Merci à Nevevar et Cosmos Asma pour avoir mis la fic en Alert et Favoris. Et merci à Cosmos Asma pour sa review.

Bonne lecture !

Disclaimer : L'univers de FF7 ne m'appartient pas, tout est à Square Enix. Mais Amy et les terriens cités dans l'histoire sont issus de mon imagination.


Le poussin mutant

Les ténèbres… Je m'y sentais bien.

Plus de bruit, plus de peur ni de douleur. Que le silence, la sensation de flotter, de ne plus rien ressentir…

Pourtant, parfois, il m'arrivait d'avoir mal. Cela commençait toujours par la tête. Comme si j'avais heurté un mur. Et toujours, quand la douleur revenait, il y avait des voix. Certaines m'étaient familières, d'autres non.

« On a une blessée ! Elle respire à peine ! »

« Montez-la dans l'ambulance, vite ! »

« Mademoiselle, vous m'entendez ? Pouvez-vous me dire comment vous vous appelez ? »

Je n'avais rien vu, sauf quand quelqu'un m'avait ouvert de force un œil et passé une petite lumière dessus, pour tester la réaction de mes pupilles. Puis j'avais vaguement senti qu'on me déplaçait. D'autres lumières avaient dansé dans l'obscurité, essayant de percer le voile de mes paupières, mais je ne pouvais pas les soulever, même si j'en avais envie. J'avais trop mal. Puis j'avais senti une piqûre au bras, et à nouveau les ténèbres.

Plus tard, la lumière était vaguement revenue. J'avais cru voir ma mère à mon chevet, en pleurs. Et même mon père. Sur le coup, j'avais fait l'effort d'ouvrir entièrement les yeux pour mieux regarder, afin de m'assurer que je ne rêvais pas. Mon père, à mon chevet ?! C'était une première.

Hélas, la surprise m'avait épuisée, du coup j'avais à nouveau perdu connaissance.

Plus tard, j'avais à nouveau entendu des voix.

« Je refuse ! On ne peut pas faire une telle chose. »

On aurait dit ma mère… De quoi parlait-elle ?

« C'est le seul moyen de la sauver ! L'oxygène se raréfie sur Terre, les médecins sont formels : ses poumons sont affaiblis par le manque d'air. Il y a de plus en plus de crises d'asphyxie partout dans le monde. Alors que sur Gaïa… »

« NON ! Tu délires. Comment le fait d'aller sur une autre planète pourrait la sauver ? »

« Parce que là-bas, l'environnement est plus sain et que nous aurons tout ce qu'il nous faut pour la soigner. Chérie, écoute : si on lui donne le statut de passagère expérimentale, elle recevra un billet gratuit pour aller là-bas. Ils testent des transports de personnes dans différentes conditions : malades, jeunes, vieilles, enceintes, blessées… D'après les résultats rapportés via les messages-satellites, les mystérieuses forces énergétiques de cet autre monde ont des résultats fulgurants sur l'organisme des terriens ! Notre fille guérira dès qu'elle sera en contact avec le sol de cette planète. »

« Des mystérieuses forces énergétiques ? De quoi s'agit-il ? De radiations ? »

« Plus ou moins… Ils appellent ça de la Mako. »

Je ne comprenais rien à ce charabia. J'avais si mal, je voulais juste retomber dans l'inconscience, ne plus rien entendre, oublier…

« Je ne peux pas la laisser y aller toute seule… Déjà que les parents de Lizzie ont perdu leur fille, alors laisser la nôtre partir seule dans un monde inconnu reviendrait à la tuer aussi ! »

« Elle ne sera pas seule. Mon caisson expérimental a été racheté par les membres du Projet Arche. Ils vont m'emmener pour tester mon prototype et le perfectionner. Je serai là pour veiller sur notre fille. »

Je sentis une main se poser sur mon front.

« Si ça peut la sauver… Alors, d'accord. »

Après cela, ce fut de nouveau les ténèbres absolues. Par moment, il me semblait faire un peu froid, ou bien trop chaud.

Mais sinon, je ne sentais rien et ça me convenait très bien.

Pourtant, cela finit par changer. Il faisait toujours aussi noir, mais je sentais quelque chose. Comme une présence. Elle semblait se trouver partout autour de moi, comme si j'étais en elle.

Finalement, les choses changèrent : il faisait toujours noir, mais je voyais des choses étranges. On aurait dit une rivière, qui s'écoulait. Pourtant, elle était d'une couleur étrange : vert émeraude. Elle scintillait, comme chargée de lucioles de la même couleur.

Curieuse, je me penchai et plongeai les mains dedans. Ce n'était pas liquide, mais pas gazeux non plus. Un peu entre les deux. C'était… agréable.

Il me sembla apercevoir quelqu'un, à quelques mètres au loin. On aurait dit une femme blonde, portant une espèce d'armure… Mais je ne pus en voir davantage, car soudain, je me sentis partir en arrière, puis tomber dans le vide.

Avant même d'ouvrir les yeux, je remarquai tout de suite la différence. L'air… ça sentait bon la forêt !

Je vis le plafond, au-dessus de moi. Il était en bois, et fissuré, laissant passer les rayons du soleil. Étrange… Qu'était-il arrivé au plafond de ma chambre ?

Je me redressai et me cognai violemment la tête. Je gémis. J'étais en bas d'un lit superposé !

« Attention la tête ! » me dit quelqu'un, à côté de moi.

Je me tournai vers la source de cette voix et vis qu'il s'agissait de mon père, assis sur un tabouret. C'était lui, je le reconnaissais à sa tignasse rousse et sa façon de s'asseoir : toujours en avant, les coudes sur les genoux, les doigts des mains appuyés les uns contre les autres.

Mais il avait bien changé. Je l'avais toujours vu en jean, t-shirt et blouse blanche. Alors que là, il portait un pull chaud, un pantalon et des chaussures de randonnée. Il avait rasé sa barbe et ne portait plus ses lunettes.

« Papa… ? Où suis-je… ? »

Cette question le fit tiquer.

« Tu te souviens de quoi, exactement ? »

« Euh… j'étais en voiture avec Lizzie, on se rendait au lycée, et puis… »

L'image du camion me revint soudain, fulgurante. J'eus un hoquet de peur.

Aussitôt, mon père posa une main sur mon épaule.

« Doucement, Amicia ! Tu viens à peine de te réveiller, après deux… Enfin, vas-y très doucement, quoi. »

Amicia… la version entière de mon prénom, que je détestais. Seuls les profs et les inconnus m'appelaient ainsi, mais mon père l'ignorait, puisqu'il ne me voyait presque jamais.

Je baissai les yeux et réalisai qu'au lieu de ma robe bleue et de mes leggings grises, je portais aussi un pull et un pantalon de randonnée. Pourtant je ne me rappelais pas m'être changée !

Ma vue s'étant éclaircie, je réalisai que j'étais dans une espèce de grande cabane en bois, remplie de lits superposés et de couchettes étalées par terre. Il y avait des objets éparpillés tout autour : des vêtements, des coussins, des peluches, quelques tasses et assiettes… On aurait dit que des dizaines de personnes avaient campé ici, pendant la nuit.

Des bruits me parvinrent au-dehors : des éclats de rire, des discussions, des pas…

« Mais où on est ? Et où est maman ? Et Lizzie ? »

Normalement, si j'avais eu un accident, je devrais être à l'hôpital, pas ici !

« Chérie, écoute… Tu as été dans le coma pendant deux ans. »

Pardon ? Deux ans ? Il délire, là ! Et quand bien même ce serait vrai, je devrais me réveiller à l'hôpital, pas ici ! D'ailleurs, où était cet ici, au juste ?

Je regardai mes poignets et vis, sur celui de gauche, des marques de vaccin. Oh ho… Je n'aimais pas ça.

« Qu'est-ce qui se passe, à la fin ? Où est Lizzie ? Elle va bien ? »

L'air mal à l'aise, mon père détourna le regard. Oh non…

« Je suis désolé, Amicia. Les médecins n'ont pas pu sauver Lizzie. Le camion… il l'a percutée de plein fouet, son corps était… broyé. »

« Tais-toi ! C'est trop horrible ! » dis-je, horrifiée.

Et surtout, ce n'était pas possible. Je devais faire un cauchemar !

« Toi, tu étais sur le siège passager, à côté. Le véhicule t'a juste frôlée, mais tu étais tout de même salement amochée. Tu avais un traumatisme crânien. Alors, je… je me suis débrouillée pour t'amener ici, le seul endroit où ton corps pourrait guérir. »

« Où ? Où ici ? » demandai-je, paniquée.

J'avais besoin de respirer, j'étouffais ! Je ne lui laissai pas le temps de me répondre, je sortis du lit.

Sitôt debout, je vacillai. Mes jambes me faisaient mal, comme si je ne m'en étais pas servie depuis longtemps.

Je les regardai et réalisai qu'elles étaient méchamment maigres. D'accord, je n'étais pas grosse, mais là… c'était les jambes d'une personne qui n'avait pas marché depuis des lustres ! Et mon ventre aussi, mes bras… j'étais tout amaigrie !

Je réalisai que le pilier auquel je me tenais n'était pas en bois, mais métallique. C'était la perche d'un sac de perfusion auquel on m'avait branchée ! Mon père m'avait ôté la seringue peu avant que je me réveille.

Cette fois, c'en était trop ! Il fallait que je sorte ou j'allais devenir folle.

« Amicia, attends… »

« Non, laisse-moi ! J'ai besoin d'air. »

« D'accord, mais dans ce cas, laisse-moi t'aider. »

Il me tint par les épaules jusqu'à la porte.

Sitôt dehors, je clignai des yeux, éblouie par la lumière du soleil.

Ce que je vis me fit encore plus bizarre. Dehors, c'était plein de monde qui s'activait en tous sens. Ces gens portaient tous le même genre de tenues de randonnée que moi.

Certains, surtout les femmes et les enfants, portaient des manteaux ou des doudounes.

Tout le monde s'affairait à différentes tâches : transporter du bois, des caisses de vivres, des couvertures…

Il y avait des hommes qui transportaient des caisses, d'autres qui ramenaient du gibier…

Des enfants jouaient près d'une balançoire, tandis que d'autres grimpaient pour glisser le long d'un toboggan.

Des femmes s'affairaient à la lessive dans l'eau mousseuse d'une piscine transformée en bassine géante.

« Ah, elle est enfin réveillée ! Bonjour, miss », dit un homme venant à notre rencontre.

Grand, la quarantaine, il me salua en tirant sur le devant de sa casquette, sans l'enlever.

« Roth… Elle ignore encore où on est », dit son père.

« Ah… D'accord. Bon, ben… Tu as faim, gamine ? »

Aussitôt, mon ventre émit un gargouillis.

« Je prends ça pour un oui ! Ça tombe bien, on a de la soupe de légumes bien chaude, elle vient juste d'être préparée. Venez. »

Trop sonnée pour parler, je les suivis docilement à travers le… camp. C'était bien ce que c'était, non ? Il y avait des tentes et d'autres maisons en bois, tout autour de nous.

Je ne comprenais rien à ce qui se passait ni ce que c'était que cet endroit. J'avais l'impression d'évoluer dans un semi-rêve.

Lizzie était morte… Oh non ! Cela me choquait, j'étais horrifiée mais… mais bizarrement, je n'arrivais pas à pleurer. Peut-être parce que je n'avais pas vu son corps ? Ou bien parce que je continuais de croire que tout ça était trop irréel, trop… bizarre ! Tout ça n'avait pas de sens. Pourquoi j'étais là, et pas à l'hôpital ? En même temps, deux ans… ça voudrait dire que j'aurais dix-huit ans maintenant, et non seize ? Deux années de ma vie passées dans le coma ?! Rien que l'idée me donnait l'impression d'avoir reçu des coups de marteau sur la tête. J'avais l'impression qu'il y avait autre chose encore, de plus dingue que tout ça.

Nous rejoignîmes un groupe de personnes qui faisaient la queue devant un feu où était suspendue une marmite. L'odeur de soupe qui s'en dégageait était appétissante. J'avais si faim !

Quand je reçus mon bol, j'allai m'asseoir avec d'autres sur des rochers réunis autour d'une table bancale, faite avec une planche et deux seaux retournés.

Le contenu de mon bol était curieux. Il y avait des carottes, des oignons, mais aussi de drôles de légumes que je ne reconnaissais pas. On aurait dit un mélange de courgette et de navet…

« Ce sont des légumes gysahl. Les chocobos en raffolent, mais c'est bon aussi pour les humains », me dit un garçon sur ma droite.

« Benny, arrête de frimer, mange ! » dit une fille sur la gauche. « Excuse mon frère, il adore frimer et étaler sa science, surtout avec les nouveaux. »

J'acquiesçai sans répondre. Je ne comprenais pas cette histoire de gysahl ni de choco… bo ? Il y avait du chocolat dans cette soupe, ou quoi ?

« Alors, c'est toi la nouvelle ? Enfin, remarque, t'es plus si nouvelle que ça. Il y a deux mois qu'on t'a vu arriver avec ton père, mais tu es enfin réveillée ! » dit Benny, souriant.

« Euh… si tu le dis », répondis-je, un peu perdue.

Voilà autre chose d'intéressant. Je n'étais dans ce camp que depuis deux mois ? Et je ne me réveillais que maintenant ? Mais pourquoi ? Où avais-je été, entretemps ? Et où était situé le camp, au juste ? Est-ce qu'on était toujours dans le Maine ?

« Nous, ça fait un an qu'on est là, et on commence juste à s'adapter à notre nouvelle vie sur cette planète », dit la fille.

« Oh, n'exagère pas, Sarah ! On s'est adapté dès notre arrivée. Tu réalises ? Tout ce qu'on peut faire… Plus besoin de lunettes, et ton asthme a disparu ! »

« Ouais… »

Sarah sortit un inhalateur de sa poche.

« Il est vide, mais je le garde toujours, pour ne pas oublier qui j'étais avant d'arriver dans ce monde », me dit-elle avec un sourire un peu triste.

« Mais ce n'est pas ça le plus cool. C'est surtout les pouvoirs », dit son frère.

« Ouais ! Oh, ta soupe a refroidi, frérot ! Attends, je vais te la réchauffer… »

Elle se mit à plisser les yeux de façon exagérée. Je crus que les miens me faisaient à nouveau défaut, car il me semblait voir une drôle de rougeur autour de ses yeux, puis ses pupilles briller, quand un toussotement de la part de Roth fit disparaître l'illusion.

« Ce n'est pas le moment, les enfants. Laissez-la manger ! Elle a encore besoin de temps avant de se faire à cette nouvelle vie », dit-il sur un ton autoritaire.

« Okay, p'pa ! » répondirent le frère et la sœur.

Après ça, il ne se passa rien d'autre de bizarre ou d'anormal.

Lorsque j'eus fini de déjeuner, je suivis mon père vers les bois. Il disait qu'il voulait me montrer quelque chose.

Je le suivis vers la bordure du camp. Des hommes équipés de fusils gardaient la limite, mais ils nous saluèrent en nous voyant passer. Apparemment, mon père était connu ici. Ou du moins, considéré comme un habitant.

Nous arrivâmes devant la limite de la clairière, marquée par les arbres.

« Qu'est-ce qu'on fait là ? » demandai-je.

« Chut ! Attends, tu vas comprendre. Il arrive… » dit-il en levant la main.

Je voulus lui demander quoi, quand la réponse vint d'elle-même.

Il y eut du bruit, comme quelque chose piétinant les hautes herbes. Des branches s'écartèrent entre les arbres, puis une grosse masse jaune s'approcha.

Je n'avais encore jamais vu ce genre de créature. On aurait dit un croisement entre une autruche et un poussin.

Surprise, je restai sans bouger.

« Qu'est-ce que c'est ? » finis-je par demander, dans un souffle.

« Un chocobo. Ils sont nombreux à vivre à l'état sauvage, dans les bois. »

« Kwêêêêêêê ! » fit la créature.

Ce cri me fit tressaillir, bien qu'il ne fût pas disgracieux. Alors, c'était ça, un chocobo !

« Mais d'où est-ce qu'il vient ? Je n'ai encore jamais vu ce genre de créature en ce monde ! »

Les phénomènes naturels avaient-ils changé l'environnement et la faune, pendant ma période de coma ? Cet oiseau était-il le fruit d'une mutation ?

« Parce que nous ne sommes plus sur Terre », dit mon père sur un ton solennel.

Voilà la partie de la discussion que je redoutais le plus !

« Tu te fiches de moi », lui dis-je en baissant les yeux.

« J'aimerais bien, mais non. »

Un souvenir me revint : la discussion entre mon père et ce Rutledge, dans la cave. Et les voix que j'avais entendues quand j'étais inconsciente…

« Tu… tu m'as fait voyager d'une planète à une autre alors que j'étais dans le coma ? »

« C'était le seul moyen de te sauver. »

« Me sauver ? Me sauver ?! »

Je fus prise d'un rire dément.

« Lizzie est morte, maman est à des années-lumière d'ici, et toi tu dis que tu m'as sauvée ! Ce n'est pas possible… »

« Non, je te jure que c'est vrai. Écoute… Pendant toutes ces années où je travaillais à la cave ou dans mon labo à l'université, je bossais sur un projet que j'espérais vendre à une société pour nous sortir de… de tout ça. »

« Tout ça quoi ? »

« Tu sais comme moi que la situation s'est dégradée sur Terre, n'est-ce pas ? Tu l'as toi-même ressenti, tu avais des problèmes respiratoires, on l'a constatée à l'hôpital… »

Je me souvins de la toux qui m'avait prise, le matin, avant de descendre à la cave, comme si je me noyais.

« La consistance chimique de l'air a changé. Il s'est chargé en hydrogène et appauvri en oxygène, ce qui fait que beaucoup de gens souffraient d'une forme de maladie donnant l'impression que leurs poumons se chargeaient d'eau, mais de l'eau à l'état gazeux. Du coup, j'ai voulu travailler sur une machine pouvant faire évoluer le corps humain, pour qu'on s'adapte aux changements environnementaux. Un confrère m'a parlé d'un projet, le Projet Arche, visant la découverte d'autres planètes viables pour nous. J'ai alors jugé que mon caisson pourrait les intéresser, qu'ils accepteraient de m'emmener là-bas pour le tester, et que vous me suivriez, mais… ils refusaient de vous prendre. Soit j'y allais seul, soit j'acceptais de vous inscrire comme… comme visiteurs expérimentaux. »

Ces mots m'interpellèrent.

« Tu veux dire des cobayes, c'est ça ? »

« Oui… ils ont remarqué des changements physiologiques particuliers avec les gens qui vivent dans ce monde. Tout le monde évolue et développe d'étranges capacités. »

« Quel genre de capacités ? »

« Tu verras plus tard, au camp… pour l'instant, j'aimerais finir mon explication. Bref, je ne savais pas comment faire pour vous emmener, mais quand tu as eu ton accident, j'étais impuissant. Ton état était grave, alors… un sponsor du Projet m'a suggéré que je pouvais t'emmener pour tester la théorie de l'évolution sur cette planète. Ça a pris du temps, il a fallu attendre un an et demi avant qu'enfin, ils daignent nous emmener, tous les deux. Mais à peine arrivée ici, tu as commencé à aller mieux ! C'était fantastique, si tu avais vu à quelle vitesse ton cerveau se régénérait. Et tes poumons ! La pureté de l'air a fait des merveilles, et la Mako… »

Il se lança dans une liste de phénomènes scientifiques que je ne suivis pas, tant j'étais encore sous le choc. J'essayai d'assimiler cette histoire.

Ainsi, il m'avait amenée ici pour me sauver.

« … mais tu ne t'es vraiment réveillée qu'aujourd'hui », conclut-il.

« Et maman ? Elle n'est pas venue ? »

Le sourire de mon père disparut, laissant la place au regret et à la tristesse.

« Non. Elle a dû rester. Elle ne voulait pas subir d'expériences, et puis je crois que… que ça lui faisait trop peur de quitter la Terre. Mais elle était d'accord pour qu'on essaie de te sauver. Tout plutôt que de te perdre ! »

Fatiguée, je me laissai tomber sur un tronc d'arbre mort. Ça faisait trop en seulement quelques heures.

Le chocobo n'avait pas bougé, il picorait dans l'herbe, à la recherche de je ne sais quelle nourriture.

« Alors… qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? »

« Maintenant… on essaie de survivre », dit mon père.

Je le regardai sans comprendre. Survivre…

« Quoi, c'est ça, la vie sur Gaïa ? On campe ? Si tu me dis que des gens riches sponsorisent le Projet Arche, il ne devrait pas y avoir plus ? Genre, des constructions modernes, des fusées, des labos… ? »

« Si, si, il y a ça, mais… pas ici. Ce camp, c'est juste temporaire. Un endroit réservé aux civils, où on apprend à s'adapter à notre nouvel environnement, avant de rejoindre Hiddenville. »

« Hiddenville ? C'est le nom d'une ville terrienne ? »

« Plus tard, les questions, Amicia », soupira mon père.

Il regarda l'horizon. Le ciel était rouge, presque violet.

« Le soleil va se coucher, il faut qu'on rentre. Il y a pas mal de créatures hostiles sur cette planète, pas juste des gentils poussins géants. »

« Kwêêêêêêêê ! »

« Désolé, mon vieux ! Je voulais dire chocobo. »

Je me levai pour le suivre, mais m'arrêtai pour regarder une dernière fois l'oiseau.

Ainsi, c'était vrai. J'étais sur une autre planète. Et j'allais devoir entamer une nouvelle vie.

Plus de lycée, plus de projets pour l'université, plus de famille… Enfin, du moins pas la même qu'avant. Ici, j'avais mon père. Et ma pauvre mère, restée sur Terre…

Je regardai le ciel. Une lune était visible, mais plus grosse que celle de chez moi.

Oui, pas de doute, je n'étais plus chez moi et cela me brisait le cœur.