Bonjour, Bonsoir,
Je poste en même temps que le prologue, la première partie de cette fiction. Le prologue est définitivement trop court que pour être publié seul.
Mêmes remarques que précédemment :
- Âmes sensibles, c'est à vos risques et périls
- N'oubliez pas d'écouter Clever Sleaoid
- SweetHeart, encore merci!
- Je réponds à tout le monde ;)
Bonne lecture!
Terps', xx
Welcome to the Garden of Destruction
Acte Premier
[It overflows with Despair and Pain]
Qui était-il? Il n'en avait aucune idée.
Qu'était-il ? Il ne le savait pas plus. Mais il serait bientôt fixé. On était venu lui annoncer le matin même. Si tant est qu'il ait su ce qu'était le matin, là où il se trouvait.
Isolé de tout, sa connaissance du monde ne se résumait qu'à peu de choses.
Une pièce sombre, malsaine. Ressemblant plus à un cachot qu'à autre chose. Le jour y tombait à peine, pénétrant à regret à travers d'épais barreaux chargés de rouille, placés bien trop haut que pour espérer apercevoir ne serait-ce qu'un bout de l'extérieur.
Quatre murs de pierres suintants, sur lesquels s'étendait une mousse verdâtre d'origine inconnue, accompagnée ici et là de quelques champignons à l'apparence douteuse.
Une sorte de matelas, assez fin que pour sentir la froideur humide ressortant des pierres brutes du sol sur lequel il avait été négligemment jeté. Oreiller ? Couverture ? Deux mots qui ne faisaient pas partie de son vocabulaire.
Deux seaux, un pour les besoins naturels, un pour la toilette quotidienne. Changés tous les trois jours par ceux qui se trouvaient « de l'autre côté ». Ceux qu'il fallait appeler « esclaves », si l'on ne voulait aucun ennui avec ceux qui se faisaient nommer « gardes ».
D'après ce qu'il avait pu apprendre, les esclaves étaient des hommes plus ou moins âgés qui s'occupaient de toutes les corvées de la demeure. Demeure dont il ne connaissait bien évidemment pas l'existence, en dehors de son nom, n'ayant jamais mis ne serait-ce qu'un orteil en dehors de sa cellule.
Mais revenons à son statut.
Cette journée allait être décisive pour le restant de ses jours. Il allait être marqué.
Bien sûr, il ne savait pas dans quelles circonstances, ni avec quoi, ni même comment. Et cela valait peut-être mieux ainsi, finalement. Tout ce qu'il savait, était qu'il aurait droit à une lettre si on le destinait à devenir esclave. Et à un nombre si on le jugeait apte à devenir « concubin ». Encore un mot qui lui était inconnu.
Pourquoi ce jour-ci, en particulier ? Parce qu'il était considéré comme étant celui de son douzième anniversaire. Notion inconnue pour lui, tout comme celle de l'année, des mois, des jours, du temps qui passe,... Tout cela ne représentait rien pour lui.
Il se contentait de dormir lorsqu'il était fatigué, de manger lorsqu'il avait faim et qu'on daignait le nourrir, de boire lorsqu'il avait soif et qu'on daignait l'hydrater. De vivre, en quelque sorte. Si l'on peut appeler cela « vivre », nous qui connaissons la valeur de la vie humaine.
Avait-il connu autre chose avant d'atterrir ici ? Il semblerait, aux dires des gardes. Mais il n'avait aucun souvenir de sa vie passée...
[Une dizaine d'années plus tôt]
Une ruelle sombre. Deux corps emmêlés. Quelques cris étouffés. Un échange de liquides. Dans tous les sens du terme.
De nouveaux cris. Non retenus cette fois. Des cris de nouveau-né.
- Hé ! Il y a ton môme qui braille !
- Ouais, ça va, j'arrive, c'est bon !
- Est-ce qu'un jour, tu pourras arrêter de t'envoyer en l'air avec n'importe qui sous les yeux de ton gosse ?
- Non. Tu sais que c'est impossible, je sais rien faire d'autre, et j'ai besoin de fric !
- Mais t'es logée, nourrie et blanchie ici ! Pourquoi t'as besoin de blé ?
- Tu pourrais pas comprendre...
Et de fait, la jeune femme ne pouvait pas comprendre. Elle ne savait pas ce que ça faisait, d'être en manque. De ne pas pouvoir se passer de cette saloperie que son amie avait eu le malheur de gouter, un jour, juste pour voir. D'être capable de vendre son corps, uniquement pour se payer sa dose, hors de prix. Pour ne plus avoir à sentir ce manque, qui lui faisait littéralement perdre la tête.
L'hypertension. Les difficultés respiratoires. Les vomissements. L'angoisse. Les tremblements. Les convulsions. Les insomnies. Les évanouissements. La paranoïa.
Elle était devenue dépendante en à peine deux prises. Et les symptômes de son état de manque n'avaient pas tardé à arriver.
Alors oui, elle se prostituait. Mais avait-elle réellement le choix ?
Regardant ce que son dernier client lui avait laissé comme rémunération, elle soupira longuement. Elle devait déjà une sacrée somme à son dealer. Et là, elle avait à peine de quoi se faire un fix. Autant dire qu'elle allait de nouveau passer un sale quart d'heure...
- Tu sais me le garder, le temps que j'aille m'approvisionner ?
- Non. T'as voulu un gosse, t'assumes. T'as qu'à le prendre avec.
Ca, c'était le pire qu'elle pouvait imaginer. Elle ne savait pas ce qui se tramait, chez son revendeur, mais elle savait qu'amener son rejeton était une mauvaise idée. Une très mauvaise idée. Mais avait-elle réellement le choix ?
Arrivée sur place, elle frappa à la porte et dut attendre de longues minutes avant qu'on ne lui ouvre. Un nouveau. Elle se dit que c'était peut-être sa chance, finalement. Ayant passé commande, elle refila à l'homme une enveloppe fermée, et partit assez vite que pour qu'il n'ait le temps de l'ouvrir avant sa fuite.
Malheureusement pour elle, son négociant habituel était derrière elle.
- Alors, il y a combien dans l'enveloppe ?
- Deux cents euros...
- Seulement ? Mais ce n'est pas assez, ça, ma belle. Va falloir allonger la monnaie, si t'espères repartir d'ici avec tes achats.
- Tu... Tu sais bien que j'ai pas plus.
- Alors, tant pis pour toi. Je garde ça comme remboursement de dettes, et si tu veux encore de la marchandise, tu reviens quand t'auras de quoi te la payer.
- Non... Je tiens plus là... Il m'en faut...
- Qu'est-ce que t'as dans les bras ? C'est ton gosse ? Fille ou garçon ?
- C'est... mon fils...
- Ok... Alors, écoute-moi bien... Ton fils, contre deux mois gratuits...
- Non... S'il te plait... Non... Ne me fais pas ça... Il est tout ce que j'ai...
- C'est à toi de voir, ma belle.
Elle prit le temps de la réflexion. Sans doute trois ou quatre secondes. Et échangea finalement son fils contre suffisamment de doses que pour tenir deux mois entiers. Elle savait qu'elle le regretterait, tôt ou tard. Mais avait-elle réellement le choix ?
Et c'est ainsi qu'il fit son entrée dans la demeure, par un beau soir d'été. Depuis lors, il vivait confiné dans sa cellule, attendant patiemment son heure. Et celle-ci semblait enfin arrivée.
Il ne savait pas encore ce qui l'attendait, derrière cette lourde porte en bois massif. Mais après tout, cela pourrait-il être pire que ce qu'il avait vécu jusque maintenant ? Que cette vie de reclus, remplie uniquement de solitude étouffante ?
[L'après-midi de ses présumés douze ans]
Il n'avait jamais vu autant de monde en une fois. Une vraie délégation. Et ça l'impressionnait. Il se sentait petit. Extrêmement petit.
Tous avaient l'air de savoir quoi faire, comment se comporter, sauf lui. Et ça l'angoissait. Devait-il bouger ? Dire quelque chose ? Il n'en savait rien. Il n'avait jamais vécu de situation semblable, auparavant.
Heureusement pour lui, ajouterons-nous.
Il fut examiné sous toutes les coutures, un long moment. Et puis les « Anciens », comme les gardes les appelaient, sortirent, le laissant de nouveau seul.
Le reste de la journée passa assez vite. Bien que les notions temporelles étaient quelque chose de très vague, pour lui, en plus d'être déjà très relatives en temps normal. Qui peut réellement juger objectivement du temps qui s'écoule, si ce n'est une horloge ? Or ici, il n'en disposait d'aucune. Et il n'aurait de toute façon pas su s'en servir si quelqu'un avait eu un jour l'idée de lui en fournir une.
Ce qu'il considéra comme le début de la soirée vint assez rapidement, et il décida de se coucher sans prendre la peine de réclamer son repas. La journée l'avait épuisé. Leur visite, l'avait épuisé. Il ne savait pas ce que signifiait être marqué, mais les regards apeurés des esclaves lorsqu'on lui avait annoncé que c'était son tour lui avait fait craindre le pire. Si cela consistait à se faire tripoter dans tous les sens pendant quelques instants par une bande de vieillards, il ne voyait pas pourquoi il aurait dû s'inquiéter.
Oui, mais voilà. Il ne savait pas ce que signifiait être marqué.
Aussi, quand la porte se rouvrit brusquement, laissant entrer pour la deuxième fois les Anciens, trois gardes et deux esclaves portant un lourd chaudron, il prit peur. Quelque chose le fit angoisser. Quoi ? Il n'aurait su le dire. Une petite voix au fond de lui lui criait de prendre ses jambes à son cou. Mais comment fuir d'un endroit dont la seule issue est bloquée par un homme qui fait facilement deux fois votre taille ?
Il n'eut pas le temps de les voir venir, ces deux mains qui l'encerclèrent fermement, pendant que deux autres s'attelaient à l'attacher à genoux, face au mur. Ses cheveux furent relevés en un chignon peu élégant.
La seule chose dont il prit conscience fut le fer chaud contre sa nuque dégagée. Il ne put retenir un hurlement, tant la douleur ressentie avait été fulgurante, le traversant de part en part. Il perdit connaissance quelques instants, et lorsqu'il reprit ses esprits, sa seule consolation fut de découvrir le fer avec lequel on l'avait marqué. Il représentait un numéro. 17.
Il échappait au rang d'esclave.
Il allait devenir un « concubin ».
