Un bout de chemin…

Par Maria Ferrari

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Disclaimer : Les personnages de la série "Les Mystérieuses Cités d'Or" ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.

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—Chapitre 2—

Ils marchèrent une dizaine de kilomètres dans un silence mortel. Pedro et Gaspard s'épiaient l'un l'autre. Gomez était de méchante humeur, ses yeux d'habitude vides ou tristes étaient remplis d'une lueur mauvaise amenée par les diverses vexations qu'il avait eues à subir. Mendoza savait qu'il finirait par retrouver son calme naturel, en attendant, mieux valait ne pas essayer de lui parler. Sancho, de son côté, ne parlait pas – du fait de son bégaiement, il n'avait d'ailleurs jamais eu beaucoup de conversation –, il ne fallait donc pas non plus compter sur lui pour entamer la discussion.

L'expression de mauvaise humeur disparut peu à peu du visage de Gomez et il n'eut plus l'air que triste. Mendoza, qui commençait à trouver ce silence pesant et porteur d'une mauvaise ambiance, décida d'en profiter.

« Vous étiez encore sur l'île quand la Cité a été détruite ? Comment vous en êtes vous tirés ? »

Il se trouva immédiatement maladroit de n'avoir trouvé que ce sujet pour converser, cependant, il était à présent trop tard pour ravaler ses paroles. Gomez lui répondit ton détaché.

« Nous étions en train de charger les barques avec l'or que nous avions ramassé. Il y a eu une grande secousse, les barques ont été renversées et nous avons été jetés à l'eau. D'ailleurs, j'ai été assommé par quelque chose, un morceau d'or sûrement. Je me demande bien par quel miracle je ne me suis pas noyé.

— C'est moi qui vous ai tiré de là, commandant, je vous ai ramené jusqu'à la rive.

— Ah oui ? fit Gomez, intrigué, en se tournant vers Gaspard.

— Oui, je tenais l'or que j'avais réussi à récupérer, je l'ai laissé tomber quand je vous ai vu inconscient : vous couliez à pic.

— Tu as laissé tomber de l'or juste pour me sauver la vie ? demanda Gomez, surpris.

— Oui », répondit Gaspard comme si ça coulait de source, puis il s'aperçut de l'étonnement de son commandant, se sentit gêné et chercha à expliquer son geste : « Vous savez commandant, si j'avais gardé l'or, je n'aurais pas réussi à nager jusqu'à la rive, c'est plus facile de ramener un homme inconscient qu'un gros morceau d'or massif. »

Gomez adressa un sourire reconnaissant à Gaspard. Mendoza songea qu'il en avait beaucoup plus à apprendre sur ces deux-là qu'il ne croyait. Il n'aurait jamais cru Gaspard capable de faire prévaloir la vie d'un homme sur son amour pour l'or.

Ils furent de nouveau silencieux pendant quelques temps, mais cette fois, Gomez avait un léger sourire aux lèvres et l'atmosphère semblait moins pesante.

~oOo~

Ils arrivèrent dans un port. Après quelques investigations et négociations, Ils se dégottèrent un navire qui rentrait en Europe.

Gaspard et Gomez s'étaient résignés à l'idée d'être de simples marins, comme Pedro et Sancho. Mendoza avait mis en avant ses talents de navigateur, le commandant du navire qui assumait aussi cette tâche n'avait rien contre le fait d'être secondé par un homme dont l'expérience était établie et qui ne demandait que sa place à bord en retour. Il trouvait un peu suspect que quelqu'un se prétendant si bon navigateur ne demande pas d'argent, mais exerçant lui aussi ce rôle, il se rendrait vite compte si c'était un imposteur.

Ils partirent le lendemain à cinq heures. Les premiers jours furent ensoleillés, et même le passage du détroit de Magellan se passa sans encombre – grâce aux talents de Mendoza –, mais deux jours après ce passage, une tempête secoua le bateau en tous sens, et un orage s'abattit sur eux.

Gomez luttait à la barre avec Pedro, Sancho et un autre marin pour maintenir le cap. Gaspard qui venait de dormir deux heures vint les aider.

« Allez vous reposer commandant, je prends la relève !

— Merci Gaspard. »

Gomez monta sur le pont, soulagé de ne plus avoir à manœuvrer cette fichue barre. Tous ses muscles hurlaient de douleur et cette tempête n'en finissait pas. Ce n'était pas la première qu'il affrontait et il en avait essuyées de plus violentes, mais cela faisait longtemps qu'il en avait vécue une en tant que simple marin, obligé de trimer pour garder le navire en un seul morceau. Arrivé sur le pont, il se fit surprendre par une vague et faillit basculer, il se raccrocha à la rambarde, sentit une main lui saisir le bras.

« Ne passez pas par-dessus bord, Gomez ! Cela serait dommage alors que nous sommes presque au bout de nos peines : la tempête devrait bientôt se terminer, lui dit Mendoza, un léger sourire aux lèvres.

— J'espère que vous avez raison car je ne crois pas que je vais réussir à me relever après avoir dormi seulement une ou deux heures… si j'arrive à m'endormir.

— Vous avez largement fait votre part de labeur, vous pouvez vous permettre de dormir jusqu'à la fin de cette "bourrasque". Ce n'est pas l'Esperanza, il est beaucoup plus solide.

— Il est vrai que l'Esperanza était une épave. Fallait-il aimer l'or pour monter à son bord !

— Allez dormir, recommanda Mendoza.

— Et vous, vous dormez ?

— Dès que la tempête sera terminée. Je veux être sûr que nous ne dérivons pas. Les vivres sont limités et je tiens à être rentré le plus tôt possible en Espagne. »

— Je comprends ça. »

Gomez partit dans la soute. Il y avait une dizaine de hamacs où se relayaient tour à tour les membres de l'équipage. Il s'installa et essaya de s'endormir. Les courbatures dans ses muscles et le vacarme que faisaient l'orage et la tempête le gênaient. Le bateau remuait en tous sens. Malgré le bruit, les courbatures et les secousses, il finit par sombrer dans un sommeil profond, anéanti par la fatigue qu'il cumulait depuis un certain nombre de jours.