Chapitre 1: Hantise blanche
Je marchais tranquillement dans ces sombres couloirs où les rares passants s'écartaient de mon chemin en me lançant des regards de peur et de colère. J'en ai rien à faire de vos pensées.
Laissez-moi passer, c'est tout ce qui m'importe.
La lumière commença à paraître plus vive, plus forte jusqu'à envahir entièrement ces couloirs vides et froids avant de déboucher sur une grande salle lumineuse. Cette lumière agressa mes yeux.
Elle m'est inutile.
D'un pas ferme, je me dirigeai vers Jerry, sûrement la seule personne de cet endroit qui m'offre de quoi vivre.
«Oh ! Tu es là ! Que veux-tu manger mon lapin ?
—Alcool.»
Il secoua la tête comme embarrassé ou exaspéré avant d'aller chercher mon dû qu'il me remit avec un petit sourire triste.
«Autre chose ?
—Non.»
Je pris mon bien et repartis dans les couloirs sombres, trop gêné par la lumière et le monde de cette salle. Je sentis le regard triste de Jerry dans mon dos mais je n'en eus cure. J'allais finir par crever de toute façon, je n'attendais que ça depuis tout ce temps que j'attendais. Je pris le chemin de la salle d'Hevlaska. Je la connaissais depuis longtemps, depuis sa renaissance, et elle était la seule avec qui je discutais, si on pouvait appeler ça discuter.
Pourquoi a-t-il fallu que je reste ?
J'aurais pu partir mais je serais resté si seul... Mais de toute façon je reste seul, qu'importe le nombre de personnes qui m'entourent, qu'importe le nombre de démons que je tue, je reste si seul, comme l'ont été toutes ces années. Je crève à petit feu...
Non, je suis déjà mort avec toi.
D'un geste rageur, je pris une longue gorgée de cet alcool qui me brûla la gorge, avant de continuer ma route. Quoi que je fasse, je n'oublierai jamais mes fautes.
Je ne peux pas me racheter et je ne veux pas me racheter.
Je veux simplement le rejoindre, lui ou celui qui était là avant lui. Hevlaska semblait occupée avec Komui, celui qui était censé me diriger. Foutaises. À ses côtés se tenait un jeune garçon aux cheveux blancs.
Cette couleur... Elle est si semblable à la tienne, mon ancien aimé.
Du haut de leur ascenseur volant, ils me virent et Komui parut un instant plus grave, plus sérieux avant de reprendre comme si de rien n'était sa conversation avec Hevlaska. Le visage de ce garçon est semblable au tien.
Même couleur, mêmes yeux, même cicatrice, même naïveté...
Le garçon curieux continuait néanmoins de me regarder. D'un geste négligent, je repris une longue gorgée d'alcool avant de soupirer. Pourquoi me poursuis-tu ?
Ne m'as-tu pas déjà fait suffisamment souffrir...
Je disparus dans l'ombre de la salle, reprenant un couloir sombre sans réelle distinction. Je ne souhaite qu'échapper à ce visage si ressemblant. Mon cœur me fait mal, il brûle. Tu m'as quitté il y a si longtemps déjà...
De tous ceux que j'avais aimés, tu es celui que je regrette le plus.
Mais après tout ce temps j'étais parvenu à calmer la brûlure de ta mort. Jusqu'à ce que tu me rappelles cette souffrance en détruisant de nouveau le semblant de vie que j'avais créé. Ma bouteille étant maintenant vide, je l'abandonnai dans le couloir avant de continuer ma route, je souhaitais juste être seul. Si étrange...
Est-ce ça la douleur ? Je ne sais même plus...
La porte de ma chambre vide se referma, me laissant seul dans les ténèbres obscures et silencieuses. Je suis tellement seul depuis tellement longtemps que cela me semble naturel. Mais les humains ont toujours eu besoin de se rassembler, de parler à quelqu'un, d'avoir des "amis". Cela m'est tellement étrange comme concept. Hypocrites... Donnez leur votre confiance et ils vous planteront un couteau dans le dos. Malgré cette pensée, je me suis toujours dit que cela devait être agréable de pouvoir de nouveau toucher la peau de quelqu'un, d'entendre une voix n'abritant aucune peur ou haine. Amitié, fraternité, amour...
Cela me semble tellement dérisoire que cela n'existe pas.
Couché sur le vieux matelas qui me servait de lit, je contemplai d'un œil fatigué et lassé ce qui devait être le plafond, caché dans les ombres ténébreuses. Je souhaiterais tellement vous revoir.
Je voudrais... Cesser de garder ce temps immobile...
