Voici un nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira. J'attends vos avis. Je ne pense pas que je vais faire d'autres chapitres où Lilibeth est une petite fille. Et, comme vous le savez, elle s'appellera Lizzie dans les prochains chapitres. Bonne lecture
Chapitre 2 Un intrus dans la nusery
Longbourn, Hertfordshire
Septembre 1796
La silhouette sombre avançait lentement sans faire le moindre bruit. Ayant enfin atteint la bonne porte, il s'arrêta devant et inspira profondément en retenant son souffle et en veillant à ne faire aucun bruit. Il savait qu'il lui fallait faire preuve de la plus grande prudence s'il ne voulait pas se faire prendre. Mais il était confiant. Il avait toujours été très habile pour se sortir des situations les plus dangereuses. Il ferait la même chose, cette fois, en veillant à éviter tout danger potentiel. Il ne tenait pas à être pendu. Ce qu'il regrettait le plus, c'était de ne pas avoir pris le temps de découvrir l'identité de son commanditaire. Mais une enquête lui permettrait sans doute de le découvrir.
Puis il ouvrit silencieusement la porte, se glissa à l'intérieur et la referma derrière lui. Il fit quelques pas. Cependant, il n'eut pas le temps d'atteindre son but car soudainement des aboiements furieux se firent entendre et une silhouette sombre bondit vers lui. Il n'eut pas le temps de réagir ni même de tenter de s'échapper car le chien fut plus rapide que lui et lui sauta dessus en grondant d'un ton menaçant.
L'homme se débattit en criant de terreur. Il n'avait pas du tout prévu une telle situation. Le bruit réveilla les enfants qui se mirent à pleurer et à crier. Il fut assez fort pour réveiller Mr et Mme Bennet qui dormaient dans la pièce voisine. Le premier se leva, prit à peine le temps de mettre ses mules et sa robe de chambre, puis il alluma sa bougie avant de sortir dans le couloir. Il ouvrit la porte de la nursery et vit qu'un homme était allongé sur le sol, immobilisé par les crocs menaçants du chien. Il avait le visage masqué par un foulard et portait des gants. Il était évident qu'il n'était pas ici avec de bonnes intentions.
Mr Bennet n'eut aucun mal à deviner quelles étaient celles de l'homme. Il était certainement venu dans le but de tuer les jumeaux. Et il savait qui l'avait envoyé afin d'accomplir cet acte infâme.
Il était furieux. Son cousin méritait d'être pendu. Son mauvais coup avait échoué. Bien sûr, il ignorait qu'il avait deux fils au lieu d'un. Mais qu'il ait été prêt à dépenser de l'argent pour envoyer un assassin à Longbourn était surprenant de la part d'un homme aussi avare. Il était évident que son désir de s'approprier Longbourn s'était avérée plus forte que son avarice.
Heureusement, il avait écouté sa petite Elisabeth qui voulait que le chien reste avec eux. La nurse n'était pas certaine que ce soit une bonne idée, mais elle avait fini par l'accepter. La présence du fidèle animal avait certainement sauvé la vie de ses enfants.
Mr Bennet bénit le ciel qui lui avait apporté Elisabeth, en dépit des circonstances qui l'avaient permis. Cette enfant était un véritable ange-gardien, et même un porte-bonheur. Son souhait avait probablement permis de sauver la vie de ses enfants. Peut-être était-ce la façon que Dieu avait trouvé de le récompenser de ses bienfaits envers Elisabeth. Même s'il avait agi sans arrière-pensées.
Mr Bennet veilla à ce que l'homme soit soigneusement fouillé pour s'assurer qu'il n'avait pas d'armes avant d'être enfermé, pieds et poings liés, dans une pièce où il n'y avait qu'une seule porte. Il n'avait aucune chance de s'en échapper. De plus, il demanda au valet de retirer ses bottes à l'homme. Celui-ci aurait dû mal à s'enfuir s'il n'avait pas de chaussures.
- Mr Bennet ! C'est horrible ! Cet homme voulait tuer les enfants !
- Ce sont les jumeaux qui étaient visés, Fanny, répondit son mari. Nous pouvons remercier le ciel d'avoir accédé à la demande de Lizzie de permettre à Néro de rester dans la nursery. Je n'ose imaginer ce qui se serait passé s'il n'avait pas été là.
Mme Bennet le regarda d'un air horrifié.
- Il aurait tué nos petits ! C'est bien cela ?
- Oui, et peut-être les filles aussi. Heureusement, cette horreur ne s'est pas produite.
Il se tourna vers la nurse :
- N'ai-je pas eu raison de céder au désir de Lizzie d'avoir le chien dans la nursery ?
- Oui, Monsieur, vous aviez raison, reconnut la nurse. Je dois admettre qu'il s'est montré très sage et n'a pas empêché les enfants de dormir. Vous savez comment est miss Lizzie. Il faut qu'elle soit vraiment très fatiguée pour accepter d'aller au lit. Le chien aurait pu la distraire.
- Je comprends. Mais Néro est très dévoué aux enfants. C'est un excellent gardien. Il mérite de rester avec ses protégés.
- Très bien, Monsieur. Je n'y vois aucun inconvénient.
Mr Bennet se tourna vers Mme Hill :
- Envoyez un valet chercher le constable. J'aimerais savoir comment il est entré.
- Par la porte de la cuisine, Monsieur. J'ai constaté qu'elle n'était pas fermée à clé, ce matin, quand j'y suis entrée. J'ai cru que c'était mon mari qui avait ouvert mais il m'a assuré qu'il n'était pas sorti par là. Je venais vous en informer lorsque Nanny s'est mise à hurler.
- La serrure est-elle abîmée ?
- Oui, Monsieur. Elle a été visiblement forcée.
- Quelque soit son identité, il s'est montré extrêmement silencieux. Désormais, les chiens de la famille dormiront à l'intérieur de la maison plutôt qu'au chenil.
- Oui, Monsieur.
Mme Hill s'empressa de quitter la pièce.
- Qu'allez-vous faire de cet homme ? demanda Mme Bennet.
- Il sera jugé et probablement pendu. S'il dénonce son commanditaire, celui-ci subira le même sort. Cependant, je doute fort qu'il connaisse son identité. Et il sera difficile de prouver le lien, malheureusement. Je vais prendre des précautions pour m'assurer que cela n'arrivera plus.
- Vous croyez qu'il pourrait tenter de recommencer ? demanda Mme Bennet, visiblement indignée.
- C'est possible. Mais je ferais ce qu'il faut pour protéger nos enfants. Vous ne devez pas vous inquiéter, ma chère. Je ne permettrais pas à cette vermine de mettre un pied à Longbourn.
Et il fit en sorte de tenir sa promesse. Son cousin allait découvrir qu'il avait commis une grave erreur en s'en prenant à sa famille. Il en subirait les conséquences.
?
- Papa ? fit Lizzie en apercevant son père qui s'apprêtait à sortir de la maison.
Mr Bennet s'arrêta et se tourna vers la petite fille :
- Qu'y-a-t-il, mon petit chat ?
- Est-ce que le vilain qui voulait faire du mal aux bébés va être puni ?
- Bien sûr que oui, répondit-il. Il ne pourra plus jamais recommencer.
- Et l'autre ?
- Quel autre ? demanda Mr Bennet avec surprise.
- Celui qui l'a envoyé. Il doit être puni, lui aussi. Le cousin Collins !
Mr Bennet se raidit. Il savait que la petite fille avait raison. Son cousin méritait d'être puni. Il serait furieux en apprenant l'échec de la tentative de se débarrasser de l'obstacle entre lui et Longbourn car, naturellement, il s'était bien gardé de mentionner qu'il avait eu des jumeaux. Une précaution utile, c'était évident. Cependant, il savait qu'il n'avait aucun moyen de prouver la complicité de Collins qui avait dû prendre la précaution de ne pas révéler son identité et peut-être même de dissimuler son visage. Ce qui voulait dire qu'il allait devoir prendre des précautions pour s'assurer qu'une nouvelle tentative ne réussisse pas.
- Il sera puni par son échec, dit-il. Et je veillerai à ce qu'il ne puisse pas recommencer, sinon il aura des raisons de le regretter. Ne vous inquiétez pas. Je ne laisserai personne faire du mal à vos petits frères.
La petite fille resta pensive.
- Je crois que j'ai d'autres frères, dit-elle.
- Que voulez-vous dire ?
- Dans mes rêves, je vois le visage de deux garçons. Je ne sais pas qui ils sont, sauf qu'ils ont des yeux identiques aux miens. Est-ce qu'ils ne pourraient pas être mes frères ?
- Ne s'agit-il pas du mystérieux Fishwilliam ?
- Non. Lui a les yeux bleus. Il s'agit d'autres visages.
- Vos souvenirs vont bientôt revenir. Et si ce n'est pas le cas, vous êtes en sécurité ici. Personne ne vous fera de mal.
La petite fille sourit. Elle savait que son nouveau papa disait la vérité et veillerait sur elle. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de penser à son vrai papa, à sa vraie maman et aux autres membres de sa famille qui devaient pleurer sa disparition. Que ferait-elle si elle les retrouvaient ? Elle ne voulait pas perdre sa chère Jane qui était une si merveilleuse sœur. Peut-être pourrait-elle tous les garder.
Mr Bennet embrassa sa fille et sortit de la maison. Il avait un certain nombre de choses à faire pour protéger sa famille. Il ne permettrait à personne de faire du mal à sa famille.
?
Longbourn, Hertfordshire, 1802Après avoir fait le tour du domaine pour s'assurer que ses gens ne manquaient de rien, Mr Thomas Bennet s'était rendue dans sa bibliothèque pour étudier ses registres. Le rendement de Longbourn avait doublé depuis qu'il en était devenu le maître. Bien sûr, c'était un secret. Il ne tenait pas à ce qu'on sache qu'il était devenu plus riche que ce que tout le monde savait. Un jour, cela pourrait nuire à ses deux filles et il voulait les protéger.
Cela faisait maintenant treize ans qu'il s'était marié et qu'il était devenu le maître de Longbourn. Il avait une femme merveilleuse et douce, et quatre beaux enfants qu'il adorait.
Son aînée, Jane, venait d'avoir douze ans. C'était une fillette adorable, aux cheveux blonds comme les blés et aux yeux aussi bleus qu'un ciel d'azur. Elle était douce, gentille, aimable, avec un cœur d'or. Elle était si bonne et si généreuse que personne ne l'avait jamais entendue dire du mal de qui que ce soit. Avec sa douce nature, elle ressemblait à un ange, mais elle était aussi naïve et avait tendance à ne voir que le bien chez les autres. Heureusement, sa sœur lui avait appris à faire preuve de prudence et à ne pas se fier aux apparences. Elle veillait sur elle avec une protection farouche. Malheur à qui tenterait de la tromper ou de profiter d'elle !
Ensuite venait Lizzie, sa fille adoptive, onze ans. En dépit de son jeune âge, elle montrait déjà un caractère indépendant et voulait tout le temps se trouver dehors en compagnie de Néro, son chien, un grand Danois fidèle et dévoué qui adorait sa petite maîtresse.
Elle avait un visage ovale et délicat, des cheveux noirs et bouclés, de grands yeux de chatte malicieuse, d'un vert émeraude qui étincelaient sous une frange de sourcils noirs, un nez petit et droit, des lèvres délicatement arrondies
Enfin venait les jumeaux, Thomas et Henry, six ans. Ils ressemblaient à leur sœur aînée, Jane, avec leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus. Mais surtout, ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, à tel point qu'il était très difficile de les différencier. Lizzie était sans doute la seule à en être capable, mais à leur grand dépit, elle n'avait jamais révélé comment elle savait les désigner sans se tromper.
Mr Bennet se rendait compte qu'il avait de la chance. Il avait une femme belle et intelligente, quatre magnifiques enfants. Il se rendait compte qu'il aurait pu commettre de graves erreurs s'il n'avait pas eu des amis désireux de l'aider.
Second fils du maître de Longbourn, il n'était pas destiné à hériter du domaine. Avec son ami, Edward Gardiner, il s'était rendu aux Indes où les deux hommes avaient travaillés afin d'acquérir leur propre fortune, ce qui, avec leur intelligence, avait été assez facile.
Lorsqu'ils étaient revenus, cinq ans plus tard, Thomas Bennet avait reçu un choc en apprenant la mort brutale de son frère aîné et de sa famille. Il s'était marié juste avant son départ. Un accident lui avait coûté la vie, ainsi qu'à son épouse et leurs deux jeunes enfants. Cette tragédie avait été terrible pour son père qui était tombé gravement malade. Il n'avait jamais pu sortir de son lit et était mort six mois après son fils aîné.
Thomas Bennet avait rencontré la jeune sœur de son ami, Fanny Gardiner. Il ne lui avait pas fallut longtemps avant de l'épouser. Certes, il y avait eu des rivalités. Une jeune femme très prétentieuse, frivole, coquette, égoïste, malveillante, imbue d'elle-même et persuadée de sa supériorité, Héloïse Daughton, avait tenté de s'immiscer, décidée à devenir la prochaine maîtresse de Longbourn. Mais Thomas ne lui avait pas accordé la moindre attention. Il avait épousé Fanny Gardiner en dépit des commérages méprisables de miss Daughton. Elle n'avait pas obtenu le moindre succès. Thomas l'avait totalement ignorée aux bals et ne l'avait jamais invitée à danser. Les fausses rumeurs qu'elle avait tenté de lancer dans l'espoir de lui forcer la main n'avaient pas eu le moindre effet. Elle s'était couverte de ridicule pour rien. L'annonce de ses fiançailles avec une autre femme y avait mis fin et elle avait dû se résigner à son échec. Ce qui était difficile pour une femme aussi orgueilleuse. Héloïse était certaine que Thomas Bennet regretterait un jour de l'avoir dédaignée en faveur d'une autre femme. Mais lorsqu'elle le vit avec sa jeune et ravissante épouse, elle se rendit compte qu'elle s'était fait des illusions. Thomas ne la regarderait jamais avec intérêt, seulement avec dégoût. Ce qui la faisait enrager.
Henry Bennet, père de Thomas et maître de Longbourn, avait vu cette alliance d'un très bon œil. Miss Gardiner était la fille d'un avocat respecté de Londres et avait une dot de 30 000 £, ce qui était loin d'être négligeable. Il était ravi de ce choix. C'était le fils cadet d'un gentleman dont le domaine était situé dans le Derbyshire.
Miss Daughton fut très choquée et absolument folle de rage en comprenant qu'une autre femme allait occuper la position qu'elle convoitait. Mais elle ne put rien y changer. Son ambition de devenir un jour la maîtresse de Longbourn, la demeure la plus importante de la région après Netherfield Park, fut ruinée par ce mariage. Et ce qui la faisait le plus enrager, c'était qu'elle était persuadée que Fanny, qu'elle détestait, allait occuper la place qui aurait dû lui revenir.
Thomas s'assura que son cousin détesté, Mr Collins, soit informé de son mariage. Cela faisait plusieurs mois que le déplaisant personnage harcelait son père pour qu'il lui donne sa fille en mariage. Cette idée répugnait profondément à la jeune Elisabeth Bennet. Henry Bennet n'avait jamais répondu à ses lettres, sauf une, pour l'informer que sa fille était mariée et qu'il était inutile de perdre son temps à essayer de revendiquer une jeune femme sur laquelle il n'avait aucun droit. Elle avait épousé un jeune avocat de Londres, Mr Weston, qui lui plaisait beaucoup. Lorsqu'il demanda sa main, elle s'empressa d'accepter. Son père, soulagé d'avoir une raison de se débarrasser des exigences indésirables de son cousin, donna son consentement. Le mariage eut lieu à Londres. Puis, Mr Henry Bennet écrivit à son cousin pour l'en informer et lui conseilla de ne plus l'importuner. Il n'était pas un parent dont il avait envie de se vanter.
William Collins fut absolument fou de rage de découvrir que celle sur laquelle il avait jeté son dévolu et qu'il entendait bien dompter lui avait préféré un autre homme qui pouvait se targuer de sa supériorité sur lui. Il se jura de se venger.
Lorsqu'il apprit que son jeune cousin, Thomas venait de se marier et qu'il risquait d'avoir des fils qui ferait obstacle à son ambition de devenir un jour le maître de Longbourn, il décida de le surveiller. S'il y avait des garçons, il veillerait à ce qu'ils ne vivent pas assez longtemps pour atteindre l'âge adulte.
Mais grâce à Lizzie et à son chien, Néro, sa tentative avait échoué. Pourtant, il avait bien failli y parvenir. Il se considérait comme l'héritier légitime de Longbourn mais la naissance des jumeaux avait mis fin à ses espoirs. Il avait alors attendu patiemment l'occasion de se venger.
Et il aurait aussi bien pu réussir. En y repensant, Thomas Bennet en frémissait d'horreur et de frayeur. Il y avait d'abord eu la tentative de meurtre des années plus tôt, alors que les jumeaux étaient encore des bébés. Un homme avait tenté de s'introduire dans la nursery. Si Lizzie ne l'avait pas convaincu de lui permettre de garder Néro dans la nursery, l'homme aurait pu réussir dans son mauvais coup en assassinant les enfants.
Mr Bennet avait pris des précautions pour protéger ses enfants. Il avait porté plainte contre son cousin, mais il semblait que celui-ci avait été averti de l'échec de ses manigances car il avait disparu avec sa femme et son fils et n'avait pas pu être retrouvé.
Deux mois plus tôt, il y avait eu une nouvelle tentative.
Les jumeaux, alors âgés de six ans, avaient demandé la permission d'aller jouer dehors. Normalement, ils n'avaient pas le droit de sortir seuls. Mais Lizzie les avaient suivis avec leur chien. C'était ce qui avait fait échoué la tentative d'enlèvement. De toute évidence, l'homme ne s'attendait pas à ce qu'il y ait deux garçons. Il s'était saisi de David alors que son frère s'était éloigné pour se cacher. Mais le garçon s'était débattu en poussant des hurlements de colère et en donnant des coups de pied et des coups de poing à l'homme.
Lizzie, furieuse, s'était précipitée vers l'homme et l'avait frappé, avant de lui mordre la main, le contraignant à lâcher son petit frère. Mr Bennet, qui avait entendu les aboiements furieux du chien, et comprenant que ses enfants étaient menacés, s'était précipité dehors avec son fusil. L'homme avait été jeté sur le sol par Néro qui le menaçait de ses crocs.
David était retombé sur le sol. Furibond, il donna de violents de coups de pied à l'homme qui avait tenté de l'enlever, jusqu'à ce que Lizzie l'éloigne de lui et lui demande de se calmer. Le petit garçon était encore choqué par ce qui s'était passé et il se blottit dans les bras protecteurs de sa sœur sans protester.
Néro tenait l'homme en respect en le menaçant de ses crocs. Des valets vinrent se charger de lui. Malgré son envie de le tuer pour avoir osé chercher à enlever son petit garçon, Thomas Bennet s'en était abstenu et contenté de le neutraliser.
Un domestique s'était rendu au village pour aller chercher le constable. Mr Bennet était soulagé de voir que personne n'avait été blessé. Une fois de plus, Lizzie et Néro avaient contribués à sauvés la vie de ses fils. Et il leur en était reconnaissant.
L'attachement qui existait entre les quatre enfants était très grand, mais Lizzie était également très proche de sa sœur aînée, Jane, avec laquelle elle se montrait très protectrice, bien qu'elle fut d'un an sa cadette. Elle avait tendance à ne voir que le bien chez les autres et se montrait toujours étonnée de découvrir qu'une personne était malveillante. Elle cherchait même à lui trouver des excuses.
La seule exception était probablement leur cousin, William Collins. Elle savait qu'il était mauvais. Il avait voulu faire du mal à David. Et à Henry aussi, sans doute. Alors, elle n'était pas disposée à se montrer indulgente avec lui.
Thomas Bennet était conscient de la chance qu'il avait d'avoir Lizzie dans sa famille. Cette enfant avait le don de leur porter bonheur. C'était la seconde fois qu'elle contribuait à sauver la vie de ses fils. Il remerciait le ciel de l'avoir mise sur son chemin, en dépit des terribles circonstances.
Oui, Thomas Bennet savait qu'il avait de la chance. Il avait une belle famille en bonne santé, de nombreux amis aux alentours, que pouvait-il espérer de plus ?
Il savait aussi que son cousin était coupable et qu'il ne renoncerait pas à obtenir ce qu'il considérait comme son dû. Il était furieux de savoir que l'homme allait échapper à son châtiment. Mais il veillerait à ce qu'il n'ait plus jamais l'occasion de recommencer. Et il se jura qu'il neigerait en enfer lorsqu'il permettrait à un Collins de mettre un pied à Longbourn.
Il savait, cependant, qu'il devait rester constamment vigilant. Son cousin pourrait bien tenter d'essayer de se venger de nouveau. Il était vindicatif et sans scrupules. Et il ne reculerait devant rien pour essayer de prendre sa revanche. Il pourrait bien tenter de se servir de son propre fils pour cela. Il plaignait le malheureux garçon d'avoir un père aussi méprisable. Mais il était tout à fait capable de trouver un autre moyen. Il n'était pas homme à pardonner une offense et encore moins une humiliation.
C'est pourquoi il devait prendre certaines précautions et ne jamais baisser sa garde. Car son cousin était tout à fait capable d'attendre pendant des années avant de se décider à agir, en espérant qu'il aurait relâché sa vigilance, par lassitude. Mais il n'avait nullement l'intention d'agir ainsi. Son cousin le sous-estimait en pensant ainsi et il commettrait une erreur qui lui serait fatal.
Il devait également compter avec l'ancienne Héloïse Daughton. La mégère qui avait tenté de se faire épouser s'était mariée avec un riche propriétaire terrien du nom de Hartley, veuf avec un fils, dont elle avait eu deux filles, Kitty et Lydia. Elle était bien décidée à tout faire pour que l'une de ses filles devienne un jour maîtresse de Longbourn. Un espoir qui avait fort peu de chance de se concrétiser car ni Henry ni David n'aimaient les demoiselles Hartley. En plus, elles étaient plus vieilles qu'eux. Un mariage serait donc parfaitement ridicule.
L'aînée, Kitty, avait le même âge que Lizzie et sa sœur avait deux ans de moins qu'elle. C'était la favorite de sa mère et la plus gâtée. C'était probablement elle que sa mère espérait un jour faire la future maîtresse de Longbourn. Mais elle avait fort peu de chance de réussir à atteindre son but. Et si elle ne l'avait pas encore compris, il ne lui faudrait pas longtemps pour le découvrir. Ce qui la rendrait sans doute folle de rage.
Mr Hartley avait eu un fils de son premier mariage, Giles. Il était âgé d'une quinzaine d'années. Il avait un caractère violent, envieux, jaloux et cruel. Il éprouvait un grand plaisir à faire du mal à autrui. Il piquait de terribles colères lorsqu'on ne cédait pas à ses caprices et il en faisait souvent.
Il était aussi d'une extrême laideur. Grand et dégingandé, le visage boursouflé, les yeux globuleux, les lèvres épaisses, à cause de son habitude de s'empiffrer de gâteaux et de friandises, il avait des traits épais et grossier, un visage jaune, des yeux rusés, une peau marquée par la petite vérole
C'était un garçon dépourvu d'intelligence, paresseux et arrogant. A quinze ans, il ne savait ni lire ni écrire et pouvait à peine s'exprimer correctement. Il rampait devant plus fort que lui, mais se montrait brutal et malveillant avec les plus faibles. Il était violent, jaloux et possessif, et prenait un malin plaisir à faire du mal aux autres.
Un jour, Lizzie l'avait surpris en train de torturer un chaton. Cela n'avait pas plus à Néro qui s'était jeté sur le garçon et l'avait mordu avant de le pourchasser de ses crocs. Le garçon, qui n'était qu'un lâche, s'était enfui en hurlant de terreur. Il avait tenté de se venger en racontant ce qui s'était passé à sa façon, mais son acte de lâcheté avait eu d'autres témoins et sa tentative d'attirer la compassion sur sa personne lui avait valu, au contraire, le mépris de tout le voisinage et des habitants de Meryton. Désormais, tout le monde lui tournait le dos en le voyant.
Malheureusement, l'événement semblait avoir éveillé l'intérêt de Giles Hartley pour Lizzie et il cherchait constamment à attirer son attention dès qu'il la voyait. Cela ne fonctionnait jamais car Lizzie se contentait de se moquer de lui ouvertement sans cacher son dégoût de lui et la présence de Néro l'empêchait d'essayer de se venger.
Il n'avait pas fallu longtemps pour découvrir que Giles Hartley n'était pas du tout normal et qu'il était incapable de faire les choses les plus élémentaires sans un long apprentissage. De plus, sa violence qui grandissait en même temps que lui risquait d'en faire quelqu'un de dangereux.
Ses parents, cependant, refusaient de voir la vérité en face et ne voulaient pas admettre la vérité en reconnaissant que leur fils était anormal et qu'il devrait être enfermé, autant pour sa propre sécurité que pour celle des autres.
Ils le gâtaient outrageusement et cédaient à tous ses caprices. Il ne pouvait pas supporter qu'une autre personne n'en fasse pas autant. Même si cela arrivait souvent. Et avec Lizzie, il n'obtenait rien du tout, mis à part ses éclats de rire moqueurs et son mépris.
Toutes les autres jeunes filles le fuyaient comme la peste et ses parents étaient parfaitement conscients, en dépit de leur refus d'admettre la vérité, qu'ils auraient beaucoup de mal à lui trouver une épouse. Aussi étaient-ils ravis de le voir jeter son dévolu sur Lizzie et il ne manquait pas de l'encourager. Cependant, Mr Bennet n'était pas disposé à tolérer une telle chose. Pour faire comprendre aux Hartley qu'ils perdaient leur temps, il s'assura que la famille ne serait jamais autorisé à venir à Longbourn. Quant à Lizzie, lorsqu'elle voyait celui qu'elle avait surnommé « le fou », elle se contentait de l'ignorer et faisait mine de ne pas le voir lorsqu'il tentait de lui parler ou de lui imposer ses caprices. Ce qui les rendaient furieux, tous les trois.
Les deux filles ne valaient pas mieux. Elles étaient vulgaires, mal élevées, ignoraient totalement les règles de la bienséance en faveur de leurs caprices et ne se souciaient pas d'apprendre quoi que ce soit, même si elles savaient lire, écrire et broder. Le reste ne les intéressaient pas du tout.
L'aînée, Kitty, avait de petits yeux noirs, des cheveux épais et huileux, des oreilles aplaties un nez gras en trompette, une bouche aux lèvres épaisses, des épaules sans cou, une grosse taille. Elle était un objet de moqueries de la part de tout le monde, y compris de sa sœur et sa mère, ce qui la rendait folle de rage.
Avec ses boucles d'or, ses yeux bleu pervenche et son teint de lys, sa sœur, Lydia, ressemblait à une poupée de porcelaine. C'était une fillette dotée d'un caractère très orgueilleux, dur, jaloux et rancunier. Elle était aussi, envieuse, ambitieuse, jalouse et cupide. Elle se savait belle et en profitait pour se pavaner dans de belles toilettes en affichant un air de fierté insolente.
Quand à ses traits, ils étaient totalement dépourvus de caractère, ni fins ni et elle avait une physionomie peu expressive. Elle avait l'habitude de s'exprimer d'un ton hautain, en termes hypocrites sur un ton mielleux qui avaient le don d'exaspérer ses interlocuteurs. Elle était totalement dépourvue de grâce et ses crises de colère la rendait même franchement laide.
Elles pouvaient bien essayer de les impressionner, Jane et elle, elles ne récoltaient que des rires moqueurs. Ce qui les rendaient furieuses car elles étaient très imbues de leur rang. Ce qui était risible puisque leur père était un commerçant. Alors que Jane et Lizzie étaient les filles d'un gentleman.
Lizzie ne se souciait absolument pas d'eux. Elle estimait qu'ils ne valaient la peine qu'il perde son temps à se préoccuper de trois enfants grossiers, mal élevés et totalement dépourvus d'intérêt.
Mr Bennet soupira. Il n'avait jamais regretté la décision qui l'avait poussé à adopter la petite Elisabeth et à l'intégrer à sa famille. Elle avait apporté beaucoup de joie à Longbourn. La naissance des jumeaux en avait ajoutée une autre. Oui, tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Lizzie avait encore des cauchemars. Elle se réveillait souvent, terrorisée par celle qu'elle appelait « le dragon ». Mr Bennet faisait son possible pour la rassurer, tout en masquant soigneusement la fureur que lui inspirait la femme. Si jamais elle tombait entre ses mains, il veillerait à ce qu'elle ait des raisons de regretter le mal qu'elle avait fait. Même s'il ne doutait pas que ses vrais parents sauraient le lui faire payer cher. Il pensait que l'enfermer à Bedlham jusqu'à la fin de sa vie serait une punition mémorable. Il devait s'agir d'une femme occupant un certain rang, persuadée de sa supériorité et de ses droits et qui ne supportait pas qu'on la contredise. Elle devait sans doute avoir une raison d'avoir agi ainsi : cupidité, jalousie, ambition, vengeance. Il y avait sans doute plusieurs raisons.
Mais peu importait. Rien ne pouvait justifier qu'on s'en prenne à une enfant innocente et il priait pour que la coupable reçoive le châtiment qu'elle méritait et découvre l'échec de ses manigances. C'était la seule chose qui lui éviterait d'être pendu, mais elle serait punie, il s'en faisait le serment.
Thomas Bennet tourna la tête en entendant les rires joyeux de ses enfants et les aboiements des chiens. Il pouvait les voir aisément de sa fenêtre et un valet était présent pour les surveiller. Il veillerait sur leur sécurité et ne permettrait à personne de leur faire du mal. Même s'il savait qu'il devrait rester vigilant en permanence.
