Hi !
Merci pour vos gentils commentaires, que ce soit ici ou sur Twitwi. Concernant la diffusion de l'épisode Le Miroir Se Brisa : c'était la semaine dernière en Suisse. Je ne sais pas si un replay est dispo, mais si vous avez un lien je veux bien.
J'espère que ce chapitre 2 vous plaira. Bonne lecture :)
Alice souriait. C'était la première fois qu'elle se sentait aussi bien. Elle baissa les yeux, en direction de l'homme endormi à ses côtés et dont la tête reposait sur son ventre. Il avait l'air calme et apaisé. Elle ne l'avait jamais vu comme cela auparavant. La main de Laurence était posée sur le sein gauche d'Avril depuis un bon moment, étant donné que c'était déjà le cas lorsqu'elle s'était réveillée. Elle prenait cela pour un « reste avec moi » silencieux et inconscient de la part du Commissaire.
Elle ferma les yeux et des images et des sensations lui revinrent. Il l'avait faite crier de plaisir comme personne auparavant. Un frisson la parcourut lorsqu'elle se remémora comme il l'avait couverte de baisers, en partant de sa bouche et en descendant doucement et irrésistiblement vers son intimité, où sa langue avait commencé à jouer avec son plaisir. Ils n'avaient pas arrêté de la nuit et avaient fini par s'endormir comblés lorsque le jour avait commencé à se lever. Avril espérait que cette nuit n'était qu'un début à l'histoire qu'ils allaient vivre tous les deux. Elle avait attendu ce moment pendant si longtemps qu'elle ne voulait pas qu'il se termine aussi vite. Elle était bien avec Laurence et avec un peu de chance, il aurait les mêmes sentiments qu'elle. Ou alors, le goujat misogyne prendrait le dessus sur le côté tendre et aimant qu'elle avait eu le plaisir de rencontrer quelques heures plus tôt, et leur relation redeviendrait ce qu'elle était.
Lorsque Swan ouvrit les yeux, il sentit une présence féminine à ses côtés et cela le surprit. Ne bougeant pas pour ne pas révéler le fait qu'il s'était réveillé, il essaya de se souvenir de ce qu'il s'était passé la veille. Bien vite, son subconscient lui renvoya les images d'une Avril animale, passionnée et terriblement femme, une Avril qu'il n'avait jamais vue avant cela. Il se rappela la nuit d'amour qu'ils avaient passée ensemble, comment elle avait crié son nom et comment il avait murmuré le sien dans des soupirs de plaisir lorsqu'elle lui avait montré à quel point elle savait s'y prendre avec ses attributs masculins. Laurence se maudit intérieurement. Certes, ce moment avait été vraiment incroyable, mais il avait la sensation d'avoir fait une terrible connerie. Il avait l'impression d'avoir trahi Maillol, d'avoir fait comme si rien ne s'était passé et comme si elle n'avait jamais existé. En plus de ça, coucher avec Avril était la porte ouverte aux pires ennuis, non seulement car elle avait un don pour se mettre dans le pétrin, mais aussi parce qu'elle était incapable de tenir sa langue. Et ce, dans tous les sens du terme, pensa-t-il en essayant de réfréner un sourire, repensant aux prouesses accomplies par la jolie rousse durant la nuit.
Il releva la tête vers elle et s'aperçut qu'elle ne dormait plus non plus. Il remarqua également la position de sa main gauche sur le corps d'Avril et la retira immédiatement, presque gêné. Cela ne fit qu'élargir le sourire de la journaliste, amusée par son geste. Il la trouvait plus belle que jamais. Les rayons de soleil qui traversaient les stores vénitiens venaient se perdre dans ses cheveux, illuminaient son regard et se posaient sur sa peau comme s'ils n'étaient parvenus sur elle que pour la sublimer. Il la contempla ainsi pendant plusieurs secondes avant de parvenir finalement à se reprendre. Il devait rétablir la situation avant que cela ne dégénère plus et qu'Avril ne commence à se faire des idées.
« Vous êtes encore là ? » fit-il sur un ton neutre, dénué de sentiment et d'agressivité. Il put lire la surprise sur le visage de la jeune femme qui s'attendait très certainement plus à un « bonjour » qu'à ce genre de réplique.
« Bonjour Alice, comment ça va ce matin ? Bien dormi ? » le reprit-elle. « Et on s'tutoie plus ? »
Laurence inspira profondément et se redressa, de manière à lui faire totalement face. Il devait mettre fin à cette relation nouvelle avant qu'elle n'ait le temps d'aboutir à quelque chose mais ne voulait pas non plus faire souffrir la jolie rousse. Certes, il pouvait se montrer atroce avec elle parfois, mais il devait bien avouer qu'il l'appréciait énormément. Et même plus que ça.
« Écoutez Avril…
- Oh… C'est bon, vous cassez pas Laurence, j'ai compris. »
Il était à peu près sûr d'avoir entendu l'âme d'Avril exploser et son cœur tomber en lambeaux en ce moment-là. Elle qui rayonnait à peine quelques secondes avant, semblait maintenant honteuse et triste. Elle attira un drap à elle pour se couvrir puis se releva et se dirigea vers la sortie de la chambre. Ayant commencé les festivités au salon, c'était là-bas que tous ses vêtements devaient se trouver. Swan attrapa l'autre drap d'une main et prit le bras d'Avril de l'autre avant qu'elle n'ait eu le temps de quitter la pièce.
« Alice, attendez… »
Elle ne daigna même pas tourner la tête vers lui et le regarder. Il était certain qu'elle était en train de contenir ses larmes et respecta son choix de ne pas le voir pour le moment. Il resta donc derrière elle, son bras en main et continua son propos d'une voix douce, comme pour ne pas la heurter davantage, même si ses mots étaient pour elle comme des coups de poignards.
« Ce qu'il s'est passé cette nuit… C'était… Tout était vraiment parfait, Avril. Mais…
- C'était une erreur. » Acheva-t-elle brusquement.
Elle était en colère et elle avait de quoi. Swan ne lui en tint pas rigueur, lui-même se détestait à présent. Ce qu'il lui faisait subir, comment il la traitait à présent, c'était tout bonnement indigne. Cependant, il était à noter que depuis que leurs regards s'étaient croisés, il ne pensait plus du tout à Maillol. Il n'y avait plus qu'Avril qui comptait et s'il voulait mettre fin à cela, ce n'était en rien à cause d'Euphrasie.
« Merci de comprendre aussi bien, Avril… C'est de ma faute, j'ai eu un moment de faiblesse et…
- On était deux Laurence. J'aurais jamais dû venir ici. »
Elle tenta d'avancer vers le salon, mais oublia qu'elle était retenue par le bras.
« Avril… Vous savez bien que vous et moi, de toute façon, c'est impossible. Vous l'avez d'ailleurs bien dit vous-même hier. Non, tout ça, c'était purement physique. C'est tout.
- Ouais, purement physique… » répéta Alice en détachant bien chaque syllabe, comme pour se faire un peu plus de mal.
Elle s'en voulait d'avoir agi ainsi. Jamais elle n'aurait dû venir ici, dire ce qu'elle avait dit à Laurence et faire avec lui ce qu'ils avaient fait. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle réfléchisse après coup ?
« Bien sûr, on garde tout cela pour nous, pas besoin d'en parler aux autres… Et surtout pas à Marlène.
- Mais pour qui vous me prenez, Laurence ?! »
Elle s'était retournée brusquement pour lui dire cela et il avait pu voir dans son regard toute la détresse et la fureur qu'elle ressentait. Cette dernière phrase, encore plus que les précédentes, avaient été de trop. D'un mouvement brusque, elle dégagea son bras et partit vers le salon où elle ramassa en quatrième vitesse toutes ses affaires. Elle fila ensuite à la salle de bain, sous les yeux du Commissaire, qui se demandait comment il allait bien pouvoir réparer tout le mal qu'il lui avait fait. Le téléphone sonna à ce moment-là. Il alla décrocher et pendant qu'il commençait à parler, Alice revint dans le salon, s'empara de son sac et se dirigea vers la porte. Mais son instinct de journaliste l'empêcha de partir lorsqu'elle entendit les mots « mort » « légiste » et « j'arrive tout de suite ». Quand Laurence se retourna, il tomba nez à nez avec elle. Elle n'eut pas besoin de dire quoi que ce soit, il comprenait totalement où son regard voulait en venir.
« Attendez-moi là, je reviens dans 5 minutes ».
oOo
« Un jour faudra que vous m'expliquiez comment vous arrivez à vous préparer aussi vite.
- À l'armée on n'avait que quelques minutes pour se préparer et l'adjudant exigeait qu'on soit impeccable, sinon on devait se coltiner toutes les corvées. J'ai gardé l'habitude. »
Avril hocha la tête, comprenant mieux comment Laurence avait réussi à se laver les dents, à se raser et à s'habiller en 4 minutes et 58 secondes très exactement. Oui, elle avait chronométré. Elle avait même espéré qu'il mette plus de 5 minutes pour pouvoir calmer ses nerfs en lui hurlant dessus pour son retard. Raté. Ça n'avait fait que l'agacer un peu plus.
L'ambiance était tendue dans la Facel Vega. Bien sûr, il aurait pu la laisser prendre son scooter et leur éviter à tous les deux ce trajet gênant, mais la connaissant, il avait eu peur que sa colère ne prenne le dessus et la mène à un accident.
Il gara sa voiture dans l'allée de la propriété où les attendait le cadavre puis descendit et se dirigea vers l'entrée sans même attendre Avril. Vu comment les choses évoluaient depuis leur réveil, il avait bon espoir quant à un retour à la normale prochain. Certes, la jeune femme continuerait à lui en vouloir, mais au moins, elle resterait à ses côtés. Elle n'avait aucune envie de redevenir Marie-Chantal et elle voulait se faire un nom dans la profession. Et malheureusement –ou pas– pour eux deux, cela passait par le fait de le suivre dans toutes ses enquêtes.
Le Commissaire et Alice entrèrent dans la salle où gisait un corps de femme sur un grand tapis qui devait bien valoir plusieurs milliers de francs. Ils s'avancèrent dans la pièce c'était une grande bibliothèque où tout était bien rangé et à la décoration sobre. Le macchabée détonnait donc d'autant plus avec sa robe à sequins et sa chevelure blond-platine fraîchement décolorée. Laurence observa autour de lui avant de se pencher sur le cadavre. Avril, quant à elle, resta un peu plus en retrait, mais prenait tout de même quelques photos pour son futur article.
« Au vu de sa rigidité, elle doit être morte depuis au moins plusieurs heures. Avril, venez voir par ici.
- Quoi ? »
Elle s'approcha et vint se positionner juste derrière Laurence, qui lui indiquait des marques sur le cou de la victime.
« Traces évidentes de strangulation.
- Ravie de la savoir… » fit-elle sans vraiment regarder le cadavre, toujours aussi mal à l'aise face à un mort.
« Vous dites sans cesse que je ne coopère pas assez, et quand je le fais, vous refusez mon aide.
- Commencez pas à me chercher, Laurence. J'suis pas d'humeur. »
Swan esquissa un petit sourire puis se tourna vers Martin qui avait son cahier de notes à la main.
« On connaît son identité ?
- Non Commissaire. Elle n'avait aucun papier sur elle. C'est Mme Bodin, la propriétaire, qui l'a découverte. Mais elle ne la connaît pas non plus.
- Bien. Merci Martin. »
Le jeune officier fit un signe de la tête puis sortit de la pièce.
« Euh, Laurence ?
- Oui, Avril ?
- Vous trouvez pas qu'elle est un peu jeune pour avoir les cheveux de cette couleur ? J'veux dire, le blond platine faut oser quand même... Et puis cette tenue… Ça vous choque pas vous ? »
Il appuya sa tête sur sa main. Alice n'avait pas tort : la victime ne devait même pas avoir 18 ans. Cependant, ce n'était pas la première fois qu'il voyait cela. Il ne prit même pas la peine de répondre et demanda à un des officiers présents où il pourrait trouver Mme Bodin. Ce dernier lui indiqua le rez-de-chaussée, où le Commissaire se rendit suivi de près par sa petite journaliste.
Marguerite Bodin, 60 ans environ, était assise sur un des fauteuils rouges du salon. L'air parfaitement calme malgré la découverte d'un cadavre inconnu chez elle, elle rappelait à Avril Sœur Clémence, très certainement la none la plus méchante de tout l'orphelinat Ste Catherine. Elle regarda Laurence s'approcher de la propriétaire des lieux, restant un peu à l'écart, suffisamment pour ne pas être directement confrontée à celle qui lui rappelait de mauvais souvenirs, mais suffisamment près tout de même pour entendre ce qu'ils se disaient. Cette femme n'avait pas l'air d'être très aimable et Alice pensa qu'elle ne serait pas surprise que quelqu'un ait déposé le cadavre ici juste pour l'embêter. Malheureusement, elle ne pouvait pas être la meurtrière car elle n'était rentrée que ce matin, à peine une heure plus tôt. Et évidemment, elle avait des témoins qui pourraient confirmer son alibi. Avril était si absorbée par l'écoute de la discussion se déroulant face à elle (et par l'observation des traits de Laurence qu'elle trouvait particulièrement séduisant) qu'elle sursauta lorsque Martin vint lui parler.
« Désolée Mademoiselle Avril, je ne voulais pas vous faire peur !
- Y a pas d'mal Martin. Dites voir, vous savez comment elle est la Bodin ?
- Une vraie peau de vache. Elle nous a traités comme des moins que rien quand on est arrivés pour le cadavre. Elle a même crié sur Da Costa !
- Non, sérieux ?!
- Ouais. Tous ses voisins la détestent. D'ailleurs, ça nous a même étonnés quand on est arrivés ici et qu'on a vu que c'était pas elle la victime. »
Avril ne put s'empêcher de sourire à cette dernière remarque. Elle appréciait beaucoup Martin, il était tout le temps agréable et attentionné avec elle. Et dire qu'elle ne connaissait même pas son prénom... Elle s'apprêtait à lui répondre lorsque Laurence tourna la tête dans leur direction et aperçut le grand sourire arboré par la jolie rousse en compagnie du jeune officier. Une boule de colère sourde se forma immédiatement dans sa gorge et cela transparut dans son regard, ce que nota d'ailleurs très vite Martin.
« Je vous laisse Mademoiselle Avril, ou je sens que le Commissaire va me faire passer un sale quart d'heure. »
Il partit immédiatement après avoir dit cela et Alice se retourna vers Laurence. Elle lui adressa un regard de défi si cela l'énervait tant qu'elle parle à d'autres hommes, alors il n'était pas près d'être à nouveau calme. Elle voyait très clairement qu'il était terriblement jaloux, mais il avait dit lui-même que ce qu'il y avait eu entre eux n'était que « purement physique ». Et elle avait la ferme intention de lui faire regretter tous les mots qu'il avait prononcés ce matin.
Tous. Les. Mots.
Sans exception.
D'après Mme Bodin, la seule blonde platine du quartier vivait chez Basile Barrot, un voisin qu'elle n'appréciait guère. Fêtard invétéré, elle avait déposé plusieurs plaintes contre lui pour tapage nocturne. En plus, étant très croyante, Marguerite désapprouvait totalement son mode de vie : cinéaste qui se prenait pour le plus grand réalisateur de sa génération, il consommait alcool, drogue et femmes sans restriction. La victime pourrait ainsi très bien être sa compagne « officielle » qui se serait disputée avec l'une de ses maîtresses.
Laurence et Avril se dirigèrent donc vers le domicile des Barrot, une immense maison avec piscine, jardins, voitures de luxe et curiosités en tous genres.
« Ouah, la baraque ! Z'avez vu ça, Laurence ? Ils ont même des poneys là-bas ! »
Swan esquissa un petit sourire devant la vision d'une Alice totalement émerveillée par ce qu'elle avait sous les yeux. Cela amusait beaucoup le Commissaire qui avait grandi dans une demeure au moins aussi luxueuse que celle-ci.
Lorsqu'ils furent enfin arrivés devant la porte, Laurence fit signe à Avril de se taire et d'écouter, ce qu'elle fit pour une fois sans broncher. À l'intérieur, deux personnes se disputaient avec violence et la jolie rousse était à peu près sûre de reconnaître le bruit de casseroles heurtant le sol. Laurence ouvrit la porte et fit un pas à l'intérieur avant de se retourner vers Alice.
« Vous, vous ne bougez pas d'ici. »
Il savait très bien que c'était peine perdue que d'essayer de la faire rester en dehors des évènements, mais bêtement, il gardait encore l'espoir qu'un jour elle l'écouterait et cesserait de n'en faire qu'à sa tête. Il s'engouffra dans la demeure et se dirigea vers la source des cris. Il reconnut également les pas de la jeune journaliste derrière lui, toujours aussi discrète. Il soupira et leva les yeux au ciel avant de se retourner vers elle pour lui adresser un regard noir. Pour toute réponse, il eut droit à un sourire enfantin de la part d'Avril. Il avait du mal à se l'avouer, mais ce genre de vision l'attendrissait plus que de raison. Ils reprirent leur chemin et aperçurent des casseroles et autres ustensiles de cuisine voler à travers la pièce, allant tous dans la même direction. D'un côté, un homme brun, la trentaine, qui évitait les projectiles aussi bien que possible et hurlait à son assaillante de se calmer. De l'autre, une femme à la chevelure blond-platine, qui lançait tout ce qui lui tombait sous la main en insultant copieusement son compagnon. Lorsqu'elle aperçut le duo dans son champ de vision, elle tourna brusquement la tête vers eux et les menaça avec une cuillère en bois.
« Bonjour Madame. Je suis le Commissaire Laurence, j'enquête sur le meurtre qu'il y a eu chez votre voisine, Mme Bodin.
- Quelqu'un a enfin refroidi la vieille peau ? » demanda l'homme, heureux de ne plus être la cible du courroux de la blonde. Il s'avança vers Swan et Alice et tendit la main à l'un, puis à l'autre, en prenant bien soin d'adresser un sourire ravageur à la jolie rousse, provoquant au passage la réapparition de cette colère sourde chez le Commissaire.
« Basile Barrot, réalisateur, enchanté. Et elle c'est Françoise Lenoir, ma compagne.
- Plus pour très longtemps. » Aboya cette dernière avant de se diriger vers un petit meuble pour y prendre une cigarette.
« Que pouvons-nous faire pour vous ? » interrogea Basile, avec un grand sourire.
« Me dire tous les deux où vous étiez cette nuit et me faire une liste des femmes que vous connaissez ayant une couleur de cheveux similaire à la vôtre.
- J'étais chez ma sœur, elle était malade. J'ai même dû appeler un médecin vers minuit.
- Il y avait une fête au studio, j'y suis resté jusqu'à 5h30 environ. Ensuite, je suis rentré ici et je me suis couché.
- Avec une de ses putes, comme d'habitude. » Ajouta Françoise.
« Ne l'écoutez pas, je suis rentré seul. Et concernant les blondes platine, il n'y a qu'elle. J'ai bien dû en voir passer au studio, mais de là à vous donner des noms, j'en serais incapable.
- La même. Autre chose ou vous pouvez vous barrer maintenant ?»
Avril et Laurence échangèrent un regard. Charmante, Françoise. Basile profita du départ du commissaire et de la journaliste pour partir avec eux, les remerciant même d'être arrivés et de l'avoir libéré de cette querelle. Certes, il avait amplement mérité le déferlement de colère dont il avait été victime, mais de là à rester pour se faire hurler dessus, il ne fallait pas abuser non plus.
« Encore un mec qui assume pas ses actes…» glissa Alice alors qu'elle et Laurence rejoignaient la Facel Vega. Il ne répliqua pas, acceptant la remarque pour ce qu'elle était.
Le trajet qui les ramena au Commissariat se fit sur une ambiance plus détendue qu'à l'aller, chacun ayant pris une décision concernant l'attitude à adopter avec l'autre. Lui s'était mis en tête de tout faire pour que leur relation redevienne telle qu'elle était avant cette nuit. Cette histoire lui avait fait se rendre compte qu'il tenait assez à la jeune rousse pour ne pas vraiment vouloir se débarrasser d'elle de suite. Alice, de son côté, avait la ferme attention de faire bouger les choses. À partir de maintenant, elle ferait tout pour rendre Laurence jaloux dès qu'elle en aurait l'occasion. Il lui avait dit que rien n'était possible entre eux ? Très bien, il allait s'en mordre les doigts.
Laurence poussa la porte de son bureau et adressa un sourire à Marlène qui tapait sur sa machine.
« Bonjour Commissaire !
- Bonjour Marlène. Tenez, j'ai ramassé cette chose étrange sur la scène de crime, vous voulez bien vous en occuper s'il vous plaît ? »
Il fit un signe vers la porte au moment où Alice entra.
« Ah. Ah. Ah. Très drôle Laurence. »
À en juger par le sourire qu'il arborait, il se trouvait effectivement très drôle. La jeune secrétaire fut ravie de voir son amie à qui elle avait des choses à raconter.
« Oh ! Bonjour Alice !
- Salut Marlène. »
La journaliste s'appuya sur le bord du bureau de la jolie blonde et observa Laurence qui disposait et écrivait sur son tableau les premiers éléments de l'enquête. Ses yeux parcoururent le corps du Commissaire et son expression changea lorsque des souvenirs de la nuit passée lui revinrent en tête. Les mains de Swan descendant le long de son dos d'une manière incroyablement sensuelle, ses fesses musclées sur lesquelles elle avait crispé ses doigts lorsque son plaisir avait atteint son paroxysme, ses lèvres qu'elle avait adoré embrasser… Elle avait tant envie que tout cela se produise à nouveau qu'elle se surprit à rêver d'un futur proche où elle et Swan feraient de nouveau l'amour, avec autant de passion que la première fois. Il l'avait faite se sentir plus vivante que jamais et elle refusait que ce soit la dernière fois. Une main lui tapota le bras, la sortant de sa rêverie. Elle se retourna et s'approcha de Marlène qui lui faisait signe de venir plus près d'elle. L'adorable secrétaire colla le bord de sa main sur la joue d'Avril et lui chuchota à l'oreille.
« J'ai des choses à te raconter Alice ! Tu ne devineras jamais ce que j'ai fait hier soir ! »
La journaliste dut retenir un rire en pensant que jamais Marlène ne pourrait se douter de ce qu'elle-même avait bien pu faire au même moment, et surtout avec qui elle l'avait fait.
« Marlène, si vous me cherchez, je suis chez le légiste. »
Il quitta la pièce, laissant les deux femmes enfin seules.
« Alors ? Raconte !
- Tim m'a invitée au restaurant. Bon, au départ je n'avais pas trop envie d'y aller. Pas parce que je ne l'apprécie pas, mais… Enfin, tu vois…
- Non, j'vois pas. Mais c'est pas grave, continue !
- Comme le Commissaire était tout triste, je lui ai dit de venir avec nous, mais je ne sais pas pourquoi ni comment, à un moment il a disparu. Comme ça, envolé ! Je me demande ce qu'il a bien pu aller faire… » Avril esquissa un sourire, mais se reprit vite avant que Marlène ne se doute de quelque chose. « Enfin bref. Je suis donc restée en tête-à-tête avec Tim. Il a été a-do-rable ! Un amour ! C'était la première fois qu'un homme m'écoutait comme ça. Il était doux, attentionné, prévenant…
- Mais ça s'rait-il pas que notre Marlène commencerait à oublier le Commissaire ?
- Et bien à vrai dire, Alice… Je crois que oui. Après manger, nous sommes allés marcher. Et à un moment…
- Quoi ? Il t'a embrassée ?!
- Non. » Devant la mine déçue de la jolie rousse, Marlène se dépêcha de rectifier. « Ce n'est pas à ce moment-là qu'il m'a embrassée.
- Ah je le savais ! »
Avril sauta de joie en frappant dans ses mains et déposa un baiser sur la joue de son amie. On aurait dit une enfant.
« C'était si romantique Alice, je te jure ! Ensuite, il m'a raccompagnée chez moi…
- Attends, t'as fait frotti-frotta avec Glissant ?
- Non voyons Alice, pas le premier soir enfin ! »
La journaliste se rappela que Marlène n'était pas aussi libérée qu'elle et qu'elle mettait un point d'honneur à suivre les conventions sociales. Avril respectait le choix de son amie, même si elle ne le partageait pas. Après tout, c'était certainement mieux ainsi car de nombreux hommes voulant seulement passer une nuit avec la jolie secrétaire étaient découragés par ces premiers rendez-vous et évitaient ainsi de lui briser le cœur en la larguant après avoir fait leur petite affaire.
« Il m'a tenu la main pendant toute notre balade et il a été un vrai gentleman. D'ailleurs je le revois très bientôt…
- Ah oui ? Quand ? Demain ? »
Le sourire de Marlène s'élargit un peu plus et elle fit « non » de la tête, ce qui eut pour effet d'attiser un peu plus la curiosité d'Avril.
« Ce soir !
- Ah c'est géniiial Marlène ! » s'exclama la jolie rousse en sautillant.
« Qu'est-ce qui est génial ? » demanda Laurence qui entra à ce moment-là, calmant les deux femmes d'un coup.
« Rien. » répondirent-elles en cœur, soudain sages comme des images.
Cela inquiéta quelque peu le Commissaire. Avril avait-elle parlé ? Elle pouvait faire des choses stupides, mais de là à tout raconter à Marlène, quand même… Il dévisagea la jeune journaliste qui ne bougea pas d'un iota. D'habitude, quand elle avait quelque chose à se reprocher et qu'il la regardait ainsi, elle rougissait légèrement et ses pieds ne tenaient plus en place. Pas là. Cela devait donc être autre chose, qu'il découvrirait tôt ou tard.
« Bon, Glissant a confirmé ce que je pensais : elle est bien morte étranglée, peu avant minuit. Barrot n'a donc pas pu faire le coup. »
Il épingla des photos sur son tableau quand Martin frappa à la porte. Il entra et Avril lui adressa un immense sourire qui eut pour effet de faire enrager silencieusement Laurence.
« Commissaire, une certaine Joséphine Tallin est là. Elle dit que sa cousine a disparu et vu la description, ça pourrait être la personne qu'on a retrouvée ce matin.
- Faites-la entrer. »
Le jeune officier s'exécuta, non sans échanger un regard avec Alice avant de quitter la pièce. Une jeune femme brune d'environ 25 ans entra et Laurence l'invita à s'asseoir face à lui.
« C'est ma cousine, Commissaire. Elle a disparu. On devait se retrouver ce matin pour aller travailler mais elle n'est pas venue. Je suis allée voir chez elle et chez ses amis, mais rien.
- Et comment s'appelle-t-elle, je vous prie ?
- Ruby Rose. Enfin, son nom c'est Rose Tallin, mais tout le monde l'appelle Ruby. C'est son nom de scène. On est hôtesses au Majestic, le cabaret à la sortie de Tourcoing. C'est vrai qu'elle est jeune, mais elle avait besoin d'argent. Ses parents sont morts et moi je peux pas vraiment l'aider avec mon petit salaire… Et puis bon, à 16 ans, c'est légal de bosser. Non ?
- Oui Vous avez une idée de l'heure à laquelle elle a disparu ?
- Pas vraiment… Je sais qu'elle a effectué le numéro de 22h30 avec Raymond, mais qu'elle n'était pas là pour celui de minuit. J'ai dû la remplacer… Il va nous manquer quelqu'un maintenant. Je veux bien prendre la relève à la danse, mais qui pourra me remplacer pour le chant… »
Laurence releva la tête vers Avril avec une sourire malicieux. À en juger par l'expression qu'arborait la jolie rousse, ils avaient eu la même idée : le Majestic allait avoir une nouvelle chanteuse en la personne d'Alice Avril. Il pourrait ainsi avoir un œil à l'intérieur du cabaret et elle serait au plus près de l'action pour écrire son article. En plus, elle adorait chanter et il adorait l'écouter et la regarder quand elle le faisait.
Laurence conduisit Joséphine à la morgue pour qu'elle puisse officiellement reconnaître le corps et la journaliste s'empressa de partir pour aller postuler au cabaret avant que la place ne soit prise. Arrivant dehors, elle se souvint d'un détail : son scooter était resté au pied de l'immeuble du Commissaire. Et merde.
Visiblement, Swan s'en rappela également et arriva rapidement dehors. Il regarda Avril et soupira, l'air agacé.
« Je suppose que je vais encore devoir faire le taxi. »
Pour toute réponse, Alice haussa les épaules avec une moue innocente. Ils montèrent dans la Facel Vega et partirent en direction du Majestic.
oOo
« Dites-moi Avril… Vous ne vous intéressez quand même pas à Martin ? »
Elle tourna la tête vers lui et le dévisagea, ne s'attendant pas à une telle question. Il avait les yeux rivés sur la route, comme s'il venait de poser la question la plus banale qui soit.
« Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ?
- Fred, puis Martin… Je vais finir par croire que vous n'avez aucun goût.
- Vous semblez oublier une chose, Laurence.
- Et quoi, je vous prie ?
- Entre Fred et Martin, il y a eu vous. »
Touché. Il ne chercha même pas à répliquer. Il aurait dû s'attendre à cette réponse, c'était totalement prévisible. Elle l'observa du coin de l'œil et eut l'impression de le voir rougir. Ça alors, le grand Commissaire Laurence qui laissait presque transparaître ses émotions. Le reste du trajet se déroula dans le calme, mais le cerveau du policier était en ébullition. Des questions venaient à présent se bousculer dans sa tête, alors qu'il avait réussi à les éviter jusque là. Lorsqu'il gara enfin la voiture devant le cabaret pour y déposer Alice, il se lança.
« Avril ?
- Quoi ?
- Ça voulait dire quelque chose pour toi ? »
Il n'osait même pas la regarder dans les yeux, comme s'il avait peur de ce qu'elle allait lui répondre. La jolie rousse trouvait cela touchant de le voir se montrer aussi vulnérable face à elle. Elle plaça sa main sur la cuisse du Commissaire et déposa un baiser sur sa joue.
« Ça veut toujours dire quelque chose pour moi. »
Elle sortit de la voiture sans même lui adresser un regard, le laissant incroyablement déstabilisé.
Alice Avril le déstabilisait.
Et pour bien plus d'une raison.
J'espère que cela vous a plu et que la mise en route de l'enquête ne vous a pas ennuyé.e.s. Si c'est le cas, n'hésitez pas à m'en faire part, je corrigerai le tir pour le chap3. Je sais que certain.e.s attendaient un chapitre caliente et j'espère que vous n'êtes pas trop déçu.e.s. Rassurez-vous, je vais me rattraper… C'est promis :)
A bientôt !
