Chapitre 2 : Nouvelle mission, vieux souvenirs

Schultz comptait les hommes présents à l'appel et, comme souvent, il en manquait un. Et comme à chaque fois, un peu inquiet, le sergent se tourna vers Hogan.

- Colonel, où est Newkirk? demanda-t-il les yeux larmoyants lorsque Klink réclama son rapport d'une voix sonore avant que Hogan ne puisse ouvrir la bouche pour lui répondre.

- Herr colonel..., commença Schultz en le saluant, tous les hommes sont là. Sauf un.

- Schuuuuuuuuuuuuuultz! réclama Klink, toujours aussi perspicace lorsqu'il s'agissait de ses soldats, qui est l'homme manquant?

- C'est moi, je suis là, colonel, répondit Newkirk en fermant la porte de la baraque qu'il venait de quitter.

Il s'étira en bailla longuement tout en prenant sa place dans les rangs sous les rires des autres prisonniers

Klink s'avança vers lui, le visage fermé et irrité par son attitude.

- Que me vaut cette petite comédie?

- Oh, et bien, s'amusa Newkirk, espiègle, un peu de mal à sortir du lit, des jambes lourdes et un thé absolument délicieux, ça vaut bien cinq minutes de retard, non?

- Sur votre lamentable petite île, peut-être, fulmina l'allemand, mais…

- Je vous interdis de parler de l'Empire britannique de cette manière, hurla Newkirk, devenu tout à coup très sérieux, à la figure du commandant.

Immédiatement, Hogan et Kinch réagirent, ceinturant l'Anglais, l'empêchant d'agresser physiquement Klink.

- Sinon quoi? provoqua celui-ci.

- Jamais votre Reich de pacotille ne mettra la moindre ombre de son plus petit orteil sur le territoire britannique, trancha fermement le jeune homme en détachant bien chaque syllabe, vous n'avez aucune chance de victoire face aux Anglais, conclut-il, fixant Klink dans le blanc des yeux.

Un léger mouvement d'épaule fit comprendre aux deux Américains qu'ils pouvaient le lâcher. Cependant, ils restèrent proches de lui, prêts à lui entraver le moindre assaut.

Puis, Newkirk se détourna du commandant allemand, rompit les rangs. Son regard croisa brièvement celui de son colonel et celui-ci y vit briller une flamme indomptable. L'Anglais poussa la porte de la baraque et y rentra, sans un mot de plus, oubliant les vociférations de Klink ; jamais personne n'avait osé parler en ces termes de l'Empire d'Angleterre.

oOo

Les cartes volaient entre ses mains, gracieuses et légères sous son impulsion, s'envolant de droite à gauche, de gauche à droite et s'arrêtant exactement à leur place. Leur ballet, aérien et léger, ne répondait pas du tout aux élans guerriers de leur propriétaire. Newkirk espérait sans doute que le doux son calme du carton glissant sur la table allait apaiser les violents coups de son cœur.

- ça va, gamin? lui demanda Kinch qui venait d'émerger du tunnel, tu n'as pas l'air dans ton assiette.

La carte que Newkirk tenait dans la main à l'instant fit un vol bizarre et alla s'écraser sur la table, révélant en ses plis violents la crispation soudaine du joueur.

- J'aurais pu tuer Klink ce matin, expliqua celui-ci d'un ton froid, j'aurais DU le faire…

Kinch s'assit en face de lui et lui posa une main rassurante sur son bras, l'obligeant à interrompre momentanément son jeu et le vol de ses cartes.

- Il y a d'autres moyens pour aider la glorieuse et fière île qu'est ton pays, remarqua-t-il posément.

- Oui, je crois que tu as raison, soupira Newkirk, je me suis laisser emporter, mais c'est tellement dur de rester stoïque quand les boches insultent ton pays…

Après une courte pause, il ajouta :

- On est en guerre, d'accord, mais ce n'est pas une raison suffisante pour justifier ça!

- C'est comme ça que veux-tu, lui dit une voix à son oreille en posant une main sur son épaule, ils n'ont aucun respect.

Floyd était monté à la suite de Kinch et se servit un café bien chaud. Il s'installa à la place que l'Américain venait de quitter et tendit une cigarette à Newkirk, qu'il prit de bon cœur, espérant que la nicotine parvienne à le calmer quelque peu.

- J'ai une mission pour toi, chuchota-t-il, Ordre de la Couronne.

Newkirk stoppa net le jeu qu'il avait repris et leva les yeux sur son sergent.

- Quels sont les ordres? demanda-t-il, captivé.

Le sergent lui fit signe de s'approcher. Bientôt, les deux Anglais avaient leur deux têtes presque collée l'une à l'autre.

- Tu connais le capitaine Patterson, pilote de chasse à la Navy? demanda l'espion.

- Oui, et plutôt bien, lui répondit le pilote, c'était mon instructeur.

- Et bien, cache ce détail pour tes années futures, murmura Floyd en s'approchant un peu plus de Newkirk, c'est un traître.

- Et il en connait un rayon pour ce qui est des défenses du pays, résuma le caporal qui avait pris pour habitude de réfléchir très vite, quel salaud, ajouta-t-il entre les dents.

Son cœur avait repris sa mélodie meurtrière et ne semblait ne jamais vouloir s'arrêter. La journée avait bien commencé : après Klink, voilà qu'un traître entache l'honneur de la Couronne d'Angleterre.

- Les ordres sont simples, reprit Floyd après un court silence, il faut l'abattre.

- Sait-on où il se cache? demanda le cockney, perspicace, je veux dire…

- Il est à Düsseldorf et se cache sous le nom de Franz Lorenz, expliqua Floyd en levant la main pour le couper, tu trouveras là, sa dernière adresse, murmura-t-il en lui tendant un morceau de papier.

- De quand date cette information? demanda alors Newkirk en s'éloignant de son compatriote qui en fit de même en lui répondant :

- Hier soir, couché du soleil.

- On se fait des messe-basses, les Anglais? lança LeBeau en sortant du bureau de Hogan.

S'il ne savait toujours pas quoi penser de ce nouveau venu au stalag, il sentit, au sourire que lui offrit Newkirk, que rien ne pourrait jamais détruire l'amitié fusionnelle qui liait le Français à son homologue Anglais et qu'il n'avait rien à craindre de l'espion.

Floyd lança un petit regard discret à Newkirk qui lui répondit par un imperceptible hochement de tête. Satisfait, le sergent reprit sa première activité.

LeBeau fit comprendre à Newkirk que le colonel le réclamait. Le jeune homme posa alors les cartes, qu'il avait une fois de plus recommencé à faire voler, sur la table, laissant le jeu en plan et suivit le chef Français.

oOo

- Nouvelle mission, messieurs, annonça Hogan en étalant une carte des environs sur son bureau, Londres veux que l'on détruise les deux aérodromes de la Luftwaffe qui sont à Hemilburg et Düsseldorf.

- Hein? réagit LeBeau, mais ils sont fous ces Anglais.

- Fais bien gaffe à ce que tu dis, précisa Newkirk, je n'ai vraiment pas envie de t'en coller une.

- Mais dis donc, on est susceptible, aujourd'hui? titilla Lebeau, espérant que son ami entre dans son jeu.

- Avec un Parisien qui me casse les pieds, ironisa Newkirk plus violemment qu'il ne l'aurait voulu, ça n'arrange rien à mon humeur!

- ça suffit, vous deux, coupa Kinch alors que le Français ouvrit la bouche pour en rajouter une couche, on a autre chose à faire que de se battre.

Le calme revenu, avec minutie et en donnant le plus de détails possibles, Hogan fit de son mieux pour clarifier la mission de Londres et exposer son plan. Il lui fallut bien 10 minutes pour le faire.

- ça n'a rien d'une ballade de santé, remarqua Carter après le speech de Hogan, il va falloir se démener, cette fois.

- Il y a juste un ennui, colonel, intervint Newkirk comme souvent, la Gestapo doit venir dans les prochains jours à cause d'un général retrouvé mort près de Hemilburg.

Etonné que cette information sorte de la bouche de son caporal, Hogan posa les yeux sur lui, comme pour demander des informations.

- Qu'est-ce que tu viens de dire?

Newkirk se mordit la lèvre, conscient que sa remarque allait soulever un sujet qu'il ne voulait pas aborder.

- Je disais ça comme ça, hésita-t-il, je ne voudrais pas remettre tout le plan en question.

- ça ne changerait pas beaucoup de d'habitude, fit remarquer le colonel, mais d'où tiens-tu cette information?

Newkirk ne répondit pas tout de suite, cherchant une parade pour se protéger. Il devait avouer qu'il utilisait souvent le tunnel sans autorisation et il préférait garder ça pour lui, du moins, pour le moment.

- Floyd me l'a dit, mentit Newkirk, l'information… l'information lui arrive d'un contact sur Düsseldorf, précisa-t-il, en cherchant une explication crédible pour son mensonge.

Hogan ne croyait pas du tout à cette explication, mais considéra l'information comme véridique. Il tirerait cette affaire au clair le moment venu, l'Anglais ne perdant rien pour attendre. Ni Newkirk, ni Kinch, ne purent le renseigner sur la date exacte de la venue des hommes en noirs. Décidé à en savoir un peu plus avant d'arrêter son plan, Hogan plia la carte et sortit de son bureau à la suite de ses hommes, en pleine réflexion. Phase une, Klink, se dit-il avant de vider une tasse de café et de quitter la baraque.