rire de Bella se fit franc, alors que Seth bougeait dans tous les sens. Bizarre, depuis la dernière fois je trouvais qu'il n'avait pas trop grandi. Etant médecin, même cardiologue pour enfants, je m'étais spécialisé en pédiatrie et m'occupait de Seth.

- « Leah ? » demandais-je alors qu'on entendait Seth parler d'un copain d'école qui le faisait rire.

- « J'ai pas eu le temps… »

- « Comment ça ? »

- « Avec Seth et puis le boulot et puis Jacob semble dans les nuages en ce moment… » je rigolais alors que je la prenais dans mes bras.

- « Passes à l'hôpital et je te ferais un check up »

- « Tu n'es pas censé t'occuper des enfants seulement ? »

- « Qui s'occupe des règles ? » dis-je en riant. « Tu sembles vraiment fatiguée »

- « Seth est un enfant vraiment agité quand il veut » nous entrions dans la maison, entendant de l'entrée le bruit de la vaisselle qu'utilisaient Bella et Seth pour leur dessert.

- « Et Jacob, il est où ? »

- « Aucune idée… Il a disparu à l'aube ce matin… » Elle leva les yeux au ciel « C'est pour ça que vous êtes là non ? » dit-elle après avoir fermé la porte.

- « Oh, ne me mêles pas à tes histoires de couple Leah »

- « Vendu ! » souffla-t-elle alors qu'elle allait aider Bella et Seth qui confectionnait déjà la pâte à gâteau.

Je les regardais tous les trois, plus précisément Seth et Bella et je ne pouvais m'empêcher de penser aux enfants que nous pourrions avoir tous les deux. Le sourire de Seth et l'admiration qu'il avait pour ma meilleure amie, sa marraine, me confortait dans l'idée qu'elle allait faire une mère fabuleuse. Bella rigolait à chacun des gestes fous de Seth alors qu'elle se trouvait attentive à la moindre question, aux moindres doutes du petit. Elle était parfaite. Leah les laissait tous les deux, préparant le repas de midi. J'essayais d'observer ses traits et ne pus m'empêcher de regarder sa silhouette. Je ne pouvais pas voir à l'œil nu si mes suppositions étaient fondées mais une intuition profonde m'envahissait et mon cœur se remplissait d'une joie étrange à l'idée d'avoir un autre petit neveu ou une petite nièce. Malgré le fait qu'Alice et Emmett aient des enfants, Mary Alice et Henry, et donc que j'ai déjà une nièce et un neveu, je considérais Jake comme un frère ou du moins il était le petit frère que j'aurais voulu avoir. Alors l'idée qu'il puisse à nouveau devenir papa me faisait vraiment sourire.
Bella mit le gâteau dans le four tandis que Seth lui racontait comment il avait gagné au baseball grâce à tonton Emmett.

Il parlait et parlait sans s'arrêter. Il demandait chaque attention, chaque regard, comme un petit bonhomme qu'il était. Au fur et à mesure qu'il parlait, je remarquais que sa respiration était saccadée, comme s'il respirait mal. Je me concentrais sur lui, comme pour détecter quelque chose mais le four sonna et Bella sortait le gâteau.
J'étais inquiet et je ne savais même pas pourquoi. Ma mère, Esmé, dit toujours que j'analyse de trop près chaque membre de ma famille, je serais apparemment trop protecteur. Ce n'était pas vraiment une mauvaise chose si ?

- « Regardes Didi, Lala elle dit que c'est ton moment préféré que quand elle fait le gâteau » la voix amusée de Seth me sortit de mes pensées et je vis Bella glacer le gâteau. La manière dont elle faisait ça, la délicatesse avec laquelle elle glaçait le gâteau me faisait toujours sourire. Elle jouait avec la matière, faisant du gâteau simple au chocolat un vrai délice des yeux. « Alors Didi ! Réponds ! » s'impatientait le petit Seth.

- « Seth Jacob Black ! » gronda Leah entre ses dents. Elle était vraiment effrayante quand elle voulait.

- « Pardon M'man, désolé parrain »

- « Vas te laver les mains avant de manger s'il te plaît Seth »

- « Oui M'man. Parrain, tu viens avec moi ? »

- « Je te rejoins ptit monstre » le rire de Seth résonnait dans la maison tandis que je me levais pour installer la table dans la cuisine. Du coin de l'œil, je surveillais Bella et sa concentration intense sur son gâteau au chocolat.

- « Tu sais qu'à force de la fixer comme ça tu vas perdre un œil ? » murmura Leah alors que je savais que mon visage c'était transformé en tomate.

- « Je ne vois pas de quoi tu parles » bafouillais-je en posant les assiettes et en me dirigeant vers la salle de bain du rez-de-chaussée.

J'entendis vaguement Leah étouffer son rire alors que les couverts claquaient contre la table. Plus j'avançais dans le couloir plus je me rendais compte à quel point je jouais l'enfant, je pourrais parier que Seth serait plus brave que moi et qu'il aurait déjà avoué à sa meilleure amie ses sentiments. Mais même gamin je n'avais jamais pu lui dire. J'agissais comme une petite fille, c'est certain. Après tout, j'avais tellement peur de perdre Bella dans ma vie. Enfin, si Alice ou ma mère étaient là elles me diraient à quel point je suis ridicule puisque Bella n'était pas comme ça et qu'elle s'entendait parfaitement bien avec Jacob alors qu'elle était sortie avec lui.
Mais pour moi, c'était totalement différent. Bella et moi étions vraiment liés par quelque chose de plus fort qu'une simple amitié. Nous étions comme un package, si vous n'acceptiez pas l'un alors vous n'acceptiez pas l'autre. Jacob et Bella étaient moins fusionnels, leur amitié n'était pas basée sur les mêmes sentiments et puis Jacob était la première fois de Bella, on ne peut pas échapper à la personne à laquelle on s'est donné.
Mes pensées furent arrêtées par Seth qui essayait d'escalader l'évier pour se laver les mains.

- « Bah alors bonhomme t'as oublié de grandir ? »

- « Humpff » souffla-t-il. Il avait la même tête que son père lorsqu'il était concentré, son front était plissé et ses yeux étaient encore plus noirs qu'ils ne l'étaient déjà.

- « Un coup de main ? »

- « Humpf »

- « Je vais prendre ça pour un oui s'il te plaît parrain hein »

- « Steuplaît parrain » murmura-t-il.

- « Allez hop lavons les mimines »

- « Hihi les mimines » rigola-t-il de son rire rauque mais doux à l'oreille. « Dis parrain est-ce que bientôt on va commencer le panio ? »

- « Piano »

- « Ouais c'est qu'est-ce que j'ai dit »

- « Quand tes parents se décideront » Depuis qu'il savait parler, Seth voulait toujours faire du panio, ou en langage normal, piano. Il m'avait entendu et vu jouer une fois et depuis il ne lâchait pas le morceau. Jacob et Leah n'avaient pas les moyens d'en acheter un mais je leur avais proposé de lui apprendre… Jacob avait peur que le petit devienne un prodige et qu'il ne reprenne pas son garage plus tard.

- « Ah… Mais papa il oublie tout le temps ! » se plaignait-il.

- « Qu'est-ce qu'il a fait papa ? » demanda une grosse voix derrière moi.

- « PAPAAAAAAA ! »

- « Hey monstre aux plantes » Seth sauta dans les bras de son père qui le regardait comme la huitième merveille du monde. Jake était bon dans le rôle du père. Je devais sourire bêtement parce qu'il me regarda d'un drôle d'œil.

- « Quoi ? » demandais-je un peu sur la défensive.

- « Si tu te décidais, peut être que tu pourrais faire la même chose gros bêta » me lança-t-il.

- « C'est quoi qu'un gros bêta papa ? »

- « C'est une personne qui n'a pas les yeux en face des trous » rigolais Jake alors que Seth m'examinait attentivement.

- « Mais Didi il les a ses noeils en face de ses trous d'yeux »

- « Tout ça peut se discuter. Bon maman a dit à table alors en route tous les deux » je préférais ne pas relever et les suivais silencieusement à table, où Bella et Leah nous attendaient, tout sourire.

Nous mangeâmes dans la bonne humeur, même si je m'inquiétais pour Leah qui semblait vraiment exténuée. Je voyais bien que ce n'était pas une mauvaise fatigue comme les gens malades juste un épuisement qui se voyait. Les discussions allaient bon train et je faisais mon maximum pour écouter et participer mais je n'arrêtais pas de repenser à ce que Jake m'avait dit. Si j'ouvrais les yeux comme il me disait est-ce que je verrais que Bella me regardait de la même manière que moi ? Est-ce que si je relevais la tête de mon assiette j'allais la voir m'observer comme lorsque je le fais quand elle a les yeux ailleurs ?
Prenant mon courage à deux mains, je levais mes yeux de mon gâteau au chocolat pour tomber sur les yeux chocolat de Bella. Ils brillaient comme je n'avais jamais remarqué avant, ils étaient étincelants et j'y voyais le petit quelque chose que je cherchais depuis longtemps. Ses joues étaient d'un rouge délicieux et je ne pus m'empêcher de me lécher les lèvres. Mais bien sûr, comme à mon habitude, j'ai baissé les yeux de nouveau sur mon gâteau, puis nous sommes rentrés avec Seth à l'appartement et bien avant que je le sache, je partais travailler.

Si j'avais été un mec, un vrai, comme disait Emmett, alors je me serais levé de table et je l'aurais embrassé… Si j'avais eu le cran d'ouvrir la bouche pour simplement lui dire « je t'aime » alors je ne serais sans doute pas en route pour l'hôpital aujourd'hui… Si j'avais dit à Bella que je l'aimais, alors peut être qu'elle aurait dit qu'elle m'aimait aussi… Si je n'étais pas un froussard depuis plus de dix ans, alors ma vie serait peut être différente…

En même temps, avec des si à tout bout de champ, on mettrait Paris en bouteille…