Second Prompt
Genre : Famille/Drame
Rating : T
Prompt de Zezewone à propos de Nathaniel âgé de 14 et de Clint, tous deux passant du temps ensemble, et Nathaniel demande à Clint de lui parler de Pietro.
Voici donc un petit OS en attendant que je peaufine le premier chapitre de ma prochaine fic Hawksilver (vendredi normalement car jeudi ça sera vraimeeeent short !) Pour ceux qui aurait remarqué, j'ai changé de titre, car les Prompts sont constitués de "et si machin...?" xD Bonne lecture !
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Il est toujours près de nous
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Le soleil était haut dans le ciel de juillet, les oiseaux chantaient, les grillons suivaient le rythme tandis que le vent balayait doucement l'herbe verte de ce champ immense, ne laissant plus aucune place au monde extérieur bruyant, lourd et cauchemardesque.
Cependant, quelque chose brisa ce calme plein et apaisant, des cris joyeux de jeune adolescent se faisant entendre, ainsi qu'un rire rauque plus adulte.
« Papa c'est pas du jeu ! Tu m'avais dit ne plus avoir d'eau ! » s'exclama une voix enfantine qui se rapprochait du tableau paisible.
L'enfant âgé de quatorze ans finit sa course au milieu du champ, essoufflé et trempé jusqu'aux os, se retournant alors vers l'homme qui le suivait juste derrière lui.
« Ne fais jamais confiance en l'ennemi, » ricana l'homme plus âgé en levant ensuite les mains en l'air lorsque l'enfant pointait vers lui son pistolet à eau. « Je n'ai plus d'eau maintenant, crois-moi. »
Pour appuyer ses dires, il se pencha, mettant le pistolet à eau bien à l'évidence, et le posa au sol en signe de capitulation, cependant le jeune garçon en profita pour vider son chargeur contre le crâne de son père qui émit un gémissement plaintif.
L'enfant rit à nouveau, et se laissa tomber à même le sol, l'herbe haute chatouillant la peau de ses bras nus et son cou dégagé. Sa respiration était rapide, et il passa une main dans ses cheveux trempés pour les ramener en arrière tout en fermant les yeux pour profiter du soleil d'été qui le réchauffait.
« Tu as gagné Nathaniel, » s'exclama son père en se laissant tomber à côté de lui, sa chemise tout aussi mouillée que ses cheveux.
Le soleil de juillet tapait toujours fort au-dessus de la tête des deux protagonistes, Clint Barton et son fils, Nathaniel. Tous deux avaient fini par fermer les yeux, profitant de ce calme et de cette atmosphère chaleureuse, délaissant les pistolets à eau, père et fils l'un proche de l'autre.
« Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas passé du temps ensemble… » fit soudain Nathaniel en plaçant ses mains contre son ventre, ouvrant les yeux pour observer les magnifiques nuages survoler le panorama.
Le cœur serré, l'archer des Avengers fixa un point invisible au milieu de ces nuages, conscient du temps qui passait vite et de ses si nombreuses absences. Comme toujours il voulait se justifier, et promettre encore une fois qu'il reviendrait.
« Oui, Nathaniel. Mais tu sais bien que-… »
« Je sais. Tu es un Avenger, le monde a besoin de toi, surtout en ce moment, l'extérieur n'est pas très gai… »
Le garçon avait raison, le monde était sombre et était sans cesse attaqué par diverses forces obscures, Ultron n'ayant été que de la rigolade finalement si on omettait certains décès. Et c'était encore plus funeste lorsque leur équipe se divisait pour ensuite s'opposer les uns contre les autres.
« Je suis désolé, Nat'. Mais je te promets que cette guerre civile sera bientôt terminée. »
« Je ne te critique pas, P'pa. Je suis fier de toi. »
L'enfant tourna la tête vers son père et lui offrit un beau sourire ce qui réchauffa le cœur de l'archer. Son fils était heureux, malgré tous les problèmes qu'il y avait dans le monde, son père gardait toujours un peu de temps pour lui, ainsi que pour ses deux autres enfants maintenant grands.
« Bon, et si on rentrait commander des pizzas ? » demanda finalement Clint en se redressant, prenant position assise contre l'herbe chaude.
Se redressant lui aussi pour se placer en tailleur face à son père, Nathaniel hochant lentement la tête, soudain hésitant.
« Dis, P'pa. Je pourrais te demander quelque chose ? Avant qu'on ne retrouve Lila et Coop' ? »
Rares étaient les fois où Nathaniel était seul face à son père et pouvait se confier à lui, et Clint en profita donc pour accepter sa demande, espérant pouvoir l'aider.
« Bien sûr. De quoi veux-tu parler ? » l'interrogea Clint en cherchant le regard distant de son fils.
« Je… Je sais que c'est un sujet de discussion que tu n'aimes pas aborder. Mais là, il y'a que moi. »
De plus en plus intrigué, Clint fronça les sourcils, posant une main protectrice contre le genou du plus jeune l'incitant à continuer. Les seuls sujets de conversation que préférait éviter Clint en temps normal étaient son frère, l'affaire de Loki et le Tesseract ainsi que la venue d'Ultron. Alors de quoi voulait parler Nathaniel ? Mais Clint ne le pressa pas, restant patient et calme devant l'enfant qui semblait vouloir lui demander quelque chose.
La tête baissée, les cheveux blonds de l'enfant cachait ses yeux et Clint crut reconnaître quelqu'un qui n'était plus de ce monde. C'était la même moue. La même texture de cheveux en plus naturels. La même innocence…
« Pourrais-tu me parler un peu plus de Pietro… ? » annonça alors l'enfant en arrachant nerveusement quelques brins d'herbe qui glissaient sous ses doigts.
Le cœur de Clint Barton se serra dans sa poitrine lorsque ce prénom franchit les lèvres de son fils, et son regard s'adoucit, ponctué d'une certaine tristesse que ne vit pas Nathaniel, celui-ci fixant toujours l'herbe avec insistance.
En effet, tout ce qui s'était déroulé durant l'ère d'Ultron était des souvenirs que Clint tentait en vain d'oublier ou de calmer, car chaque scène le ramenait à la même fin. Celle où le sokovien aux cheveux blancs avait perdu la vie.
« Pourquoi maintenant ? » lui demanda finalement Clint.
Il fut lui-même surpris par sa propre intonation de voix rauque et enrouée. En quatorze ans, il n'avait toujours pas oublié et fait disparaître ces émotions vives face à cette atrocité, Natasha avait eu raison. C'était trop difficile d'oublier quelqu'un qui avait sacrifié sa vie pour la sienne.
« C'était dans une guerre un peu comme celle qui se déroule en ce moment qu'il a péri, non… ? » fit l'enfant qui visiblement, souhaitait en savoir plus, ce qui était légitime, il portait Pietro comme second prénom.
Clint hocha donc la tête, la gorge sèche. Cette guerre était pratiquement la même que durant Ultron. On ne savait pas qui allait mourir et vivre. Mais on savait qu'il y allait avoir des pertes.
« Je voudrais en savoir plus. Et pas qu'un simple c'est un homme qui a sauvé ma vie il y a des années, » continua le plus jeune en soutenant alors le regard de son père, lui montrant qu'il était sérieux.
En effet, Clint était resté toujours évasif lorsqu'il parlait de Pietro car le souvenir de lui était douloureux. De plus, il ne voulait pas envoyer des images macabres dans l'esprit de son jeune fils lorsqu'il lui aurait avoué que son sauveur s'était pris des dizaines de balles dans le corps.
« J'aimerais en savoir plus. En savoir plus sur l'homme qui portait mon second prénom, » insista Nathaniel très sérieusement, fixant son père droit dans les yeux.
Après quelques réflexions rapides, Clint finit par hocher la tête en déglutissant, sentant son fils prêt à tout écouter. Mais à chaque fois que Clint voulait raconter les péripéties dignes de louanges de Pietro Maximoff, son cœur se serrait et la douleur revenait pour ensuite le plonger dans ces sombres cauchemars qui l'attendaient de pied ferme la nuit suivante. Cependant, dans l'innocent des yeux de l'enfant, Clint revoyait ce sokovien agaçant et rapide.
« Ça y est, tu t'es décidé à lui raconter mon histoire ? »
Comme à chaque fois, Clint tenta d'ignorer cette voix qui le rendait fou depuis quatorze ans maintenant, détournant les yeux pour ne pas voir la forme spectrale et presque imaginaire de l'homme qui était venu s'asseoir lui aussi dans l'herbe.
« Raconte-la bien, mon histoire. Je te fais confiance. »
Mais cet accent et l'intonation si spéciale de cette voix si caractéristique obligea l'archer à céder, et observer cette personne qui se trouvait maintenant entre lui et Nathaniel, formant un cercle intime à eux trois.
Clint Barton n'était pas surpris de voir cette personne qui le regardait à travers des yeux d'un bleu terne dont le corps semblait pratiquement transparent, comme un fantôme. Nathaniel ne semblait pas le voir, comme tous les autres d'ailleurs. Non, Clint n'était pas surpris, cela faisait quatorze ans qu'il le voyait parfois.
Portant le même costume bleu qu'il avait en Sokovie il y a des années de cela, Pietro Maximoff observait l'archer avec un léger sourire, assis en tailleur, ses mains contre ses genoux. Il semblait irréel, venu tout droit de l'esprit délirant de l'archer, mais à la fin, Clint avait finit par abandonner et cesser de réfléchir, laissant l'esprit du sokovien le hanter.
Devenait-il fou ? Oh ça, c'était une question bien intéressante, et Clint avait arrêté de se la poser.
« Papa ? Tu as encore le regard fixe ? » fit soudain Nathaniel en agitant sa main devant les yeux de son père.
Clint secoua vivement la tête, reposant son regard vers son fils qui semblait maintenant inquiet, n'étant pas la première fois que les pupilles de l'archer se figeaient pour fixer quelque chose d'invisible. Mais qui était perceptible pour Clint Barton.
« Je repensais juste à toute cette histoire, » répondit alors Clint en haussant les épaules, ignorant le regard chaud qui était rivé vers lui.
Ce n'était pas une impression, Clint sentait parfaitement le regard lointain du sokovien sur lui. Il était toujours assis là, près de lui, léger sourire sur les lèvres, loin de son rictus moqueur. Et il semblait vouloir écouter son récit.
« Raconte, » insista l'enfant avec impatience et envie.
Jetant un rapide regard vers la forme fantomatique du Maximoff, Clint se remémora son visage. Le Pietro actuel n'avait pas vieilli, ses cheveux étaient toujours aussi blancs, et sa barbe naissante le mûrissait un peu. Il était exactement le même qu'il y a quatorze ans.
« Allez, vieil homme. Ton fils attend, » lui fit Pietro avec un petit air malicieux dans un signe de tête pour désigner l'enfant.
Cet air était le souvenir exact qu'avait Clint de Pietro. C'était ce même air qu'il avait eu avant de tomber et perdre la vie pour lui. Cet air arrogant. Fier. Malicieux. Profond.
« Je préfère retourner un peu en arrière pour que tu comprennes d'où il venait, » annonça ensuite Clint en prenant alors contenance, observant à nouveau son fils.
Nathaniel fut tout de suite captivé, et la forme presque irréelle de Pietro sembla se détendre, plaçant son menton contre la paume de sa main pour soupeser son crâne, et observer l'archer de ses pupilles bleutées.
« Pietro est né en Sokovie. Tu en as entendu parler à l'école. Un pays ravagé par la guerre, la famine, la pauvreté et l'inégalité. Un pays difficilement gérable. Lui et sa sœur jumelle ont perdu leurs parents très tôt, et ont dû survivre dans ce pays terrible en se soutenant l'un l'autre. Ils ont tenté de se sauver et d'aider leur pays en acceptant le marché d'un allemand monstrueux. »
Les deux auditeurs restaient silencieux, Nathaniel écoutant attentivement les dires de son père, Pietro ayant perdu son sourire moqueur pour fixer l'archer avec une infime tristesse, peut-être en proie à de vifs souvenirs douloureux si ce n'était pas une projection de l'esprit de Clint.
« Il fut doté d'une vitesse incroyable. Il courait vite. On ne le voyait pas arriver, » reprit Clint en lâchant un léger rire. « Je ne l'ai pas vu venir. »
Baissant les yeux pour fixer l'herbe avec un petit sourire nostalgique, Clint ne remarqua pas le regard apaisé de Nathaniel qui était content de voir son père se lâcher un peu celui-ci étant resté tendu depuis le début de son récit.
« Il a vécu des choses effroyable mais a survécu et a tenu bon, » continua l'archer qui se souvenait des recherches qu'avait faites Steve Rogers sur les jumeaux. « Il est fort, Nathaniel. Très fort. »
« Je n'en doute pas, » sourit Nathaniel en remontant ses genoux contre son torse, enserrant ses jambes à l'aide de ses bras.
« Si j'avais été si fort, j'aurais pu nous sauver tous les trois et je ne serais pas mort, » riposta la voix presque éteinte du sokovien.
Clint leva derechef la tête vers Pietro dont le regard avait perdu sa clarté, et le visage perdu son sourire.
« Mais je ne regrette pas mon geste, vieil homme, » dit aussitôt Pietro en levant ses mains en signe de reddition, sur un ton sans appel.
Clint plissa les yeux à son adresse et reporta ensuite son regard vers l'enfant et répéta d'une voix plus forte et déterminée :
« Pietro Maximoff est fort. Et même si au début lui et sa sœur étaient du mauvais côté, ils ont finit par regagner nos rangs, et ils sont devenus Avengers. »
« Je n'ai jamais été Avenger contrairement à ma sœur. »
« Et quoi que Pietro aurait dit, il était un Avenger. Il est mort en Avenger. »
Pietro parut surpris par les dires de Clint, et n'en dit pas plus, finissant par sourire tristement, ne lâchant pas l'archer et son beau récit des yeux.
« Que s'est-il passé ensuite… ? » lui demanda alors Nathaniel à voix plus basse, comme si le reste de l'histoire était taboue et secrète.
Le vent vint fouetter doucement le visage de l'archer qui remplit ses poumons d'un air pur après avoir pris une longue inspiration et à nouveau, il se rappela des vives images saccadées représentant le sacrifice du Maximoff.
« Il était vraiment très jeune, » reprit Clint en baisant lui aussi d'un ton. « Un peu plus âgé que toi. »
« J'en avais vingt quatre ! » répliqua soudain Pietro en foudroyant l'archer du regard.
« Et tu en as toujours vingt-quatre, » se moqua gentiment Clint en se tournant vers lui, plongeant son regard dans le sien.
« Quoi ? »
L'observant étrangement, Nathaniel fit redescendre Clint brutalement sur terre qui quitta les yeux parfaits du sokovien.
C'était un tic. Une manie. Clint aimait répondre à Pietro par des piques, surtout durant l'ère d'Ultron. Et malgré sa mort et le fait que son spectre semblait le hanter par moments, Clint lui parlait. Des phrases courtes et parfois inespérées. Des critiques ou riait de ses idioties, Pietro ne le lâchant pas lorsqu'il apparaissait parfois sans prévenir.
Cependant, Nathaniel ne le voyait pas. Et c'était ça qui chagrinait Clint. Personne ne le voyait alors qu'il semblait presque vivant. Tout était là. Son visage, son sourire, son accent, ses cheveux délavés et ses yeux magnifiques.
« Je vois déjà Pietro m'engueuler en te disant cela, » ricana Clint en se justifiant auprès de son fils qui finit par hocher la tête en le laissant continuer.
Sans même se tourner vers Pietro, Clint entendit son léger rire qui s'envolait avec le vent chaud de juillet. Un rire que personne ne pouvait entendre hormis lui. Un rire qui lui était destiné.
« Tu n'as rien vu venir… » murmura soudain Clint, les yeux perdus dans le vide.
Nathaniel se souvint avoir déjà entendu parler de cette fameuse phrase, n'ayant jamais trop su d'où elle venait. Mais n'osant pas couper son père, Nathaniel le laissa parler et ne le brusqua pas.
« C'était sa phrase, ça, » reprit-il se secouant doucement la tête, la gorge serrée, des larmes chaudes venant piquer le coin de ses yeux. « Tu n'as rien vu venir. Et il l'a utilisé jusqu'au bout. »
Clignant plusieurs fois des yeux pour tenter de ne pas laisser couler ses larmes, Clint fut contraint de baisser la tête et rapidement les essuyer d'un revers de la main, son fils s'approchant alors doucement de lui avec inquiétude.
« Papa, c'est bon, on peut arrêter là, » lui fit-il avec douceur, ne souhaitant pas brusquer son père. « Je suis désolé. »
Nathaniel ne l'avait jamais vu pleurer et il se sentit soudain coupable de l'avoir obligé à ressortir tous ses démons enterrés depuis des années maintenant.
« Non… Non, » répliqua Clint en secouant la tête, laissant ses larmes chaudes couler le long de ses joues. « Il faut que tu saches qui il était. Il faut que sa mémoire perdure en toi. »
Ce sont des larmes qu'il avait contenues bien trop longtemps, s'empêchant de pleurer devant quiconque et même dans le noir. Et Pietro se mordit la langue violemment pour ne pas suivre le geste de l'archer.
« Ne pleure pas, Clint. Tu n'as jamais pleuré pour ma perte. Alors ne pleure pas maintenant, par pitié… »
La voix enrouée et cassée de Pietro n'aida pas l'archer qui étouffa alors un sanglot contre son poing, presque honteux d'avoir craqué devant son fils.
« Tu as tenu quatorze ans, alors pourquoi tu pleures maintenant ? » l'accusa Pietro en reniflant. « Pourquoi ?! »
Inutile de lever la tête pour que Clint comprenne que Pietro pleurait lui aussi. Clint aurait voulu prendre le sokovien dans ses bras et lui interdire de pleurer, car ça ne cessait d'accentuer sa propre tristesse. Il voulait voir le sourire radieux du sokovien éclairer son visage pâle et quasiment transparent tel un fantôme. Il voulait l'entendre rire et se moquer de son vieil âge. Mais là, ils étaient incapables de faire tout cela.
« Papa… » tenta Nathaniel en posa sa main contre le bras de son père pour lui apporter tout son réconfort.
Clint serra les dents, et se calma doucement, levant ses yeux rougis de larmes vers son fils inquiet. Puis, les images violentes de la mort trop rapide de Pietro vinrent frapper son esprit. Il fallait qu'il continue. Qu'il exprime cette histoire à son fils. Qu'il le dise tout haut pour la première fois de sa vie.
« Durant la bataille, j'allais mourir, Nathaniel, » avoua alors Clint en secouant doucement la tête, n'ayant jamais parlé tout haut de la mort de Pietro, ayant toujours fuis ou restant évasif. « Je portais un enfant avec moi, et j'allais mourir, le gosse aussi peut-être… Mais Pietro a sacrifié sa propre vie pour nous, se faisant mitrailler par les balles de notre ennemi commun, Ultron, dans tout son corps. »
Nathaniel semblait perturbé mais aussi ébahi par ce geste si courageux. Le corps criblé de balles du sokovien revint à la mémoire de l'archer, et il tourna derechef la tête vers Pietro pour fuir cette vision. Ainsi, il vit Pietro au corps vierge de toutes balles, de sang et de poussière, et croisa son regard brillant.
« Ne t'en fais pas, » murmura Pietro en tentant un faible sourire. « J'ai sombré assez vite, je n'ai pas ressenti la douleur longtemps. »
Clint savait qu'il mentait. Longtemps Wanda avait été terrée dans son silence, mais un jour, elle avait fini par se confier à l'archer et lui avait avoué avoir ressenti la douleur infinie de Pietro dont la chair avait été perforée de balles en fer.
Puis, Clint reporta son regard accablé vers son jeune fils, se rendant compte de la chance qu'il avait de pouvoir être ici avec lui, grâce à Pietro.
« Et sais-tu ce qu'il a dit, avant de tomber ? » lui demanda finalement Clint avec un sourire triste.
« Tu n'as rien vu venir ? » tenta Nathaniel visiblement bouleversé pour cette histoire tout aussi magnifique que tragique.
Hochant la tête, Clint jeta un rapide regard vers Pietro qui regardait cette fois-ci Nathaniel avec attendrissement et étrange nostalgie.
« Grâce à lui, je suis encore ici. Alors que tu aurais pu ne jamais me connaître, » rajouta Clint à l'adresse de son fils.
Puis, l'enfant sourit doucement et leva la tête vers les jolis nuages qui volaient toujours au-dessus de leur tête avec lenteur.
« Merci, Pietro, d'avoir sauvé mon papa… »
« De rien, Nat', » lui répondit Pietro.
Puis, le silence se fit dans le champ vivement éclairé et loin de ce monde noir. C'était apaisant, doux et unique. Pietro était là. Son fils aussi. Et jamais Clint ne voudrait quitter cette bulle intime.
« Tu l'aimais ? » finit par demander Nathaniel en tentant un regard timide vers son père.
Lâchant un léger rire, Clint haussa les épaules, n'ayant jamais déterminé quels avaient été les réels sentiments qu'il portait pour le Maximoff.
« C'était… Un amour spécial, » avoua-t-il finalement.
« Tu m'aimais ? »
Pietro semblait surpris, observant l'archer les yeux arrondis, mais Clint ne se retourna pas vers lui.
« C'est pour ça que Maman t'a quitté ? » l'interrogea Nathaniel en penchant un peu la tête sur le côté, tentant de finir ce puzzle.
« Non. Ce garçon n'y était pour rien, » répondit Clint de façon nostalgique en riant doucement, jetant un regard prononcé au sokovien.
Clint vit que Pietro était troublé par ses dires.
« Je suis sûr que Pietro serait là avec nous s'il avait été en vie… » reprit Clint sans lâcher Pietro des yeux.
Voyant le regard fixe de son père rivé vers un point invisible, cette fois-ci Nathaniel le laissa dans son monde apaisant et sourit doucement.
« Et qu'aurait-il dit ? » demanda-t-il.
« Tu as les yeux magnifiques, comme ton père… » annonça Pietro en se tournant vers Nathaniel même si celui-ci ne pouvait pas l'entendre.
« Il aurait complimenté tes yeux. Nous sommes semblables, » répéta donc l'archer pour son fils.
Pietro sembla ravi de l'initiative de l'archer et Nathaniel hocha vivement la tête.
« Je suis heureux de porter son nom et celui de tante Natasha, » sourit par la suite l'enfant.
Soudain, le ventre de Nathaniel se mit à gargouiller douloureusement, et il rit nerveusement tout en se levant prestement.
« Alors on se les fait ces pizzas ? » demanda Nathaniel qui souhaitait égayer un peu son père sachant qu'il aimait beaucoup partager un repas pizzas avec ses trois enfants.
« Oui, j'arrive tout de suite, je te rejoins. Laisse-moi juste parler à une vieille connaissance. »
Nathaniel hocha donc la tête, ne cherchant pas à comprendre, laissant son père toujours assis au milieu de ce champ paisible, et avant de le quitter, il lui demanda de faire quelque chose.
« Tu diras bonjour à Pietro pour moi. »
Peut-être que son fils avait un jour entendu Clint parlé seul malgré sa discrétion. Peut-être était-il conscient des visions qu'avait son père ? Ou peut-être que comme tous les Avengers, il le prenait pour un fou comme lorsque Clint leur avait assuré qu'il voyait Pietro.
Puis, une fois que l'enfant l'eut quitté pour rejoindre la ferme derrière la forêt, Pietro prit la parole, cherchant le regard fuyant et distant de l'archer.
« Je ne savais pas que tu ressentais quelque chose pour moi… »
« A l'époque, c'était quelque chose de flou. Tout avait été trop rapide. Tu étais trop rapide, » ricana douloureusement Clint en arrachant nerveusement quelques brins d'herbe devant lui.
A ces mots, Pietro hocha lentement la tête et baissa les yeux.
« Ça fait quatorze putains d'années que tu me suis, Pietro, » commença soudain Clint en ouvrant sa paume devant lui pour laisser voleter les brins d'herbe arrachés dans le vent chaud.
« Ta notion du temps est remarquable, vieil homme. »
« Personne ne te voit. Il n'y a que moi. Tous me prennent pour un fou… »
« Je sais. Pardon. »
Observant les champs à perte de vue dans le lointain, la voix de Clint se fit plus incertaine.
« Alors je te le demande une dernière fois, » reprit-il, ses poings se serrant contre l'herbe verte. « Est-ce que je deviens vraiment fou ? Tu es une illusion ? Est-ce un rêve ? »
Pietro resta un instant dans un long silence, ses mains frôlant la végétation devant lui sans qu'il ne puisse les toucher.
« Je ne sais pas, » répondit-il finalement d'une voix éteinte. « Ce que je sais, c'est que je resterais près de toi. Tu as besoin de quelqu'un qui surveille tes arrières. »
« Pourquoi pas Wanda ? »
« Elle est cent fois plus puissante que toi, » se moqua Pietro en haussant les épaules.
Ou peut-être était-ce parce que Pietro était vraiment une projection de son subconscient. Un rêve. Une illusion. Et que rien de tout ça n'était vrai.
« Et puis, je crois que… Je t'aime bien. »
Non, Clint souhaitait de tout son cœur que la présence de Pietro ici soit véritable. Qu'il y ait une explication. Mais que ça ne vienne pas de sa douce folie.
« Pourquoi as-tu sauvé ma vie il y a quatorze ans ? »
Clint pensait que cette question allait donner un temps de réflexion au coureur, mais celui-ci lui répondit derechef.
« Parce que tu ne méritais pas de mourir. »
Un faible rire vint s'échapper des lèvres de Clint qui n'osait toujours pas regarder Pietro et peut-être finir piégé dans un regard faux. Dans un piège de son esprit.
Pietro non plus n'avait pas mérité de mourir.
« Va-t-en, Pietro, tu mérites de reposer en paix maintenant. Pas voir les atrocités de ce monde qui tombe. »
« Non je vielle sur toi et ta famille. »
Se mordant la lèvre inférieure vivement, Clint finit par planter son regard embué de larmes dans celui déterminé du sokovien.
« Et puis, sache que quelqu'un t'attend, là-haut, » sourit faiblement Pietro en montrant du bout de son index le ciel bleu au-dessus de sa tête.
Oui, Pietro l'attendrait là-haut lorsque Clint perdrait la vie. Lorsqu'il sera sûr que ces enfants et le monde soient en sureté. Lorsqu'un jour la mort le prendra, il partira le cœur léger.
Ainsi, l'archer hocha doucement la tête, souriant tristement à travers de nouvelles larmes chaudes qu'il se permettait enfin à laisser couler.
« Et quand tu viendras me rejoindre en haut, peut-être que je pourrais enfin t'embrasser… ? »
Pietro et cet air timide était une toute nouvelle chose pour Clint qui ne pouvait pas croire que tout ceci vienne de son imagination. Non, ça ne pouvait être que Pietro, hein ?
« Tout ce que tu veux, gamin… » lui fit Clint en levant alors sa main vers lui.
Il aurait tant aimé pouvoir le toucher. Sentir sa peau chaude. Le sentir vivant.
Pietro leva lui aussi sa main, ses doigts translucide semblant toucher et transpercer la main de Clint tendue vers lui. C'était immatériel. Lointain. Froid. Leurs mains ne pouvaient se toucher. Et ils le savaient pourtant depuis quatorze ans.
« Ne pleure pas, Pietro, » fit soudain Clint en voyant les yeux du sokovien se remplir de larmes face à un désespoir infini.
Surement souhaitait-il pouvoir toucher ce monde qui n'était plus le sien.
« Je ne pleure pas… Juste… Une poussière dans l'œil, » répliqua vaguement le sokovien en baissant sa main, tentant un rire faible.
« Papa ! Tu viens ? » s'exclama soudain Nathaniel au loin, derrière la barrière en bois du champ en lui faisant de grands signes.
La lumière qui émanait de l'enfant réchauffa le cœur de Clint qui se leva doucement, lâchant l'herbe qu'il avait de nouveau arraché, les brins se perdant dans le vent.
« Embrasse ton fils pour moi. Embrasse Wanda. Prends soin d'elle, » lui demanda Pietro en se levant lui aussi.
« Promis, » lui fit Clint en répondant aux signes de son fils au loin qui l'attendait, surement affamé.
« Je suis toujours là. Sache-le. »
Puis, lorsque Clint se retourna, un vent frais vint percuter son âme toute entière. Le champ derrière lui était vide. Pietro était parti. Il avait disparu.
« A bientôt, gamin… » s'éleva la voix enrouée de Clint, portée elle aussi par le vent.
Bientôt. Mais en attendant, Pietro sera juste derrière l'archer à protéger sa famille. A le conseiller. A le pousser à continuer. Comme le faisait Pietro Maximoff depuis quatorze ans.
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Fin
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N'hésitez pas à me donner votre avis :) je suis toute ouïe ! Bonne deuxième moitié de semaine à tous, bisous !
