Chapitre 1. Non, Kili, ça ne se mange pas. C'est une télécommande, Kili.

J'ai crié, très fort, très très fort, jusqu'à ce que je n'ai plus de voix. Thorïn, Fili et Kili se parlaient entre eux, et le regard qu'ils me lançaient était loin d'être gentil. Je crois que si je ne m'étais pas tu en m'étranglant soudainement à moitié, ils m'auraient assommée.

Ils étaient … VRAIS. VRAI DE VRAI. J'en revenais pas. Bon, ok, ils puaient un peu – la mort, le sang, l'animal crevé depuis quinze jours, le cuir humide … MAIS ILS ETAIENT VRAIS. Je. Je. Cerveau momentanément indisponible, veuillez repasser plus tard. Genre beaucoup plus tard. Je secouais la tête. Et puis, après … Après, je crois que j'avais paniqué. Je les avais suppliés de me suivre avant qu'on ne les voit. Et je pense qu'ils étaient assez désorientés pour le faire – mais ils ne lâchaient pas leurs armes. Je crois que je leur faisais peur. Ils mettaient du sang un peu partout derrière eux, et Thorin clopinait comme il pouvait. On aurait dit un vieux chien boiteux – en sacrément plus classe, quand même.

Heureusement, mon appartement n'était pas loin. Je continuais de regarder partout comme une mangouste paranoïaque – Timon Style ! Après tout, si on nous voyait, ils risquaient de provoquer une émeute – et les fis pénétrer chez moi. Je vis leurs yeux s'agrandir : c'est sûr que, pour des mecs de la terre du milieu, se retrouver face à un ordinateur et une télé … Tiens mais … J'avais pas fait gaffe avant, trop concentrée sur ma panique pour faire attention, mais … Ils n'étaient pas sensés faire un mètre vingt les bras levés ? Mais là … Ils n'étaient pas très grands pour des hommes, mais ils faisaient bien un mètre soixante dix. Pour des nains, ça fait grand non ? Mais leur problème de taille était le dernier de mes soucis. Ils s'affalèrent où ils purent – fauteuil, canapé, tapis, ours en peluches, chat endormi– et Kili, le moins blessé d'eux tous, se mit en devoir de retirer les flèches plantés dans leurs corps. Et de ruiner mes tapis par la même occasion.

- Attendez, j'apporte du désinfectant.

Quel calme, quelle patience, hein ? Hé bah NON ! J'étais TOTALEMENT affolée. J'avais les mains qui tremblaient, la bouche sèche, les yeux écarquillés. Trois nains débarquaient de la terre du milieu et étaient en train de saloper mon appartement. Une broutille ! Je me dépêchais d'aller chercher le flacon et leur tendis du coton imbibé. Wow, c'était sacrément moche ! Je voyais leurs cuirs raides de sang, percés et déchirés. Thorin se vit arracher une manche pour que Kili – et moi, m'improvisant infirmière, et sûrement plus capable de mettre un doigt dans l'œil plutôt que de soigner – puissions désinfecter sa plaie. Il ne broncha pas, le roi sous la montagne, quand on passa le coton sur ses plaies. Waah ça en jetait quand même. Il n'avait même pas froncé les sourcils. Par contre, j'avais un peu la frousse. Ils évitaient d'être trop flag, mais ils jetaient tous des regards incrédules aux objets qui les entouraient. Fili, je le vis du coin de l'œil bouger et appuyer par mégarde sur la télécommande qui traînait. La télévision s'alluma, et le blond sursauta, tandis que le poste attirait l'attention des deux autres « nains ».

- Heum … Du calme, les gars.

- Mademoiselle, je ne sais ce qui se passe exactement, mais je suppose que je dois vous remercier pour votre aide.

C'est bizarre comme Thorin avait l'air de cracher sa gratitude plutôt que de l'offrir. Je souris, hochais la tête, puis me jetais à l'eau.

- J'ai aucune idée de ce que vous faites ici mais … Vous êtes sur terre. Ca va être compliqué à expliquer mais … Je crois que vous venez d'un autre monde, ou un truc du genre.

Je pense que si je leur avais parlé en vulcain ça aurait été pareil. Ils me regardaient avec des yeux ronds. Des hampes de flèches cassées gouttaient sur mon tapis, et je soufflais de l'air pas les narines. Ca allait VRAIMENT pas être simple.

- Il s'est passé quoi, avant que vous me tombiez dessus ? grommelais-je.

- On était en pleine bataille. On s'était réuni tous les trois pour repousser une attaque d'orcs, répondit Kili, en calant son dos contre le bas du canapé, Thorin à ses côtés.

- Et puis Gandalf a lancé un sort lumineux, qui nous a enveloppés, continua Fili, les yeux plissés vers la télévision qui continuait de fonctionner un peu plus loin.

- La magie de Gandalf aurait donc conduit à vous faire voyager jusqu'ici ? fis-je tout haut, et je soupirais en me passant les mains sur le visage.

- Ne jamais faire confiance à un magicien, grogna Thorin avec mépris. Personne ne semblait réaliser que je connaissais Gandalf - ni se poser de questions par rapport à ça. Tant mieux !

- Il vous a quand même sauvé la vie plusieurs fois pendant votre aventure, répliquais-je sans pouvoir m'en empêcher.

- Comment vous savez ça ?

Oups. Et merde. Au temps pour moi niveau discrétion ! J'allais m'installer sur ma chaise je n'avais plus le choix, si ? Ils me fixaient, dans un mélange de surprise et de méfiance. Ils commençaient à me les briser menue, ces trois-là ! Je les avais quand même amenés chez moi, et ils me remerciaient en refaisant la déco ! Pistou choisit ce moment là pour faire savoir qu'il avait faim. Miaulant à qui mieux-mieux, il vint se frotter aux jambes de tout le monde sans exception, offrant ronronnements et poils.

- Comment dire ? Vous venez de la Terre du Milieu, tout ça mais dans ce monde … Vous n'existez pas. Enfin, pas en tant que réelles personnes. Vous êtes des personnages, créés par un écrivain, Tolkien. Et depuis peu, vous êtes dans un … film, finis-je, en réalisant qu'ils ne comprendraient pas. Des gens jouent vos rôles, dans une grande pièce de théâtre.

C'était peut-être faux, ou plutôt à moitié vrai, mais j'avais rien trouvé de mieux que cette métaphore. J'aurais pu mettre mon poing entier dans leurs bouches grandes ouvertes – non, je n'ai pas de drôles d'idées ! J'ouvris une page internet et leur montrais les affiches du film. Thorin resta à sa place, immobile et l'air d'être gravé dans la pierre, pendant que Fili et Kili s'approchaient, curieux.

- Voilà, c'est vous. Et les acteurs qui vous jouent.

- Mais ce sont des humains, s'exclama le blond avec beaucoup de perspicacité.

- Dans ce monde, il n'existe pas d'elfes, ni de nains. C'est peut-être pour ça que vous êtes si grands …

- Et puis, ils n'ont pas beaucoup de cheveux ou de barbe …

- Qu'est-ce que c'est, ça ? demanda soudain Fili en pointant du doigt le micro-onde.

J'essayais de lui expliquer, mais comment donner des informations là-dessus ? Je devais expliquer l'électricité, le système de chauffage de l'appareil … Grands dieux. C'était juste impossible. Alors que je commençais très sérieusement à regretter de les avoir pris sous mon aile – qu'est-ce qui m'avait prit ? – je vis Kili en train d'essayer de mâchouiller la télécommande. En trois pas, je fus sur lui, et la lui retirais de la bouche.

- Ca ne se mange pas, Kili. C'est une télécommande, ça sert à allumer la télévision. La boîte à image, fis-je, lassée, en prenant exemple sur les trèèèès vieux stéréotypes. Style les visiteurs. Mine de rien, ça marchait.

- Mon oncle, comment pouvons-nous retourner dans notre monde ? demanda le blond, qui était en train de caresser Pistou.

- Nous devons y retourner, quoi que cela nous coûte. Nous devons retourner nous battre qui sait ce qui s'y passe en ce moment même ?

- Non ! Si vous y retournez, il va se passer de mauvaises choses …, m'exclamais-je.

- Vous dites que notre vie est réduite à un livre, sur ce monde. Mais dans le notre, nous sommes de vraies personnes. J'ai un objectif. Je dois récupérer Erebor, et que ce fichu magicien m'ait envoyé ailleurs ne change rien. Quelle égocentrisme il pouvait avoir celui-là ! Ca ne changeait rien, qu'il n'y ait pas d'Erebor à récupérer ici, peut-être ?

- Vous savez ce qui va se passer, à la fin ? Vous connaissez le dénouement de notre histoire ? demanda Kili.

- Oui … Mais je ne vous dirais rien. Et qu'il me fasse les yeux doux ne changerait rien.

J'étais bien décidé à garder pour moi qu'ils mourraient si ils retournaient là-bas. Je me grattais le nez, exaspérée, fatiguée de les voir toucher à tout. Thorin se leva soudain, grave et assuré. Ou presque, jusqu'à ce que sa jambe blessée ne se ploie, et ne le fasse tomber sur ma table basse. Il repoussa l'aide de Kili et se releva. Il me faisait penser à un chat, qui quand il tombe, se relève comme si de rien n'était et fait sa toilette. Genre « j'ai rien fait c'est pas moi j'étais au cinéma. »

- Oh, regarde ! Ca contrôle le jour !

Je me tournais à temps pour que Kili m'éblouisse avec une lampe. Je fermais mes yeux, aveuglée, et l'éteignis comme je pus. Le nain – plus si nain que ça à présent – fit une moue désolée, et je leur ordonnais soudain d'arrêter de bouger.

- Vous ne touchez plus à rien. On fait le point. Kili, baisse cette lampe. Ne sois pas idiot, ce n'est pas obligé de finir comme ça. Baisse cette lampe, j'ai dis. Voilaaa. Donne-la moi, maintenant. Super.

Oui, je me la jouais comme dans un film de police. Quand ils furent tous les trois assis dans le fauteuil, je me mis debout devant eux, les poings sur les hanches, l'air à la fois furieuse et désespérée. J'aurais pu m'arracher les cheveux, mais je n'aurais pas voulu finir comme Elrond …

- Vous venez de la terre du milieu. Vous avez grandi, vous êtes à peu près humains, je pense. Même si vous êtes toujours aussi musclés. Vous me comprenez. Je vous comprends. Je ne sais par quelle magie, mais autant s'en satisfaire. Vous êtes blessés. Et moi ? Moi, je vous accueille. Je pense que de nous quatre, c'est moi la plus folle … Bref. Pour le moment, je propose ça : je vous fais à manger, parce que vous devez avoir faim. Ensuite, on improvise une solution.

Quelle solution pouvait-on bien trouver ? Si ils rentraient, ils mourraient. Et je les aimais bien – enfin les personnages, pas eux. Enfin, techniquement, si ils étaient les personnages …

- Au fait, quel est le nom de notre sauveuse ? demanda soudain Kili.

Ha oui, tiens, je ne m'étais même pas présentée. Je repoussais une mèche de cheveux collée à mon front par la sueur.

- Mélusine. Pas besoin de vous présenter, je vous connais déjà. Ils hochèrent la tête ; ils semblaient accepter tout ça avec bien plus de calme que moi ! Fili et Kili semblaient a-do-rer regarder tout ce qui changeait de leur monde, et leurs regards tournaient dans la pièce, cherchant quelles bêtises ils pourraient bien faire.

J'allais mettre le micro-onde en route pour leur réchauffer des plats tout fait, puis les invitais à aller voir la salle de bain.

- Pitié, posez vos armes dans un coin, vous n'en avez pas besoin. Et puis, retirez vos vêtements.

- Hé, petit frère, à peine arrivés sur ce monde et on fait déjà fureur, déclara Fili avec un sourire craquant – le même sourire qu'il avait dans les films.

- Oui mais non. Je veux juste éviter de vomir parce que vous puez le rat mort. J'dois bien avoir des vêtements pour vous.

Un peignoir pour Thorin, une chemise que j'avais « emprunté » à mon frère et jamais rendue pour Kili, et pour Fili, ça serait un tee-shirt de mon ex. Ils pourraient garder leurs pantalons. Je les laissais se débarbouiller, puis ils vinrent s'asseoir et se mirent à manger. Thorin avait un air taciturne – mais je ne pouvais décemment pas le prendre au sérieux, dans son joli peignoir bleu azur à fleurs. Ca allait si bien avec ses yeux ! La folie me guettait – ou alors elle me possédait déjà depuis un moment j'eus un petit rire nerveux.

- J'aimerais que vous m'en appreniez plus sur votre monde, déclara enfin le roi sous la montagne, de cette voix rocailleuse qui faisait frémir tant de fans - et moi la première. J'aimerais en savoir assez pour voir de quelles solutions nous disposons. En attendant de trouver comment retourner chez nous, voudriez-vous bien nous héberger, Dame Mélusine ? Je vous payerais.

Il sortit de sa bourse une pièce et me l'envoya d'une pichenette. C'était de l'or. WAIT. De l'or ?! Je mordis vaillamment dans la piécette, comme je l'avais vu faire dans maints films. Résultat : c'était bel et bien de l'or, et maintenant j'avais mal aux dents – ça ils le disent pas dans les films, hein ! Je regardais la monnaie dans ma main et inspirais. Je savais rien de la conversion or – bon argent utilisable chez nous, mais je me sentais toute excitée de tenir une pièce d'or dans la main. Par contre, elle était frappée bizarrement. Normal, c'était de l'or de nain ! Allait-on accepter de me l'échanger ? Bah, je verrais bien. En attendant, je me voyais dans l'obligation d'accepter de les loger. J'allais pas les mettre dehors, ils n'allaient rien comprendre. Et puis, même si Thorin me semblait bougon et taciturne, les deux plus jeunes ressemblaient à des enfants. Dans mon for intérieur, une partie de moi alla pleurnicher dans un coin en donnant un coup de pied dans une pierre et en promettant de ne plus jamais parler au reste de ma personne les autres côtés de ma personnalité l'ignorèrent superbement. Schyzo, moi ? Oh, si peu. Et puis, ils m'étaient sympathiques.

- Entendu. Je veux bien vous laisser dormir ici.

Kili et Fili échangèrent un sourire mutin, qui m'aurait fait rire si ce n'était pas chez moi qu'ils allaient vivre. Pendant qu'ils finissaient de manger, je tentais de leur expliquer quelques règles de base : les vêtements masculins – « Mais vos hommes ressemblent à des femmes, on dirait des elfes ! » - et comment les objets fonctionnaient. Le temps que j'aille prendre une douche, les trois nains avaient dégivré mon frigidaire en le laissant ouvert. Alors que je me lamentais, Kili s'approcha de moi, tenant dans sa main des restes de poulet froid.

- Cette bête immonde a eut comme un hoquet. En l'ouvrant, j'ai vu tout ce qu'il y avait à manger, donc nous l'avons laissé éventrée. Par contre, je ne m'explique pas pourquoi sa carcasse était froide …

Je pleurais donc sur le sort de ce pauvre frigidaire, qui bien qu'il continua de fonctionner, ne cessa plus jamais par la suite de « hoqueter » comme disait Fili – c'est-à-dire faire une espèce de ronron continu très ennuyant. Je secouais la tête. J'allais devoir tout leur apprendre. Je lançais un regard éperdu aux trois nains en train de manger fièrement le poulet. C'est vrai que l'entêtement et l'appétit des nains étaient légendaires … Dans quoi je m'étais encore fourrée ?!


Et voilà le chapitre 1. J'étais pas sensée le poster aussi rapidement, mais il s'est écrit tout seul, c'est pas ma faute m'sieur le juge ! Du coup je vous l'ai posté :)

J'espère qu'il vous aura plu ! J'ai essayé de garder le ton léger, tout en injectant un scénario qui soit à peu près correct - si il vous semble bancal, pardonnez-moi. J'en profite pour remercier Cath : ta review m'a fait très plaisir ^^ j'espère ne pas t'avoir déçue - toi ou les autres - avec cette suite :)

N'hésitez pas à donner vos avis et conseils, vos critiques, tout ça, tout ça :3 ça me fait énormément plaisir de vous lire, ça me réchauffe le coeur - par un temps si froid ! - et me donne envie de continuer ^^ hé oui, vous êtes ma motivation :D Voili voilou.