Chapitre 2

Tempérance en avait assez de ce vendredi après-midi qui n'en finissait plus. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge du salon, 15h seulement. Les deux semaines écoulées avaient été une course effrénée. Son nouveau roman venait de sortir et son éditeur avait orchestré une promotion à grand budget. Tempérance avait passé le plus clair de son temps entre les émissions de télévision (qu'elle détestait), de radio et les séances de signature en public (où elle s'ennuyait à mourir), sans oublier les interviews… A tel point que son travail à l'Institut Jefferson était passé au second plan, à son grand désarroi. Ce qui avait commencé comme un passe-temps innocent devenait, maintenant que ses deux premiers livres étaient des best-sellers, un emploi à part entière.

Tempérance n'en pouvait plus, elle n'aspirait qu'à une chose, retourner à l'Institut, auprès de ses chers squelettes, afin de reprendre son vrai travail : donner une voix aux morts oubliés. Enfin, pour être totalement honnête, quelque chose d'autre lui manquait aussi, ou plutôt quelqu'un, Seeley Booth, son partenaire du FBI qu'elle n'avait pas vu depuis près de trois semaines maintenant. La sortie du roman et le cirque médiatique qui l'avait entourée l'avaient d'abord empêchée de le voir, de déjeuner avec lui comme à l'accoutumée et depuis une semaine, il était à Atlantic City, détaché auprès du bureau local du FBI. Il suivait une affaire très difficile de prostitution infantile. Elle savait que ce genre de cas pesait beaucoup à Booth. Mais comme il n'y avait pas de cadavre, pas de morts suspectes, elle ne pouvait l'accompagner.

Ils s'étaient parlé au téléphone deux fois depuis son départ, mais, à chaque fois, la conversation avait été très courte car tous les deux étaient plutôt pressés. Mais elle avait senti qu'il était bouleversé, mal à l'aise.

Elle soupira, partagée entre l'inquiétude pour son ami et la joie de bientôt pouvoir le retrouver. Son éditeur, Mike Patterson, voulait absolument organiser d'autres interviews et des passages sur des chaines de télévision locales. Mais Tempérance avait tenu bon : plus rien après une dernière séance de signatures et l'animation d'un atelier d'écriture de trois jours. Elle avait commencé par refuser tout net, en bloc. Mais lorsque Mike avait suggéré que l'atelier se déroule à Atlantic City, elle y avait vu la possibilité de joindre l'utile à l'agréable et avait accepté.

Elle était donc dans son appartement, en train de faire sa valise, se demandant si elle allait téléphoner à Booth pour l'avertir de sa venue, ou lui faire la surprise de passer à son hôtel dimanche soir. Sera-t-il content ou suis-je en train de me faire des illusions. Si ça se trouve, il n'a pas envie de me voir.

Soudain, une sonnerie la fit sursauter. Elle attrapa son téléphone et vérifia l'identité de son correspondant. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle ne put s'empêcher de sourire largement en répondant.

-Booth, bonjour ! Comment allez-vous ?

-Salut, Bones. Ca va, et vous ? J'ai un petit moment, alors j'ai tenté ma chance… Comment se passent les interviews ? On ne voit plus que vous à la télévision !

- Je n'en peux plus. J'ai hâte de retourner à l'Institut Jefferson. La prochaine fois, pas question de me prêter à ce jeu.

- La prochaine fois ? Et bien, quel enthousiasme…

- Oui, bon, on verra… J'ai encore plein d'idées pour Kathy. Et vous, quoi de neuf ? Où en êtes-vous ?

Il lui parla un peu de l'enquête. Elle le sentait tendu. Sa voix était bizarre, plus haute que d'habitude et on avait l'impression qu'il allait pleurer.

- Vous êtes sûr que tout est OK, Booth ? dit-elle d'un ton tendre.

S'en fut trop pour Booth. Le fait de lui parler était à la fois un soulagement et une torture. Il aurait tant aimé qu'elle soit près de lui, qu'ils partagent un repas, comme d'habitude. Dieu, qu'elle lui manquait ! Il avait appelé pour aller mieux, mais c'était encore pire ! Quand il l'entendit s'inquiéter si gentiment pour lui, il ne put s'empêcher de lui dire « Non, ça ne va pas. J'ai… j'ai envie de jouer. Ca devient impossible à juguler… »

A ces mots, le cœur de Tempérance se serra. Elle savait que Seeley Booth était un homme fier et que sa propre faiblesse lui était difficile à supporter, et encore plus à admettre. Sa décision fut prise en un éclair.

- Booth, tenez bon, j'arrive.

- Quoi, que… Mais non, vous ne pouvez pas venir. Bones, je ne vous l'ai pas dit pour ça.

- Ecoutez, je peux partir immédiatement. Je serai à Atlantic City vers huit heures. Dans quel hôtel êtes-vous ?

Il répondit automatiquement « Au Baymont, mais… »

- Retenez-moi une chambre, s'il vous plait. Je serai là pour manger. A tout à l'heure.

- Soyez prudente sur la route, Bones et… merci.