Chapitre 2 : Réclusion générale

L'hiver approchait, le vent glacial s'engouffrait dans les rues vides de Konoha soulevant quelques détritus et obligeant les villageois à se terrer chez eux. La neige ne pointerait pas le bout de son nez cette année. Le paysage hivernal féérique habituel se voyait remplacé par un spectacle de ruines. Une tragédie avait frappé le village et dame nature se conformait à cette situation apocalyptique. Cette année-là, il n'y aurait pas de bonhomme de neige dans les prairies environnantes, ni des gamins gambadant et jouant dans la poudreuse. Était-ce une malédiction lancée par une force obscure ? Était-ce Sasuke Uchiha le détenteur de ce pouvoir ?

Les plus chanceux se préservaient du froid au coin d'une cheminée, les autres - les exclus du nouveau système - mourraient à petit feu. Konohamaru, le petit fils d'un ancien dirigeant, observait tristement sa meilleure amie tremblante. Loin d'être des privilégiés, les deux enfants essayaient de survivre envers et contre tout. La jeune fille implorait le ciel de les sauver de cette misère, ses fines mains jointes suppliaient un être mystique - et certainement inexistant - de leur porter secours, mendiant un peu de sa bonté en bleuissant ses mains. Étant issus de familles de grands ninjas, le gouvernement les traitait comme des parias. Un matin, le jeune garçon eut la surprise de découvrir sur la liste des têtes à abattre son nom. Konohamaru était devenu néfaste à cause de ses origines, petit-fils d'un des assassins du clan Uchiha il devait périr. Cependant, grâce à Naruto et sa ligue d'utopistes on le cacha et le protégea dans les sous-sols de la ville à l'abri des troupes de la Terreur. Avec la disparition de son protecteur, il se retrouvait de nouveau à la merci du danger. Doucement, le garçon se rapprocha de son amie pour l'entourer de ses deux bras osseux. Sous une cabane en carton, chacun protégeait l'autre du désespoir, en espérant un jour que le Konoha de leur enfance renaisse de ses cendres.

- Konohamaru, tu penses que Naruto viendra nous sauver ? Demanda l'ancienne kunoichi au garçon.

- Tu sais bien qu'on raconte qu'il est mort Moegi… Lui répondit-il amèrement.

Cette dernière phrase acheva l'adolescente, et des larmes se mirent à couler sur ses joues rosies par le froid. La disparition de la tornade blonde de Konoha laissait les villageois sans aucun espoir pour leur avenir. Depuis deux mois, diverses rumeurs circulaient telles que l'extermination des utopistes – également nommés les rebelles – par Sasuke Uchiha, mais aussi un combat à mort entre l'hokage et le leader des insoumis qui se serait soldé par un échec cuisant du blond. Ces potins, illustrant l'idée que la volonté du feu disparaissait petit à petit, servaient à masquer la peine immense, voire la déception que ressentaient les habitants. Ils pleurèrent pendant longtemps la disparition de leur héros, ne voulant pas croire la version -pourtant vraie- donnée par le gouvernement. Ainsi, des affiches furent placardées dans les rues avec écrit : repose en paix la tornade blonde. Les plus téméraires s'entreprirent à lui construire une tombe factice dans l'ancien cimetière de la ville. Une tombe encore bien présente malgré la haine du brun envers le blond. Il n'y eut aucune représailles de menées contre ses constructeurs, ni même de remise à l'ordre.

Sasuke s'amusait de l'idiotie des villageois, ces derniers avaient construit un mythe autour de l'absence du garçon : ils leur semblaient plus probable qu'il l'ait éliminé froidement, puis ait caché son corps plutôt que d'admettre que leur espoir s'était enfuit sans se soucier de ce qu'ils adviendraient. Ces marques d'affection posthumes ne perturbaient en rien son plan, sa mainmise sur le village prospérait et sans nul doute : privé de leur chef le mouvement des rebelles ne tarderait pas à sombrer dans l'oubli.

Les habitants du village et plus précisément Ichiraku, le vendeur de ramens préféré du blond n'admettrait jamais la réalité sur cette disparition. D'autant plus que le restaurateur se souvenait parfaitement du discours aguicheur et plein d'espoir auquel il assista quelques semaines avant le drame.

« Nous ne pouvons pas nous laisser faire ! Sasuke était mon meilleur ami mais ce compagnon est mort pour laisser place à une entité malveillante, ignoble même, qui viole son âme et possède son enveloppe charnelle. Ce nouveau Sasuke souhaite corrompre le monde shinobi ; le détruire ! Oubliez ce que vous savez de lui, levez-vous et battez-vous pour note cause ! Rejoignez la lutte ! ». En affirmant l'abandon de son meilleur ami à son funèbre destin, Naruto légitimisa son statut de meneur et obtint la reconnaissance de ses pairs. Des larmes perlaient aux coins des yeux du restaurateur, repenser à ce discours le ramenait à d'autres souvenirs qui le rendaient nostalgique et maussade. Il se souvint de « l'opération détournement de vivres », la première œuvre de lutte à laquelle il participa. Une fois encore, la tornade blonde de Konoha avait prouvé aux villageois son engagement au combat. Un soir, après le couvre-feu imposé par le gouvernement, des rebelles profitèrent de l'absence de gardes dans une rue, une lacune de surveillance résultant d'une diversion finement menée par d'autres ninjas, afin de détourner de la nourriture réglementée. Le restaurent d'Ichiraku servit de base mais également de cuisine pour la préparation de repas à livrer aux plus démunis. En une nuit, toutes les familles dans le besoin furent nourries.

Naruto, au fil de ses actions, se constitua une horde de soutiens toujours prête à l'aider, ces personnes lui permirent d'organiser des mouvements considérables de résistance. Cependant, si tout le monde préférait se souvenir des réussites, il y eu également beaucoup de loupés et de morts injustes. Naruto pleura beaucoup la perte de ses amis, espérant toujours que la liste ne s'allonge pas. Il s'évertuait chaque jour à remonter le moral de ses troupes en leur faisant croire l'impossible alors que lui-même n'y croyait plus. Petit à petit il se rendait compte de sa bêtise. Parfois il vaut mieux fuir que lutter contre l'imbattable. Sa meilleure amie partie, son meilleur ami détruit par la haine, il ne lui restait que son sensei nostalgique d'une époque révolue. Son cœur se serrait à chaque vue d'un corps squelettique. Les visions d'horreur s'accumulaient, des enfants morts, des nourrissons hurlant famine, des mères au regard vide et des pères sans force. Peu importait le nombre d'actions qu'il réussissait à mettre en place, Sasuke allait toujours plus loin dans ses atrocités. Les hommes robustes n'existaient plus, les femmes heureuses disparurent en même temps et le blond perdait l'espoir.

Toutes ses petites lueurs fuyaient une à une, il savait qu'avant la fin de l'année il n'aurait plus rien à quoi se rattacher. Pourtant, et parce qu'il était trop préoccupé par l'absence de sa rose, une jeune femme brune buvait toutes ses paroles et tentait tant bien que mal de lui redonner espoir. A force de se préoccuper uniquement de ses deux meilleurs amis, il ne fit pas attention à ce petit être plein d'amour qui n'avait d'yeux que pour sa personne. Hinata donnait corps et âme pour lutter avec l'amour de sa vie, cette ardeur résultait d'une admiration folle et d'un amour déraisonnable envers le blond. Tout le monde voyait cet amour, sauf le principal concerné, au plus grand dam de la jeune brune. L'acharnement qu'il mettait pour retrouver son trio amical le rendait complétement fou. Il n'en dormait plus, ses pensées ne tournaient qu'autour de Sasuke et Sakura, pire encore, autour de la promesse faite à la rose plus jeune. La promesse en question se révélait vétuste, non pas que Sakura n'aimait plus le brun, non pas que Naruto n'en avait pas la capacité mais plutôt que plus personne ne pouvait sauver le maudit Uchiha.

Puis, vint le sept centième jour après le coup d'État de Sasuke Uchiha, date fatidique où Naruto capitula, laissant derrière lui sa ligue et emportant avec lui le peu d'espoir qu'il représentait.

Le cœur lourd, une jeune femme marchait le long d'un couloir sinistre. Derrière chacun de ses pas une tâche de sang prenait place. Le sang d'une belle rose carminait le sol glacial d'un inoubliable vengeur. Enfermée dans la prison d'un homme sans pitié, privé d'amour et dénué de cœur, la jeune femme luttait. Depuis combien de temps ? Pour quelle raison ? Seul le maître de ce jeu immoral connaissait les réponses. Plus jeune, Sakura Haruno rêvait d'un avenir resplendissant et rempli de tendresse, jamais elle n'aurait pu imaginer sa vie détruite par l'homme qu'elle aimait le plus au monde.

Ses longs cheveux roses se collaient à son corps ensanglanté, le goût âcre du liquide pourpre envahissait ses sens et le manque d'hygiène la rendait sauvage. Les nombreux coups et blessures qu'on lui avait infligés laisseraient sûrement des cicatrices à vie, peu lui importait. Après tout ce temps passé dans une cave à souffrir, elle souhaitait juste des explications. Comprendre comment ils avaient pu tous en arriver là, déchiffrer le caractère si inexplicable de son amour d'enfance et décortiquer ses sombres projets.

Il y a une semaine ou peut-être dix ans, le brun lui annonça froidement : « Naruto est mort », une rafale de sentiments s'emparèrent d'elle, de la tristesse au désespoir, jusqu'à la fureur de n'avoir pu sauver le proche perdu. Ce sentiment d'impuissance la tourmentait encore. Sakura perdit la notion du temps le jour où elle sombra dans un coma devant les grandes portes de Konoha et qu'étrangement elle se réveilla dans une cellule sombre. Les regrets s'emparaient souvent de son cœur en repensant à cette idée folle qu'elle eut d'essayer d'anéantir Sasuke seule, bien évidemment qu'elle ne faisait pas le poids face à lui. Comme d'habitude, le jeune ninja fut preuve de naïveté.

Son meilleur ami lui manquait, son village aussi mais elle savait que plus jamais elle ne les reverrait. L'époque où elle partait en mission au côté de la tornade blonde de Konoha était révolue. Le doux murmure de la mort venait tous les soirs la torturer lui rappelant qu'elle avait abandonné lâchement ses amis, tout particulièrement l'homme qui aurait donné sa vie pour elle. Le sol vibrait, des bruits de pas se rapprochaient de plus en plus de la rose. Son corps frêle ne pouvait plus résister, son cœur ne voulait plus souffrir et ses yeux refoulait déjà ce qu'ils allaient voir. Elle avait oublié la nuit précédente et elle se désintéressait de celle-ci. Avant de retourner en enfer, la radieux visage de sa mère se manifesta dans son esprit, elle pria intérieurement pour pouvoir un jour le revoir.

Face à elle un homme dépourvu de pitié dont elle ne connaissait ni l'identité, ni les ambitions, son visage inexpressif fascinait la rose et l'apeurait par la même occasion. Son tortionnaire était un muet. Il saisit sa main avec violence, aucun mot ne franchirent la paroi de ses lèvres, c'était sa manière de lui intimer de retourner dans sa cellule sans faire d'esclandre. Sakura n'avait plus la force de se battre, il pouvait bien user de toute son énergie contre elle, le courage de la rose avait disparu avec son honneur. Néanmoins elle ne pouvait rechigner, la seule fois où elle avait osé : d'atroces douleurs s'en étaient suivies. Dans cet univers impitoyable, elle comprit très vite qu'elle n'avait plus aucune chance pour retrouver sa liberté. Seul Naruto savait mener des combats, la rose n'avait jamais su.

Elle rentra docilement dans sa cellule et entendit toute la nuit les cris horribles des prisonniers, au fur et à mesure leurs complaintes meurtries devinrent une berceuse funèbre. Après avoir passé un long moment enfermé dans la noirceur d'un sous-sol, son intelligence légendaire s'estompa, à force d'être maltraitée ou seule elle perdit la raison. Au début on la frappait pour qu'elle se taise, pour qu'elle cesse ses hurlements colériques ou alors pour éviter qu'elle ne démolisse la prison souterraine. Cette violence à son égard devint une habitude et maintenant on pouvait pousser le vice jusqu'à dire qu'elle s'accommodait à cette situation.

Les coups n'étaient rien comparé à la dose gargantuesque de médicaments qu'on l'obligeait à prendre, des drogues multiples et variées permettant de contrer ses douleurs et de la rendre amorphe. Planant la majeure partie du temps, les yeux mi-clos et allongée dans son lit elle en venait parfois à oublier son prénom, son passé et les choses horribles qui se déroulaient dans sa vie ou dans celles de ses amis, du moins pour ceux qui étaient vivants. Finalement elle prenait ses habitudes : dormir la majeure partie du temps, tenir le rôle du malingre captif et enfin s'évader dans ses pensées pour survivre.

Bercée dans une illusion, Sakura pouvait presque croire qu'elle était à sa place en tant que captive de Sasuke Uchiha, auprès de son amour d'enfance. Quelques années auparavant elle rêvait de passer son existence au côté du brun, son vœu fut exaucé. De quoi se plaignait-elle ? En effet, en plus d'avoir un toit la jeune femme était préservée de la famine et de la terreur régnant dans le village. La plupart des enfants ne mangeait plus à leur faim, à la suite de l'extermination de villages ou de chefs alliés de Konoha, le nouveau dirigeant du village de la feuille plongea la ville dans le néant. Sans contact extérieur ou alliance, le commerce entre nation se stoppa, l'approvisionnement en nourriture aussi. On instaura des tickets de rationnement distribué aux familles les plus chanceuses, les autres mouraient à petit feu.

Cette misère se déroulait sous les yeux de Sasuke, chaque corps squelettique d'enfant l'écœurait, la foule implorant sa pitié le rendait fou et pourtant il continuait à guider haineusement ses actes contre les villageois sans se rendre compte que cela le détruisait et qu'il avait été manipulé par des personnes assoiffés de pouvoirs. Le brun n'avait jamais voulu tous ces malheurs, ce n'était qu'un petit garçon qui rêvait de rester au côté de sa famille toute sa vie, il voulait surpasser son ainé, être reconnu par son père et se marier en temps voulu. Faire prospérer la lignée Uchiha était sa destinée. Au contraire, le village lui vola sa famille, obligea son frère à massacrer son clan et détruisit la vie du jeune et timide Sasuke Uchiha. Son instabilité émotionnelle vint avec le temps, Orochimaru y participa grandement puis d'autres reprirent le flambeau, si bien qu'à ce jour il ne savait ni ce qu'il voulait, ni la vérité sur le monde des shinobis. Il ne ressentait que regret et amertume. Non seulement il élimina son frère mais il détruisit des villages, rependit la terreur et il fut l'acteur principal d'un grand complot visant à assouvir le monde ninja. Il ne ressentait que du dégout envers sa propre personne.

Le temps s'écoulait à Konoha, lentement pour les captifs, rapidement pour les quelques privilégiés et Sasuke observait le monde. Jadis, cette condition de spectateur lui plaisait, admirant la déchéance de la nation son esprit enténébré se délectait. Cependant, dès qu'il se retrouvait seul, la folie le guettait. Les manipulations cruelles orchestrées par des gouvernants prépondérants nourrissaient son cœur d'une aversion assassine. Déterminé et assoiffé de justice pour son clan mais aussi pour le monde, quand bourdonnèrent les premiers signes de faiblesse de Konoha, il s'engouffra sur un chemin sans retour, un sentier pavé de haine et de solitude. Le hurlement strident de Tsunade, la dirigeante de Konoha qu'il exécuta, désola pendant un court instant son âme tiraillé. Le sang de cette femme sur ses mains d'assassin meurtrit sa moralité d'un tourment éternel. Tout Sali et corrompu, lorsqu'arrivèrent ses acolytes, Madara et Kabuto, il se souvint de ses rêves d'enfant dépassés et comprit que sa descente le perverti au point que des nuages gris brouillassaient sa frontière entre « bien et mal ». Les deux hommes l'avaient aidé à orchestrer son retour à Konoha et l'assassinat de son hokage. Pendant plusieurs années, Sasuke Uchiha nourrit le souhait infâme de détruire tous ceux qui se trouvaient sur son passage. Persécuter le monde animait son cœur, il ne ressentait qu'haine envers le monde shinobi. Il tua des innocents, effectua des ignobles actes dans le but de se venger. Il n'y avait plus de retour en arrière possible. Alors qu'il pensait pouvoir sortir de ce tourbillon sinistre qui ravageait sa vie en tuant son frère, un homme masqué vint lui rappeler qu'il était né pour se venger. Il ne pourrait donc jamais sortir de ce cycle infernal qui l'obligeait à tuer toujours plus d'innocents. Du haut de sa tour à Konoha, le brun se savait être un meurtrier, un imposteur qui vendit son âme pour venger la mort injuste de son frère ainé et de sa famille entière. Ses souvenirs s'assombrissaient de jour en jour : rien ne lui restait d'Orochimaru, de la team Haka ou de l'Akatsuki. Il élimina le serpent, détruisit son équipe et la plus grande organisation criminelle du monde ninja n'avait plus de raison d'exister. Il y avait bien assez du brun pour incarner le mal en ce monde. Un enchainement d'événements tragiques s'éternisait dans ses pensées : l'étranglement de sa coéquipière rousse par ses propres mains, la destruction de plusieurs villages de paysans, l'embrasement d'hommes, de femmes et d'enfants par des flamboiements noirs ardents. Que de haine et d'homicides. Lentement mais surement il s'offrit une descente aux enfers. Le jour de sa prise de pouvoir scandaleuse il franchit la ligne de non-retour et il en avait conscience. Il ressassait tant de mauvaises idées qu'il n'arrivait plus à distinguer la réalité des songeries. Sasuke voyait Karin face à lui, le coup violâtre et la peau blanche cadavre, elle suffoquait et l'implorait de la laisser vivre. « Pitié ne fait pas ça, je ferais tout ce que tu veux, je t'aime Sasu.. », sa phrase ne se terminait jamais, tout comme le jour de sa mort qui se répétait inlassablement dans son esprit. Il revivait chaque jour cette scène.

En haut de la colline surplombant Konoha, Suigetsu et Juugo partis se baigner, Sasuke et sa coéquipière réfléchissaient à un plan d'attaque, du moins c'est ce qu'elle pensait. Depuis plusieurs jours le brun cogitait sur le meilleur moyen d'éliminer ce boulet qui l'accompagnait partout comme un petit chien. A ses yeux, elle était devenue inutile et obsolète. Dans un excès de rage, dont il se souvint encore, il attrapa brusquement le fin cou et serra, toujours plus fort. A ce moment précis il ne voyait plus le visage de la rouquine mais celui d'un dirigeant de Konoha. Danzo et bien d'autres prenaient place dans ses mains. La chevelure rousse devenait noire, les lunettes disparaissaient pour laisser place à des sharingans volés. Ce jour-là il tua Danzo et non Karin. Pourtant quand ses deux compagnons revinrent fraichement lavés, ils pleurèrent la mort de la jeune fille et non celle d'un vieillard.

- Sasuke, qui a fait ça ? Que s'est-il passé ? Dis-nous ! Hurla Suigetsu.

Lorsque l'homme poisson comprit par lui-même, son regard passa de la stupéfaction à la crainte, la peur de mourir se lisait dans ses yeux. Fidèle à lui-même, le deuxième membre de l'équipe, mais également le plus proche du brun ne se prononça pas. L'invulnérable Juugo admira le sang-froid de l'Uchiha, il venait d'assassiner sereinement et sans remord un ninja dévoué à sa personne. Beaucoup de questions s'enchainèrent, sans réponse de la part du brun. Suigetsu savait pourtant qu'aux yeux de Sasuke, Karin n'était qu'un objet voire une arme désuète depuis sa vengeance accomplie. La raison frappa les deux compères, ils devaient fuir ce ninja qu'ils ne reconnaissaient plus. Sasuke se retrouva seul au sommet de la colline en moins de deux minutes. Plus soulagé qu'abattu, il décida d'abandonner le corps de la jeune fille à la nature et continua sa route vers Konoha sans se soucier du reste. Cet épisode n'illustrait que le début de sa longue chute vers la folie.

Sa tête le faisait souffrir, il n'en pouvait plus de revivre tous ces souvenirs, il ne voulait plus y penser. Ses mains serrèrent son crâne fermement, plié sur lui-même il tentait tant bien que mal de chasser ses mauvaises réflexions. « Arrête » hurlait le dernier Uchiha. Pourtant la rouquine se tenait encore devant son lit. Les yeux légèrement rouges, quelques larmes coulant sur son visage livide et la bouche grande ouverte, elle le suppliait, encore et toujours. Ce supplice ne s'arrêtant jamais. « Pitié Sasuke, je n'ai rien fait, laisse-moi partir en vie » implorait-elle. Il se remémora ses paroles, la première fois il ne les avait pas entendus car il pensait tuer Danzo. Il en était certain, c'était Danzo l'homme dont il comprimait cruellement le cou, pas cette pauvre fille. « Excuse-moi Karin » susurra le brun.

La satisfaction de voir le sang de ses ennemis couler sur le bois des tables, le plaisir de découper minutieusement chaque parcelle de leur corps de traître ou encore la joie d'entendre leurs hurlements ne durèrent que le temps de leur supplice. Très vite, le tortionnaire reprit sa vie et se rendit compte qu'il était seul. Dépourvu de vengeance, de famille et d'amis, il n'avait plus aucun but à satisfaire ou personne à protéger. Dans le village on disait de lui qu'il était devenu fou à force de ruminer dans sa tour, même lui le pensait, et toutes ces hallucinations ne faisaient que le confirmer.

La pénombre possédait le village, pervertissant son âme, détruisant sa clarté autrefois tant adulée par les autres contrés. La forêt manquait aux villageois, ainsi que les hautes montagnes et la douce odeur d'herbe des pâturages. Cependant ces zones avaient été banni de la carte et on ne pouvait y accéder sans devoir sortir du village. Le non-retour d'une touffe rose restait un souvenir assez douloureux pour que plus personne ne se risque à quitter le territoire autorisé. Dans les souterrains de Konoha, le reste de la ligue des rebelles essayait de survivre tant bien que mal.

Ça fait un an ? N'est-ce pas ? Questionna un homme aux allures de chien.

Seulement deux mois, sombre crétin. Répondit nonchalamment un autre.

Shikamaru, tu pourrais être un peu plus doux, je te rappelle qu'on est tous en deuil ! Hurla une grande blonde.

Ledit Shikamaru se leva et fit mine de n'avoir jamais pris part à cette discussion, si bien que plus personne ne prononça un mot et qu'on le laissa s'évader jusqu'à sa couchette. Les sous-sols de Konoha était humide et puant, cependant il représentait un cocon rempli de couchettes où les anciens shinobis pouvaient vivre sans crainte.