(herm) Aphrodite
Par Maria Ferrari
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Les personnages de Vision d'Escaflowne ne m'appartiennent pas, je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.
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—Chapitre 2—
Après un dernier serrage de mains, Allen laissa Van sur le perron et ferma la porte derrière lui ; le jeune roi s'apprêtait à partir quand une voix féminine l'interpella : « Van, attends ! »
Serena accourait. Revenant de son footing matinal, elle portait une tenue légère et sportive, bien peu en rapport avec les vêtements ordinaires d'une jeune fille de la bonne société. A son retour, ne possédant aucun effet personnel – excpeté l'uniforme de Dilandau –, Serena n'avait rien eu pour s'habiller ; Allen l'avait invité à se servir des habits de leur mère. Elle avait accepté. Hélas, cette garde-robe n'était composée que de tenues, élégantes certes, mais qui couvraient tout le corps et n'étaient guère confortables ou pratiques. Serena n'appréciait guère l'idée d'être vêtue en permanence ainsi ; à vivre dans le corps d'un garçon, elle s'était habituée à la relative liberté dont ceux-ci disposaient pour s'habiller. Elle avait exposé son problème à Allen ; comprenant ce qu'elle souhaitait, il avait refusé qu'elle se fasse tailler des vêtements de garçon ou de fille de ferme. Elle avait toutefois réussi à le convaincre de lui donner un peu d'argent pour acheter du tissu et se fabriquer elle-même des habits. Elle se doutait qu'il n'avait accepté que parce qu'il pensait qu'elle mésestimait la tâche et, n'ayant jamais appris à coudre, qu'elle ne saurait se tailler des vêtements corrects et retournerait bien vite prendre ses habits dans l'armoire de leur mère ; elle n'était pas bête et s'était bien gardé de lui préciser que Dilandau savait coudre ; il retravaillait ses habits pour mieux les façonner à sa personnalité, ses uniformes fantasques n'avaient donc jamais étonné personne ?
« Qu'y a-t-il, Serena ? demanda Van.
— J'aimerais… qu'on parle, lui dit-elle un peu essoufflée. J'aimerais… qu'on parle de… Dilandau. »
Elle posa ses mains sur ses genoux pour reprendre son souffle ; Van détourna les yeux un instant à l'évocation de son ancien ennemi qui était sans doute toujours vivant quelque part dans Serena.
« Tu tiens vraiment à ce qu'on parle de… lui.
— Oui… Tu as évidemment remarqué mon attitude distante envers toi… comme j'ai remarqué la tienne envers moi. »
Un silence gêné s'écoula ; Van avait naïvement espéré que cela ne se voyait pas trop.
« J'ai un peu de mal à me faire à l'idée que Dilandau et toi soyez la même personne, expliqua-t-il finalement, s'enfonçant les mains dans les poches. ça me met un peu… mal à l'aise.
— Pourquoi ça ? Tu penses que Dilandau était un être satanique ?
— Hé bien… »
Sans aller jusque-là, il fallait avouer que ce n'était pas loin de sa pensée ; Van préféra ne rien dire, jugeant que c'était peut-être exagéré… l'était-ce vraiment ?
« Tu sais, même s'il était une création des sorciers, il n'en restait pas moins un être humain comme les autres avec ses amours, ses haines, ses joies et ses peines.
— Surtout ses haines ! s'exclama Van.
— J'avoue que c'est ce qu'il ressentait le plus », murmura Serena, regardant l'herbe. Cette remarque était plus destinée à elle-même. « Cependant, il faut dire qu'il n'était pas aidé, continua-t-elle à l'adresse de Van. Les sorciers ont tout fait pour qu'il haïsse les gens. Ils lui ont fait croire que le monde était mauvais, que tout le monde le détestait. Dilandau a souvent été malheureux. Je ne compte pas le nombre de fois où il a pleuré en cachette. Tu sais, il y avait des gens qu'il aimait… et certaines de ces personnes le lui rendaient bien.
— Qui ? » Le ton de Van était dubitatif. Il voyait mal qui pouvait aimer Dilandau… quelqu'un d'aussi cinglé que lui peut-être ?
« Les Dragonslayers… Jajuka… Dilandau aimait bien ton frère aussi, cela dépendait des moments.
— Et ces personnes l'aimaient ?
— Mmh… Jajuka, c'est moi qu'il aimait comme si j'étais sa fille. Néanmoins, son amour et son attitude protectrice se sont naturellement reportés sur Dilandau. Folken… Folken, je n'ai jamais su ce qu'il pensait ! Ton frère a toujours été très… opaque… inexpressif ; j'ignore ce qu'il voulait cacher derrière cette façade d'indifférence. Pour ce qui est des Dragonslayers, je peux te dire qu'ils l'aimaient tous beaucoup.
— L'amour est aveugle », ricana Van. Serena le regarda durement, parée à défendre sa moitié : « Ne dis pas ça ! Dilandau était un être très attachant. Tu n'as pas le droit de le juger, tu n'as jamais vu que ses mauvais aspects. Bien sûr, il avait des pulsions violentes et meurtrières, mais il n'en était pas responsable ! Tu sais ce que les sorciers lui ont fait endurer ? Tu sais ce que ces hommes – s'ils méritent encore d'être appelés ainsi– lui ont mis dans le crâne ? Tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Qu'aurais-tu fait à sa place ? Le sais-tu ? Tu crois peut-être que tu aurais été moins violent ? Plus humain ? Est-ce qu'au contraire tu n'aurais pas été pire que lui ? »
Serena le toisa d'une drôle de façon. Van se gratta l'épaule, regarda ailleurs.
« Oui, tu aurais été pire que lui », assura-t-elle au bout de quelques instants en hochant doucement la tête. Van écarquilla les yeux, atterré qu'elle ose dire une chose pareille.
« Qu'est-ce qui te permet d'affirmer ça ? cria-t-il, blessé.
— Je t'ai vu te battre. Je t'ai vu tuer. Je t'ai vu enlever des vies aveuglément, sans pitié. Je t'ai vu féroce ! Je t'ai vu carnassier ! »
Elle approcha son visage à quelques millimètres du sien, le regard sévère.
« Pourtant… tu n'as été manipulé par aucun sorcier ce me semble. »
Serena s'était faite cinglante, elle défendait Dilandau, elle défendait une part d'elle-même. Elle savait que tout ce qu'elle disait était le reflet exact de la vérité, elle n'inventait rien, elle n'exagérait rien, elle se contentait uniquement de décrire ce qu'elle avait vu.
Les yeux écarquillés de Van fixaient Serena. Ce qu'elle venait de dire le sidérait ; pourtant, à bien y réfléchir, il devait se rendre à l'évidence : oui, il avait tué, oui, il avait été sans pitié… et sans l'aide d'aucun sorcier. Au moins, lui, n'y avait-il pris aucun plaisir. Du moins, il l'estimait. Aucun plaisir dans cette vengeance ? Aucune excitation alors qu'il s'octroyait le droit divin d'ôter la vie ?
« Tu vas sans doute me dire que c'est à cause des circonstances, reprit Serena, que tu étais en légitime défense, que c'est à cause de ce qu'a fait Dilandau. De mon côté, je te demanderai de songer que s'il n'y avait pas eu certaines autres circonstances, Dilandau ne serait jamais devenu le psychopathe que tu connais. »
Serena marcha un peu, s'éloignant lentement de Van. Elle s'arrêta, se tourna vers lui.
« La vie est un immense concours de circonstances… plus ou moins heureuses. Peut-on vraiment en vouloir aux gens qui sont victimes de ces circonstances ? De quels côtés se trouvent le bien et le mal ? Où se situe la frontière ? Combien de gens sont persuadés de lutter pour le bien ? Nous sommes tous persuadés de nous battre pour le bon camp, d'agir pour le mieux ! »
Elle pouffa, semblant se moquer d'elle-même, se rapprocha.
« Laisse tomber tout cela pour l'instant, le moment est mal choisi pour un cours de philo. ça va, Van ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette.
— c'est ce que tu m'as dit. Tu as… raison. »
Un petit sourire vainqueur étira les lèvres de Serena.
« Donc, tu admets que Dilandau n'est pas aussi monstrueux que tu le disais. Tu vas me regarder autrement à présent ? » triompha-t-elle.
Van hésita un instant, avant d'hocher la tête.
« Oui », dit-il d'un ton triste et sincère. Il se sentait vaguement coupable et complètement démoralisé. Il se demandait s'il avait des raisons de se sentir coupable de ses actes et il n'arrivait pas à répondre à ses questions par un "non" franc et massif.
« Je me sens mieux maintenant que je t'ai parlé », lui assura Serena d'une voix chaleureuse.
Elle s'apprêta à rentrer chez elle, se tourna encore une fois, changeant d'avis ; un petit sourire énigmatique éclairait son visage pâle.
« Je voulais juste te dire… Tu sais quelle est la première chose que Dilandau a pensé de toi ? demanda-t-elle.
— Sûrement un truc du genre : "Qui est ce paysan qui ose me parler sur ce ton ?" » répondit Van d'un air amusé. Serena secoua la tête et fit "non" de l'index.
« Pas du tout. Il a pensé : "beau gosse." »
Van éclata de rire.
« Tu te fiches de moi !
— Absolument pas ! Il t'a trouvé mignon. A son goût ! Son type d'homme quoi ! »
Sur ce, elle entra dans le manoir et ferma la porte derrière elle. Van était complètement abasourdi et étrangement heureux de la révélation que venait de lui faire la jeune fille, cela l'avait guéri d'un seul coup de la petite déprime qu'il débutait. Est-ce que le fait d'être jugé beau par un garçon – un garçon ! – totalement dérangé pouvait-il être considéré comme un motif quelconque de joie et de fierté ? Peu importait, il se sentait content.
