Mayunaise le 12 novembre 2015

Bonsoir, bonsoir ! Merci à tous ceux qui ont fav, follow, review la fic, c'est chouette :) Couches et biberons en caoutchouc existaient bien dans les années 30. De façon générale, j'essaye d'éviter les anachronismes, mais si vous en lisez, n'hésitez pas à m'en toucher un mot.

Précédemment : Dans les limbes, les élucubrations de Dumbledore énervent Harry. Au lieu de retourner dans la Forêt Interdite pour affronter Voldemort, il décide de s'occuper de la créature mutilée et, pris de folie, ne sachant qu'en faire, il la dévore. Quelques temps plus tard, il sent comme une explosion en lui et plonge dans le noir. Pas de doute : il accouche.

En réponse à PouletEnCarton : Merci d'inaugurer la session review de cette fic, et merci d'avoir trouvé ça digne d'intérêt :) En espérant que la suite te plaise.

En réponse à Guest (1) : Ca restera un peu étrange (on se refait pas) mais j'essaierai de rester cohérente :) Oui, ils seront à Serpentard et la fic sera très fidèle au canon. Est-ce que Harry retrouvera son corps ? Dans un futur très, très lointain, à la fin, peut-être ? L'essentiel de la fic, il sera dans la tête de Tom, ce qui n'empêche bien sûr pas leur interaction. Voilà la suite.

En réponse à Guest (2) : J'ai flippé, tu as si bien deviné le contenu du chapitre 1 que tu pourrais tout aussi bien ne pas le lire, haha. Bon, je te laisse tout découvrir par toi-même mais toutes tes idées sont justes, c'est formidable ! Je veux dire, incroyable ! Merci pour la review en tout cas :)

En réponse à L.L.P : Merci pour la review ! Moi ça me va comme qualificatif "particulier" ! :) J'espère que la suite te plaira.


ANIMUS, ANIMA

Enfance (1926-1934 / 0-7 ans)

Chapitre 1 : Des jours heureux


Bordel, songea Harry, quand la spirale de l'enfer s'arrêta de tourner et qu'il sentit tous ses pores se refermer. J'arrête pas de mourir et pourtant je meurs jamais. Où est-ce que j'en suis, maintenant ?

Il sentait autour de lui beaucoup de chaleur, comme à King's Cross. Pourtant, il était presque certain d'avoir, après son éclosion, changé d'endroit. La gare lui semblait loin derrière lui, aussi loin que si elle était dans un tout autre monde. Selon sa logique, on ne pouvait pas naître deux fois dans le même Cosmos. Il devait donc avoir atterri parfaitement ailleurs : ni dans le King's Cross des limbes, ni dans la Forêt Interdite du monde réel.

Pour confirmer cette hypothèse, il décida d'ouvrir les yeux pour regarder autour de lui mais se rendit vite compte que c'était impossible. Ses paupières étaient plissées comme si elles étaient collées à la superglu. Il eut beau envoyer mille signaux à ses muscles faciaux, aucun ne remua comme il le souhaitait.

Son corps ne lui répondait pas. Pourtant, ses sens fonctionnaient au moins partiellement, car il entendait, au loin, les hurlements d'un bébé. Sans véritable indice, il supposa que c'était un nouveau-né. Ça devait être fatiguant de brailler comme ça.

Ne cédant pas à la panique, il abandonna momentanément l'idée d'ouvrir les yeux et se concentra sur ses bras. Ce coup-ci, il y eut une réponse.

Ha, la situation est pas si terrible, je vais pouvoir tâtonner !

Il avait malheureusement crié victoire trop tôt. Ses membres supérieurs bougèrent bel et bien mais n'en faisaient qu'à leur tête. Ils s'agitaient mollement de haut en bas, comme s'ils disaient « Au revoir » à un matelot partant vers l'inconnu. Ridicule. Avec peu de conviction, l'adolescent tenta de contrôler ses jambes mais arriva à la même absence de résultat – c'était même pire, constata-t-il, quand il sentit son pied atterrir dans sa bouche.

xXx

Il avait manifestement été victime d'un maléfice proche de Tarentellegra – le sortilège de Danse Endiablée, qui agitait frénétiquement les jambes de la personne touchée. Il suffisait donc qu'il réussisse à appeler au secours et quelqu'un le délivrerait.

Après tout, s'il y avait un bébé pas loin, quelqu'un devait veiller sur lui, non ?

Mais quand il essaya de parler, le résultat fut désastreux. Aucun bruit intelligible ne sortit de sa bouche. Par contre, il sentit vaguement de la bave couler sur son menton. Il ne chercha pas à l'essuyer. Dans son état, il risquait de se crever accidentellement l'œil.

Il nota distraitement que l'enfant qui pleurait s'était tu et en profita pour tendre l'oreille. Il y avait bien des personnes toutes proches, qui parlaient entre elles.

Il devait se situer derrière un mur ou quelque chose du genre car il était incapable de comprendre ce qu'elles disaient. En fait, il n'était même pas sûr qu'elles parlaient Anglais. Comment attirer leur attention ?

A King's Cross, il n'avait pas eu sa baguette avec lui, il y avait donc de fortes chances que dans ce lieu inconnu, il ne l'ait pas non plus. Il ne pouvait pas envoyer d'étincelles de détresse et, visiblement, il était aussi hors de question qu'il parle. Aussi décida-t-il, faute de mieux, de tenter une nouvelle d'ouvrir les yeux.

xXx

Peut-être qu'un être supérieur eut pitié de lui car cette fois-ci, ses paupières lui obéirent et arrêtèrent de se faire étroitement l'amour. Quel soulagement c'était d'enfin voir ! Et quel effroi de voir ce qu'il voyait !

Tout était flou, mais pas flou comme quand il ne portait pas ses lunettes. Tout était distordu et grisâtre comme dans un mauvais rêve.

Oh le bordel. Je suis mal barré.

La seule chose nette, c'était un immense visage, avec de grosses dents jaunes, qui occupait tout son champ de vision. Malgré sa vue sans couleur, Harry en distinguait toutes les imperfections. Outre les points noirs qui obstruaient les pores du nez, il y avait des taches plus claires sur les joues, cicatrices d'une ancienne acné particulièrement méchante.

Harry essaya de tourner la tête, pour regarder derrière le géant, pour échapper à cette image cauchemardesque mais son cou ne lui obéit pas.

Il s'apprêtait à tenter de se relever, pour affronter l'immense chose, quand il ressentit brusquement une grande fatigue.

Merde, je peux pas m'évanouir maintenant ! Ce géant va me bouffer tout cru !

Son corps, faible comme celui d'un chaton prématuré, était épuisé. Ses membres arrêtèrent d'eux-mêmes de s'agiter dans tous les sens et Harry s'endormit aussitôt, sans avoir eu le temps de maudire celui qui l'avait mis dans cet état. Ses poings fermés reposaient sur une surface tiède, qui se refroidissait graduellement.

Juste avant de perdre connaissance, il se dit : On dirait de la peau humaine...

Durant son sommeil, Miss Cole l'enleva au cadavre de sa mère et l'examina. Le bébé était en bonne santé.

Tout comme Merope Gaunt dans son dernier souffle, Miss Cole espérait que le petit serait aussi beau que son père. La jeune mère qui avait frappé à leur porte en ce dernier jour de l'année 1926, la pauvre, avait déjà eu l'air morte avant même de rendre l'âme.

xXxxXxxXx

Le surlendemain, mal reposé mais plus calme, Harry finit par comprendre, dans une certaine mesure, la terrible situation dans laquelle il se trouvait. Après avoir mangé la créature à King's Cross, elle avait poussé dans son ventre comme une graine d'enfant. Naturellement, elle avait fini par éclore. Un enfant était né. Pourtant, ce qui était extraordinaire, c'était que Harry, dans l'histoire, avait disparu.

En tout cas, son corps s'était volatilisé. Sa conscience, elle, était intacte – c'était bien l'un des seuls points positifs qu'il avait pu trouver. Oui, Harry avait gardé tous ses souvenirs et facultés mentales mais son corps... et bien il avait atterri dans le corps d'un nourrisson. Les hurlements de bébé qu'il avait entendus, au moment où il était arrivé dans ce monde, avaient été les siens.

Un bébé, se répétait-il souvent. Je suis devenu un bébé !

Pourtant, il était persuadé qu'il n'avait pas seulement rajeuni. Ce n'était pas un simple retour dans le passé. Non, il était devenu un bébé inconnu. Il avait changé de corps. Il en était absolument certain.

xXx

Au bout de trois jours quasiment identiques – toujours la même rengaine : biberon, dodo, bain, biberon, dodo –, il se rendit compte que, pour une raison ou une autre, ce n'était pas sa mère, ou plutôt la mère de l'enfant, qui s'occupait de lui. Les visages qui se penchaient sur lui n'étaient jamais les mêmes. Et aucun d'eux n'était celui de Lily Potter.

Son intuition avait été juste : il était devenu un bébé inconnu. Comme s'il n'avait pas déjà eu assez de difficultés dans sa vie.

Enfin, je l'ai bien cherché, se disait-il quand il commençait à désespérer.

xXxxXxxXx

Les jours suivants furent entièrement consacrés à la recherche de sa nouvelle identité. Il était né dans le corps de quelqu'un d'autre et il voulait savoir de qui. Après, il pourrait éventuellement s'intéresser à la question du Comment et ensuite à celle du : Comment partir d'ici ?

Mais bien que son intelligence soit incroyablement développée pour un nourrisson, Harry était tristement infirme. il ne pouvait pas compter sur la majorité de ses sens.

Son sens du toucher était nul. Il faisait difficilement la différence entre la texture de son pyjama et celle des barreaux de son berceau, ce qui l'amenait souvent à se cogner méchamment. Quand il mordillait bêtement sa main, il ne se rendait même pas compte qu'elle était un bout de lui-même. Et bien entendu, il était incapable de faire un mouvement précis ou même volontaire. Il était dans le corps d'un bébé, mais il agissait aussi comme un bébé. C'était très déconcertant d'avoir dix-sept ans et de ne pas savoir si ce qu'il tenait dans la main était une peluche ou son pied.

Son odorat ne lui était pas non plus très utile. La seule odeur qu'il identifiait, c'était celle, nauséabonde, qui émanait régulièrement de sa couche. Comment pouvait-on faire circuler un mensonge aussi gros que celui qui affirmait que les bébés sentaient bons ?

Bien entendu, le goût ne lui servait à rien pour glaner des informations, mais c'était rassurant de reconnaître la saveur du lait, la seule chose qu'il buvait. Il trouvait d'ailleurs un plaisir un peu obscène à téter son biberon et à émettre un rot répugnant et puant, juste après.

Sa vue était médiocre. Il ne voyait qu'à vingt centimètres à la ronde, dans des nuances très limitées et surtout, tout était affreusement plat. Il ne contrôlait pas son regard et était incapable de balayer quelque chose des yeux. Bref, il en était arrivé à regretter sa vue de myope.

Toutefois, il avait été positivement étonné de constater que son ouïe était plutôt bonne. Il entendait tout distinctement et s'en réjouissait, car c'était là un moyen précieux pour en apprendre plus. Malheureusement, le pois chiche immature qui lui servait de cerveau n'arrivait pas à retenir et analyser les sons.

Après avoir étudié ses cinq sens, Harry commença son entraînement auditif.

xXx

Il s'exerça, à la limite de l'acharnement, à écouter et compter les coups d'une horloge qui ne devait pas se trouver très loin de son berceau. Les premières fois, après quelques coups, il ne savait déjà plus où il en était. Mais il s'améliora vite et parvint finalement à les additionner entre eux sans trop en oublier.

Dès qu'il sut dire, à défaut de lire, l'heure, Il s'intéressa aux voix des personnes autour de lui. Il déterminait si une voix était féminine ou masculine, jeune ou vieille, si elle avait un accent particulier ou non. Il essayait ensuite de retenir les suites de syllabes, de les associer pour former des mots ou, quand il était très motivé, des bouts de phrases.

Entre ses siestes multiples, il apprit plusieurs choses. Sa mère, la mère de l'enfant, était morte pendant l'accouchement. Il était en Angleterre. Les personnes qui s'occupaient de lui étaient vraisemblablement des Moldues. C'était l'hiver. Il n'avait pas été accueilli par sa famille maternelle ou paternelle. Comme il avait entendu des voix très juvéniles et d'autres plus mûres, il supposa qu'il était dans un institut accueillant des enfants de tout âge, sûrement un orphelinat.

Mais tout ça lui demandait beaucoup d'énergie et, après, son corps faible se mettait à dormir pendant plusieurs heures, l'empêchant d'obtenir d'autres indices.

Ça me fout les boules d'avoir toutes mes facultés mentales mais d'être incapable de m'occuper de moi ! s'insurgeait-il souvent avant de sombrer dans le sommeil.

Sa lutte contre son corps de nourrisson, toutefois, ne fut pas vaine. Au bout d'une semaine d'efforts démentiels, il entendit, pendant son bain, dans la bouche d'une des filles qui travaillaient à l'orphelinat, – Anna ou Cathy, il ne savait plus bien – les sons suivants : « lor-tom-on-né... »

Après plusieurs minutes d'intense réflexion, il comprit que la fille avait dit « Alors, Tom, on est... ». Il s'en foutait assez de ce qu'il était, sûrement « tout propre » ou « un joli bébé » ou plutôt « une grosse larve dégoûtante ».

Non, ce qu'il venait de découvrir, c'était qu'il s'appelait Tom. Et il ne connaissait pas beaucoup de Tom ayant été élevés, dès leur premier jour, à l'orphelinat.

J'aurais jamais du manger cette chose, se lamenta-t-il, pendant que la fille séchait son crâne chauve.

xXxxXxxXx

Les mois passèrent et Harry eut le temps de beaucoup penser. En fait, dans son état quasiment végétatif, il ne pouvait faire que ça.

Il était désormais persuadé qu'il ne pourrait pas quitter le corps du futur Voldemort sans mourir, car il était devenu le sien. Il était condamné à refaire toute sa vie en tant que Tom Riddle. Et même s'il existait un sortilège ou un artefact capable de le ramener en son temps... comment se débrouillerait-il, avec son corps de bébé ? Si on le lâchait dans la rue, malgré sa conscience éveillée, il mourrait de froid, de faim ou d'une infection génitale, car on n'aurait pas changé sa couche à temps.

Il pouvait toujours attendre quelques années pour s'enfuir de l'orphelinat et chercher un moyen de revenir en 1998, mais rien de lui garantissait que ce moyen existait bel et bien. Hermione lui avait assez répété que les retourneurs de temps avaient une portée limitée. Et même si un miracle arrivait et qu'il réussissait à retourner dans son présent, que ferait-il là-bas, lui qui aurait le corps d'enfant de Tom Riddle ?

Non, tout espoir lui semblait déplacé.

Alors, après beaucoup de rage et d'élans de désespoir, il se rendit à l'évidence. Il était peu probable qu'il revoit son temps de sitôt. 1926, c'était tout de même plus d'un demi-siècle avant sa naissance.

xXx

Cela dit, il se questionnait beaucoup sur la façon dont il en était arrivé à là. En accouchant du morceau d'âme de Voldemort – c'était comme ça qu'il se représentait ce qu'il s'était passé à King's Cross –, il avait du créer un nouveau lien avec le Mage Noir, un lien si intime que leurs deux âmes s'étaient mélangées et que Harry avait ressuscité en lui. Il ne s'expliquait pas cet événement mais bon, avec la Magie, il y avait beaucoup de choses assez absurdes. Comme par exemple, des Elfes de Maison qui, pour te sauver la vie, envoient des Cognards fous à ta poursuite.

Il n'avait toutefois aucune idée de la nature du monde où il était. Est-ce qu'il se trouvait dans un rêve interminable ? Alors, son corps inerte reposait-il dans la Forêt Interdite ? Ou bien est-ce qu'il avait vraiment été transporté dans le temps ? Mais où était passé son corps ?

Dans tous les cas, quand ce temps rattraperait le sien, s'il le rattrapait, que se passerait-il ? S'il était bien revenu en arrière, s'il était devenu Tom Riddle bébé, la moindre de ses actions pourrait avoir un effet papillon... Car jamais il ne tuerait ses parents, jamais il ne déclencherait une guerre ! Peut-être que le 1998 de ce monde-ci n'avait rien avoir avec celui qu'il connaissait. Peut-être que dans ce futur, Harry Potter ne serait pas orphelin et, surtout, ne serait pas lui. Car s'il était sûr d'une chose, c'est qu'il était encore Harry Potter.

Mais comme il n'avait aucun moyen de savoir s'il était sain d'esprit ou grandiosement barré, il évitait de faire trop de conjectures. Souvent, il se reprochait amèrement de ne pas avoir posé à Dumbledore la question qu'il avait trouvée si stupide à King's Cross :

Est-ce que tout cela est réel ? Ou bien est-ce dans ma tête que ça se passe ?

xXx

Le temps, du moins, semblait avancer au même rythme que dans la vraie vie, que dans son autre vie. Les journées faisaient bien vingt-quatre heures et les mois en comportaient un nombre effrayant. Tout allait si lentement et si vite que parfois il lui semblait être là depuis des années, et l'instant d'après depuis seulement quelques minutes.

C'est angoissant d'être un bébé, pensait-il quand un sale mioche venait le tâter du bout du doigt et qu'il ne pouvait pas répliquer.

Ron et Hermione lui manquaient, bien sûr. Tout le monde lui manquait. Il se demandait parfois s'il n'était pas tout simplement mort. Peut-être que Voldemort l'avait tué, dans la Forêt Interdite, et que tout ce qui avait suivi – King's Cross, sa réincarnation – n'avait été que ce qu'on appelait « la vie après la mort ». Peut-être qu'au moment où on lui changeait sa couche, ses amis, eux aussi, avaient été touchés par Avada Kedavra. Peut-être que Poudlard n'existait plus, que Voldemort avait pris le contrôle du monde.

Merde, si je suis bien mort, pourquoi est-ce que je suis toujours inquiet ?

Quand il pensait à ce qu'il avait laissé derrière lui, il se demandait pour quelle raison, diantre, il avait choisi de bouffer la créature agonisante, au lieu de repartir affronter Voldemort. S'il était revenu, il aurait pu, selon Dumbledore, tuer le mage noir et mettre fin à la guerre. Il aurait peut-être été en train de fêter ça ou de pleurer les morts. En tout cas, il n'aurait certainement pas été en train de téter goulûment du caoutchouc. Il n'aurait pas été Tom Riddle.

Pourtant, il ne regrettait pas son choix. Ça lui avait semblé la chose à faire, à ce moment-là, et il se sentait investi d'une mission, même s'il en ignorait pour le moment l'objectif. Il ferait probablement un long détour avant de revenir, alors autant ne pas chouiner tout du long et essayer de profiter du voyage.

Ce n'était pas si difficile. Après les premiers moments de terreur et d'incertitude, il commença à se faire à sa nouvelle vie. Il lui suffisait juste de chasser régulièrement de son esprit les souvenirs des personnes qu'il avait laissées dans son monde : Ron, Hermione, Ginny, tous les membres de l'Armée de Dumbledore.

xXx

En effet, tout était si extraordinaire dans ce corps neuf ! Il n'avait à se préoccuper de rien et se laissait simplement porter par le peu d'événements de son existence. Son quotidien était paisible mais pas tellement monotone, car une faculté surgie de nulle part venait souvent le surprendre. Des choses changeaient lentement en lui et il trouvait ça assez dingue. Ses inquiétudes quant à la raison de sa réincarnation étaient souvent supplantées par les petites choses de son quotidien de bébé.

Par exemple, au début, il dormait indistinctement le jour ou la nuit. Après trois ou quatre mois, il avait chopé le rythme. Il buvait ses cinq biberons par jour à des heures régulières. Bon, il n'avait toujours pas de dents et sa nourriture était toujours aussi peu diversifiée, mais chaque chose en son temps.

Il avait très vite découvert qu'avec un peu de volonté, il pouvait calmer ses envies insensées de pleurer. Il était devenu un bébé très silencieux. Après quelques temps, pourtant, il se mit à produire, sans le vouloir, d'étranges gazouillis qui rendaient le sourire des adultes plus indulgent. Il en abusait un peu.

Il finit aussi par mieux contrôler ses gestes. Dès qu'on lui tendait un objet, il s'en emparait avec ravissement. Et, après un temps sans durée, il apprit à maîtriser les mouvements de sa tête, ce qui lui permettait d'observer les alentours avec curiosité. C'était drôle d'être un bébé. Le monde lui semblait bien différent. Tout était si grand !

Il prenait conscience que c'était long, très long, de devenir un être vivant autonome. Et le temps passa, et son chagrin se fit de moins en moins vif. Après tout, il y avait tant à voir, quand on était un bébé conscient.

Je suis sûrement un cas unique en mon genre, se plaisait-il à penser. Quand je reviendrai... Si je reviens en tant que Harry Potter... Je pourrai écrire un livre sur le développement de l'enfant.

Et il s'amusait à imaginer la réaction de la presse quand il annoncerait qu'il ne voulait plus être Auror mais pédiatre.

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Un jour, le petit Tom, qui avait plus ou moins un an, se déplaçait en rampant, quand il prononça soudain son premier mot. Personne, cependant, sauf Harry, ne s'en rendit compte.

– Areuh, disait malicieusement l'enfant. 'Ary. 'Ry. 'Arry.

Harry en fut tout ému.

Je sais dire mon prénom !

A partir de ce jour-là, il se donna pour modeste mission d'apprendre à dire d'autres mots. Il pensait en boucle des termes simples, dans l'espoir qu'ils franchissent ses lèvres. Et, dans une certaine mesure, ça fonctionna.

Ignorant les mots complexes que Harry s'amusait à énumérer, Tom préférait répéter inlassablement les onomatopées les plus stupides. « Miaou » était sa préférée. Il rampait, se mettait debout, retombait sur ses fesses et miaulait, s'attirant à presque tous les coups les regards attendris de la cuisinière.

Pour son âge, on pouvait dire que Tom était précoce. Il était très sage, car Harry veillait, et avait fait presque toutes ses dents sans verser une larme. Mais il ne jouait jamais avec les autres marmots.

Ils sont dégueulasses, pensait Harry en voyant Babeth et Elliot se fourrer mutuellement les doigts dans le nez, ou même ailleurs. Je crois que je préfère jouer à avoir l'air plus intelligent qu'eux.

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Vers deux ans, comme tout môme de cet âge-là, Tom eut une crise existentielle où le seul mot qu'il consentait à dire était « Non ». Adieu les adorables miaulements à tue-tête. C'était des « Non, non, non ! » à chaque cuillerée de soupe, à chaque fois qu'on l'amenait se coucher.

Mais tais-toi donc ! s'énervait Harry.

Rien n'y faisait. Il avait beau fermer la bouche, une force inconnue la rouvrait pour crier « Non ».

C'est à peu près à ce moment-là que Harry se rendit compte qu'il n'était pas tout seul dans sa tête de bébé. Les deux premières années, l'autre avait été presque inexistant. Sa présence avait été si faible, si cachée, que Harry ne l'avait pas remarquée.

Mais, après dix-huit mois d'existence larvesque, la conscience légitime du corps que le Survivant squattait commença à se réveiller et à s'affirmer de plus en plus.

Harry maîtrisait toujours les mouvements de son corps, mais l'autre pouvait choisir de l'arrêter. Harry voulait rester tranquille mais l'autre décidait de balancer ses cubes en plastique dans tous les sens. Harry écoutait les informations à la radio mais l'autre préférait chiper les jouets d'un gosse plus petit, rien que pour le plaisir de le faire pleurer.

La conscience de Tom Riddle s'éveillait et elle considérait, non sans raison, Harry comme un intrus. Bien sûr, ce dernier avait presque tout le temps le dessus. Il avait quinze années de maturité de plus et une volonté carrément plus forte. Enfin bon, Tom pouvait à peine penser.

Le garnement, néanmoins, n'était pas stupide. Ainsi, chaque jour, ses pensées se formulaient avec des images plus précises et des mots plus nombreux. Harry craignait le jour où il aurait assez de bagages linguistiques pour lui tenir tête.

xXx

La crise des deux ans de Tom, en apparence, ne dura pas très longtemps. Il cessa de répondre « Non » à tout ce qu'on lui proposait et mangeait ses légumes verts sans rechigner. Tout le monde s'émerveilla de sa maturité exemplaire. En réalité, le gamin s'était simplement aperçu qu'il y avait quelqu'un qu'il était bien plus intéressant d'emmerder, quelqu'un qui avait bien plus d'autorité sur lui que les dames de l'orphelinat.

Bien entendu, il ne comprenait pas exactement ce qu'il se passait dans sa tête mais il avait compris qu'il n'y était pas tout seul. Et cela ne lui plaisait pas beaucoup.

Aussi prenait-il un malin plaisir à s'opposer à Harry. Dès qu'il sentait que l'autre, Harry, se faisait plus faible, il en profitait pour faire des bêtises, par simple esprit de contradiction. Puis la crise passa. Cependant, la conscience de l'enfant n'arrêtait pas de croître et de prendre de plus en plus de place dans leur tête commune.

Harry, au début, avait ragé devant l'éveil de cette autre conscience. Quand il sentait les mots de Tom envahir son esprit, il faisait tout pour les repousser, comme s'il s'était agi d'une maladie contagieuse.

Pourtant, plus le temps passait, moins il luttait contre Tom. Quand Tom eut deux ans et demi, il abandonna toute défense.

Qu'est-ce qu'il pourrait bien me faire ? C'est encore qu'un bébé ! se dit-il la première fois qu'il céda aux caprices du futur Voldemort.

Lui qui avait tout d'abord combattu tout mouvement provenant de son autre conscience, laissait désormais faire le bambin. Il se contentait d'observer ses actions comme une mère surveille son enfant.

xXx

Il s'émerveillait presque malgré lui d'assister, tous les jours, aux premières loges, à la construction d'une conscience. Il se rendit finalement compte qu'il avait développé, sans s'en apercevoir, un attachement étrange à Tom.

Qui a vécu dans la tête de quelqu'un pendant plus de deux ans se sent si proche de lui qu'il lui devient alors impossible de le haïr. Même l'homme qui possèderait une âme nauséabonde et vicieuse n'arriverait pas à la détester sincèrement. Cette âme méchante et perverse, ce serait encore lui.

Tom Riddle, qui empile consciencieusement des cubes, c'est moi, pensa Harry.

Tom joue, dit la conscience de Tom. Tom aime jouer.

C'est bien, commenta Harry. Et si on faisait une pyramide ?

Tom veut.

Et l'enfant jouait tout seul mais en fait il était deux. Tom et Harry étaient devenus indissociables. Même s'ils étaient deux consciences, ils formaient un même être. C'était d'ailleurs ce que tout le monde voyait : il n'y avait définitivement qu'un seul bébé qui tentait de faire une pyramide avec ses cubes. Personne n'apercevait à côté de lui d'adolescent binoclard avec une cicatrice sur le front.

Harry lui-même finit par oublier qu'il avait, presque trois ans auparavant, eut une autre apparence physique. Son ancienne vie lui semblait comme un vieux et drôle de rêve, dont il n'avait plus trop le temps de s'occuper. Il passait ses journées à veiller sur Tom et Merlin savait comment un gamin pouvait être épuisant.

Le 31 juillet 1929, pourtant, il sentit quelque chose dans son ventre de petit garçon. Depuis quand est-ce que cette date n'était plus celle de son anniversaire ? De toute façon, ce serait insensé de fêter son anniversaire alors qu'il n'était techniquement pas encore né. Mais quel âge avait-il, alors ? Tom avait deux ans et demi, certes. Mais lui, Harry, avait-il dix-sept, neuf mois et des poussières, âge auquel il s'était réincarné en Tom ? Avait-il cessé de vieillir quand il avait abandonné sa première existence ?

Mais s'il était une âme pouvait-il avoir un âge ?

Est-ce qu'il pouvait mourir ?

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Le 31 décembre 1929, Tom fêta ses trois ans dans la dignité.

Ce fut un jour de l'an très festif : l'orphelinat avait accueilli, quelques jours plus tôt, deux nouveaux enfants très bruyants mais adorables, et Miss Cole, qui occupait le poste de Directrice depuis quelques jours seulement, leur avait permis de se coucher à minuit. Elle avait toujours eu un faible pour les chahuteurs.

Les deux nouveaux, qui avaient sept et huit ans, passèrent la soirée à sauter de partout et à quémander des sucreries, monopolisant l'attention de tous.

Dans leur coin, Tom et Harry jouaient avec leur cadeau d'anniversaire, un puzzle en bois qui représenterait, une fois terminé, trois fillettes se promenant dans une forêt.

A la fin des années 1920, l'industrie du jouet avait bien décollée et les poupées, figurines en plomb et ours en peluche n'étaient plus réservés aux familles aisées. Toutefois, on n'avait pas encore inventé les casse-têtes estampillés « 3 ans et + » et le jeu qu'on avait offert à Tom était trop compliqué pour lui.

Mais pour Harry, il était évidemment très simple. Le Survivant mania habilement les pièces et ne tarda pas à placer la dernière à la bonne place. Cette prouesse – aucun enfant de trois ans ordinaire n'était capable d'assembler un puzzle de trente pièces – lui valut des applaudissements de Miss Cole.

– Félicitations, Tom ! lui dit-elle avec un de ses rares sourires.

L'enfant ne répondit pas et la Directrice de l'orphelinat fronça des sourcils en marmonnant à une des assistantes, Ana :

– Cet enfant est décidément étrange.

Harry avait entendu et il s'indigna intérieurement. Les adultes avaient tendance à parler devant les enfants comme s'ils n'existaient pas ou étaient trop stupides pour comprendre. Et en plus, Miss Cole était injuste. Si Tom n'avait pas répondu, ce n'était pas parce qu'il était un gamin bizarre mais parce qu'il avait été trop occupé à réfléchir.

Et quand on a trois ans, ça demande beaucoup de de concentration.

J'ai pas fini le jeu. Mais c'est mes mains. C'est l'autre. Merci, l'autre, pensa hasardeusement Tom.

De rien, répondit Harry.

Ce n'était pas vraiment la première fois que les pensées de Harry et Tom se succédaient mais c'était leur premier échange conscient. Tom avait remercié Harry de l'avoir aidé, et cela marqua le début de leur relation. Ce fut aussi le premier souvenir de Tom.

Cette modeste discussion lança plusieurs années de dialogue permanent. Ils coulèrent des jours heureux.

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Les enfants de l'orphelinat allaient à l'école publique à partir de sept ans. Jusqu'à cet âge-là, c'était les filles de l'orphelinat qui leur donnaient les leçons.

Berthe, une des nourrices, était chargée de faire dessiner les plus petits et d'apprendre à écrire leurs prénoms aux plus grands. Tom apprit à orthographier le sien très rapidement, en partie parce qu'il était très court, en partie parce que Harry lui montra comment bien tenir son crayon. L'enfant signait désormais chacun de ses dessins, avec une sorte d'auto-satisfaction qui faisait rire et frémir Harry. Mais toutes ses craintes s'écroulaient quand Tom lui demandait : Harry, apprend-moi à écrire « Harry ».

Martha, l'infirmière, enseignait quand elle en avait le temps à compter. Et quand par miracle il n'y avait aucun blessé ou malade, elle nommait les uns après les autres les objets qui entouraient les enfants. Ces derniers devaient ensuite, si son doigt pointait vers la chaise, dire « chaise » et non pas « porte » etc. Tom était un petit génie à ce jeu, car il y avait toujours quelqu'un, dans son oreille interne, pour lui souffler la réponse.

Avec l'aide de son ami imaginaire, il maîtrisa très vite un nombre impressionnant de mots, qu'il gardait jalousement pour lui. Il était persuadé d'être la seule personne au monde à savoir ce que « fondamental » ou « hippodrome » signifiaient. Enfin, c'était pas comme s'il se rappelait vraiment de leurs définitions, mais au moins, il connaissait plein de mots.

Harry, Harry, qu'est-ce que ça veut dire ? était sa pensée favorite.

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Ainsi, Tom et Harry passèrent quatre ans de plus sur les terrains de l'établissement, à se chamailler et se réconcilier intérieurement. Ils étaient un garçon modèle ce qui leur permettait d'avoir beaucoup de temps libre, pour vadrouiller dans la cour et jouer avec les chats errants. Ils explorèrent tous les recoins de l'orphelinat, du grenier encombré de meubles cassés au sous-sol qui servait de garde-manger, et s'aventuraient, les jours où ils se sentaient d'humeur audacieuse, dans les rues alentour.

Bien entendu, il ne pouvait rien arriver à Tom, car Harry était toujours là pour veiller aux individus suspects et aux automobiles. Ces dernières se multipliaient à un rythme incroyable, ce qui rappelait à Harry que les années 30, c'était tout de même un autre monde. Il partageait avec Tom la même excitation devant les looks des voitures qui passaient, devant les vitrines des magasins de vêtements sur-mesure.

On les rappelait rarement à l'ordre car, après tout, ils étaient vraiment un petit garçon irréprochable. Tom avait toujours tout juste aux petites interrogations orales qu'on leur faisait occasionnellement passer, savait compter jusqu'à quarante, nommait toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et connaissait son alphabet.

Par ailleurs, il dessinait admirablement bien, pour un garçon de son âge. En fait, lui-même était incapable de gribouiller un château-fort mais, par chance, Harry était toujours là pour lui filer un coup de pouce.

Tom ne se rappelait absolument pas avoir, au tout début, vécu la présence de l'autre comme envahissante. « Harry » avait toujours était lui, avec lui, là pour lui, et il en était si heureux qu'il en devenait presque collant, si l'on peut se coller soi-même.

Je t'adore, Harry, pensait souvent l'enfant.

Oh, bordel, moi aussi je t'adore, mon petit Tom.

Ca veut dire quoi, « bordel » ?

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Les rares candidats à l'adoption étaient tous très intéressés par le petit garçon si poli, si doué, si mignon, qui jouait dans son coin. Mais Madame Cole – elle s'était mariée entre temps – , n'appréciait pas vraiment Tom et le décrivait comme un enfant très solitaire, qui pouvait passer des journées sans parler, ou presque. En réalité, elle aurait bien voulu le voir partir, mais elle avait peur qu'on le leur ramène. Ça mettrait l'établissement en difficulté. Tom n'était pas sociable et il fallait avouer qu'il pouvait même être un peu effrayant, quand il marmonnait tout seul, les yeux dans le vague et tout le corps immobile. Et puis, il y avait sa maturité qui faisait froid dans le dos.

Il était cependant faux de dire que Tom était un enfant solitaire. Certes, il n'aimait pas la compagnie des autres gosses, qu'il trouvait stupides et pleurnichards. Mais c'était parce qu'il avait déjà un ami intelligent, calme et bienveillant dans sa tête, un ami qui ne pourrait jamais le trahir car il était une partie de lui-même.

Tom se sentait comme le héros des bande-dessinées que la Directrice distribuait quand on avait reçu dix bons points. Il n'était pas un petit garçon normal.

Tout comme les autres gosses de l'orphelinat, il n'avait pas de famille. Mais contrairement à eux, il avait un ami fidèle, un ami pour de vrai, pour la vie.

Harry, appelait-il souvent.

Oui, répondait toujours le Survivant, avec amusement.

Rien. Viens, on va dehors.

Il était l'enfant le plus chanceux du monde. Qu'importait s'il lui arrivait de penser à voix haute, d'être traité de fou par Elliot, Babeth et Dorothy. Personne d'autre n'avait un « Harry », Harry était à lui, rien qu'à lui !

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Harry, lui aussi, était heureux. Il avait abandonné tout projet de revenir en 1998. Il n'y pensait même plus. Son quotidien était loin d'être extraordinaire. Ça tombait bien, il n'avait jamais désiré avoir une vie extraordinaire.

Hermione et Ron lui manquaient encore mais cela faisait désormais six ans qu'il ne les avait pas vus. La douleur ne faisait plus comme un éclair dans son cœur. Elle se rappelait seulement à lui comme un vieux point de côté, avec qui on a appris à vivre. D'ailleurs, ce n'était pas comme si ses deux amis étaient morts. Comment pourrait-il pleurer des personnes qui n'étaient pas encore nées ?

Quant à comment il était devenu la moitié d'âme de Tom Riddle, il n'y réfléchissait plus beaucoup non plus. Il se mentait un peu, en se disant que maintenant que Tom était plus grand, il ne valait mieux pas qu'il laisse filtrer trop d'informations sur lui, Harry. Si Tom apprenait qu'il venait du futur... s'il apprenait que Harry et lui voulaient se tuer l'un et l'autre...

En ce qui concernait la nature de ce monde, c'était triste à dire mais, en six ans, il n'avait toujours pas avancé de ce côté-là. Un rêve, la réalité ? Une hallucination ?

Dans le cas où il aurait vraiment remonté le temps, il avait du complètement chambouler l'âme de Voldemort. Enfin quoi, le mage noir avait un ami et c'était lui, Harry Potter ! Quand il formulait ça comme ça, ça le remplissait d'effroi. Une fois, il s'était même imaginé que quand Tom aurait soixante-dix ans, ils iraient rendre visite à Ron et Hermione adolescents. Ce serait une drôle de rencontre...

Mais c'était dans tellement longtemps, c'était si improbable que Voldemort serre les deux Gryffondors dans ses bras que le Survivant écartait vite ces rêveries. A quoi bon ?

Et quand bien même tout ce qu'il vivait depuis plusieurs années n'était qu'une illusion, Harry s'en foutait. Chaque jour était rempli de tendresse et c'était ce dont son enfance à lui, et même celle du Voldemort de son présent, avaient cruellement manquée. Il faisait donc tout ce qu'il pouvait pour que son Tom sache qu'il avait quelqu'un qui ne le laisserait pas tomber, quelqu'un sur qui il pourrait toujours compter.

Il avait réalisé que la magie ne lui manquait pas. C'était comme s'il avait oublié qu'il était un sorcier. Il avait d'ailleurs l'impression que même si on lui donnait une baguette, il ne serait pas capable de lancer un seul sort correct. C'était plutôt le contact rassurant de sa baguette qu'il regrettait un peu. Mais s'il y avait jadis tellement tenu, c'était justement parce qu'il se préparait toujours à une attaque surprise d'un certain Seigneur des Ténèbres.

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En définitive, la vie à l'orphelinat était paisible et il n'avait à se défendre de rien, sauf des moqueries des plus grands. Certes, ce n'était pas l'endroit rêvé pour grandir : c'était miteux, grisâtre, on n'avait sa propre chambre qu'à partir de sept ans, les plats se ressemblaient tous, les vêtements étaient usés, le confort très sommaire et les couloirs assez angoissants. Ils ne quittaient le quartier qu'une fois par an, en été, pour aller soit à la campagne, soit à la mer. Mais enfin, Harry n'était jamais seul. Il avait enfin une famille, un petit frère qui l'aimait et qu'il aimait.

Enfant, il croyait savourer les rares moments où les Dursley lui laissaient la maison. Avec un peu de recul, toutefois, il se rendit compte que ces soirées sur l'ordinateur de Dudley, ces pudding et autres victuailles volés n'étaient pas de si bons souvenirs. Il aurait sûrement préféré à la place de ces tête-à-tête avec lui-même – mais c'était surréaliste – exterminer des extraterrestres virtuels avec son cousin jusqu'au bout de la nuit.

Au début des années 30, Harry avait beau toujours être un orphelin dont les autres se moquaient, il avait un petit frère, qui était si identique à lui qu'on pouvait l'appeler son jumeau. Il ne se sentait jamais seul.

Il y avait toujours l'enfant en lui pour lui demander de lui raconter une histoire avant qu'ils ne se couchent. Et il se réveillait toujours en compagnie de ce garçon qui était, assez ironiquement, celui qui allait le priver de famille soixante ans plus tard... Ou six ans plus tôt, il ne savait plus bien.

Mais cette douce routine avec Tom, fragile et solide à la fois, faillit bien éclater en morceaux le jour où tous deux sentirent, au bout de leurs doigts, les fourmillements caractéristiques de la magie.


A Suivre...


Chapitre 2 en ligne samedi 21 novembre, le temps que je le peaufine !

P.S : La fanfic a maintenant une image de profil. Par ailleurs, Tom ne sera pas vraiment OOC. Le canon sera suivi de près. Mais c'est un enfant. Les enfants sont mignons. Bref, vous l'avez trouvé mignon, j'espère ? :x

Petite review, s'il-vous-plaît ? Est-ce que le chapitre vous a plu, quelle suite imaginez-vous ? /o/