Le Visiteur était allongé mais ne dormait pas. Il remonta sa fine couverture vers son menton. Les couchettes étaient dure, dans l'arrière-salle de leur planque souterraine mais on s'y habituait. De toutes façons, Henry ne dormait plus depuis qu'il avait découvert sa nature robotique. Le Visiteur avait deux couchettes pour lui tout seul. Tout seul.

Il réfléchissait. Son regard se promenait sur le plafond humide et son esprit vagabondait vers la pièce d'à côté, où Henry travaillait. Il entendait ses pas, ses marmonnements, le bruit de ses outils.

Henry était son ami. Son meilleur ami. Son seul ami. Il y avait bien Raph ... Mais Raph ne l'aimait pas, le Visiteur s'en rendait bien compte. Raph avait sa petite vie, ses propres amis. Avec Henry, c'était différent. Avec Henry, on s'amusait bien. Avec Henry, on pouvait discuter. Avec Henry, il se sentait aimé. Henry était un véritable ami.

Mais Henry était un robot. Cela soulevait toutes sortes d'interrogations chez le Visiteur. Henry était-il vraiment capable d'aimer ? Est-ce que sa découverte de sa véritable nature avait changé quelque chose dans leur relation ? Est-ce qu'on pouvait être ami avec un robot ? Et surtout : était-ce de l'amitié ou était-ce autre chose ?

Le bâtard se demandait si l'androïde ressentait la même chose que lui. Henry considérait-il le Visiteur comme un égal ou comme un être sous-évolué ? Le Visiteur était-il un humain comme les autres, aux yeux du docteur ?

Le Visiteur se tourna sur le côté. Quand il pensait à tout cela, quelque chose dans sa poitrine se serrait jusqu'à lui faire mal, sa gorge se nouait. Néanmoins, quand il posait les yeux sur son ami, tous ses doutes s'évanouissaient et il souriait bêtement, comme si plus rien n'avait d'importance. Il n'avait jamais ressenti quoi que ce soit de semblable.