Chapitre 2

Lorient, 1767.

Âgée de deux ans, la petite Elisha courait après les mouettes en poussant de grands cris, faisant inévitablement s'envoler les oiseaux.

Mais Alexa la laissait faire, un petit sourire aux lèvres.

Aujourd'hui, elle recommençait peu à peu à vivre, ses journées illuminées par la joie de vivre de sa fille.

Elle l'avait mise au monde, aidée par la vieille Léonie.

Celle-ci cheminait aux côtés d'Alexa, un petit sourire nostalgique aux lèvres.

« Elle ressemble de plus en plus à Yann. »

« Je sais. »

En effet, sa fille possédait la même chevelure brune indisciplinée que son père ainsi que son grand sourire franc et sincère.

Les yeux étaient bruns clairs, mélange de ses deux parents.

Yann aurait été fier de sa fille, ça ne faisait aucun doute.

Mais justement sa fille, aurait-elle un vrai père ?

Oo•oO

Sa fille laissée aux bons soins de Léonie, Alexa travaillait comme serveuse dans une auberge.

Après la mort de Yann, elle avait bien été obligée de subvenir à ses besoins par ses propres moyens.

Ainsi, elle avait accepté l'offre d'Antoine, individu lubrique aux longs regards pervers.

Auparavant, Yann ne l'aurait jamais laissée toute seule, menaçant l'aubergiste du regard.

Et l'Epervier était connu pour n'avoir aucune pitié pour ceux qui s'en prenaient à ses proches.

« Alexa ? »

Elle sursauta, revenant à la réalité, et elle répondit à son patron :

« J'arrive tout de suite. »

Oo•oO

En train de servir une table, Alexa vit un homme entrer.

Un tricorne enfoncé jusqu'aux yeux et un manteau totalement boutonné, il alla s'asseoir à une table, seul.

Alexa fronça les sourcils, intriguée.

Peu d'hommes venaient seuls.

Ou alors, ils venaient pour trouver de la compagnie féminine.

Et en effet, une prostituée s'approcha de l'étranger, tout sourire.

Mais là, contre toute attente, il la repoussa.

« Allons, mon beau. Tu n'as pas envie d'un peu de chaleur humaine ? »

« Ce n'est pas contre toi mais je suis venu chercher quelqu'un. »

Alexa se figea totalement.

Cette voix, elle la reconnaitrait entre mille.

Mais c'était impossible, il était mort !

Elle leva les yeux vers l'homme et il tourna la tête dans sa direction.

Là, elle retrouva ces prunelles si sombres dans lesquelles elle s'était si souvent plongée.

Au-dessus de l'une d'elle, une longe balafre s'étendait de son sourcil à sa pommette.

Mais c'était bien lui, Yann de Kermeur, l'Epervier revenu d'entre les morts.

Mais comment était-ce possible ?

Et surtout pourquoi ?

Oo•oO

Elle lui tournait le dos, se sachant incapable de le regarder droit dans les yeux sans éclater en sanglots.

Une main crispée à l'endroit où son cœur battait beaucoup trop vite, elle souffla :

« Pourquoi ? »

« Il m'a fallu du temps pour me remettre. Et... tu avais quitté Brest. »

« On m'a dit que tu étais mort ! »

« C'est ce qu'ils voulaient, oui. »

« Qui ça, ils ? »

« Les nobles, les membres de la police,... »

« Te savaient-ils vivant ? »

« Oh certainement, oui. Leurs espions sont partout. »

Elle hocha légèrement la tête, assimilant lentement les différentes informations.

Ainsi, depuis deux ans, ils le savaient vivant et n'avaient rien dit.

Ma foi, c'était compréhensible.

Tout le monde voulait la tête de l'Epervier.

Alors qu'elle se retournait, la voix d'Antoine retentit :

« Alexa ? »

Vif comme l'éclair, Yann attrapa la jeune femme par le poignet et l'emmena à sa suite dans une des ruelles adjacentes à l'auberge.

Brutalement adossée contre le mur de pierre, Alexa sursauta en sentant le corps chaud et musclé de Yann se coller contre elle.

Mais elle ne dit rien, trop heureuse d'enfin le retrouver.

Ils entendirent Antoine s'approcher de plus en plus et alors qu'il arrivait à l'entrée de la ruelle, Yann posa ses lèvres sur celles d'Alexa, empêchant l'homme de la reconnaître.

Et en effet, après quelques instants, il s'éloigna en grognant.

Toutefois, le baiser ne s'arrêta pas pour autant.

Enroulant ses bras autour du cou de Yann, Alexa lui répondit, gémissant dans sa bouche comme il la collait contre lui.

En manque d'air, ils durent se séparer et alors qu'il l'embrassait dans le cou, il dit :

« Il faut que tu partes avec moi, Alex. Maintenant. »

« Mais... j'ai un enfant, Yann. »


Bonus chapitre 3

Il sourit à son tour avant de sortir de son lit, sa chemise ouverte révélant son torse bronzé, recouvert de cicatrices blanchâtres, batailles ou défaites obtenues dans sa vie de pirate.