Chapitre 2 :

Polianov avait tenu sa promesse. Le lendemain, les faux papiers étaient prêts, au nom de Mattew et Hannah Lester, et il fit traverser la Manche à John et Agatha probablement de la même manière qu'il faisait passer les marchandises de contrebandes, armes et autres trafics illégaux qui alimentaient son business.

John se retrouva seul avec sa fille sur le sol français ce qui n'était pas le plus simple sachant que s'il avait bien étudié le français à l'école et pratiqué un peu en Afghanistan en échangeant avec des soldats français, c'était une langue qu'il maîtrisait mal et les Français n'étaient pas vraiment fluents en anglais. La location d'une voiture aurait pu devenir compliquée si John n'avait pas pu échanger en pachto avec un employé, réfugié afghan.

Depuis ses séjours en Afghanistan, John parlait couramment les deux principales langues afghanes et parvenait à se faire comprendre dans la plupart des autres dialectes. Il échangea donc longuement avec l'employé, Ahmad Hewad, sur son pays. John avait aimé l'Afghanistan malgré toutes les horreurs qu'il y avait vues, bien qu'il eût failli y perdre la vie, malgré les cauchemars… Le pays était magnifique et les gens fascinants. John avait passé beaucoup de temps avec les populations locales, même les plus isolées. Il avait pris l'habitude de partir à la rencontre des populations pour leur offrir ses services de médecin. Ce n'était évidemment pas règlementaire mais le premier supérieur de John était un homme intelligent qui l'avait encouragé, comprenant parfaitement l'intérêt d'avoir le soutien de la population locale. Les suivants n'avaient pas eu leur mot à dire, John ayant gagné une certaine indépendance. Au début, John se déplaçait avec un interprète et en 4x4 pour atteindre les tribus dans les montagnes ou autres lieux reculés. Il s'était très vite passé des deux, ayant appris à se débrouiller dans les langues afghanes et utilisant des chevaux pour se rapprocher des populations. Il avait réussi à gagner leur confiance. Ils l'avaient même parfois laissé soigner les femmes après qu'il eût sauvé la femme d'un chef tribal lors d'un accouchement compliqué ce qui avait aussi sauvé le bébé, un petit garçon. Pour respecter leurs traditions, ils considéraient John comme une sorte d'être neutre, le Docteur avec un d majuscule. Oui, en tant qu'Anglais, John ne pouvait s'empêcher de se sentir flatté… Malgré tout ce qui s'y était passé, l'Afghanistan manquait parfois à John…

Il fallut plusieurs jours à John pour traverser la France et une partie de l'Espagne avant d'arriver dans le petit village montagnard portugais dans lequel il avait loué une maison par Internet alors qu'il traversait la France. Le logement n'avait pas été trop difficile à trouver car la saison touristique n'avait pas encore commencé mais comme il ne parlait pas un mot de portugais, les échanges, sur Internet comme une fois la frontière franchie, avaient été quelque peu limités.

John avait fait le plein de tout ce dont Agatha et lui pourraient avoir besoin durant leur séjour avant d'arriver à la maison. Celle-ci était magnifique, en vieilles pierres et à un étage, un grand terrain avec un bassin aménagé en piscine et un ruisseau qui marquait les limites de la propriété. Surtout, la maison était assez isolée, située dans un paysage magnifique, presque sauvage. Le lieu parfait pour être tranquille, avoir le temps de se reposer et de réfléchir.

Le temps s'écoulait différemment dans la maison portugaise, avec une certaine lenteur propice à la relaxation. La lumière était beaucoup plus vive qu'à Londres – en même temps ce n'était pas très difficile – les couleurs éclatantes dans ce printemps naissant, les bruits dépaysant des chants d'oiseaux dans les oliviers, des insectes dans les broussailles, du vent dans les feuilles…. Et l'air était plein de senteurs méditerranéennes et marines portées par le vent. Ce n'était pourtant pas si loin de la grisaille londonienne mais John se sentait comme sur une île tropicale, petit paradis perdu à l'abri des maux de ce monde.

John se levait avec le soleil au chant des oiseaux, il préparait le biberon d'Agatha et quand elle se réveillait, l'amenait près du bassin pour pouvoir faire quelques longueurs alors que sa petite buvait son lait. Pour se sécher, il courait autour du bassin, faisait quelques étirements sous les regards et les rires d'Agatha puis il la ramenait à la maison, s'occupait d'elle puis prenait son petit déjeuner. Pendant, la sieste de la petite fille, il lisait, faisait des sudokus, des mots croisés… il n'avait emmené aucun appareil numérique, pas d'ordinateur ni de téléphone portable, pour être sûr de ne pas être repéré et pour se couper véritablement du monde. Dans ce lieu, ils étaient comme hors du monde, hors du temps, isolés sur une île déserte. Puis venait le repas et après, de longues balades dans la propriété avec Agatha dans les bras à qui il montrait des fleurs, des insectes, des oiseaux… jusqu'à ce que la fillette s'endormît ce qui laissait alors à John le temps de faire un peu de rangement, de ménage… ou de reprendre un livre… Après le dîner, il s'installait avec sa fille dans les bras dans le hamac pour la bercer à la lueur des étoiles et au chant des grillons.

Ce n'était qu'alors, dans le silence bruissant des nuits campagnardes, qu'il se laissait à réfléchir à sa vie, à ses relations et à ses réactions. Au violent sentiment de trahison qu'il avait ressenti, à son besoin vital de s'éloigner. John avait l'impression qu'une fois de plus, on ne lui avait pas fait confiance. Une fois de plus, on l'avait considéré comme le maillon faible, incapable de se défendre. Une fois de plus, on avait cherché à le protéger.

John était sans doute en tort. Il les avait laissé faire trop de fois. Il aurait probablement dû leur dire qu'il n'avait pas été qu'un chirurgien militaire, qu'il avait participé à des opérations spéciales – pas vraiment de son plein gré au départ mais son addiction à l'adrénaline ne datait pas de la veille et ces missions n'avaient fait que la renforcer. Et, à chaque fois qu'un médecin capable de manier aussi bien le scalpel qu'une arme était demandé, il s'était porté volontaire. Il lui avait fallu renforcer son entraînement dans le maniement des armes et le combat à mains nues. Et si John n'avait jamais atteint le niveau des meilleurs agents des forces spéciales, il était parvenu à se maintenir à un niveau suffisant pour non seulement ne pas être un poids pour ses partenaires mais pour être même un atout. Sa blessure et son retour à Londres n'avaient pas changé cela ! Peut-être aurait-il dû le leur dire, le leur montré… Mais il vivait entouré de génies et de personnes pour qui la collecte d'informations était vitale, ils auraient dû s'en apercevoir ! Combien connaissaient-ils de chirurgien, même militaires, capable d'atteindre leur cible avec un revolver à travers deux vitres séparées de plusieurs mètres ? ou à travers le brouillard et un gaz hallucinatoire ? Il fallait croire que John était particulièrement doué pour passer pour une personne banale, inoffensive. Mais désormais, ils allaient devoir réviser leur opinion puisqu'il était parvenu à garder Agatha et lui hors de leur portée, puisqu'il avait réussi à leur échapper…

John ne pensait pas réellement que ses petites vacances secrètes allaient tout changer mais, s'ils avaient un peu paniqué, alors peut-être prendraient-ils davantage en compte son opinion et, au moins, cela avait permis de rassurer John sur ses propres capacités. C'était toujours ça…

La semaine se termina sans avoir réellement apporté de réponse à John. Mais elle avait été une pause bienvenue, un moment de détente et de paix, loin des soucis de sa vie et un moment de proximité avec sa fille. Quelles qu'en fussent les conséquences quand il serait de retour à Londres et devrait faire face à sa femme et ses amis, cette semaine lui aurait apporté une certaine paix. Cela n'empêchait pas que quitter la maison et le Portugal ne se fît pas sans regret et que John s'inquiétait un peu de l'accueil qui lui serait réservé à Londres. Il n'avait plus qu'à attendre désormais.

Ils étaient en Espagne, à mi-chemin entre les frontières portugaises et françaises, sur une petite route de campagne que John avait préférée aux grands axes routiers pour profiter encore un peu de ces magnifiques paysages, quand l'accident se produisit. Il conduisait tranquillement quand un 4x4 de couleur foncée jaillit de nulle part et les percuta de plein fouet côté passager.

La dernière pensée de John avant qu'il perdît connaissance fut pour Agatha.

Sherlock était furieux. Furieux et inquiet. Furieux contre Mycroft qui lui avait déconseillé de suivre John, qui avait dit qu'il fallait lui laisser du temps… mais aussi furieux contre lui-même pour avoir écouté son frère et surtout pour la situation dans laquelle il s'était mise. Il avait pourtant promis à John de ne plus lui mentir après sa fausse mort et l'assassinat de Magnussen. Mais il était surtout inquiet car John et la petite Agatha avaient disparu. Ils n'étaient pas rentrés le soir même et Mary et lui avaient commencé à paniquer.

Normalement, si John n'était pas avec Mary, il était avec Sherlock et inversement. Mais là… Il ne risquait pas non plus d'être allé se réfugier chez Lestrade et quelques coups de fil avaient suffi pour constater que John et sa fille n'étaient ni chez Molly ni chez Mike Stamford pas plus que chez Harry. Pour autant que Sherlock le sût, John n'avait pas parlé à sa sœur depuis des mois et ne l'avait pas vue depuis des années. Il était donc peu probable qu'il se fût rendu chez elle mais Sherlock avait tout de même vérifié. Devant l'absence de John, Mary et Sherlock avaient appelé le lendemain les camarades de John de l'armée et de ses années de fac, tous les collègues qu'il avait eus depuis son retour d'Afghanistan ainsi que toutes ses ex… bref, ils avaient appelé toutes les personnes auxquelles ils avaient pu penser. Ils avaient même fouillé dans le téléphone et l'ordinateur de John – qu'il avait bizarrement laissés – pour joindre tous ses contacts. En vain.

Deux jours après avoir vu John pour la dernière fois, Sherlock et Mary se rendirent à la clinique où travaillait John. Ils n'avaient pas réussi à joindre la patronne Sarah Sawyer-Smithson, apparemment partie en weekend sans son téléphone mais elle devait revenir ce jour-là, de même que John après ses trois jours de congés. John était un homme responsable. Il ne laisserait pas en plan ses collègues. Sherlock et Mary étaient donc assez confiants de trouver John à son poste ce matin-là.

« Que venez-vous faire ici ? demanda Sarah quand Sherlock et Mary débarquèrent dans la salle d'attente.

_ Nous cherchons John, répondit Mary alors que Sherlock ouvrait les portes des salles les unes après les autres sous les cris outrés des patients et des médecins.

_ John ? Mais John n'est plus là…

_ Comment ça plus là ? demanda brusquement Sherlock. Vous l'avez vu ?

_ Je l'ai vu avant de partir en weekend. Il venait m'informer qu'il partait. Qu'est-ce que vous avez fait ? Je n'avais pas prévu d'avoir un médecin en moins !

_ Il ne peut pas être parti… commença Sherlock.

_ A-t-il dit où il allait ? le coupa Mary. »

Sarah secoua la tête.

« Il semblait vraiment furieux… »

A partir de là, tout fut fait pour retrouver John et ce bien que normalement ils auraient dû être très limités car tout prouvait que John était parti volontairement et John étant un adulte sain d'esprit… Mycroft fournit toutes les vidéos des caméras de surveillance de Londres, notamment celles des gares et des aéroports, et mit les comptes de John sous surveillance, Grégory Lestrade mobilisa ses amis et collègues des forces de l'ordre de tout le pays pour être alerté à la moindre information sur John, Sherlock utilisa son réseau de SDF et Mary son réseau de… il valait mieux ne pas le savoir. En vain. Nulle vidéo ne montrait John et sa fille, il n'avait utilisé aucun de ses comptes bancaires, personne ne l'avait vu dans tout le pays. Les jours passèrent puis une semaine, puis deux puis trois sans qu'aucune nouvelle information ne leur parvînt.

Cela faisait exactement trois semaines que John avait été vu pour la dernière fois quand Sarah Sawyer-Smithson sonna à la porte du 221 B Baker Street où se trouvaient Sherlock, Mary, Mycroft, Grégory Lestrade et madame Hudson.

« Que voulez-vous ? demanda Sherlock avec brusquerie. »

Il n'avait pas de temps à consacrer à cette femme. Il devait retrouver John !

« Avez-vous des nouvelles de John ? Je commence à être inquiète…

_ Comment ça vous commencez à être inquiète ? demanda Mary alors que tous fixaient désormais la docteur. Vous nous avez dit que John avait démissionné…

_ Je n'ai pas dit que John avait démissionné. J'ai dit qu'il était parti…

_ Et en quoi est-ce différent ? demanda Mycroft.

_ Il a pris deux semaines de vacances. C'est ce qu'il m'a dit. Qu'il avait besoin d'une pause. Et il m'a demandé de vous faire croire que son absence était définitive… Mais cela fait une semaine qu'il devrait être de retour. Je n'ai eu aucune nouvelle de lui. Ce n'est pas normal…

_ Deux semaines de vacances ? Il devrait être rentré depuis une semaine ? répéta Lestrade.

_ Je vous avais dit qu'il lui était arrivé quelque chose ! s'écria Sherlock. John ne serait jamais parti comme ça… »

Cependant, cette nouvelle information n'apporta aucune avancée dans la recherche de John et Agatha et les semaines se poursuivirent sans aucune piste pour retrouver les deux disparus. Sherlock était au bord de la panique. Mary n'était guère plus sereine mais se maîtrisait mieux. La nouvelle que John avait prévu de partir pour deux semaines de vacances ne les avait pas rassurés. Au contraire. Car si, auparavant, ils pouvaient penser que John se cachaient d'eux quelque part, en sécurité, désormais ils savaient que quelque chose avait mal tourné. John avait prévu de rentrer et il n'était toujours pas là. Ni Mary ni Sherlock ne voulaient formuler à haute voix ce que cela leur inspirait.

Presque deux mois après la disparition de John et sa fille, ils reçurent un message sur le blog de John, blog qu'ils surveillaient depuis la disparition de l'ancien médecin militaire. Le message consistait en une simple photocopie de deux passeports aux noms de Mattew et Hannah Lester et sur lesquels se trouvaient les photographies de John et Agatha. John s'était procuré de fausses identités. C'était pour cela qu'ils n'arrivaient pas à le trouver. Et puisqu'il s'agissait de passeports, il était probable que John eût quitté le Royaume-Uni avec sa fille. De nouvelles pistes s'ouvraient donc. Cela ne résolvait pas toutes les questions, loin de là. Où John avait-il trouvé l'argent nécessaire à sa fuite puisqu'il n'avait utilisé aucun de ses comptes ? A qui s'était-il adressé pour obtenir des faux papiers ? Et pourquoi et qui les leur avait fait parvenir ? Mais c'était des questions qui devraient attendre…

Un matin, quelques jours plus tard, Mycroft passa chercher Grégory Lestrade avant qu'il ne partît travailler.

« Je souhaiterais que vous m'accompagniez aujourd'hui.

_ Où ? demanda un Grégory Lestrade encore mal réveillé.

_ Cela concerne John. J'ai prévenu vos supérieurs de votre absence. »

Greg cligna des yeux mais acquiesça.

« J'espère que vous n'avez pas le mal de l'air.

_ Le mal de l'air ? Pourquoi ? »

Mais Mycroft ne répondit pas à sa question ni à aucune des suivantes. Il passa tout le voyage, à bord d'un jet privé, à triturer sa sacoche, perdu dans ses pensées.

Grégory eut à peine le temps de comprendre qu'ils avaient atterri en Espagne qu'ils embarquèrent dans une voiture. Il n'avait toujours pas la moindre idée de l'endroit où ils se rendaient ni de la raison. La seule mention de John l'avait convaincue de suivre Mycroft mais il commençait à s'énerver de l'absence de réponse de l'aîné des Holmes. Cependant, quand ils descendirent enfin de voiture, Greg commença à avoir une idée de ce qui les attendait, et peut-être même de la raison qui avait poussé Mycroft, l'homme de glace !, à lui demander de l'accompagner. Greg ne parlait pas un mot d'espagnol mais les mots « Policía » et « morgue » visibles sur le bâtiment étaient suffisamment compréhensibles. Greg se sentit blêmir.

Ils furent immédiatement reçus par le commissaire, ou son équivalent espagnol, de la localité. Il échangea pendant plusieurs minutes en espagnol avec Mycroft qui, bien entendu, parlait l'espagnol comme si c'était sa langue maternelle. Le policier poursuivit cependant la discussion en anglais ce qui permit à Greg de comprendre que deux cadavres, celui d'un homme et celui d'un bébé, avaient été retrouvés dans une voiture louée par un certain Mattew Lester, étranger de passage sur le territoire espagnol. Bien entendu, la police avait cherché à contacter les proches mais n'avait trouvé personne, fausses identités oblige.

Greg et Mycroft suivirent l'homme au sous-sol de l'établissement, là où se trouvait la morgue.

« Les corps ne sont pas identifiables à cause de l'incendie mais…

_ L'incendie ? Je croyais qu'ils avaient été retrouvés dans leur voiture, interrogea Greg.

_ Comme je l'ai expliqué à monsieur Holmes tout à l'heure, ils ont bien eu un accident de voiture. Larégion dans laquelle ils se trouvaient est désolée et la route borde un ravin. La voiture a été retrouvée en bas du ravin mais il n'a pas plu depuis des semaines et un incendie s'est déclaré ce qui explique qu'on n'a découvert la voiture que plusieurs semaines après l'accident. Nous ne savons même pas précisément quand a eu lieu l'accident. Nous supposons que l'incendie est dû à l'accident mais les feux de forêt sont fréquents dans le coin aussi l'incendie pourrait n'avoir rien à voir. Nous n'avons pas non plus été capables de découvrir les circonstances exactes de l'accident. L'incendie a fait disparaître toute trace…

_ D'accord. Vous avez dit que les corps n'étaient pas identifiables donc, ce pourrait ne pas être eux, espéra Greg alors que le médecin légiste ouvrait deux tiroirs mortuaires. »

Greg eut un mouvement de recul devant les restes calcinés de ce qui avait été un homme et ceux, miniatures, d'un bébé.

Le commissaire de police lui jeta un regard désolé.

« Nous sommes parvenus à trouver quelques traces ADN et ils correspondent aux échantillons que monsieur Holmes nous a fait parvenir. Je suis désolé… »

Ce fut comme si Greg venait de se prendre un coup de massue. Ce ne pouvait pas être vrai. John et sa fille ne pouvaient pas être morts ! Comment allait réagir Mary ? Et Sherlock ? Sherlock ! Le détective, sociopathe autoproclamé ou pas, ne le supporterait pas. Greg fut sorti de ses pensées par la voix de Mycroft.

« Est-ce qu'ils sont morts dans l'accident ou est-ce que l'incendie…

_ Il n'a pas été possible de le déterminer. Pas dans l'état dans lequel se trouvent les corps mais… Rien n'indiquant le contraire, je vous conseille de penser qu'ils sont morts sur le coup. Il ne sert à rien de se torturer… »

Le reste de leur séjour sur le sol espagnol passa comme dans un brouillard pour Greg. Il entendit Mycroft prendre des dispositions pour que toutes leurs informations sur l'accident fussent envoyées au Royaume-Uni et pour le rapatriement des corps. Il ne sortit brièvement du brouillard que lorsqu'un technicien arriva et tendit au commissaire deux objets métalliques. Le commissaire expliqua que les objets n'avaient été découverts que quelques jours plus tôt dans les débris calcinés du véhicule de location et que ses techniciens venaient de les nettoyer. Il s'agissait de l'alliance et des plaques militaires de John. Greg laissa échapper un sanglot en voyant Mycroft récupérer les deux objets avec une douceur inhabituelle chez lui. John et la petite Agatha étaient morts. Il n'y avait plus rien à faire…