Harry Potter et…

Par Maria Ferrari

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Disclaimer : Les personnages de Harry Potter appartiennent à J., je ne tire aucun profit financier de leur utilisation.

Base : Tomes 1 à 6 de Harry Potter.

Cette fic est écrite du point de vue d'Harry, cependant, il y a un passage dans ce chapitre (un tout petit paragraphe de rien du tout) qui fait exception à cette règle et je n'ai pu me résoudre à l'enlever ^__^;;;

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— Deuxième partie – Noël —

— 25 décembre —

Passer Noël au 12, square Grimmaud avec pour compagnie l'Elfe Kreattur et le monstrueux portrait de la mère de Sirius, Harry avait cru qu'il pourrait s'y résoudre. Cependant, il lui apparaissait nettement à présent qu'il avait présumé de sa volonté. Ses amis lui manquaient cruellement, il brûlait de désir de transplaner chez les Weasley ou dans son ancienne école.

« Il y a toujours autant de monde à Poudlard ? demanda-t-il à Phineas Nigellus. Dans cette maison, la peinture de l'ancien directeur était le seul "être" avec qui il pouvait converser, voire entretenir un semblant de relation amicale.

— Ce n'est plus une école, c'est un asile politique. Il n'y a plus d'élèves mais tout un tas de réfugiés, sans compter les membres de l'Ordre. »

Le ton de Nigellus était désapprobateur, tout comme avait été son attitude lorsque le conseil d'administration avait décidé de fermer l'école : « Que les jeunes sorciers restent ignorants ! Voilà qui va bien vous servir pour lutter contre le fléau actuel ! »

Harry hocha la tête, il avait plusieurs fois été tenté de rejoindre l'Ordre pour leur demander de l'assistance, mais s'était toujours retenu.

« Je sais que ce ne sont pas mes affaires mais vous êtes bien bête de passer les fêtes tout seul ici alors que certaines personnes à Poudlard pourraient vous faire passer un bien meilleur Noël… et vous aider dans votre quête des Horcruxes dans laquelle vous restez bredouille pour l'instant.

— A qui avez-vous parlé de cela ? » s'indigna Harry. Il n'avait jamais parlé des Horcruxes à aucun des membres de l'Ordre. Et si Nigellus le savait, c'était uniquement parce qu'il avait la fâcheuse habitude de faire semblant de dormir et d'écouter en douce les conversations dont il était le témoin privilégié dans le bureau – l'ancien bureau – de feu le professeur Dumbledore.

« A personne, une certaine Miss Granger s'en est chargée. »

Le bruit caractéristique du transplanage se fit immédiatement entendre, Phineas eut un sourire goguenard et repartit dans son tableau de Poudlard, il pourrait sûrement y suivre la suite des évènements.

~oOo~

« Harry ! Tu t'es enfin décidé à nous rejoindre ! »

Ron accourait vers lui, les yeux humides, tel un chien heureux de retrouver son maître. Harry s'en voulut immédiatement de cette comparaison bien peu flatteuse pour son ami qui ne l'avait aucunement mérité, ces derniers mois passés dans l'isolement qu'il s'était lui-même imposé l'avaient manifestement aigri.

Les jumeaux lui faisaient un signe de main cordial. Ginny restait en retrait, mais se retenait visiblement de se précipiter dans ses bras. Tous les Weasley semblaient présents. Ainsi qu'un tas d'autres gens. C'était étourdissant de voir tant de monde après avoir vécu quasiment en ermite pendant des mois.

« Où est Hermione ? demanda-t-il sans même accorder un bonjour à son ami.

— Ici Harry. »

Il fit volte-face, elle se trouvait derrière lui, vêtue d'un jean et d'un pull informe, les cheveux redressés à la va-vite sur la tête, pas de chaussures, juste des chaussettes. Elle n'avait pas les larmes aux yeux comme Ron, juste un fin sourire. Elle semblait dix ans plus vieille, elle avait toujours été la plus mûre des trois, à présent cela se lisait sur son visage.

« Les Horcruxes ? »

Il était concentré depuis trop longtemps sur ce sujet pour être heureux de retrouver Hermione et Ron, bien qu'ils lui eussent affreusement manqué.

« Pas aujourd'hui Harry, c'est Noël », lui répondit simplement Hermione, puis elle vint tranquillement le serrer dans ses bras.

— 26 décembre —

Harry entra dans le bureau de Dumbledore… enfin, de McGonagall. Jamais il ne pourrait s'y faire. Ce n'était pas le bureau de sa directrice de maison, cela resterait toujours pour Harry celui de Dumbledore.

Le professeur de Métamorphose et directrice de Poudlard – au chômage technique depuis quelques mois – avait convoqué une réunion exceptionnelle de l'Ordre, uniquement à cause de sa présence.

« Cela fait longtemps que nous attendons cette occasion », avait dit Hermione d'une voix chaude. Ils lui avaient envoyé une bonne dizaine de courriers pour lui dire de venir, qu'ils pouvaient l'aider. Harry n'y avait jamais répondu. Il ne voulait mêler personne à son combat. Ce n'était pas de l'égoïsme de sa part – la gloire lui importait bien peu –, ce n'était pas qu'il pensât que c'était son combat et qu'il ne voulait pas qu'on le lui vole, c'était juste qu'il ne voulait entraîner personne vers la mort.

-

Il regarda les membres présents, bien peu de monde en vérité. Pourtant, pour ce qu'il avait pu en lire dans les journaux, l'Ordre n'avait pas subi des pertes très lourdes ces derniers mois. McGonagall était là, ainsi que Remus et Tonks, Hermione… Harry nota l'absence de Ron, sans doute n'en faisait-il pas encore partie : trop jeune. Hermione avait sûrement été intégrée malgré son jeune âge et à titre exceptionnel grâce à ses compétences et connaissances aussi nombreuses que variées. Il continua à parcourir l'assemblée du regard et se figea. Un personnage qui n'avait rien à faire là se tenait adossé contre un mur dans un coin de la pièce.

« Bonjour Monsieur Potter, salua l'intrus d'un ton faussement aimable, à peine plus fort qu'un murmure. Il avait usé de la même voix liquoreuse lors de leur première rencontre.

— Que fait-il là ? demanda Harry brusquement au reste de l'assemblée.

— Ne t'énerve pas Harry, intervint Remus en lui posant une main sur le bras. Harry lui lança un regard accusateur.

— Pourquoi n'est-il plus en prison ?

— Parce que nous l'avons fait sortir, déclara McGonagall froidement.

— Ne le répète à personne, très peu de gens sont au courant, ajouta Remus.

— Et il ne faut surtout pas que cela vienne aux oreilles du Seigneur des Ténèbres. S'il savait que bien que libre, je ne suis pas retourné à ses côtés, il tuerait ma femme et mon fils. L'indulgence n'a jamais été son fort.

— Cela ne me dit pas pourquoi vous avez été libéré ! » éclata Harry en se tournant vers lui. Depuis qu'il avait assisté à son entrevue avec Dumbledore, il ne détestait plus Drago Malefoy autant qu'avant, mais il n'y avait aucune raison pour qu'il en soit de même pour son père ! Lui était un tueur contrairement à son fils.

« Parce que vous avez besoin de moi petit insolent », lui cracha Lucius Malefoy. Il était décidément le mépris personnifié.

« Besoin de vous ? »

Harry était tenté d'éclater de rire. Malefoy était bien la dernière personne dont il avait besoin, il n'était bon qu'à créer des ennuis et à jeter des bâtons dans les roues… et c'étaient bien là les moindres de ses défauts.

« On m'a mis au courant. Vous cherchez les Horcruxes. J'en ai eu un en ma possession. »

On l'avait mis au courant de ça ? Qui ? Pourquoi ? L'Ordre tenait-il à ce que Malefoy se précipite chez Voldemort pour lui offrir cette information précieuse et ainsi revenir dans ses bons papiers ? Quel était l'imbécile qui tenait tant à faire échouer sa mission ?

Harry tremblait de rage. Il regarda Malefoy de haut. Un Horcruxe en sa possession ? Tu parles !

« Vous ignoriez que ça en était un, lança Harry d'un ton froid.

— Harry, écoute-moi. Il connaît Tu-sais-qui, il a de grandes connaissances en magie noire et du monde sorcier en général, déclara Hermione d'un ton qui se voulait apaisant.

— Il remplace Rogue quoi ! s'exclama Harry avec colère. Il est vrai qu'ils m'inspirent tous les deux la même répugnance. »

Harry planta ses yeux verts dans le gris glacé de ceux de Malefoy. Ce qu'il disait n'était pas tout à fait vrai ; en fait, il haïssait Rogue bien plus. Néanmoins ce qu'il ressentait vis-à-vis de Malefoy était bien suffisant pour refuser de tolérer qu'il se trouve bien gentiment en liberté, et ce dans la même pièce que lui !

« Laisse-moi finir ! Parmi ceux sur qui nous pouvons compter actuellement, il est le mieux placé pour deviner quels sont les objets qui font office d'Horcruxes, où ils sont et comment les détruire.

— Ceci étant, vous avez raison, il est vrai que si nous avions pu compter sur l'aide du professeur Rogue… entama McGonagall.

— Mais Rogue étant un traître et un assassin, vous vous êtes rattrapé sur celui qui lui ressemblait le plus… y compris sur ces deux points-là ! »

Toute l'assemblée parut mal à l'aise – mis à part Malefoy qui arborait un rictus méprisant et McGonagall dont le visage ne laissait rien transparaître de ses émotions –, Harry attribua cela à la honte d'avoir recours à Malefoy, un abominable mage noir. « Parmi ceux sur qui nous pouvons compter »… Qui pouvait être assez naïf pour compter sur Malefoy ? Cela dépassait l'entendement. Ils étaient désespérés à ce point par la mort de Dumbledore ?

« Pour ce qui est de la traîtrise, la mienne va vous rendre service, déclara Lucius d'un ton glacé. Quant au reste, bien que ce soit votre spécialité, je vous demanderai de cesser de proférer des sottises à longueur de temps. Severus n'est pas plus Mangemort que moi… que moi actuellement j'entends. »

Rogue pas Mangemort ? Qui disait des sottises ?

« Il a tué Dumbledore, que vous faut-il de plus ? cracha Harry. Ses poings le démangeaient.

— Pour ce que j'en sais, c'était pour aider mon fils. Et puis, je n'aimais pas Dumbledore, alors pardonnez-moi de ne pas concevoir de tristesse pour son trépas », ajouta-t-il, dédaigneux.

Lupin et Tonks regardèrent Lucius avec colère, McGonagall secoua lentement la tête, Hermione baissa les yeux. Harry s'appliqua à parler calmement malgré la rage qui couvait en lui.

« Comment osez-vous affirmer qu'il est du côté de l'Ordre ?

— Quelques doutes étaient nés dans mon esprit il y a un bout de temps déjà et… » Lucius parut soudainement las. « Vous allez me laisser longtemps argumenter avec ce gosse entêté ? Donnez-lui le flacon, nous verrons pour les Horcruxes une fois qu'il sera instruit et calmé. »

Sur ces derniers mots, Lucius quitta le mur sur lequel il était appuyé et sortit de la pièce, non sans avoir jeté un coup d'œil méfiant derrière la porte, puis il disparut et la porte se referma. Harry songea à une illusion d'optique, puis à un transplanage – impossible, il n'y avait pas eu ce bruit caractéristique et Poudlard était hermétique aux transplanages… du moins c'était le cas du vivant de Dumbledore –, il songea alors à une cape d'invisibilité, à moins qu'il existe d'autres moyens de se rendre transparent.

Les questions que se posaient Harry devaient se refléter sur son visage car Lupin y répondit.

« Ce n'est pas une cape d'invisibilité. C'est un sort qu'il projette pour que personne ne le voie, il tient à ce que le minimum seulement soit au courant de sa présence afin de garantir la sécurité de Narcissa et Drago. Pour le grand public et Tu-sais-qui, il est toujours en prison.

— C'est pour cela qu'il y a aussi peu de monde présent ici, pas parce que sa présence vous dégoûte – ce qui aurait aussi bien pu être le cas – mais parce que très peu de membres de l'Ordre sont au courant.

— Exact, nous sommes seulement quatre et le secret est gardé. »

Harry regardait toujours fixement la porte, les sourcils légèrement froncés.

« Quel est le sort qu'il utilise pour se rendre invisible ? » Sa cape avait ses limites, c'était toujours bon à savoir.

« Je ne sais pas, c'est un informulé, et je soupçonne qu'il est de conception personnelle. »

Harry se rappela le livre du Prince de Sang-Mêlé, le livre de Rogue, il était riche lui aussi en sorts de "conception personnelle". Il repensa avec dégoût au Sectum Sempra et aux effets que cela avait eus sur Drago.

« Parlons sérieusement. Qui a eu l'idée stupide de faire appel à un homme tel que lui au lieu de le laisser moisir en prison ? Il n'est venu à l'idée de personne qu'il pourrait courir répéter cette information précieuse à Voldemort ?

— C'est moi. »

Sa bouche tomba béante sous le coup de la surprise, c'était Hermione qui venait de prononcer ces mots.

« Toi ? » dit-il dans un souffle.

Comment avait-elle pu faire ça ? Elle ? Une fille de Moldus ? Comment la fille la plus intelligente qu'il connaissait avait-elle pu commettre une bourde pareille ?

« Ne me regarde pas de cette façon. J'ai essayé de retrouver par moi-même quels pouvaient être les Horcruxes de Tu-sais-qui, mais je ne progressais pas. Et ma démarche tenait plus de l'élimination des fausses pistes que de la recherche de vraies. J'ai eu l'idée de faire appel à Lucius Malefoy – ne t'inquiète pas, il n'ira pas répéter ce que nous lui avons dit à Tu-sais-qui, il n'a aucune envie de revenir près de lui, bien au contraire puisque sa seule envie est de faire sortir son fils de ses griffes. Il est sincère, je te le jure… et de toute façon, il y a un sort qui l'empêche de quitter Poudlard –, bien sûr, Malefoy reste Malefoy et j'aurais préféré que Rogue s'en charge, mais il est impossible à contacter et cela aurait risqué de le… »

Elle s'interrompit en voyant l'expression de son ami. Un mélange d'étonnement et d'horreur.

« Excuse-moi, je vais un peu vite, c'est vrai que tu n'es pas encore au courant.

— Tout à fait Miss Granger… d'ailleurs, nous aurions peut-être dû commencer par là », intervint McGonagall. Elle se leva, sortit la Pensine du placard, elle ouvrit ensuite un tiroir avec force mot de passe et contre-charme – le contenu devait en être précieux. Elle en sortit un flacon, un comme Harry en avait tant vus manipulés par Albus Dumbledore. Il ravala la boule qui montait dans sa gorge.

« Malefoy a parlé d'un flacon avant de partir. Je suppose qu'il s'agissait de celui-là. A qui est ce souvenir ?

— A Albus Dumbledore, cela faisait partie de son testament. »

Elle déposa le flacon sur le bureau et sortit de la pièce. Les autres la suivirent, Hermione en dernier.

Harry regarda tour à tour le flacon et la Pensine. Ainsi, Dumbledore avait pris soin de laisser un souvenir de côté pour lui et pour l'Ordre.

Il déboucha le flacon et le versa en songeant à ce que Malefoy avait dit. Il était en train de lui expliquer pourquoi Rogue n'était pas un Mangemort – explications vaines puisqu'il en était un et de la pire espèce ! – et avait finalement exigé – savait-il faire autre chose ? – qu'on lui donne ce flacon. Cela revenait à dire que ce souvenir de Dumbledore consistait à prouver à Harry que Rogue n'était pas un Mangemort.

Harry poussa un profond soupir. Il avait plusieurs fois mis en doute l'appartenance sincère de Rogue à l'Ordre devant Dumbledore, celui-ci l'avait à chaque fois contredit : « J'ai confiance en lui », disait-il. Il avait dû sentir qu'il valait mieux répéter cela à Harry y compris après sa mort et avait mis ce souvenir de côté, mais rien de ce qu'il y verrait ne pourrait le convaincre que Rogue n'était pas un Mangemort, et le directeur, au moment de mettre ce souvenir de côté, ne savait pas encore la fin qui l'attendait. S'il avait survécu, il aurait pu lui dire « J'avais tort de lui faire confiance. »

Même s'il savait déjà ce qu'il contenait, Harry ne pouvait que plonger dans la Pensine, d'abord pour le plaisir de voir à nouveau Dumbledore parler et bouger, ensuite par acquis de conscience parce que c'était ce que le directeur voulait qu'il fasse.

Il le fit donc.

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Ses pieds se posèrent dans la pièce qu'il venait tout juste de quitter. Dumbledore était assis à son bureau. Et en face se tenait… Harry serra les poings.

« Vous avez fait un serment inviolable Severus, si vous ne le respectez pas vous mourrez. »

Il paraissait être arrivé au milieu d'une conversation. Rogue marchait de long en large, visiblement perturbé.

« C'était parfaitement inconsidéré de ma part. Je n'aurais pas dû faire ce serment. Et vous… vous êtes plus important que moi. »

Harry fronça les sourcils. Le vide se fit dans sa tête.

« Severus, je n'approuve pas le fait d'avoir fait un serment inviolable – c'était sans doute un peu inconsidéré effectivement –, mais je ne peux que m'incliner devant votre désir de satisfaire Narcissa et de protéger Drago. C'est très noble. Sans compter qu'ainsi vous avez fait taire Bellatrix et ses accusations, ce qui est toujours bon à prendre. »

Dumbledore eut un sourire amusé, comme s'ils étaient en train de discuter d'un sujet badin et que Rogue avait joué là un bien joli tour.

« Drago est bien incapable de mettre fin à mes jours le pauvre enfant, on ne s'improvise pas tueur, et de toute façon, je refuse qu'il ait du sang sur les mains. Ce serait du gâchis. Il n'est pas mauvais.

— Il est bien sûr hors de question que Drago vous tue ! Comme il est hors de question que je le fasse moi-même ! » s'exclama Rogue en étendant les bras. Il s'écroula ensuite sur un siège.

Harry regarda Rogue d'un air ébahi. Il se tourna vers Dumbledore dont l'expression s'était durcie. Le directeur se leva de son fauteuil avec lenteur… et puissance. Il se dressa et planta ses yeux dans ceux de Rogue.

« Si Drago ne me tue pas – et il ne me tuera pas –, vous devrez le faire, car vous en avez fait le serment.

— Vous m'en demandez trop ! cria Rogue.

Vous le ferez. »

Harry déglutit difficilement, la voix de Dumbledore n'avait été qu'un murmure… un murmure terrifiant de puissance, de force de persuasion, un murmure qui exigeait, qui ordonnait, auquel on ne pouvait désobéir. Rogue s'apprêtait pourtant à porter une objection, Dumbledore lui décocha un regard tel une flèche, sa bouche se referma. Il baissa les yeux et se retira précipitamment.

Harry le regarda partir, mitigé, il reporta son attention sur Dumbledore. Celui-ci regardait la porte, l'air peiné, visiblement plus ému de devoir infliger cela à son subordonné que par sa mort programmée.

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Ainsi il avait choisi de mourir, il avait même choisi sa mort. C'était pour cela qu'il voulait à toutes forces voir Rogue et non Pomfresh, car il se sentait partir et il voulait que ce soit Rogue qui le tue.

Voilà à quoi pensait Harry assis à même le sol dans le bureau qui ne serait plus jamais celui de Dumbledore. Il savait à présent que Rogue ne voulait pas vraiment le tuer, il se disait aussi que si Rogue ne l'avait pas fait, Dumbledore aurait tout de même disparu car le poison qu'il avait bu – quoiqu'il ait pu lui assurer – devait être mortel.

Harry sentait un peu de sa haine contre Rogue s'évaporer. Juste un morceau. Un morceau de rancune qui s'envolait, allégeant son cœur.

Un morceau minuscule.

Après tout, bien sûr Dumbledore lui avait demandé de le faire, mais il restait que c'était quand même lui qui l'avait fait !

Et puis, si le directeur l'avait forcé à faire cela, c'était de sa faute, il avait fait un serment inviolable. Et pour qui ? Pour un membre de la famille Malefoy ! Des mages noirs ! Des Mangemorts ! Un geste noble, ça ? Dumbledore n'avait pas à mourir pour ce serment, cela aurait dû être à Rogue de mourir !

Et même s'il lui pardonnait la mort de Dumbledore, qu'est-ce cela pouvait bien changer au reste ? Cela ne changeait rien à sa satisfaction pour la mort de Sirius ! Cela ne changeait rien à sa responsabilité dans la mort de ses parents ! Ce qu'il n'avait d'ailleurs sûrement pas regretté quoi qu'il ait pu prétendre à Dumbledore. Comment aurait-il pu regretter la mort de James et Lily Potter ? Il les détestait !

Repentir sincère, mes fesses !

Harry voulait bien accorder le bénéfice du doute à Rogue en ce qui concernait son appartenance sincère à l'Ordre et lui trouver quelques minces excuses pour l'assassinat de Dumbledore, mais il y avait des choses qu'il ne pourrait jamais lui pardonner.

— 27 décembre —

« Vous étiez introuvable hier », remarqua Harry d'un ton froid. Lucius n'avait pas figuré sur la carte des Maraudeurs jusqu'à ce matin. Sachant qu'il ne pouvait quitter Poudlard, Harry en avait conclu que la salle sur demande – seule pièce qui ne figurait pas sur la carte – avait été remise en service et qu'il s'en servait comme chambre à coucher. Père et fils, même combat.

Enfin, tant qu'une certaine armoire ne s'y trouvait plus…

Lucius leva le nez vers lui et reporta aussitôt son attention sur Hermione.

« Cela vient de ma bibliothèque personnelle », lui dit-il. Harry fut surpris de l'entendre employer un ton amical, surtout que celui-ci n'avait aucunement l'air forcé.

« Vous avez réussi à en faire venir un autre ! » Elle se tourna vers Harry. « En matière de magie noire et autres arts obscurs, la bibliothèque de Poudlard fait pâle figure face à celle de Lucius. »

Elle l'appelait par son prénom ? Harry ne put retenir une grimace.

~oOo~

« Très intéressante, votre amie, mais je l'avais déjà compris en entendant Drago en parler. »

Hermione était sortie. Ils se trouvaient seuls dans la bibliothèque. Lucius feuilletait lentement un livre relié de cuir rouge.

« Il n'a pourtant pas dû se priver pour la rabaisser, répliqua Harry d'un ton égal.

— Je connais mon fils, je sais faire le tri dans ses propos. En ce qui la concerne, il était parfaitement transparent, c'était un mélange de répugnance forcée – parce que c'était une Sang-de-Bourbe –, de jalousie et d'admiration. »

Harry était resté debout depuis qu'il était entré, cela faisait maintenant une bonne heure qu'il gardait cette position. Ces yeux n'avaient pas lâché Malefoy une seconde, ce qui ne paraissait nullement incommoder ce dernier.

Il commençait à avoir mal aux pieds et aux jambes à force de rester debout et immobile. Il tira une chaise d'un geste brusque, s'y laissa tomber et croisa les bras.

« La seule raison pour laquelle vous nous aidez c'est parce que Voldemort vous a dans son collimateur et que vous étiez en taule. Vous cherchez juste à retrouver votre liberté, que ce soit par rapport à Voldemort ou par rapport à la loi », cracha-t-il.

Lucius releva un regard indifférent.

« Vous vous trompez, dit-il d'un ton paisible. Du moins en partie. Ceci est l'une des raisons qui fait que je vous aide, en aucun cas la seule, et certainement pas la principale. Si je vous aide, c'est avant tout pour pouvoir sortir mon fils de la situation où il se trouve en partie par ma faute, car, aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai la faiblesse de tenir à lui… de l'aimer, dirais-je même.

— Vous n'êtes qu'un menteur et un hypocrite. Pourquoi vous croirais-je ? »

Lucius fit la moue et haussa les épaules. Ses yeux retournèrent au livre.

« Croyez ce que vous voulez, cela m'importe bien peu puisque cela ne change rien : vous avez besoin de moi. Que cela soit par intérêt personnel ou dans le but plus noble de secourir mon fils, vous êtes de toute façon forcé d'accepter mon aide.

— Je vais vous dire, je me fiche pas mal de la raison pour laquelle vous le faite. Pour moi, vous resterez toujours une saleté de Mangemort, un salaud de première et rien de ce que vous pourrez faire ne pourra y changer quoi que ce soit. »

Lucius lui dédia son expression la plus méprisante.

« Sirius ne pouvait rêver meilleur filleul. Une fois qu'il avait une opinion arrêtée sur quelque chose ou quelqu'un, il était quasiment impossible de la lui faire changer. Un parfait entêté. Je vois qu'il en est de même pour vous. »

Harry sentait ses ongles s'enfoncer dans la chair de ses paumes tant il serrait les poings.

« NE DITES PAS DE MAL DE SIRIUS ! éclata-t-il, se dressant et tapant des deux poings sur la table. Vous êtes responsable de sa mort !

— Merci, mais vous me flattez, c'est Bellatrix qui l'a tué, pas moi. Je n'y suis hélas pour… »

Lucius grimaça quand son épaule rencontra violemment le sol. Il attrapa les poignets d'Harry et les lui bloqua avant que ce dernier ne le bourre de coups de poings.

« HARRY ! »

Hermione était revenue, elle le tirait par les épaules. Il se força à se calmer et se redressa.

« Ce sale Mangemort m'a mis hors de moi !

— Harry… » murmura Hermione d'un ton suppliant.

Malefoy s'était relevé lui aussi, grimaçant et se tenant l'épaule, il décocha un regard acéré vers Harry.

« A votre avis, que se serait-il passé si je n'étais pas devenu Mangemort ? demanda-t-il d'un ton dangereux. Que serait-il advenu de Drago ? Aurait-il été tué sous mes yeux… ou serait-il devenu orphelin après que le Seigneur des Ténèbres soit venu nous abattre moi et sa mère ? Nous nous serions peut-être alors vus remplacés par une cicatrice sur son front et une prophétie sur son dos ? J'ai beau être un mauvais père, je ne pense pas pour autant que ce troc aurait été avantageux pour Drago. Ou alors, peut-être aurions-nous été seulement torturés et Drago serait venu nous visiter avec sa grand-mère à Sainte Mangouste dans le quartier des fous ? Quel sort enviable cela aurait été pour lui comme pour nous ! »

Hermione pointa sa baguette vers son épaule, il se tut pendant qu'elle le soignait, puis releva sa chaise et s'y réinstalla avant de poursuivre, ménageant ses effets.

« Dans ces conditions, excusez-moi d'avoir jugé préférable de rejoindre le camp du Seigneur des Ténèbres plutôt que celui de l'Ordre du Phénix, pardonnez-moi d'avoir fait passer ma vie et ma santé, ainsi que celles de mon fils et de ma femme, avant celles des autres. »

Harry resta silencieux. Il bouillonnait de colère, de rage, d'indignation. Comme si Malefoy ne serait pas devenu Mangemort de toute façon ! Comme s'il avait eu un seul instant l'idée de rejoindre le camp de l'Ordre à cette époque !

En même temps, Harry devait s'avouer qu'il y avait un fond de vérité dans ce qu'il disait…

Malefoy devait sentir les objections que formulaient Harry en pensée car il reprit :

« Soyons sincères, je ne renie pas les idées du Seigneur des Ténèbres – bien que je ne les épouse pas totalement – et sans doute serais-je devenu Mangemort sans avoir besoin de sentir une menace planer au-dessus de ma famille si je ne le faisais pas. Quant à le combattre, même si j'avais pu le faire sans risque, je ne l'aurais pas fait… du moins à l'époque. Néanmoins, si j'ai agi ainsi, c'est avant tout par instinct… l'instinct de survie et l'instinct paternel. Je ne mérite sûrement pas le prix du meilleur père, mais au moins je refuse que mon fils soit tué devant mes yeux, comme je refuse qu'il se retrouve sans famille ou avec des parents diminués de leur raison et incapables de s'occuper de lui. Comme je vous l'ai déjà dit il y a peu – et même si vous ne m'avez pas cru –, j'ai la faiblesse d'aimer mon fils. »

Lucius claqua le livre, mettant fin à son monologue. Il l'empocha et sortit de la pièce. Hermione se tourna vers Harry.

« S'il le dit, c'est que c'est vrai. Ce n'est pas le genre d'hommes à s'inventer ce genre de sentiments, à moins de vouloir émouvoir. En l'occurrence, il n'a aucune raison de chercher à nous attendrir, il sait qu'on a besoin de lui. »

Ces paroles faisaient désagréablement écho à celles de Malefoy. Harry fronça le nez.

« Tu es amie avec lui ? »

Hermione leva les yeux du livre qu'elle s'était remise à feuilleter dès le départ de Lucius.

« C'est beaucoup dire. Disons que nous nous entendons bien. C'est un vrai puits de sciences ! »

Elle retourna à son livre, laissant Harry perplexe. Si, chez Hermione, l'intelligence et la culture étaient des atouts non négligeables, ils ne rendaient Lucius que plus détestable aux yeux de Harry, car jusqu'à peu il n'avait pas mis son intellect au service d'une cause juste, et même à présent, il ne servait que son intérêt, tout au plus celui de son fils.

« Pendant que j'y pense ! s'exclama Hermione en relevant les yeux du livre. Lucius a trouvé qui était R.A.B. »

Harry releva la tête – arrêtant de contempler ses chaussures –, il trouvait soudainement les découvertes de Malefoy beaucoup plus attrayantes.

« C'était Regulus Black… tu sais ? Le frère de Sirius. »

Harry resta sans voix. Regulus Black serait celui qui a pris l'Horcruxe, mais… Sirius n'avait-il pas dit que c'était un lâche ? Et de toute façon, c'était un Mangemort, non ?