Note : Préparez la guimauve en boîte et les citrons :) Bonne lecture !


Partie Deux

(Aomine part chercher un tapis épais dans la salle de bains pour le disposer sous la table de la cuisine. Le chien paraît intrigué et s'en approche en le regardant, la tête basse, peu certain de ce qu'il a le droit de faire. L'adolescent ne peut s'empêcher de sourire et l'attrape sous les côtes pour le déposer dessus avant de lui faire une dernière caresse.

« Allez, bonne nuit l'cabot. »)

x-x-x

Je repasse par la salle de bains et décide, plutôt que de me laver seulement les mains, de prendre une douche rapide. Après tout, je n'en ai pas encore pris le temps ce soir et ça me fera du bien, sans compter que ce sera aussi plus agréable pour Ryôta.

Je retire mes vêtements, me sentant libéré d'un poids en virant cette foutue cravate que je serai heureux de voir enfin disparaître à la fin de l'année, quand j'aurai mon diplôme.

« Foutu conseil. M'obliger à aller jusqu'au bahut un samedi, sérieux… »

Sous l'eau chaude, je me demande si Kise va décider de me faire son numéro d'enfant qui boude ou si, au contraire, il va avoir préparé un petit quelque chose pour m'aguicher. L'un comme l'autre ne m'étonnerait pas et, poussé par la curiosité, je termine de me laver en vitesse pour me sécher rapidement. Ce n'est qu'en m'apprêtant à sortir de la salle d'eau, pas plus habillé qu'en sortant de la douche comme à mon habitude, que je me dis que je pourrais même mettre un peu de ce parfum qu'il aime tant. C'est en tout cas ce qu'il me semble, puisqu'il passe son temps le visage fourré dans mon cou dès que j'en mets. Pas que ça me déplaise, évidemment, mais c'est aussi pour ça que je le garde de côté pour des occasions où je sais que la nuit sera mouvementée.

J'en place une goutte derrière mes oreilles, je sais qu'il ira immanquablement les mordiller car il sait à quel point ça me rend dingue. J'en ajoute un rien sur ma hanche en retraçant du bout du doigt la ligne de l'os iliaque. Je me contemple une seconde dans le miroir plain-pied accroché au mur et me passe une main dans les cheveux pour les ébouriffer un peu. Je ne me vante pas souvent dès qu'on sort du domaine des capacités physiques (j'en ai un peu rien à foutre de mon apparence, sauf quand c'est pour lui), mais je doute qu'il me boude bien longtemps… Si tant est qu'il ait choisi cette option.

Je m'aperçois bien vite que ce n'est pas le cas en poussant la porte de la chambre et sourit vicieusement devant la vision de mon blond dénudé, couché nonchalamment sur le plaid foncé qui recouvre le lit, un petit rictus provocateur au coin des lèvres et les yeux brillants, presque luisants à la lueur des photophores disposés sur les tables de chevet. Lui, il a une idée précise pour la soirée derrière la tête ou je ne m'y connais pas. Mais je ne pourrais pas l'en blâmer, je ne suis pas non plus innocent de ce côté-là.

Je m'approche du lit et m'appuie dessus avec mes bras pour aller taquiner sa bouche en un baiser joueur. Peu importe ce à quoi il pense, je tiens à imposer le rythme. Je happe ses lèvres entre les miennes et me retire juste au moment où il s'apprête à m'embrasser, et ce plusieurs fois, l'amenant petit à petit à se redresser. Il finit par en avoir assez de ce petit jeu et plaque ses deux mains derrière ma nuque pour m'entraîner contre lui, glissant son corps sur le tissu polaire tandis que je tente d'établir un semblant d'équilibre au-dessus de lui.

Bon, il a gagné ce round et il a l'air décidé à me le faire savoir en m'embrassant à pleine bouche. C'est à peine s'il me laisserait respirer ce blondinet de malheur. C'est une plainte de douleur de ma part qui le fait consentir à me lâcher, intrigué. Quant à moi, je masse l'arrière de mon cou alors qu'il descend ses mains sur mes épaules pour m'en laisser l'accès, ce qui me tire une nouvelle protestation

« Aïe ! Mais qu'est-ce que t'as dans les m-… »

Ce n'est qu'à ce moment-là que je remarque qu'il tient deux préservatifs entre ses doigts, et un rapide coup d'œil à la table de nuit de l'autre côté du lit me confirme qu'ils ne sont pas destinés à une partie de pogs version Durex. Ou alors il a décidé de rendre le jeu plus difficile en les enduisant de lubrifiant à l'aide de ce tube.

C'est en tout cas le moment où mon cerveau décide de tout mettre sur pause, et j'en oublie même d'engueuler mon compagnon pour avoir réussi à me couper (deux fois !) avec le bord denté de ces saletés de petits sachets.

« Dai… ? Daiki ? Ohé ? »

Il me secoue légèrement après avoir posé ce qu'il tenait, et je me laisse tomber à côté de lui sans prévenir sur le ventre afin de pouvoir cacher mon visage.

« Daikicchi ? Mais qu'est-ce qu'y a ? »

Je souris malgré moi à ce suffixe qui, collé à mon prénom, pourrait concurrencer un virelangue mais ne le lui montre pas pour autant. Je sens l'une de ses mains se poser sur mon dos pour le caresser en un geste apaisant et devine, au ton de sa voix, qu'il a en fait déjà compris l'origine de mon malaise. Il passe sa jambe au-dessus des miennes et vient se gluer contre moi pour mieux m'étreindre et déposer de légers baisers le long de mon oreille. Je voudrais le repousser parce qu'il m'étouffe quand même, l'air de rien. Mais je suis toujours incapable de me soustraire à ce geste. Simplement d'y succomber.

Seulement, j'aimerais qu'on mette les choses au clair car je veux certes lui faire plaisir (tout en sachant qu'il en sera au final autant pour moi) mais, une fois n'est pas coutume, j'ai envie d'être rassuré. Non, pas besoin, envie. Je suis pas une fillette non plus, merde. Je suis un homme, grand et viril, et je me dois de résister à ces –haaa… Cette délicieuse torture.

« Ryôta… » je finis par articuler, la voix étouffée par la couverture.

« Hm ? » Il s'arrête finalement et s'écarte un peu. J'en profite pour relever la tête et me coucher sur le flanc tandis que lui m'imite en s'appuyant sur un coude, l'air interrogateur. Pourtant il sait très bien de quoi je veux lui parler. Et c'est tout à fait digne de lui, ce genre d'asticotage. Je ne sais pas encore si j'aime ça ou pas chez lui. Je lui pince le nez pour la forme, et des larmes lui montent aux yeux sous la pression.

« Bais ça fait bal, Aobidecchi ! »

Je hausse les épaules en le lâchant. « C'est le but, crétin. »

Il me lance un regard courroucé et je soupire avant d'accrocher son regard. Ses magnifiques iris d'ambre incandescent qui allumeraient un feu incendiaire même chez le plus frigide des camionneurs homophobes… Oh, c'est pas une mauvaise idée ça, ça me plairait bien d'essayer sur une banquette un jour, même simplement d'une voiture. Je me demande, lui qui est toujours plein de nouvelles idées, quelles positions il serait capable de trouver pour s'enfoncer en moi avec le meilleur angle- Aïe, nous revoilà au problème du soir.

« J'me disais juste, » je reprends, un peu plus enhardit par les images qui prennent place dans mon esprit, « ça fait longtemps, j'ai p- ..j'crois que je risque d'être tendu. »

Si je lui dis que j'ai peur, j'en entendrai parler jusque dans la tombe avec un abruti pareil. Pourtant, c'est bien cela qui me pèse dans l'estomac. On n'a expérimenté que quelques fois, et même si c'était le pied total, j'ai encore du mal à me sentir à l'aise à l'idée même. Je suis pas en train de dire qu'on s'emmerde le reste du temps, je pourrais prouver le contraire immédiatement, et c'est d'ailleurs pour cette raison que la pénétration reste une pratique assez exceptionnelle entre nous.

« C'est le but, idiot », m'imite-t-il en souriant. Pour la peine, je le frappe mollement à l'épaule.

« T'es con… » je souffle en détournant les yeux.

« Je sais ce que tu voulais dire. » Evidemment que tu le sais, t'aimes juste te payer ma tête dès que l'occasion t'en es donnée. « Et c'est pour ça que j'ai prévu de prendre grand soin de toi, pour que tu te détendes, Aominecchi~ »

J'ai remarqué depuis un certain temps qu'il m'appelle toujours ainsi lorsque je dois comprendre un certain sous-entendu caché derrière ses phrases, ou tout simplement quand il est d'humeur à un câlin un peu espiègle. Ça fait partie intégrante des choses qui font que je le trouve si vrai dans sa façon d'être, quand d'autres le trouvent superficiel ou juste idiot. En réalité, il dit tout, il ne cache rien, il faut simplement pouvoir le comprendre.

« Tu me fais confiance, pas vrai ? » souffle-t-il contre mon visage en me repoussant sur le dos avant de s'installer au-dessus de moi. Je sens la chaleur de ses cuisses et de son entrejambe irradier contre mon ventre. Je suis tenté de lui répondre qu'il n'a vraiment pas une tête à inspirer confiance, juste pour qu'il me fasse sa moue caractéristique que j'ai longtemps craint de perdre un jour, mais me contente de passer mes bras dans sa nuque pour l'amener contre moi et l'entraîner dans un baiser humide et fiévreux. Il peut bien me faire ce qu'il veut finalement, tant qu'il me fait crier son nom jusqu'à en perdre la voix.

Je sens ses doigts se perdre sur ma peau et remonter dans mes cheveux qu'il ébouriffe davantage, libérant un peu de la fragrance du parfum que j'ai déposé derrière mon oreille.

« J'aime », lâche-t-il contre mes lèvres avant d'aller explorer ma gorge qu'il taquine de petites aspirations bruyantes.

Il en fait le tour en insistant davantage dès qu'il sent battre mon pouls, et je l'encourage à continuer d'une paume fermement pressée entre ses épaules. Je le sens sourire et, tandis qu'il remonte pour aller suçoter le lobe de mon point sensible, de torturants picotements prennent ma poitrine et mon bas-ventre d'assaut. Il redessine les contours de mon oreille du bout de la langue, et une vague de chaleur qui me traverse me fait arquer mon corps autant qu'il m'en est possible avec le poids du sien qui m'entrave.

« -Aominecchi serait-il impatient finalement~ ?

-Au moins-… autant que toi », je halète en remontant l'une de mes jambes entre les siennes pour venir appuyer contre ses fesses musclées.

Il continue son traitement de supplice et je me tords sous lui pour en recevoir davantage. Je veux tout, je veux qu'il me touche partout, qu'il continue même si j'en perds la tête. Je sais qu'il ne me manque pas grand-chose pour jouir juste par ce contact, et la frustration qui s'accumule dans chaque parcelle de ma peau doucement consumée par un désir grandissant finit par se rassembler au creux de mes côtes, me coupant le souffle. Je peine à respirer, j'hésite entre céder à ma raison qui me dit de le faire arrêter avant de réellement court-circuiter ou à l'envie qui m'écrase les entrailles en enflammant mes sens.

Mon blond finit par décider pour moi, et je me fais la réflexion qu'il devine toujours à quel moment je commence à être partagé entre plaisir et douleur. Il se redresse, me laissant reprendre mon souffle un instant, et vient à nouveau s'allonger à côté de moi, une jambe en travers des miennes pour me signifier qu'il me laisse un peu plus de liberté, mais pas autant que j'en aurai besoin. Ses doigts dessinent quelques formes inconnues sur mon ventre, suivis par ses lèvres gourmandes qui prennent soin de ne faire qu'effleurer mes zones érogènes.

Frustré alors qu'il s'attarde sur mes flancs pour en humer le parfum déposé là, je lui lance un regard interrogateur auquel il répond par l'un de ses sourires qui ne me disent rien qui vaille. Je ne perds pas le nord pour autant et glisse l'une de mes mains dans les mèches dorées pour l'inciter à descendre davantage. Le fera, le fera pas ? je me demande en observant sa réaction.

Le fera pas me signale la petite voix qui s'impose dans mon esprit lorsque ses longs doigts fins de mannequin tracent le contour de mon aine avant de s'enrouler autour de mon érection pour la masser du pouce. Et il est flagrant que ça l'amuse de savoir que j'étais presque à bout deux minutes plus tôt.

« Crétin », ne puis-je m'empêcher de murmurer, ce qui le fait rire. Il remonte vers mon visage sans pour autant se distraire de ses doigts qui s'affairent contre ma peau bouillante et m'embrasse intensément. Nous soupirons d'un même accord en joignant nos lèvres, et la chaleur de sa bouche me semble s'infiltrer dans chacun de mes membres pour mieux les engourdir, me plier à sa merci.

Il ne s'écarte pas tout de suite quand nous nous séparons, me laissant plonger au cœur de ses iris où fusionnent le soleil et l'affection, la tendresse, même. Dans ces moments-là, je me dis que c'était lui, la véritable lumière de Teikô. Il irradie tant de passion de ce garçon que j'aime que je me fous de m'en approcher au plus près, au risque de succomber à m'être trop exposé à son rayonnement.

Nous restons ainsi un instant, simplement à échanger sans le moindre mot autant de doux souvenirs que de promesses futures. Reste à mes côtés, c'est ce dont tu m'implores silencieusement à chaque fois. Je sais à quel point tu manques de confiance. Même si je n'apprécie pas que tu remettes la force de mes sentiments en doute, je peux voir qu'au fond de toi, c'est l'avenir qui te fait peur. Je ne serai jamais à la hauteur pour toi. Oh si ma lumière, c'est moi qui doit faire des efforts pour pouvoir me loger dans ta chaleur. Un jour, tu n'en pourras plus de moi. Si tu savais combien chaque heure passée dans ce lycée à des dizaines de kilomètres de toi me pèsent.

Tu sais que je suis incapable d'exprimer ces pensées à voix haute, et j'ai bien conscience que tu t'en contentes. Tout comme je sais que tu me comprends, que tu distingues au fond de moi cette crainte de tout voir voler en éclat si jamais j'osais mettre des mots sur ce que je ressens. Ce n'est pas que je ne crois pas en nous, bel ange, c'est que je ne crois pas en eux, les autres. Ils n'hésiteraient pas à nous détruire s'ils savaient, alors je veux le garder pour moi. Je veux continuer à vivre sous couvert de cette apparente amitié indétrônable que nous avons brandit comme une patte blanche lorsque nous avions émis le désir de vivre ensemble, quelque part sur la ligne ferroviaire entre nos deux lycées. Je le sais, ne t'en fais pas. Je le sais, me rassures-tu d'un battement de cils.

Je lève la tête pour effleurer tes paupières du bout de mes lèvres avant que tu ne m'embrasses à nouveau, moins pressant, plus amoureux. Seuls les sons humides de notre échange et de ta main glissant contre ma verge résonnent à nos oreilles, troublés par nos respirations qui reprennent peu à peu leur rythme saccadé en suivant le crescendo du sang pulsant dans nos veines.

Tu brises le baiser et me sourit d'un air un peu benêt, mais je ne me laisse plus avoir : tu prépares quelque chose. Ton sourire s'élargit devant mon air interrogateur et tu fonds à nouveau sur mon oreille pendant que j'hésite entre te tuer et te supplier de cesser de me faire languir.

Je sens ta langue me frôler à l'intérieur et je me cambre, à peine retenu par ta jambe en travers des miennes. Ça aussi, c'est une de tes armes. Apprendre les points faibles des autres et les exploiter avec subtilité. C'est certain, je te déteste au moins autant que je peux t'aim-…

« Aaa-ah…Mer.. ! Ryô ! »

Tes doigts se pressent à nouveau contre cet endroit que l'on découvre tous les deux sensible à ma plainte. Moi qui croyais que tu m'avais déjà touché de toutes les façons possibles, je suis étonné d'avoir encore de telles zones érogènes cachées. Tu lapes et suçote le contour de mon oreille comme tu ferais fondre une friandise, et une nouvelle vague de plaisir, aussi forte que la première, me submerge. La sensation d'être traversé par une décharge foudroyante se répand dans mes membres, toutefois pas encore suffisamment puissante pour me faire totalement lâcher prise. Mais tu n'attends que cela, et nous le savons tous les deux. Alors ta main accélère le rythme et je me retrouve bientôt à la merci des ressacs de désir qui prennent naissance au creux de ta main pour aller échouer en écume jusqu'au bout de mes doigts.

Ma respiration se hache, je me sens au bord du gouffre, incapable de retenir les gémissements de satisfaction qui se bousculent dans ma gorge. J'ai l'impression de ne plus savoir où je me trouve réellement, complètement abandonné à la luxure que tu provoques en moi rien que par tes caresses. Je sens un liquide tiède couler de ma bouche entrouverte sur ma joue, bien vite effacé par une langue chaude avant que tes lèvres ne me susurrent :

« J'aime te voir ainsi, Aominecchi. »

Comme d'habitude, crétin, ais-je envie de répondre, mais tu me prends de court et m'assènes le coup fatal en te plaçant au-dessus de mes jambes d'un mouvement fluide, rodé, pour parcourir mon flanc de ta main libre. Je sens mon corps se tendre une dernière fois avant de se relâcher en spasmes dévastateurs. Je rejette ma tête en arrière, comme pour mieux encaisser le choc, et tu t'empresses de venir embrasser ma gorge avec délectation. Lorsque ces assauts de plaisir se terminent enfin, je prends le temps de me souvenir comment respirer, le dos toujours arqué dans une position certes douloureuse, mais qui me permets de reprendre pied avec la réalité.

Que celui qui prétend qu'on ne peut pas atteindre un véritable orgasme rien que par la stimulation de quelques zones érogènes vienne me voir, j'aurai deux mots à lui dire…

Je reste quelques instants étendu là, quelque part dans un brouillard si épais que je ne suis même pas certain que c'est bien ton visage que je caresse en tendant la main. Je passe mon pouce sur les lèvres légèrement humides qui se présentent et les reconnaît. C'est bien ton sourire satisfait et narquois qu'elles dessinent, celui que tu affiches lorsque tu es vraiment fier de toi, lorsque tu me mets à genoux et m'achève. Un jour, je te demanderai comment tu fais pour être aussi bon, aussi doué pour connaître mon corps encore mieux que moi-même.

« Dai~ki » chantonne ta voix près de mon visage. Je glisse ma main dans tes cheveux pour apprécier davantage ton souffle contre moi et rouvre lentement les yeux. J'avoue que j'ignorais les avoir fermés, bien que ce ne soit pas vraiment étonnant.

Je t'amène à moi pour un baiser lent et paresseux, post-orgasmique, et toujours aussi délicieux. Tu n'as pas idée à quel point je peux être accro à toi, Ryôta. Je t'ai si loin dans la peau que ça me fait presque peur alors que je plonge à nouveau dans ton regard attendri et fasciné.

« Tu as vraiment des yeux magnifiques… » laisses-tu échapper en te détachant de moi, me surprenant. Ce n'est vraiment pas quelque chose que tu me dis souvent, bien que je le devine dans ces moments où l'on se perd dans l'esprit l'un de l'autre au travers de nos iris, seule porte s'ouvrant sur tous ces sentiments qui nous animent et que nous partageons malgré nos doutes, malgré… cette jeunesse qui est la nôtre. C'est elle qui nous effraie le plus, et nous le savons l'un comme l'autre. Mais on le prouvera ensemble, à ce monde qui n'est pas encore près à l'entendre et à nous accepter. On leur prouvera à tous qu'aimer n'est pas un mot qui n'est réservé qu'aux adultes.

Tu me souris, comme si tu savais parfaitement ce qui se passe dans ma tête et pose un baiser sur mon front avant de m'ébouriffer les cheveux. Et là, d'un seul coup, ton air ne me dit à nouveau plus rien qui vaille. Je me rends vite compte que j'ai bien raison lorsque tu brandis les deux préservatifs avec un immense sourire victorieux.

Tu n'as pas idée à quel point je te déteste, Ryôta.

« J'imagine que t'en démordras pas ? » je soupire, quasiment résigné. Non, je sais, ça ne me ressemble pas mais croyez-le ou non, dès que cette tête blonde bien trop creuse se remplit d'une idée, vous pouvez toujours vous lever de bonne heure pour la lui en retirer. C'est tout ce qu'il a dedans, après tout, et je sais de quoi je parle… J'ai passé des journées entières à entendre ce crétin geindre de son air niais : 'Aominecchi, un un-contre-un ! Encore un !'

« Tu ne veux vraiment pas ? » Aaah non, vraiment, arrête, pas cette moue. Je vais réellement finir par te l'arracher du visage un jour, ta fameuse arme secrète. Tout le monde plonge dedans la tête la première et y cède aussi sec, enfin presque. Je me souviens que tes anciens capitaines n'y ont jamais été très sensibles, et le reste de la Génération des Miracles non plus d'ailleurs. Seulement voilà, depuis qu'on est ensemble, tu me l'as sortie dans tellement de situations différentes que j'ai de plus en plus de mal à ne pas me laisser avoir.

Tu es un extra-terrestre, Ryôta.

Je finis par prendre une grande inspiration et vois ta main qui tient les fameuses protections reculer légèrement. Tu t'inquiètes ?

« C'pas vraiment qu'j'ai pas envie », je lâche en détournant le regard, incapable de t'affronter pour avouer quelque chose d'aussi embarrassant. « J'aime ça… quand tu m'prends… » Est-ce qu'au moins je parle suffisamment fort ? « Mais j'suis pas à l'aise… Avant. »

Tu sembles soulagé, je le sens à tes muscles qui se desserrèrent autour de ma taille.

« -Tu sais, tu peux aussi juste dire que t'aimes être 'passif', t'as pas à-

- Ferme-la et enfile cette putain de capote, et moi avec, bordel ! » je résume.

« -… Waow. C'est… vulgaire, Aominecchi… »

C'est vrai, un peu, mais je perds patience. D'un côté, je ne peux pas m'empêcher de me sentir tendu par l'appréhension mais, de l'autre, je suis forcé d'admettre que mon corps n'attend que ça. Lui sait mieux que ma tête combien j'aimerai ça une fois le premier instant passé, une fois qu'il aura pris le contrôle sur ses propres réflexes. Et puis, quand on y réfléchit, ça ne te surprend pas vraiment, tu as l'habitude. La preuve en est que tu as retrouvé ton air joueur et que tu as préféré ce surnom aussi vieux que notre relation, bien qu'elle n'avait évidemment pas tout de suite démarré comme on la vit aujourd'hui. Et encore heureux d'ailleurs, parce que je pense que j'aurais vite déchanté à l'époque.

Tu passes au-dessus de moi et prend appui à côté de ma tête pour atteindre la table de chevet. Je m'empare délicatement de ton poignet pour ne pas te déséquilibrer et en effleure l'intérieur de mes lèvres en veillant à retracer du bout de la langue chaque veine visible sous ta peau de porcelaine.

« Hé ? Tu triches, Aominecchi~ »

Tu retrousses les lèvres mais ne te dégages pas de ma prise alors que tu n'en aurais aucun mal. Tu te rassieds sur mon ventre et m'observe tandis que je m'amuse des pulsations que je sens battre contre ma bouche. Elles me chatouillent et m'émerveillent, elles me rappellent que tu n'es pas juste le garçon que j'aime mais Kise Ryôta, un adolescent à part entière qui a derrière lui un passé, qui chevauche son présent, et qui s'avance à chaque seconde vers son futur. Tu es l'être dont le cœur m'appartient, et cette idée me grise autant qu'elle m'intrigue. C'est quelque chose d'étrange, quand on prend le temps d'y penser. Temps que tu ne veux visiblement pas me laisser alors que tu récupères ta main, les pommettes légèrement rougies sous l'effet de mes caresses. Je connais mieux tes propres points sensibles que les miens, pas vrai ?

Tu m'embrasses, brièvement, et je comprends ce que ça veut dire. Je bouge un peu pour m'installer plus confortablement contre la couverture et te regarde descendre le long de mon corps pendant que j'éprouve un désir presque fétichiste que réveillent en moi tes cheveux dorées glissant contre la peau de mon abdomen pour aller se mêler aux boucles sombres sur mon bas-ventre.

J'inspire profondément lorsque je sens la chaleur moite de ta bouche m'entourer et résiste à l'envie soudaine et urgente d'agripper tes mèches blondes pour t'obliger à me prendre tout entier. Mes doigts se faufilent entre elles et massent machinalement ce qu'ils ont à leur portée pour finalement s'aventurer sur ton oreille percée. Je souris intérieurement en me disant que nous partageons bien là une obsession assez singulière pour cette partie de nos corps, et lutte pour ne pas remuer mes hanches qui en demandent toujours plus, par crainte de te faire du mal.

La sensation de ta langue légèrement râpeuse m'inonde d'une chaleur que je sens monter depuis mes reins. J'ai l'impression d'avoir la chair à vif tant je ressens chaque mouvement, chaque pression que tu effectues contre mon érection jusqu'au fin fond de mes entrailles. Je ne pense pas me tromper en avançant que tu as décidé de ne me laisser aucun répit pour ce round, car ton insupportable (et pourtant exquise) lenteur habituelle n'est pas là. Tu veux que je te laisse prendre le contrôle sur moi une nouvelle fois, et au plus vite semble-t-il.

L'une de tes mains se pose sur ma cuisse pour m'inciter à t'y offrir un meilleur accès, et je les écarte sans trop réfléchir en profitant des délectables caresses appuyées qu'elle me procure au rythme de tes lèvres qui s'affairent à me faire plonger toujours plus loin dans la piquante chaleur de l'ivresse.

Je me sens agripper les draps pour trouver une prise alors que me parviennent de ta bouche des bruits de succion plus obscènes les uns que les autres, faisant monter la fièvre qui se contentait pour le moment de se répandre dans mes membres jusque dans ma tête afin de calciner ma conscience et de la réduire en cendres.

Ton souffle irrégulier qui se heurte à ma peau à chaque va-et-vient me désoriente, tes doigts glissant sans relâche contre mon aine m'électrisent, tes lèvres m'entourant à la manière d'une douceur me font fondre entre elles et c'est à peine si j'ai conscience de ce sursaut qui me secoue lorsqu'entre en moi un corps étranger bien plus froid que tout le reste. Pourtant, si la sensation m'est légèrement familière, elle me ramène rapidement à la réalité. J'appréhende, à nouveau, et tu t'en rends compte puisque tu t'interromps dans ton ouvrage et redresse la tête, sans doute pour évaluer mes réactions. Et par tous les dieux de la Terre et du Ciel, qu'est-ce que je ne serais pas prêt à donner pour que tu me prennes sur le champ, avec tes lèvres gonflées et tes cheveux en bataille qui te retombent sur le visage ? Merde, Ryôta, si tu peux ne serait-ce qu'une seconde comprendre à quel point ton visage transpire le sexe à des kilomètres, je voudrais que tu me le prouves. Maintenant.

Tu penches la tête sur le côté et m'observe, et je me demande un instant si je ne vais pas craquer le premier et finir par me satisfaire de moi-même en te chevauchant ou, pire, opter pour t'allonger sous moi et amener ton corps à se consumer comme tu es en train d'incendier le mien.

Une seconde intrusion suit la première, m'arrachant à mes fantasmes pour me ramener à celui que je suis en train de vivre en ce moment. Tu me regardes toujours, et je ne suis capable de penser à rien d'autre sinon que je trouve ça terriblement excitant. C'est cela, regarde à quel point j'aime ce que tu me fais, à quel point te sentir en moi me fait me languir de désir pour quelque chose de plus conséquent qui, je le sais, me fera t'implorer si fort que ma voix restera gravée dans ta mémoire et te donnera un plaisir que nous ne pouvons connaître qu'ensemble, tel que ne pourras jamais t'en aller loin de moi. Et je te le prouverai. Je leur prouverai.

Tu bouges légèrement tes doigts sans me quitter des yeux, et j'ancre mon regard dans le tien qui m'emporte immanquablement au-delà de tout ce qui est réel. Haletant, je me laisse tomber dans cet univers que forment tes émotions qui sont en ce moment uniquement lié à moi, à nous. Je ressens en échos dans mon corps tout entier chaque mouvement de tes phalanges, leur moindre flexion, le moindre glissement, la moindre pulsation qui les traverse et qui se joint aux miennes.

Arrête ça et viens, dépêche-toi, je t'ordonne sans un mot. Tu secoues la tête, refuse, et je remarque alors toute la concentration dont tu fais preuve pour ne pas te laisser aller à simplement céder à tes instincts, à ta convoitise. Je sais que je peux me montrer réellement égoïste, mais je n'aime pas l'idée de l'être avec toi. Je suis désolé.

« Je ne veux pas te forcer » me murmures-tu en venant embrasser mon front en nage. Tu en écartes quelques mèches humides et je prends seulement conscience grâce aux tremblements qui m'agitent encore que j'ai jouis une deuxième fois. Mais quand ? J'entends ton rire me répondre, car toi tu le sais.

« Aominecchi est si sensible~ »

Tu traces du bout des doigts une longue ligne sur mon ventre avant d'enserrer à nouveau mon membre qui réclame déjà de l'attention.

« Ryôta… ça suffit comme ça… »

Tu sembles d'accord puisque tu me délaisses complètement pour attraper l'un des petits sachets carrés perdus au milieu de la couverture froissée, mais je te devance et me redresse en ouvrant le trophée d'un air satisfait, quoique sûrement encore un peu embrumé. J'éprouve une légère gêne en me rasseyant, mais je sais qu'elle disparaîtra bien vite… au profit d'une autre dont j'aurai un peu plus de mal à me débarrasser, mais peu importe. Je te veux, Ryôta.

Je termine de déballer la protection et l'enfile non sans excitation autour de cette virilité que je n'ai même pas encore touchée… A cause de ce chien. Et il fallait que j'y pense maintenant, à ce cabot et à ses grands yeux bleus qui me donnent l'impression d'être analysé par Tetsu par intermédiaire.

« Daiki ? » Ta voix me sort de mes pensées, et je m'aperçois que je n'ai toujours pas retiré mes mains après avoir terminé mon œuvre.

« Hm, 'solé, j'pensais à Tetsu. » Je marmonne en cherchant à t'embrasser une dernière fois avant que l'on ne passe à ce que je pourrais appeler 'les choses sérieuses'.

« Kurokocchi ? » Tu fronces les sourcils, et je pourrais choisir de te chambrer sur la jalousie qui plisse ton front de manière caractéristique, mais je ne m'y sens pas vraiment d'humeur.

« Le cabot, peu importe, on s'en branle. » Je hausse nonchalamment les épaules avant d'encercler ta nuque de mes bras pour t'attirer contre moi tandis que je me rallonge. « Allez, viens-là ».

Pas tout à fait convaincu, tu m'accordes tout de même ce que je te réclame et je profite de cet instant de douce fièvre pour tenter de me relaxer du mieux que je peux. Tout va bien, ce n'est pas comme si c'était la première fois, je sais à quoi m'attendre…

Tu me regardes avec inquiétude en t'éloignant, et j'écarte mes jambes de moi-même pour t'inciter à nous donner à tous les deux ce que nous attendons, et vite car je vois bien que tu ne demandes que cela au-delà de toute ta retenue. Tu ferais vraiment un bon comédien Ryôta, tu le sais ça ?

Tes longues mains un rien rugueuses parcourent l'intérieur de mes cuisses en les taquinant et tu les repousses pour un peu plus d'espace. Je me force à respirer profondément pour ne pas laisser le stress prendre le dessus, mais tu hoches la tête et referme mes jambes. Quelque chose ne va pas et, évidemment, je m'alarme. Tu n'as pas le droit de m'avoir fait miroiter une nuit d'enfer à te sentir brûler de tout ton saoul jusqu'au fond de moi juste parce que tu te défiles !

Cependant, il n'en est rien car tu passes une main dans mon dos en m'intimant de me mettre sur le flanc. Je comprends rapidement que ça n'est qu'une histoire de position que tu ne sentais pas, peut-être préfères-tu garder les 'bonnes habitudes'… ?

Une fois que je me suis installé sur le côté, regrettant un peu de moins pouvoir me repaître de ton visage dont la simple vue mettrait enceinte tout un monastère de jeunes vierges, tu soulèves ma jambe et, enfin, je te sens te presser contre mes fesses. Enfin, je te sens te frayer un chemin en moi dans le but de te glisser jusqu'au bout. Et elle arrive bien vite à son tour, cette étrange sensation dont je ne saurais dire si elle est agréable ou non. Mon corps cherche à se relâcher entièrement sous la tension que subissent mes muscles et mes nerfs surexposés à cet endroit, alors je me concentre uniquement sur ce que toi tu me donnes pour le contraindre à t'accepter, petit à petit. Cette impression finit par se muer en quelque chose de grisant, d'enivrant qui me rappelle pourquoi je finis par en redemander tant à chaque fois.

Bientôt, un premier soupir m'échappe, et c'est le début d'une longue série de gémissements, de grognements et de noms murmurés à l'oreille, puis criés dans un oreiller pour tenter d'étouffer l'intensité du plaisir montant entre nos deux corps jusqu'à ce que ceux-ci rendent grâce. Trois fois.

x-x-x

Quand je me réveille le lendemain, c'est pour ouvrir les yeux sur ton visage encore endormi, baigné par un rayon de soleil tokyoïte qui ne semble pas te déranger. Il est vrai que, après tout, tu as énormément donné de ta personne cette nuit. D'ailleurs, j'avais eu raison, songe-je avec ce qui s'apparente sûrement à un sourire lubrique : la nuit a été mouvementée, je dirais même très chaude.

Je me hisse sur l'un de mes coudes et me retourne à moitié afin de pouvoir distinguer les chiffres indiqués par le réveil. Ma vue met encore quelques secondes à s'adapter, et je hausse un sourcil devant le résultat. Cinq heures et quart ? Tetsu ne doit venir récupérer son cabot que vers dix heures, ce qui signifie qu'on a le temps pour quelques câlins supplémentaires…

C'est tout du moins ce que je pense jusqu'à ce que mes reins se rappellent cruellement à mon souvenir en me donnant le sentiment d'avoir pris soixante-dix ans en une soirée. Qui l'aurait cru ? Aomine Daiki, l'as de la Génération des Miracles et grand joueur de l'académie Tôô Gakuen, courbaturé comme un vieux grand-papy après une nuit de sexe. Ça en ferait rire plus d'un, même si j'aimerais bien les y voir...

Je me rallonge, histoire de glaner quelques heures supplémentaires de sommeil (on n'a jamais suffisamment d'heures supplémentaires de sommeil), et te maudit en grognant, toi mon crétin à tête blonde, de ne pas m'avoir ménagé davantage lors de nos deux derniers rounds.

« ça n'avait pourtant pas l'air de te déplaire… » me murmures-tu d'une voix endormie. Tes yeux sont toujours fermés, et je pourrais penser avoir rêvé si c'était sans compter sur ce petit sourire amusé qui plane sur tes lèvres.

« Bonjour Dai », tu bailles en plein milieu de tes mots et entrouvre quelque peu les yeux, mais c'est pour les refermer aussi sec sous la lumière du soleil déjà aveuglante à cette heure. « Bien dormi ? »

Tu n'attends pas ma réponse et t'étires tel un gros chat, masquant toujours tes yeux de fauve.

« Je pensais continuer, en fait » j'admets tout en passant un bras autour de ta taille pour t'obliger à rester près de moi. Tu déposes un baiser chaud et un peu maladroit sur ma tempe et soulève mon bras pour le remettre de mon côté.

« Je vais juste sortir le chien vite fait, avant qu'il ne fasse des dégâts », m'expliques-tu avant de quitter le lit, puis je me rendors avant même de me rendre compte que tu es déjà sorti de la pièce.

x-x-x

Lorsque le clair vient me chercher ce matin pour sortir, je m'étire si longuement que mes forces m'abandonnent. J'ai passé une nuit horrible, loin de l'odeur rassurante de mon petit maître qui me manque tant. J'ai le sentiment de ne plus l'avoir vu depuis des années, c'est à peine si je me souviens de son museau… Je veux rentrer chez moi et retrouver ma place sur sa tête, là où je dépasse n'importe quel chien que nous croisons, où je suis le maître du monde canin, à défaut de celui des Hommes.

L'air frais me fait tout de même du bien, me remet un peu les idées en place, et j'accueille avec plaisir les senteurs de l'aube. Je détecte un territoire marqué quelques mètres plus loin et prend donc soin de choisir un autre pilier pour me soulager. Nous rentrons ensuite, le clair visiblement fier de moi, et j'ai droit à une nouvelle ration de nourriture avant qu'il ne disparaisse à nouveau dans la chambre.

Mon repas terminé, je regarde de tous les côtés en me demandant s'il n'y aurait pas ici matière à se distraire puis décide que, finalement, une sieste serait fort bienvenue… Jusqu'à ce que je sois à nouveau réveillé par un bruit strident.

Sur mon tapis, je sursaute et identifie le bruit intempestif comme celui qui signale à un humain qu'un autre attend derrière la porte. Et cet autre, c'est souvent ce drôle de bonhomme qui leur donne d'amusants papiers plein d'odeurs différents, des papiers qui ont voyagé. Pourtant, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je ne l'apprécie pas trop. Il a foulé trop de territoires différents pour être honnête.

J'aperçois le foncé se diriger vers la porte et se cogner l'épaule dans un mur en passant. Quelque chose me dit qu'il est aussi bien réveillé que moi…

« 'Tain, y va m'le payer l'blondinet… »

Je crois qu'il a dû tomber ou se faire mal, car il semble tituber et n'arrête pas de se caresser le bas du dos comme mon petit maître le fait souvent après avoir joué à la balle avec le reste de la meute.

Je le suis jusqu'à la porte et mes oreilles se dressent d'elles-mêmes en percevant une voix familière derrière celle-ci. Lorsque le foncé l'ouvre enfin, je ne peux résister et me jette sur mon petit maître qui attendait là, le gratifiant d'innombrables bonds et jappements pour lui faire comprendre ô combien il m'a manqué et combien je suis heureux de le revoir après tout ce temps.

Je le sens soulagé aussi, et il me prend dans ses bras en échangeant quelques aboiements avec le foncé. Mais je m'en fiche pas mal et lui lèche le visage à grands coups de langue affectueux, ce qui le fait rire.

« -C'est donc ici que Kise-kun et toi habitez.

-Ouais. »

Je calme un peu mon bonheur, perturbé par la tension qui s'entend dans la voix du grand dadais. Son attitude est celle d'un individu qui a fait une bêtise. Est-ce parce qu'il a tenté de m'enlever ? Est-ce parce qu'il craint de se faire gronder par mon petit maître qui a l'air de lui imposer sa domination ? Parfois (seulement parfois), j'aimerais bien être autre chose qu'un chien pour pouvoir être apte à mener plus habilement mes recherches sur ces étranges créatures qui ne cessent de me surprendre.

« -Bon, bah… L'était sympa ton chien.

-Merci d'en avoir pris soin, Aomine-kun. »

Je reçois une caresse du foncé entre les oreilles et l'apprécie à sa juste valeur en la lui rendant d'un petit coup de museau. Je crois que c'est l'heure des au revoir.

En parlant d'au revoir, le clair se dirige vers nous, l'air tout aussi réveillé que l'autre quelques minutes plus tôt.

« -Kurokocchi, bonjour~

-Bonjour, Kise-kun. Merci d'avoir pris soin de Nigo.

-Hmhm », le clair secoue la tête en même temps qu'une patte dans le vide. « D- Aominecchi l'a ramené hier soir en croyant que c'était un chien errant, je suis désolé pour tout ça, tu as dû t'inquiéter.

-Evidemment, mais j'ai été soulagé par le mail d'Aomine-kun, je savais qu'il était entre de bonnes mains. »

Mon petit maître se penche et se redresse avant de reprendre : « Bien, je vais y aller. Encore merci pour tout, et à bientôt. »

Les deux autres aboient en écho et ferment leur porte tandis que je retrouve ma place au sommet du monde en laissant pendre ma langue de bonheur.

x-x-x

(« Dis Daiki, je crois que je viens de remarquer un truc… » commence le blond une fois la porte d'entrée close.

« De quoi ? » baille Aomine, bien décidé à retrouver sa chambre en ce dimanche matin propice à une bonne grasse matinée, sans bien sûr se défaire de son top model personnel.

« -Ce chien… Kurokocchi l'a avec lui depuis trois ans maintenant.

-Ouais, et ?

-Eh bien… Nigo ne grandit pas. » )

Fin


Merci pour votre lecture, j'espère que vous avez apprécié!