Disclaimer : Tous les droits appartiennent respectivement à Atsuko Asano pour No.6 et à usagi-mono pour la présente fanfiction.
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Note de l'auteur : Oh mon Dieu ! Merci beaucoup de toutes vos reviews pour le premier chapitre ! (: Merci pour tous vos encouragements ! J'avais vraiment le sentiment que je devais écrire la suite de cette histoire; elle était constamment dans ma tête, cette idée, la vie que Shion aurait eu si Nezumi venait à partir. D'après certains fanarts qui circulent, je suis sûre que beaucoup d'entre vous ont déjà prédit la fin. Pourtant je ne peux pas supporter moi, que Shion perde Nezumi. Je pense sincèrement que Shion en deviendrait complètement fou. Il est si imprévisible parfois. Sweet yandere. Enfin je dis ça, mais j'ai vraiment été méchante avec Shion dans ce chapitre. Je me sens coupable.
J'ai vraiment eu beaucoup de pression, je voulais écrire un chapitre encore meilleur que le premier, mais je pense que je n'arriverais jamais à le surpasser. Cela se voit assez, je pense. S'il vous plaît, appréciez les efforts que j'ai entrepris pour vous écrire ce chapitre, que je vous dédie, adorables reviewers ! (: Aussi, je suis désolée, je ne savais pas qu'on pouvait directement répondre aux reviews ! Oh là là, cela montre combien je deviens vieille ... Enfin, je vous souhaite une très bonne lecture ! Enjoy the new chapter (:
Note de la traductrice : Merci à louna. sl 308 et Leptitloir pour leurs reviews ! Comme l'a très justement dit un revieweur anonyme, libre à vous de lire ou non cette suite. Elle lèvera le voile sur l'incertitude, pour le meilleur et le pire, aussi je vous souhaite une très bonne lecture !
"Quand je suis amoureux, il ne peut pas y en avoir d'autre, juste toi et moi seuls dans le monde entier"
"Si je tombe amoureux, ce sera pour toujours." - Jane Austen
Shion rêve. Il est de retour dans leur repaire souterrain.
Les étagères disposées un peu partout croulent sous le poids des livres et autres parchemins anciens, et les romans semblent avoir établi une colonie sur le pourtour du lit alors qu'il s'y allonge. Le sentiment de familiarité qui se dégage de la pièce le met aussitôt à l'aise. Il réfléchit vaguement à ce qu'il cuisinera pour ce soir, mais avant même qu'il ne se mette debout, la porte s'ouvre. Nezumi paraît différent aujourd'hui; ses cheveux sont coupés courts et aucune écharpe n'enveloppe élégamment ses épaules. Il n'y prête pas beaucoup d'attention, et salue son compagnon d'un sourire éblouissant comme toujours.
Bienvenue. Comme à chaque fois, les mots sont sur le bout de sa langue.
Je suis rentré, répond simplement Nezumi.
Et son rêve se termine, tranquillement, mais c'est plus que suffisant.
Il faillit ne pas se réveiller à temps, le lit si confortable et si agréablement chaud contre sa peau nue. La fenêtre est verrouillée de l'intérieur. Pas de neige sur son bureau ni sur ses cheveux. Il sent déjà que quelque chose ne va pas. Ce matin, Nezumi est encore là, et Shion pense qu'il est mort, accident sur le chemin du retour peut-être, et que c'est pour ça qu'il arrive désormais à voir des fantômes. Une explication cohérente, se dit-il, encore endormi. Leurs doigts sont étroitement enlacés, la première fois depuis quatre ans, mais cela ne le choque pas. Pas vraiment. Il est beaucoup plus perturbé par les réactions de son corps, son corps qui est resté si accoutumé à sa présence malgré le temps passé.
Nezumi est déjà réveillé. Dans la lumière du matin, ils s'examinent, s'étudient longuement, sans dire un mot.
C'est bizarre. Ce Nezumi aux cheveux courts. Les pointes n'effleurent plus sa nuque. Le visage de Nezumi est plus dégagé ainsi, et Shion aime bien.
C'est attirant et effrayant, ce charme qui le tient irrémédiablement sous son joug.
"Tu ne me prépares pas le petit-déjeuner ?" taquine le garçon aux cheveux noirs.
La voix profonde et puissante de Nezumi le ramène à la réalité. L'effort pour retirer sa main de l'étreinte de Nezumi est presque insurmontable, et s'arracher du lit, une épreuve. Mais il est encore trop tôt pour pleurer.
Quand Shion a fini de se préparer, il trouve Nezumi en train d'observer sa bibliothèque. Il a aussi ouvert le tiroir où est rangée l'écharpe, mais il l'a laissée là, intacte et ne mentionne pas sa présence. Shion ne le réprimande pas, n'est pas en colère, non, il se sent juste coupable.
"Pas de bisou matinal, non plus ?" tente Nezumi, remettant le livre qu'il a pris à la bonne place. Shion l'ignore.
Depuis qu'il s'est réveillé, Shion est resté silencieux. Il a peur de ce qui se passerait s'il laissait ne serait-ce qu'un mot sortir de sa bouche. Il sait que son silence obstiné n'est pas naturel, mais qu'adviendrait-il de bon de parler à un mort ?
Ce matin, il fait du chocolat pour deux, et ils mangent les restes du gâteau à la cerise. Et puis il se rend compte qu'il a toujours tout acheté par paire : deux couteaux, deux couverts, même deux tasses bon sang. Nezumi est assis, devant la table du petit-déjeuner, et tout semble aller parfaitement bien, et il avale sa nourriture comme n'importe quelle personne vivante le ferait. Shion ne sait pas s'il doit se sentir confus ou tout simplement résigné. C'est un jour paisible. La lumière d'un matin brumeux baigne la petite cuisine, d'une lueur presque blanchâtre. Mais Nezumi ne disparaît pas, ne s'évanouit pas sous les rayons du soleil. Les fantômes ne sont-ils pas censés vivre que la nuit ?
Depuis quand croit-il aux fantômes de toute façon ?
C'est le paradis alors, décide Shion.
Qui crois-tu tromper. Ce n'est rien d'autre qu'un enfer.
"Je te jure, t'avoir à mes côtés c'est faire du baby-sitting à un gosse de cinq ans. Et encore."
"Hein ?"
"Tu poses beaucoup trop de questions pour ton propre bien. Je me demande vraiment si tu as appris quelque chose par toi-même au moins une fois dans ta vie."
"C'est juste que je ne sais rien sur toi," rétorque Shion sans s'offenser. "C'est tout ce que je veux savoir. Demande, et tu seras exaucé, non ?"
Nezumi le gratifie d'une pichenette sur le front. D'une manière un peu condescendante. Mais indéniablement affectueuse. "Tout n'a pas une réponse immédiate, Votre Majesté."
Nezumi est précis dans le choix de ses mots. Prudent. Il semble comprendre que sa soudaine apparition a fait s'effondrer la fragile carapace dont Shion s'était entourée dans sa solitude. A chaque fois qu'il essaye de s'approcher, de l'approcher, il se pétrifie, les larmes aux yeux, bien qu'il ne s'oppose cependant jamais à son toucher, paraissant même s'abandonner à ses caresses de temps en temps.
"Dis quelque chose, Shion." Un bras s'enroule autour de la taille du plus petit. "Je suis là maintenant. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?"
Shion reste dans un silence buté. Il parcourt délicatement de ses doigts la nuque et le torse de Nezumi. Il sent le cœur battre là dans la poitrine. Il porte inconsciemment la main à son propre cœur. Il bat avec presque la même intensité.
Je suis vivant. Ou peut-être ... peut-être que cette sensation reste même si on est mort.
"Tu as changé," remarque Nezumi d'un air sombre.
Shion a peur soudain. Il y a un étranger dans cette maison. Et si ... si Nezumi a changé lui aussi ? Pourquoi est-il là, devant lui ? Est-il revenu pour emporter Shion avec lui dans la tombe ? Il était prêt à mourir la nuit d'avant pourtant, mais maintenant ... maintenant il ne veut plus. Pas déjà.
Vas-tu me faire du mal, Nezumi ... ?
La crainte doit d'une façon ou d'une autre transparaître dans sa manière d'être, et l'éclat étrange dans les yeux de Nezumi est supplanté rapidement par de la nonchalance. Il flirte avec lui, taquin. "Tu es devenu plus sexy," dit-il, lissant du bout des doigts ses mèches de cheveux. "Je suis content que tu ne les aies pas teints."
"Tu as coupé tes cheveux," ce sont les premiers mots de Shion.
"Il était temps de changer," répond simplement Nezumi.
Les mains de Shion serpentent dans les boucles douces de Nezumi, ressentant chaque mèche, s'assurant de leur tangibilité. Il se rapproche, enfouit son nez dans sa poitrine ; c'est son odeur, l'odeur qui s'est incrustée dans sa mémoire, celle d'il y a si longtemps. Il semblerait qu'il n'y ait plus lieu de douter. Et puis, après les événements de la nuit dernière, les suppositions ne semblent plus être de mise. Il peut encore sentir la force de Nezumi l'entraînant, la chaleur de son toucher, cette chaleur qui le picote encore par endroit, la façon dont Nezumi agrippait ses cheveux par derrière, la passion et l'excitation familière qui le fait céder encore et encore et encore. Il veut y croire et pourtant ...
"Tu es plus fort que tu ne le crois, Shion," l'encourage Nezumi. Il ne parle pas de lui ni de comment il est arrivé là, devant la porte de Shion. Shion se souvient que Nezumi apprécie l'aura de mystère qui l'entoure. Mais cela n'explique rien.
Le rêve doit se terminer d'une manière ou d'une autre.
C'est l'un de ces jours où Shion sent qu'il peut suivre Nezumi jusqu'au bout du monde, lui pardonnant chacun des ses caprices.
"Tu apprends vite," le complimente Nezumi, guidant ses pieds maladroits.
Une main ferme dans son dos, et l'autre enlaçant la sienne, avec seulement ça Nezumi semble contrôler leurs deux corps comme s'ils ne formaient qu'un. Pour la danse comme pour le sexe, pense Shion, en rougissant.
"J'essaye seulement de te suivre."
Nezumi chuchote dans son oreille, un murmure brûlant, le surprenant. Le titillant agréablement. "Tu apprends vite", répète-t-il. "Je ne distribue pas des compliments à n'importe qui, tu sais. Sois fier de toi et de ce que tu fais, pour une fois."
Shion ne va pas craquer émotionnellement durant le rendez-vous. Pas question.
Il s'assoit sur la chaise longue, se demandant négligemment si le goût de Nezumi sur sa langue disparaîtra s'il parle assez longtemps.
"Comment vous sentez-vous aujourd'hui, Shion ?" demande la psychothérapeute. Les questions routinières commencent. La normalité de tout ceci le trouble. Cela fait maintenant trois ans qu'il va à ces rendez-vous, mais c'est la première fois qu'il se sent aussi nerveux.
Ça ne va pas. Ça ne va pas du tout.
"Il est revenu," Shion va droit au but. Sa voix tremble horriblement. "Il m'attendait à la maison la nuit dernière, et il n'est plus reparti."
"... Nezumi ?" répète-t-elle, essayant de se rappeler, tout en posant son stylo. Ce garçon, Nezumi, avait toujours été leur principal sujet, jusqu'à tout récemment. Elle fronce les sourcils d'inquiétude. Elle croyait qu'ils avaient dépassé ce stade. "Votre ami décédé ?"
Shion le reconnaît. Ce regard sceptique. Il essaye de se calmer, essaye de retrouver une voix normale, mais tout, tout ce qu'il dit semble si éloigné de ce qu'il veut dire.
"I-il semblait si réel, si vivant. Je suis capable de le toucher, de sentir sa peau sous mes doigts, de l'embrasser ... Pourquoi ?"
Je ne suis pas fou.
"S'il vous plait croyez-moi," supplie Shion, ses yeux touchants de sincérité. "Je n'ai pas d'antécédents d'altération de mes facultés mentales. Il doit y avoir une cause physique ou physiologique qui concrétise ses illusions. Il ... il doit y avoir quelque chose qui ne tourne vraiment pas rond chez moi."
"Avez-vous pris des médicaments récemment ?"
"Pas de médicaments ni de traitements. Rien. Je dors bien."
Le grattement de la pointe du stylo, griffonnant sur le bloc-notes. Shion se sent analysé. Jugé.
"Il est donc venu vous trouver hier soir. De quoi avez-vous parlé ?"
La question lui fait peur. "De quoi ... avons-nous parlé ?"
"Oui. Vous a-t-il demandé quelque chose ? Avez-vous ressenti le besoin de lui parler de quelque chose d'important ?"
"Je ne suis pas fou," réplique Shion, sur la défensive, presque agressif. Il est au bord de la rupture.
"Shion, je ne dis pas que vous l'êtes."
"Alors pourquoi vous me pensez capable d'avoir une conversation normale avec mon hallucination ?" Les mains de Shion tremblent sur ses genoux, alors qu'il s'efforce désespérément de retenir ses larmes. "Je ne sais pas pourquoi je le vois maintenant. Il a même changé d'apparence; on dirait qu'il a grandi en même temps que moi. Est- Est-ce que ça veut dire quelque chose ? Je-je ... d'habitude je ne pense pas à ce genre de choses, je n'imagine pas à ce qu'il aurait pu ressembler si ... s'il était encore là avec moi ! Je ne fantasme pas sur ça ! Je n'ai plus rien à lui dire. J'ai tourné la page." Il devient de plus en plus agité de seconde en seconde. "Cela fait quatre ans. Il n'y a plus rien entre nous ! Je veux juste qu'il parte, qu'il quitte ma maison ! Je veux qu'il sorte de ma tête ! Si je le vois encore j'en mourrais !"
C'est une torture !
La psychothérapeute n'est pas déconcertée le moins du monde par son éclat. Shion reste encore l'un de ses patients les plus faciles. "Il est normal de vouloir parler aux morts, Shion. Il doit y avoir des choses, des choses que vous gardez au fond de votre esprit, qui vous rendent mal-à-l'aise ou coupable, le cerveau trouve toujours un moyen de projeter ces désirs inavoués. Peut être que la meilleure solution est de faire face."
Je suis normal. Je suis sain d'esprit.
Shion nie maintenant. Il doit être malade. Ou bien schizophrène. Oui, c'est ça. Il a besoin de traitements. Il a besoin d'être soigné. Ou alors il ...
"A titre de précaution, je vous recommande de faire un scanner. Surtout si cela affecte votre mode de vie."
C'est un cancer. Forcément !
"...Je suis en train de mourir, c'est ça ?" Le dos des mains de Shion est mouillé. Parce que ses larmes tombent dessus. Plic. Ploc. "Nezumi est en train de me tuer."
"Vous a-t-il menacé ?"
"Non... je ne pensais pas à ça."
"Tout va bien se passer, Shion. Si ce garçon est le Nezumi dont nous avons longuement parlé, il ne va pas vous faire de mal. Même à l'intérieur de votre esprit. Quelque chose d'inhabituel dans son attitude ? Était-il content de vous revoir ?"
La voix tendre de Nezumi ce matin se rappelle à son souvenir. Je suis là maintenant. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
Shion veut entendre sa voix. A nouveau. Il ne veut pas que Nezumi le quitte. Il ne veut pas. Ou plutôt si. Nezumi a fait le choix d'apparaître devant lui pour une raison. Quelque chose doit être fait.
"Triste." Shion marmonne, se remémorant les yeux mélancoliques de Nezumi. "Il était triste."
"Je crois... que je t'aime, Nezumi."
"Pff, où as-tu appris de si grands mots, gamin ? Te rends-tu au moins compte de ce que tu dis ?"
Shion acquiesce fièrement. "C'est la meilleure façon de le dire. Tout correspond. C'est forcément ça."
"... je m'en fous."
"Je prends soin de toi, je m'inquiète pour toi. Je déteste te voir blessé. Des fois, je pense que je mourrais si tu n'es plus à mes côtés. Rien que d'y penser me fait mal."
"... est-ce que c'est le moment où tu me demandes si je t'aime aussi ?" Nezumi n'arbore même pas son petit sourire narquois. Non. Il paraît presque... craintif.
"Je sais déjà la réponse à cette question," dit Shion, radieux. "J'apprends vite, tu te rappelles ?"
Nezumi cligne des yeux, touché. Puis, il ébouriffe les cheveux de Shion, le sourire dont il a le secret jouant sur ses lèvres. "N'en deviens pas suffisant pour autant, le clown."
Shion passe bien une bonne dizaine de minutes debout, devant sa porte, dans le froid, mort de peur.
Je t'en prie, disparais, disparais, disparais, prie-t-il silencieusement. Il ne veut pas l'affronter. Honnêtement ... il est trop fatigué. D'un autre côté, comment réagirait-il, si Nezumi n'était effectivement plus là ? Je dois me faire à l'idée, de toute façon. Il se blinde intérieurement, et déverrouille la porte.
Le silence dans la maison est insoutenable. Les couverts ne sont pas lavés et il semble que Nezumi ne se soit pas amusé à fouiller dans ses affaires cette fois. Tout est à sa place. Le chauffage n'est pas allumé, et les dents de Shion claquent alors qu'il enlève son manteau. Il monte l'escalier prudemment, étranger dans sa propre maison; il n'essaye pas de l'appeler, faisant le moins de bruit possible, comme si troubler la paix qui règne le rendrait fou pour de bon. Mais la maison n'est pas grande. Nezumi n'a pas d'endroit où se cacher, et Shion doute qu'il essaye. Shion est là, debout au milieu de sa chambre, dangereusement seul.
"Nezumi ?" tente-t-il, doucement.
Rien.
A quoi je m'attendais ? Il est dans ma tête après tout.
Shion s'attend à ressentir du soulagement, de la joie peut-être, mais tout ce qu'il ressent, c'est une douleur fantôme dans sa poitrine, comme il fixe du regard la fenêtre étroitement verrouillée de sa chambre. Il bouge dans l'intention de l'ouvrir. Puis s'arrête. Non. Non, non, non. S'il l'ouvre, s'il ouvre cette fenêtre, tout redeviendra comme avant. Une maison sans Nezumi, une maison où il se réveille seul, du givre dans les cheveux, où ses rêves s'évanouissent alors qu'il se lève du lit. Sans Nezumi à ses côtés, pourquoi même se lever ?
"Nezumi," il l'appelle à nouveau, le cherchant dans le couloir. Rien. Le sang se retire progressivement de son visage. Sa respiration devient hachée, et il est pris de vertiges.
"Nezumi ?" Il entre dans la salle à manger. Vide. Pas même une trace de sa présence. "Nezumi !" Il hurle cette fois, et Nezumi ne peut que l'entendre.
Nezumi, Nezumi, Nezumi !
Son esprit prend le relais de ses cris, quand ses poumons cèdent.
Shion peut à peine y croire, et soudain il sent les larmes couler, sans restriction. Il n'essaye même pas de les arrêter. Toutes ses forces ont disparu. Il se sent si mentalement fatigué, épuisé comme il ne l'a jamais été. Il sent confusément qu'une fois que tout ça sera fini, il dormira, des jours et des semaines durant. Il n'arrive plus à penser. Il n'arrive plus à respirer. Pas avec toutes ces larmes qui lui brouillent la vue, pas avec toute cette douleur qui lui transperce la poitrine. Mal. Nezumi n'est pas ici. Il ne l'a jamais été. Il l'a perdu... pour la seconde fois.
"Nezumi..."
Il comprend maintenant. Ce que ça veut dire être brisé. Ce n'est pas une exagération, il le sait désormais. Chaque part qui constitue son être est en morceaux, et il n'arrivera plus jamais à les recoller. Tout ce qu'il veut, c'est se recroqueviller, se mettre en boule, et oublier que le garçon prénommé Nezumi ait un jour jamais existé.
"Vous m'avez fait mandé, Votre Majesté ?"
Shion tourne la tête si vite que son cou craque.
Non...
Nezumi se tient là, debout, s'appuyant contre le mur, les bras négligemment croisés. Comme si sa mystérieuse absence n'avait jamais eu lieu.
"Que..." Shion commence à parler, mais il est si fatigué, si faible, que son cerveau refuse de mettre assez de mots ensemble pour former une phrase cohérente.
"Shion ?" Nezumi remarque les larmes et s'approche. En une fraction de seconde, ses mains le supportent, le soutiennent, le portent même, inébranlable comme toujours.
Même si ses genoux tremblent de peur et d'appréhension, Shion lève la tête, et le regarde, plonge ses yeux dans ceux de son amant disparu. "Nezumi," les mots s'extirpent douloureusement de sa bouche tourmentée, "Je deviens fou." Il se sent pathétique, absolument pitoyable, et Nezumi qui le voit dans cet état. Les yeux qui lui rendent son regard sont chaleureux, compréhensifs. Une main vient tenir tendrement l'arrière de sa tête. Il se sent... en sécurité. Il a seize ans à nouveau. Nezumi égratigne de ses dents ses lèvres, sans un mot, et Shion tressaille dans ses bras. Non. Il n'a plus seize ans. Il ne se laissera pas amadouer si aisément.
Je dois voir la vérité en face.
"Arrête," prévient-il entre ses dents serrées. Les baisers ne sont rien d'autre qu'une distraction. Ce Nezumi est bien plus différent que ce qu'il avait pensé.
"Comme tu veux," Nezumi s'éloigne. Son regard mi-confus, mi-impatient.
"J'ai assez souffert, j'en ai assez de toute cette histoire," Shion chuchote, mais uniquement car sa voix commence à peine à retrouver sa puissance. "Pourquoi es-tu là Nezumi ? Nous ... savons tous deux ce qui s'est passé. J'ai vécu tellement longtemps en niant. Refusant la vérité. Je n'ai jamais voulu t'oublier. Mais, maintenant que tu es là, devant moi, je me rends compte à quel point je suis malade. Je le suis peut être depuis longtemps déjà, un symptôme persistant d'une maladie à laquelle j'aurais survécu. Elle nourrit mes illusions. C'est ... mon imagination qui t'a ramené à la vie."
Nezumi ne réagit pas particulièrement mais écoute, ni amusé ni perturbé par le fait que Shion l'accuse de n'être rien qu'une fantaisie de son esprit.
Shion ravale ses derniers sanglots. "Je t'aime. Est-ce que c'est la raison pour laquelle tu es revenu, Nezumi ? Revenu pour entendre ces mots ? Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Je t'aime tant que je ne m'imagine pas te laisser partir."
Shion presse ses paumes contres ses paupières fermées. Il veut juste dormir.
"Est-ce que tu t'entends ?" la remarque sarcastique de Nezumi tombe comme un couperet. "Tu parles comme si t'étais complètement cinglé. Aller voir cette psy était une mauvaise idée, Shion."
Il ne l'avait jamais dit à Nezumi. Ce matin, il lui avait menti et avait dit qu'il partait travailler.
Il est dans ma tête. Il sait tout ce que je sais.
"Mes souris t'ont suivi," argumente Nezumi. "Je n'apprécie pas vraiment que tu me mentes."
"Tu ne comprends pas !" Shion recule d'un pas, hors de l'étreinte de Nezumi. Ses poings serrés tremblent sans qu'il ne parvienne à se contrôler.
"Qu'est-ce que je ne comprends pas, Shion ? Je pense que je sais au contraire parfaitement bien ce qui se passe. Je t'ai laissé seul quatre ans et quand je reviens, je trouve une épave. Qu'est-ce que cette connerie ? Tu veux faire passer ça pour un rêve ? Croire que je suis mort ? Tu es peut-être malade - ok, je l'admets, tu as été un peu à côté de la plaque depuis que je suis rentré, mais je ne suis certainement pas le fruit de ton imagination - !"
"Assez !" crie Shion. Sa gorge lui fait mal. "Tu es la raison de mon état si pitoyable ! Tu es mort Nezumi ! Mort ! Tu ne peux pas être ici devant moi ! Ni maintenant ni jamais !"
Un main enserre sa gorge, le maintenant fermement en place, avant que Nezumi ne le frappe violemment au visage. Tout est fini en un instant.
Nezumi... m'a frappé.
Shion trébuche, recule, aveuglé par la peur. Il perd le sens de l'équilibre durant une seconde, se débattant pour le retrouver, tel un jeune faon fragile sur pattes. Il refuse de tomber devant lui. Il titube, choqué, bat en retraite à l'autre extrémité de la pièce, tenant sa joue endolorie. Il sent le goût du sang dans sa bouche. Il y a une coupure à la commissure de ses lèvres. C'est comme si Nezumi lui avait jeté un sort, l'empêchant de parler. De répliquer. Il frémit. Dominé par Nezumi. Il le sent maintenant, leur rapport de forces inégal; Nezumi avait toujours été plus puissant, mais il l'est plus encore désormais, tout comme il a grandi en taille.
Nezumi ne dit rien, et c'est encore pire.
Shion ne reste pas longtemps effrayé. Il n'est pas en verre. Il ne va pas se briser en morceaux. La peur se transforme alors en en haine; une haine virulente, contre lui-même, contre le fait qu'il ait laissé Nezumi poser sa main sur lui. Il ne riposte pas. Il vaut mieux que ça. Il n'est plus un enfant. Il ne va pas se soumettre, comme un amoureux transi. Oui, Nezumi a raison, il a changé. Quatre ans c'est long.
Et je vais te montrer combien.
"J'ai fait mon deuil," déclare-t-il, même si sa voix est encore tremblante malgré ses efforts. La pièce s'emplit de sa respiration hachée. "Mais je n'ai jamais cessé de te chérir, d'être reconnaissant de t'avoir connu. Je t'aime encore. Mais ça ne veut pas dire que je te suivrais dans la tombe. Ce jour-là, tu m'as dit de continuer à vivre et de surmonter tout ça, pour nous deux. Cela m'a pris tant de courage, de volonté pour y arriver, mais je vais tenir ma promesse. Je le réalise maintenant, qu'il y a plus à vivre, que juste vivre pour toi. Je veux vivre pour moi aussi. Tu peux me traiter de cruel ou d'égoïste. De tout ce que tu veux. Mais tu es celui qui m'a enseigné que je n'étais pas qu'un bon à rien."
Le sang coule goutte à goutte de sa lèvre inférieure, la colorant de rouge. Il est prêt à avaler le reste mais il s'étrangle. Quand il regarde en bas, il voit le sang dégouliner sur le tapis, qui se teinte déjà d'écarlate. La blessure est plus profonde que prévue.
Il regarde Nezumi disparaître dans la cuisine avant de revenir muni d'un chiffon humide. Il le tend devant le nez de Shion, dissimulant sa culpabilité brûlante sous un regard des plus impassibles.
Sans s'en rendre compte, Shion recule si violemment qu'il se cogne la tête contre le mur derrière lui dans un bruit sourd. Il ne veut pas être blessé à nouveau. Il se sent légèrement humilié par sa réaction, mais d'après le remords qu'il aperçoit dans les yeux de Nezumi, ce dernier ne se sent guère mieux.
Il prend sur lui et commence à soigner la coupure. Shion se raidit, tandis que le chiffon mouillé tamponne gentiment son menton et ses lèvres. De la brusquerie d'auparavant, nulle trace, et Shion s'autorise à se détendre lorsqu'il est sûr des intentions de Nezumi. Le garçon aux cheveux noirs (l'homme plutôt) est si proche de lui maintenant, qu'il se sent englouti par son ombre; il est devenu si grand, si mince, Shion se sent vaguement irrité qu'il ne l'ait pas rattrapé en taille. Une main s'appuie contre le mur à côté de sa tête; les yeux de Nezumi regardent partout sauf dans sa direction, et il semble concentré sur sa tâche avec une détermination résolue. Il enjoint Shion à ouvrir la bouche, en inclinant gentiment sa main, nettoyant la plaie jusqu'à ce que le sang soit totalement enlevé.
Shion souhaite être blessé plus souvent, s'il peut voir cette facette de Nezumi à chaque fois. Il s'inquiète un peu de ses nouvelles tendances masochistes, et essaye de se souvenir comment il faisait il y a quatre ans de ça.
"Je..." commence Nezumi, puis il hésite en plein milieu.
Les fantômes ressentent aussi la culpabilité ? se demande Shion. Mais il essaye de ne rien dire de plus qui pourrait encore énerver Nezumi.
"Tu mérites," Nezumi trouve finalement le courage de continuer, "tout ce qu'il y a de mieux en ce monde. D'être apprécié, chéri, respecté..."
Shion attend la suite, retenant son souffle.
"Mais je..." Il ne finit pas.
Shion comprend le reste. Il prend le visage de Nezumi entre ses mains. Les joues sont chaudes sous ses doigts frissonnants. Il force l'autre à le regarder dans les yeux. "Je suis désolé, Nezumi," dit-il. La sincérité de sa voix provoque quelque chose semblable à de la détresse dans la paire d'yeux gris. "Mes problèmes n'ont rien à voir avec toi. C'est quelque chose dont je dois m'occuper moi-même. Je n'aurais pas dû te crier dessus. Je suis désolé."
Le poing de Nezumi est destiné au mur cette fois. Shion est presque certain qu'une entaille effrite la peinture là où il a frappé.
"Idiot," gronde Nezumi, mais sa voix est faible, sa posture presque abattue. "Imbécile. Pourquoi tu t'excuses pour quelque chose comme ça ? Tu ..."
Le bras près de la tête de Shion commence à trembler légèrement.
"Ne t'excuse pas devant celui qui t'a blessé."
Shion se met sur la pointe des pieds et presse leurs lèvres l'une contre l'autre. C'est un baiser qui demande pardon, plus que n'importe quoi d'autre, un que Nezumi accepte reconnaissant.
"Je ne suis pas mieux," avoue Shion, "je t'ai blessé aussi."
C'est ma faute. Ma faute si tu es ici, Nezumi. Je ferai tout ce que je peux, quel qu'en soit le prix, pour te laisser reposer en paix.
"Quand..." Shion fait de son mieux pour ne pas être submergé par ses émotions. S'il se laisse aller, l'intensité de ses sentiments ne feraient que les engloutir tous les deux. "Quand je te reverrais ?"
"... hé, arrête de dire des choses pareilles." Nezumi est fatigué d'en parler.
Ses prochaines paroles laissent un goût amer sur sa langue. "Je suis désolé, Nezumi. Pour tout ce que je n'ai pas fait pour toi... Pour chaque chose que je n'ai pas pu te donner. Je suis tellement désolé." Sa bouche est remplie de la saveur salée de ses larmes.
"Tu es si naïf," le réprimande Nezumi. Il essuie la larme tombée sur sa propre joue. "Ne t'excuse pas auprès de celui qui te fait pleurer."
Note de l'auteur : Il y a encore un chapitre à venir, chapitre qui sera le point final de tout ce drame et balayera heureusement toutes vos suppositions, et qui vous énoncera enfin ce qui se passe réellement. Oui, c'est vrai que la psychothérapeute a dit que Nezumi était mort, mais attention, elle n'a que le point de vue de Shion, son opinion est forcément biaisée. Aussi, je veux garder la scène d'amour entre les deux pour le dernier chapitre. Rating M, donc s'il vous plaît, ne soyez pas surpris ! (: Alors... vous avez aimé ? Quelles sont vos attentes pour le prochain chapitre ? Il semblerait que j'ai vraiment un truc pour le drame et l'angst... Je ne sais pas si c'est vraiment une bonne chose. Bref, merci de votre lecture ! (: N'oubliez pas de commenter, mes chéris !
Note de la traductrice : A bientôt pour le dernier chapitre !
