Sev'rance Tann était née vingt-sept ans avant la bataille de Géonosis, dans cette mystérieuse partie de la Galaxie que la République nommait «Régions Inconnues», parmi le peuple Chiss. La Famille Sev était alors l'une des plus puissantes de l'Ascendance Chiss; le grand-père de Sev'rance, Sev'ara'csapla (dont le diminutif était « Varac », d'après la formation traditionnelle des noms Chiss), était à la tête d'une riche colonie Chiss du nom de Xelva. Sev'rance ne manqua donc de rien durant ses premières années. Mais ses origines aisées n'étaient pas la seule chose qui distinguait Sev'rance des autres Chiss; outre le fait qu'elle était dotée d'une intelligence clairement supérieure à la moyenne, Sev'rance faisait parfois preuve d'une étrange intuition, comme si elle voyait les choses avant qu'elles n'arrivent... Toutefois, elle n'en parla jamais à personne.
Sa jeunesse parmi les Chiss marqua à jamais Sev'rance; le sens de l'honneur rigide, la solidarité, le sang-froid, la patience, le pragmatisme, la discipline, toutes ces valeurs chères aux Chiss devinrent celles de Sev'rance.
L'oncle de Sev'rance, Sev'orga'nuruodo, n'avait jamais été intéressé par la carrière sédentaire d'administrateur menée par le père et le grand-père de Sev'rance; il devint officier de la Flotte de Défense Chiss, et monta en grade suffisamment vite pour avoir un vaisseau sous son commandement. Bien qu'il ait choisi une carrière moins mouvementée et qu'il estimait plus utile à l'Ascendance Chiss, le père de Sev'rance, Sev'ilar'csapla admira toujours ce frère aîné, si bien que Sev'rance le considéra longtemps comme un exemple; c'est lui qui, le premier, lui donna l'envie de mettre ses talents au service de la défense de son peuple. Très vite, Sev'rance n'hésita plus qu'entre deux carrières possibles: celle de pilote de chasse, qui lui aurait permis d'exploiter sa mystérieuse faculté d'anticiper le danger, ou celle d'officier sur le pont d'un vaisseau de guerre, comme son oncle.
Mais un jour, un événement changea bouleversa ce destin tout tracé, alors que Sev'rance avait douze ans; cette journée commença pourtant comme une autre, et Sev'rance ne se doutait de rien alors qu'elle rentrait tranquillement de l'Azferah, où étudiaient les Chiss jusqu'à treize ans.
« Ne t'inquiètes pas, conseillait-elle ce jour-là à une camarade de classe. Je me charges de ton devoir de Cheunh (le Cheunh était la langue principale des Chiss); tu connais la prof, il suffira de reformuler un peu mes réponses, et elle ne se doutera de rien....
-Merci; j'ai de la chance d'avoir une amie qui a de meilleures notes que moi et qui est prête à rendre service!
Sev'rance avait alors souri.
-C'est normal, il faut s'entraider, entre élèves. » avait-elle répondu.
Les deux jeunes Chiss avaient continué à marcher en discutant de divers sujets; puis, alors que Sev'rance était presque arrivée chez elle et s'apprêtait à prendre congé de son amie, elle lui demanda en veillant à paraître modeste et hésitante:
« Au fait, pourrais-je à mon tour te demander un service?
-Tu sais bien que oui! De quoi s'agit-il?
-C'est qu'il ne s'agit pas de m'aider pour un devoir de Cheunh... Tu te souviens de ce garçon de dixième année dont je t'avais parlé? Je sais que tu le connais bien; si tu vois une occasion de...
-N'en dis pas plus, j'ai compris! Même les élèves sérieuses qui ne pensent qu'à leurs rêves de rejoindre la flotte n'échappent pas à l'amour, hein? »
Sev'rance sourit d'un air gêné qui cette fois n'avait rien de feint.
«C'est d'accord?
-Mais oui!
-Merci beaucoup. Bon, je vais te laisser... A demain.
-A demain. Euh, pourquoi y-a-t-il tant de véhicules aériens devant chez toi, aujourd'hui? En plus, ils ont l'air officiels.... »
Sev'rance s'était alors figée. Jusque là, trompée par la routine, elle n'avait prêté attention qu'à sa camarade; mais à présent que cette dernière le lui faisait remarquer, il y avait effectivement quatre speeders d'allure officielle devant la riche demeure où elle vivait avec ses parents et sa petite sœur. Saisie par un très mauvais pressentiment qui devait hélas s'avérer justifié, Sev'rance avait alors couru jusqu'à la porte et à travers la maison jusqu'au salon.
Elle devrait se rappeler à jamais l'effroi et l'incompréhension qui l'avaient envahi lorsqu'elle avait vu ces douze Chiss en uniforme noir et gris dont l'expression indiquait qu'ils n'étaient pas là pour plaisanter et son oncle, menotté, prisonnier de deux des Chiss en uniformes.
« Mais puisque je vous dis que je ne savais rien à ce sujet! disait le père de Sev'rance lorsque la jeune Chiss entra sans mot dire, comprenant vite qu'il valait mieux qu'elle ne se mêle pas de ce qui se passait. Ni lui ni mon père, ni qui que ce soit d'autre, ne m'ont parlé de ça!
-Il ne sait rien, vous dis-je, avait confirmé Sev'orga'nuruodo d'un ton las qui ne lui ressemblait pas. Nous l'avons tenu à l'écart de tout ça.
L'un des Chiss en uniforme, à la carrure imposante et à la barbe noire, avait alors foudroyé du regard l'oncle de Sev'rance.
-Je n'en crois pas un mot! Toute la Famille Sev est impliquée, et n'imaginez pas que qui que ce soit à la Direction de la Surveillance de la Flotte Chiss n'en ait pas conscience! Cela fait des années que nous essayons de prouver que votre Famille n'est là ou elle est qu'à force d'opérations illégales! Toutefois, puisque vous avez apparemment été assez malins pour ne laisser aucune preuve de la complicité du vice-administrateur Sev'ilar'csapla, excusez-moi du dérangement, et au revoir! » avait achevé d'un ton qui ne laissait planer aucun doute quant à la sincérité de ces derniers mots le Chiss à la barbe noire, manifestement l'officier du groupe.
Il se dégageait de ce Chiss quelque chose qui effrayait Sev'rance; manifestement, il avait beaucoup d'autorité et il détestait la Famille Sev. Cela choquait Sev'rance, car elle se rendait bien compte qu'il y avait quelque chose de personnel là-dedans, et jamais on ne lui avait appris que ces manœuvres politiques douteuses avaient toujours cours chez les Chiss...
Alors que les agents de la DSFC quittaient la demeure des Sev, emportant Vorgan avec eux, et remettaient en ordre les endroits où ils avaient probablement perquisitionnés, l'officier avait ajouté:
« Ceci dit, n'allez pas vous faire d'illusions, Vilarc; il y aura des répercussions, et elles ne vont pas vous plaire. Votre carrière est brisée, et l'ensemble de la Famille Sev va se retrouver en très mauvaise posture politique... »
Vilarc ne répondit rien, bien que ce ne fut manifestement pas l'envie qui lui en manquait. Les agents de la DSFC finirent par quitter les lieux.
« Que s'est-il passé? avait alors demandé Sev'rance à son père en tentant de masquer son inquiétude.
-Exactement ce que tu as vu et entendu: la DSFC a décidé d'arrêter oncle Vorgan et ton grand-père; et je doutes qu'ils se seraient arrêtés là s'ils avaient eu des preuves contre moi aussi....
-Mais qu'est-ce que la DSFC? Et pourquoi les ont-ils arrêtés?
Sev'ilar'csapla réfléchit avant de répondre, tout en jaugeant Sev'rance du regard comme s'il se demandait quel effet lui ferait la réponse.
-La DSFC s'assure que les officiers Chiss fassent bien leur devoir, expliqua-t-il finalement, pesant bien ses mots. Et Vorgan a... Agi d'une manière que la DSFC n'approuve pas... Il a attaqué des ennemis sans les laisser attaquer les premiers, et ce à plusieurs reprises, ce qui est contraire aussi bien au sens de l'honneur qu'aux lois des Chiss... Grand-père a contribué à couvrir ses agissements pendants des mois; ce qu'il ne savait pas, c'est que l'agent que Vorgan lui a envoyé la semaine dernière pour lui demander de l'aide était en fait un informateur de Hess'arga'nuruodo, le directeur de la DSFC...
-Et tu le savais?
-Oui.
-Et les menaces de Sargan? Étaient-elles sérieuses?
Vilarc hocha sombrement la tête.
-J'ai bien peur que oui. Plus d'une des autres Familles n'attendaient que cette occasion pour nous écarter du pouvoir... Je vais sûrement être muté dans une quelconque colonie isolée, loin de la Capitale Csilla... Les Familles Régnantes s'en chargeront à la première occasion.»
Sev'rance comprit que ses parents n'en diraient pas plus et se tut, mais d'autres questions lui brûlaient les lèvres: pourquoi Sargan accusait-il toute la Famille Sev d'être arrivée en haut de l'échelle sociale grâce à des agissements douteux? Et qu'avait fait Vorgan, exactement? S'était-il contenté d'ouvrir le feu le premier sur un ennemi qui s'apprêtait de toute façon à l'attaquer, ou avait-il lui même lancé des escarmouches sur des peuples voisins de l'Ascendance Chiss? S'en était-il servi, d'une façon ou d'une autre, pour promouvoir sa carrière?
Et dire qu'une demi-heure plus tôt, elle n'avait pas d'autres soucis que d'aider une amie à finir un devoir ou d'obtenir un rendez-vous avec un garçon... Cela lui semblait tout simplement inconcevable que deux choses si opposées puissent arriver dans la même journée...
Les craintes du père de Sev'rance s'avérèrent malheureusement fondées; la famille fut contrainte de partir pour Helrah, une petite colonie Chiss sans la moindre importance, et les Sev perdirent totalement la confiance des Familles Ré fut condamné à la prison à vie et Varac à un an de prison et des amendes qui le ruinèrent. Vilarc n'avait plus aucune chance d'obtenir une promotion dans cette vie, et, privée du soutien financier du riche grand-père de Sev'rance Tann, la famille perdit l'essentiel de sa fortune. Sev'rance n'avait plus aucune chance de devenir officier ou pilote de chasse pour la Flotte Chiss; elle avait tout perdu, presque du jour au lendemain. Sev'rance ne put jamais vraiment oublier cette brutale déchéance; même alors qu'elle avait cessé d'y penser depuis longtemps, le souvenir de cette cruelle injustice à cause de laquelle elle avait tout perdu resta à jamais gravé dans son inconscient. Il y créa une profonde soif de revanche, un besoin pour Sev'rance de s'élever dans la hiérarchie pour récupérer ce dont on l'avait privé si injustement, de réussir à tout prix, d'obtenir pouvoir et notoriété. Elle ne devait plus être à la merci de qui que ce soit, plus personne ne devait pouvoir tout lui prendre quand il le voulait; elle préférait être la première sur Helrah que la deuxième sur Csilla! Elle prit brusquement conscience que l'injustice était partout, même dans l'Ascendance Chiss; partout, des gens qui n'avaient pourtant rien fait pouvaient se retrouver écartés de tout pouvoir et de toute richesse parce que des gens plus puissants qu'eux en avaient décidé ainsi. Et si elle voulait changer cela, elle ne pouvait compter que sur elle-même, pas question de compter sur des politiciens ou des militaires uniquement soucieux de leurs propres intérêts; une raison de plus pour réussir à tout prix.