Hermione Granger et la cape oubliée

Contexte : Cette nuit-là, Harry et Hermione sont montés dans la tour d'astronomie afin de confier Norbert le dragon à des éleveurs amis de Charlie Weasley. Chemin faisant, ils ont constaté que Drago Malefoy, en tentant vainement de les dénoncer, venait d'écoper d'une retenue pour avoir rôdé dans les couloirs pendant la nuit. Une fois Norbert entre de bonnes mains, les deux jeunes sorciers s'apprêtent à repartir de la tour pour rentrer se coucher.

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Hermione et Harry virent bientôt la boîte de dragon s'éloigner dans le ciel et disparaître au loin. Le cœur léger et les bras libres, ils commencèrent à redescendre l'escalier. Ils étaient débarrassés du dragon, et ils avaient vu, de sous leur cape d'invisibilité, Malefoy récolter une punition, plus rien ne pouvait gâcher...

À peine avait-elle descendu quelques marches que Hermione étouffa un juron.

– Que se passe-t-il, Hermione ? chuchota Harry.

– La cape, elle est restée là-haut !

– Oh bon sang...

Harry se maudit de cet oubli, mais heureusement, son amie y avait pensé à temps. Ils remontèrent donc au sommet, prirent la cape que Harry avait laissée en boule dans un coin, s'enveloppèrent dessous et redescendirent l'escalier sans faire de bruit.

Arrivés en bas de marches, ils faillirent avoir un hoquet de surprise : Rusard était adossé au mur du couloir, juste en face de la sortie de l'escalier. Le concierge semblait précisément les attendre, et Miss Teigne scrutait de ses yeux globuleux l'endroit où ils se trouvaient.

– Patience, ma jolie, disait Rusard à voix basse. Inutile de monter là-haut. Si le jeune Malefoy racontait des âneries, nous nous fatiguerions pour rien, et sinon, s'ils sont vraiment là-haut, ils ne devraient pas tarder à redescendre, n'est-ce pas...

Marchant avec d'infinies précautions, retenant leurs souffles, Hermione et Harry avancèrent dans le couloir pour passer le gardien et sa chatte, et une fois arrivés au bout ils tournèrent au coin. Ils continuèrent ainsi lentement jusqu'à ce qu'ils se considèrent assez loin pour ne plus être entendus. Alors seulement, ils se permirent de rire sous cape quelques instants.

– Ce serait quand même intéressant d'avoir un sort de détection de Rusard, ou quelque chose d'approchant, nota Hermione en reprenant son sérieux.

– Oui, ou un objet magique, répondit Harry. Imagine une carte du château qui nous dirait à tout moment où il se trouve.

Ils furent interrompus par des bruits de pas un peu plus loin. Ils se plaquèrent contre le mur, et au bout de quelques instants ils virent débouler le professeur McGonagall qui tenait Neville par le bras. Elle pestait.

– J'en ai vraiment plus qu'assez, cette nuit, de trouver des élèves qui déambulent dans les couloirs. Surtout quelqu'un de ma propre maison. Vous aurez une retenue, Londubat, soyez-en sûr.

Harry regarda sa directrice et son camarade s'éloigner. Il était peiné, même s'il ne savait pas vraiment pourquoi Neville était debout à cette heure. Cela avait peut-être un rapport avec leur petite escapade dans la tour d'astronomie, mais c'était difficile à affirmer avec certitude.

En tout cas, malgré ces interrogations et cette mauvaise nouvelle qui mettait une note un peu amère à une soirée à part ça bien réussie, ils se remirent en route dans la direction opposée et retournèrent dans leur dortoir.

En fait, Harry ne se mit pas au lit tout de suite, car il préférait attendre le retour de Neville. Et effectivement, quelque temps plus tard, le jeune sorcier s'introduisit à son tour dans la salle commune. Il sanglotait.

– Qu'est-ce qui s'est passé, Neville ?

– Je te cherchais... Visiblement, ça ne servait à rien.

– Tu me cherchais ?

Neville hocha la tête en essuyant ses larmes et en reniflant bruyamment.

– Oui. Pour te prévenir. J'ai entendu Malefoy dire qu'il allait te faire coincer, il a dit que tu avais un dragon.

Harry sentit son estomac se nouer. Neville était bel et bien puni par sa faute.

– Je vais avoir une retenue.

– Je suis vraiment désolé, Neville.

– Et j'ai perdu vingt points pour la maison.

– Tiens, nota Harry, comme Malefoy.

Cette nouvelle sembla redonner un peu de baume au cœur de Neville. Il sourit faiblement, commença à se diriger vers l'escalier menant au dortoir, puis il se retourna sur le seuil.

– Dis-moi, à propos de ce que Malefoy a dit... Il y avait vraiment un dragon ?

Harry réfléchit quelques secondes à ce qu'il pouvait répondre à son camarade. Il ne voulait pas l'impliquer dans tout ça, mais en même temps, Neville était déjà impliqué, en quelque sorte.

– Disons qu'en tout cas, maintenant, il n'y en a plus, se contenta-t-il finalement de répondre en souriant faiblement.

Les deux jeunes sorciers montèrent enfin se coucher, et tandis qu'il se glissait dans son lit, Harry se fit la promesse de ne plus se mêler de ce qui ne le regardait pas. C'était trop dangereux, et il y avait toujours le risque d'une innocente victime.

Une semaine avant les examens, cependant, cette promesse fut mise à rude épreuve.

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Ce jour-là, Harry entendit Quirrell dans une salle de classe, qui parlait à quelqu'un qui le menaçait. Quirrell finit rapidement par céder à son interlocuteur. Harry ne put pas savoir qui c'était, mais qui d'autre que Rogue ? Harry, Ron et Hermione envisagèrent un instant d'aller alerter le professeur Dumbledore, mais finalement ils y renoncèrent.

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Le lendemain matin, alors que Harry prenait son petit-déjeuner non loin de Neville, il vit ce dernier recevoir un mot. Neville le regarda et lui tendit une très courte missive officielle.

« Votre retenue commencera ce soir à onze heures.
Rendez-vous avec Mr Rusard dans le hall d'entrée.
Prof. M. McGonagall. »

Dans l'agitation des révisions de fin d'année, sans parler de toutes ces histoires avec Quirrell, Harry avait oublié que Neville avait toujours une retenue à faire.

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Le jeune Gryffondor avait l'air résigné, et à onze heures ce soir-là, il dit au revoir à Harry qui lui tenait amicalement compagnie dans la salle commune et descendit dans le hall d'entrée. Rusard était déjà là, ainsi que Malefoy, comme Neville s'y attendait. C'était avant tout la perspective de faire une retenue avec le Serpentard qu'il avait appréhendé toute la journée.

Le concierge leur fit un discours sarcastique sur le respect du règlement et l'utilité des punitions, mais Neville, stressé comme il était, l'écouta à peine.

– Allez, on y va, conclut Rusard.

Rusard leur fit traverser le parc. Neville se demanda sombrement si la punition impliquerait de lancer des sortilèges. Il avait passé une partie de sa soirée à réviser pour le cours du professeur Flitwick, et sa performance avait été encore plus catastrophique que d'habitude.

Progressant d'un pas soutenu, tantôt sous la lumière de la lune, tantôt dans l'obscurité causée par de lourds nuages noirs, ils arrivèrent bientôt près de la cabane de Hagrid. Il entendit alors une voix crier :

– C'est vous, Rusard ? Dépêchez-vous, j'ai hâte de commencer.

Bien qu'il préférât la compagnie de Hagrid à celle de Rusard, Neville ne se sentit pas le moins du monde rassuré. Une nuit sombre et un garde-chasse excentrique, voilà qui était encore pire que tout ce qu'il avait imaginé pour sa retenue.

Hagrid sortit de l'obscurité, Crockdur sur ses talons. Il avait à la main une arbalète immense dont Neville espéra de tout cœur qu'il sache parfaitement se servir. Il ne tenait pas à être abattu par inadvertance.

– C'est pas trop tôt, dit le garde-chasse. Ça fait une demi-heure que j'attends. Vous êtes prêts, les enfants ?

– Prêts à quoi, s'il vous plaît ? demanda Malefoy d'une voix pleine de morgue.

– Nous allons faire un tour dans la Forêt interdite.

Neville émit un gémissement et Malefoy resta un instant bouche bée.

– Je reviendrai à l'aube, dit Rusard pendant ce temps-là. Pour récupérer ce qui restera d'eux.

Et il retourna vers le château, les laissant seuls à leur destinée incertaine. Malefoy se tourna alors vers Hagrid.

– C'est une plaisanterie ? lui demanda-t-il d'un ton inquiet. On ne va quand même pas y aller en pleine nuit ! Il y a des tas de bestioles, là-dedans, même des loups-garous d'après ce qu'on m'a dit.

– Les loups-garous, on s'en fiche. Ce qui va nous intéresser pour notre petite expédition, c'est les licornes.

– Je refuse d'aller dans cette forêt, coupa Malefoy.

Neville ne fut pas très rassuré d'entendre le tremblement dans la voix de Malefoy. Sentir la panique du Serpentard accroissait en fait la sienne par ricochet. Il y avait cependant quelque chose qui l'intriguait. Hagrid avait cité les licornes...

– Il faudra bien y aller si tu veux rester à Poudlard, répliqua Hagrid à Malefoy d'un ton féroce. Tu as fait des idioties, il faut payer, maintenant.

– Des licornes ? intervint Neville.

– Oui, confirma Hagrid en leur faisant signe de le suivre. Venez avec moi, je vais vous montrer quelque chose.

Accompagné de Malefoy qui maugréait qu'il aurait préféré copier des lignes, Neville avança à pas rapides à la suite de Hagrid, jusqu'à se retrouver à la lisière de la forêt. À la lueur de la lampe du géant barbu, Neville distingua un sentier qui serpentait parmi de gros arbres sinistres. Il observa également qu'une grande tache claire brillait sur le chemin.

– Regardez, dit Hagrid, vous voyez cette chose argentée qui brille par terre ? C'est du sang de licorne.

Le garde-chasse leur expliqua qu'une licorne avait été blessée, et que leur travail pour cette retenue serait de la retrouver. Il ajouta d'ailleurs qu'il devrait peut-être même l'achever. Une intense tristesse submergea alors Neville. Il avait lu des histoires de licornes, quand il était plus petit, et savait qu'il s'agissait de créatures très belles et très pures. Probablement les derniers animaux à qui quiconque pourrait vouloir du mal. Il se souvenait en particulier d'un livre qu'il aimait beaucoup, avec une licorne nommée Alice, comme sa mère. Justement, c'était à elle que le livre avait appartenu, et elle avait dessiné l'animal sur la première page, tel qu'elle l'imaginait. Un magnifique dessin, qui avait durablement marqué le jeune homme.

– Et qu'est-ce qui se passe si le je-ne-sais-quoi qui a blessé la licorne nous trouve avant ?

Neville constata que la panique faisait trembler la voix de Malefoy. Hagrid montra son molosse.

– Tant que tu seras avec Crockdur, rien de ce qui vit dans cette forêt ne pourra te faire de mal, assura Hagrid. Vous deux, vous allez l'emmener dans une direction, et je partirai dans une autre, pour couvrir plus de terrain. Il y a du sang partout, alors elle va être difficile à trouver.

Hagrid s'assura que les enfants savaient envoyer des étincelles avec leurs baguettes et décida d'un signal avec eux : des étincelles vertes signifieraient que la licorne avait été trouvée, et des rouges seraient lancées en cas de danger, pour appeler au secours. Une fois que cela fut convenu, le groupe s'avança sur le sentier qui s'enfonçait dans la forêt, jusqu'à une bifurcation. Hagrid partit à gauche, tandis que Malefoy, Neville et Crockdur prenaient le chemin de droite.

Les deux jeunes sorciers avancèrent sur le sentier, tâchant de rester sur leurs gardes. Ils étaient à peine rassurés par la présence du gros chien noir à leurs côtés, et Malefoy était également en colère.

– Dans la forêt interdite... quand mon père apprendra ça, maugréait-il.

– Quand ma grand-mère apprendra ça... murmura Neville en écho. En fait, je préfère pas y songer.

Neville scrutait les fourrés autour. Ici et là, on pouvait distinguer des taches de sang sur les branchages.

– Quand on y pense, poursuivit Neville, on nous envoie dans la forêt interdite. C'est une drôle de façon de nous apprendre à respecter le règlement.

Malefoy poussa un bref ricanement.

– Tu es un idiot, Londubat. Tu crois vraiment que c'est une question de règlement ? Ils veulent juste affirmer leur autorité sur nous. Comme si un garde-chasse comme Hagrid pouvait avoir autorité sur un Malefoy...

– Pourtant, tu es là...

Pendant un bref instant, Malefoy lança un regard furieux à Neville, mais il se radoucit et fit un petit sourire.

– Oui... répondit-il d'un ton faussement dégagé. Mais c'est parce qu'en fait, cette histoire de licorne m'intrigue.

Neville jugea plus sage de ne pas répliquer. Les deux enfants continuèrent sur le chemin pendant de longues minutes, sans ajouter plus de paroles. L'atmosphère lugubre, à la lueur de la pointe de leurs baguettes, les faisait frissonner encore plus que la fraîcheur de la nuit. Neville réussissait tant bien que mal à contenir son angoisse en observant les plantes environnantes. Les cataloguer, les nommer et les décrire dans sa tête lui permettait de ne pas penser à autre chose.

Soudain, un bruit déchira le silence. On aurait dit une cavalcade. Quelque chose déboucha d'un sentier qui croisait le leur et s'engouffra dans une autre direction, sans s'arrêter à côté d'eux. Ils eurent à peine le temps de distinguer une créature qui était jusqu'au garrot semblable à un cheval au pelage roux, mais dont on aurait remplacé l'encolure et la tête par un corps humain aux muscles déliés et portant une courte barbe. Rapidement, le bruit finit par mourir tandis que l'être s'éloignait à vive allure.

– Un centaure... murmura Malefoy. Une créature presque humaine. Ces êtres inférieurs savent rester à leur place, ils ne s'attaqueraient sûrement pas à des sorciers.

– Tu... tu es sûr ?

– Eh ! C'est toi, le Gryffondor ? lança le Serpentard d'une voix condescendante. Laisse-moi rire...

– Ris si tu veux, Malefoy, mais pas trop fort.

Neville continua à avancer, ne s'éloignant jamais bien loin de Crockdur, alors que la forêt commençait à s'épaissir. À un moment, ils aboutirent à une petite clairière, où une tache de sang plus grosse que les autres était étalée. La licorne avait sans doute fait halte à cet endroit. Neville s'approcha pour examiner l'herbe maculée, quand soudain, on le saisit par derrière. Pris de panique, Neville empoigna sa baguette et lança loin en l'air des étincelles rouges. L'agresseur desserra son étreinte et Neville tomba à genoux, le cœur battant la chamade. Derrière lui, Malefoy éclata de rire, heureux de sa farce.

– Quel trouillard tu fais ! lança-t-il entre deux éclats. Le fier et courageux Londubat !

– Tu es complètement idiot ! cria Neville, à la fois furieux contre son camarade et contre lui-même. Comme si c'était le moment !

– Londubat, le Gryffondor qui a peur de son ombre !

Neville se redressa et jaugea son vis-à-vis pendant quelques secondes, pendant lesquelles ce dernier continuait à être secoué de gloussements. Et finalement, n'y tenant plus, il se précipita vers Malefoy. Il le percuta, l'enserra autour du torse et le renversa au sol, roulant avec lui sur l'herbe. Poussant des grognements étouffés, les deux enfants tentèrent de se donner des coups de poings furieux.

– Qu'est-ce qui se passe, ici ? gronda une voix.

Les deux enfants bagarreurs se retrouvèrent chacun soulevés du sol par une énorme main. Hagrid, le propriétaire de ces mains, fulminait. Les deux enfants se lancèrent dans des explications embrouillées tandis que le garde-chasse les reposait au sol. Finalement, il eut une idée assez précise de ce qui s'était produit.

– Vous êtes deux imbéciles ! Avec tout ce raffut, on ne risque pas de débusquer grand-chose. Tant pis, nous allons rester tous ensembles.

Il approcha sa tête hirsute tout près de Malefoy.

– Si tu me refais un coup pareil, Malefoy, tu deviendras célèbre pour avoir écopé d'une retenue pendant une retenue, compris ?

Le Serpentard hocha la tête en reculant pour s'éloigner de l'haleine du garde-chasse. Celui-ci se redressa et montra un sentier qui s'enfonçait dans le sous-bois.

– Bon, on va aller par là, annonça-t-il. Et faites attention, j'ai croisé une créature pas naturelle tout à l'heure, qui rampait dans le sous-bois.

Il commença à se mettre en route.

– Tout ça ne me dit rien qui vaille... murmurait-il.

Ils marchèrent ainsi pendant plus d'une demi-heure. Crockdur ouvrait la marche, suivi des deux jeunes élèves, et Hagrid les suivait en les tenant à l'œil. La forêt était de plus en plus épaisse à mesure qu'ils avançaient et le sentier devint presque impraticable. Neville remarqua que les taches de sang se faisaient plus abondantes, maculant les buissons, troncs et racines autour. Finalement, ils atteignirent les abords d'une nouvelle clairière, et Hagrid leur fit signe de s'arrêter. Il y avait quelque chose d'un blanc brillant sur le sol. Ils s'approchèrent prudemment. Neville vit alors que c'était bien la licorne étalée au milieu d'une mare de sang argenté, et elle était morte. Elle avait dû énormément souffrir. Neville étouffa un sanglot, le visage de sa mère s'imposant avec force dans son esprit en surimpression de la scène sous ses yeux.

Le groupe s'avançait vers elle lorsqu'un bruissement le figea sur place. Au bord de la clairière, un buisson frémit. Puis une silhouette encapuchonnée sortit de l'ombre et rampa sur le sol comme une bête traquant une proie. Pétrifié, Neville vit la silhouette s'arrêter devant le cadavre de la licorne, pencher la tête sur le flanc déchiré de l'animal et commencer à en boire le sang.

– AAAAAAAAAAAAAAAARGH !

De concert, Neville et Malefoy laissèrent échapper un terrible hurlement et prirent aussitôt la fuite, suivis de Crockdur. Derrière eux, Neville entendit la voix forte de Hagrid invectiver la créature. De manière évidente, le garde-chasse était beaucoup plus courageux qu'eux.

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– Espèce d'ignoble monstre ! hurla Hagrid, qui avait dégainé son arbalète.

La créature se retourna dans un bruissement de tissu sur l'herbe. Hagrid ne pouvait pas distinguer les traits de l'être sous la capuche, mais il eut soudain l'intime conviction que c'était une sorte d'être humain. Il encocha un carreau tout en avançant sans cesser de fixer son étrange adversaire.

– Qui êtes-vous ? demanda Hagrid d'une voix forte.

Il entendit une voix sortir de l'être, mais elle était trop basse pour qu'il distingue quoi que ce soit.

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Quand ils eurent mis suffisamment de distance entre eux et le monstre, les deux enfants s'arrêtèrent enfin. Neville se retourna, honteux d'avoir laissé Hagrid seul, et regarda au loin. Il ne distinguait pas grand-chose, mais soudain, un éclair illumina les ténèbres. Un éclair de lumière verte. Ils restèrent figés quelques instants.

– Il faut aller voir, murmura Neville d'une voix tremblante mais déterminée.

Il se mit en route en emmenant Crockdur, sans se préoccuper de savoir si le Serpentard le suivait, et atteignit à nouveau la clairière. Une silhouette massive était étalée à côté de celle de la licorne. Crockdur s'élança vers son maître, le renifla, puis poussa un long hurlement.

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Harry se réveilla en sursaut. Sa cicatrice le brûlait atrocement, et il avait l'impression d'émerger d'un rêve particulièrement atroce, même s'il ne parvenait pas à s'en souvenir. Il se retourna dans son lit, et regarda dans la direction de celui de Neville, qui était toujours inoccupé. La retenue traînait en longueur. Attendant son camarade, essayant de surmonter sa douleur, Harry ne parvint pas à retrouver le sommeil.

Le lendemain matin, Neville n'avait toujours pas reparu. Les discussions allèrent bon train dans le dortoir, Dean et Seamus échangeant diverses plaisanteries, mais Harry n'avait pas la tête à ça. Il avait un mauvais pressentiment. Ils descendirent tous finalement dans la grande salle pour le petit-déjeuner, et une fois qu'ils furent tous installés, le professeur Dumbledore réclama le silence. Il avait l'air infiniment vieux et fatigué, et autour de lui, nombre d'autres professeurs avaient également la mine défaite

– Chers élèves, il s'est produit de tristes événements cette nuit. Je tiens tout d'abord à rassurer nos amis de Gryffondor et Serpentard : messieurs Londubat et Malefoy vont bien, ils sont juste à l'infirmerie.

Harry déglutit en lançant un regard inquiet à Ron et Hermione. Visiblement, ça, c'était la bonne nouvelle.

– J'ai l'immense tristesse de vous annoncer le décès de notre garde-chasse et ami, Rubeus Hagrid.

Des exclamations de surprise retentirent de toute la salle, mais personne n'osa bouger ou parler, attendant la suite.

– Il a été agressé cette nuit par une créature de la forêt interdite en protégeant vos deux camarades. Il sera profondément regretté...

Harry écouta à peine les banalités qui suivirent, pendant lesquelles le directeur énonça tout le bien qu'il pensait de Hagrid. Jamais ça ne pourrait égaler ce que représentait cette perte pour lui, qui avait trouvé en Hagrid son premier ami dans le monde des sorciers. Son premier ami tout court, en fait. Mais en plus de ça, il se posait aussi une question : que s'était-il réellement passé ?

– Je vais aller lui demander des détails, murmura-t-il, presque pour lui-même.

– S'il avait voulu en donner, ce serait fait, répliqua Hermione, entre deux sanglots. Tu vas faire quoi, t'avancer devant lui et lui dire « Allez, vide ton sac » ?

– Je ne sais pas...

Finalement, dès que le directeur se leva de son siège, Harry trouva quand même le courage de se précipiter vers lui. Le vieillard le regarda patiemment de derrière ses lunettes en demi-lune.

– Qu'est devenu Crockdur ? demanda-t-il.

– C'est très bien de ta part de t'en soucier, Harry. Mais ne te fais pas de souci, il a été confié aux soins du professeur Gobe-Planche.

Harry lança un regard à la dérobée à la dame acariâtre, aux cheveux gris coupés courts, qui donnait les cours de soins aux créatures magiques. Elle était au bord de la retraite, mais avait une bonne réputation de compétence.

– Et... commença Harry

– Et tu peux aller voir Neville à l'infirmerie sans problème, Harry, coupa le directeur d'une voix grave. C'est bien cela que tu allais me demander, n'est-ce-pas ?

Harry hocha la tête sombrement, sans mot dire.

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Quand Harry, Ron et Hermione arrivèrent à l'infirmerie, Drago en sortait, accompagné de ses amis, et partit dans une autre direction. Il avait une mine affreuse mais semblait bien se porter. Ils entrèrent dans la pièce où Neville était allongé, mangeant lentement. Il avait les traits tirés par la fatigue, semblait avoir abondamment pleuré, mais il leur sourit faiblement, heureux qu'ils viennent le voir. Seamus et Dean étaient déjà là.

Quand il eut fini sa part de brioche, Neville put supporter d'être assailli de questions. Il raconta dans les grandes lignes son expédition de la nuit, et décrivit la créature et l'éclair de lumière verte.

– C'est un centaure qui nous a ramené, Malefoy et moi, et à l'infirmerie, tous les professeurs étaient là pour savoir ce qui s'était passé. Ils étaient tous effrayés. Dumbledore a dit « Vu les propriétés du sang de licorne, nous pouvons désormais affirmer qu'il hante la forêt. Il va nous falloir redoubler de vigilance. ». Je ne sais pas de qui il parlait. Les autres haussèrent les épaules, n'en comprenant pas beaucoup plus.

Dans la journée, comme à son habitude, Hermione fit des recherches et trouva dans un livre de la bibliothèque les propriétés du sang de licorne, qui permet à celui qui le boit de survivre au prix de son âme. Et qui pouvait bien faire peur aux professeurs, tout en ayant besoin de se maintenir ainsi en vie ? Harry comprit que Voldemort était dans la forêt, et qu'il utilisait Rogue pour atteindre la pierre philosophale.

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Conséquences à long terme : Sans Hagrid, Ron et Harry ne rencontreront pas Aragog dans le deuxième épisode. Si ça ne les empêchera pas de découvrir l'identité du basilic, ils ne sauront par contre pas que sa première victime était Mimi Geignarde. Le temps pour eux de trouver l'entrée de la chambre, Ginny sera sans doute morte et Tom Jedusor ressuscité.

Dans le troisième épisode, Harry aura les Cours de Soins aux créatures magiques avec le professeur Gobe-Planche, ne rencontrera pas Buck et ne pourra pas s'en servir pour faire fuir Sirius Black. On peut cependant supposer qu'il trouvera quand même une solution rien qu'avec le retourneur de temps.

Pas de conséquence notable dans les opus suivants, où Hagrid perd en importance.