Voilà le second chapitre après près de deux mois d'absence. Celui-ci est également long, mais impossible à couper. Moins dur que le premier, je pense.

RAR

miss.ishay : et bien merci ... holà, si mes histoires sont les meilleures que tu aies lues, tu n'as pas du en lire beaucoup (pour le coup, je te conseille Tashiya, Hitto-sama, Twin Sun Leader et Arakasi, qui sont passées maîtres dans l'art de l'écriture. Mais en tout cas, merci énromément!

disclaimer : Naruto n'appartient qu'à Kashimoto.

raiting : T pour plus de libertés et pour certaines scènes.


Sakura resta allongée sur l'herbe, rêche et tarie, et pourtant si accueillante. Le reste de la conversation ne parvenait plus à ses oreilles, les bruits devinrent étrangement sourds et lointains, et tout ce qui l'entourait semblait vouloir tournoyer autour d'elle. Bercée par cette sensation de quiétude, elle sentit son corps s'alléger de plus en plus, et bien que ses yeux soient toujours bandés, un voile blanc commençait à prendre forme à sa vue. La voix grave de l'homme parvint tout de même à la ramener à une brutale raison contentante.

- Surtout, ne bouges pas d'ici ! Recommanda-t-il, alors qu'il tentait déjà de juguler leur nouvel assaillant.

La situation aurait pu paraître risible si l'état dans lequel elle se trouvait ne l'empêchait pas de faire quoique ce soit. Mais elle ne sentit plus la force même de sourire, elle était simplement fatiguée, terriblement fourbue, la poitrine écrasée par un énorme poids qui se faisait oppressant, et bien qu'elle eut l'impression que son corps était aussi sec qu'une coquille vide, elle sentait chacun de ses membres s'enfoncer dans la terre, devenus trop lourds pour elle.

Le sol se mit à trembler, le feu crépita, les armes s'entrechoquèrent, mais elle était incapable de reconnaître ne serait-ce qu'une invocation, une seule technique. Le combat fut long, elle n'aurait su dire combien de temps, et semblait avoir été particulièrement fastidieux, car, lorsque le jeune homme revint vers elle, elle l'entendait respirer avec beaucoup de difficulté. Pourtant... pourtant, le chacra qu'il dégageait semblait différent, plus sain, moins noirci par le mal.

- Relèves toi ! le ton qu'il employa fut à peine moins sarcastique, mais la voix semblait différente, plus calme. C'était une voix qu'elle voulait reconnaître. Et qu'elle reconnut, l'espace d'une seconde.

Ce soudain espoir eut force de la raccrocher à la vie, secouant la tête de droite à gauche, cherchant où était cet homme dont la voix semblait faire écho partout autour d'elle. Alors, dans un ultime effort, elle prit appui sur ses jambes branlantes, et suivit celui qui la précédait, épuisée.

Autre fait étrange était que celui qui l'accompagnait ne tenait plus son bras avec autant de fermeté qu'auparavant, et c'était d'avantages en tant que guide qu'il l'aidait à avancer.

Ses dernières minutes de marches, bien que courtes, furent une épreuve quasiment insurmontable pour la jeune femme qui puisait ses dernières réserves de survie. Afin de semer toutes traces, ils étaient arrivés devant un cours d'eau, une large rivière plutôt peu agitée en cet été qu'ils allaient devoir traverser ; seule l'eau était capable de masquer leur odeur.

Le jeune homme posa un pied, puis l'autre, sans mal, hissant derrière lui Sakura qui se délectait de ce contact agréable et purificateur entre l'eau claire et ses jambes, bien que ses pieds s'engouffraient dans la poisseuse vase et que l'eau putride dégageait une odeur méphitique. Cependant, le maigre courant pourtant fut bien trop violent pour elle, et avec le peu de forces qu'il lui restait, ses jambes lâchèrent et son corps entier fut emporté par l'eau.

- Qu'est-ce que tu fais ! l'inconnu lui tirait le bras avec dureté, l'empêchant de partir à la dérive.

- J... j'en peux plus ... je ne peux plus avancer ... à quoi bon vouloir tenter le diable, faire un pas de plus relevait à présent du miracle. Malgré tous les efforts dont elle faisait preuve, aller au delà de ses propres limites n'était donné à personne.

Ne lâchant pourtant pas prise, le jeune homme posa le bras qu'il tenait sur ses épaules, suivi de l'autre, puis la hissa de façon à ce qu'elle soit convenablement calée sur son dos. Dégageant ses pieds de l'eau, il les remonta à la surface, y concentrant le chacra dans leur plante, et traversa la rive, Sakura sur le dos.

Lorsqu'ils arrivèrent de l'autre côté de la berge, il était harassé, son souffle était haché. Porter une personne presque morte était assez laborieux, et c'est sans mal qu'il tomba à genoux, laissant la jeune fille s'effondrer à son tour.

- Je propose qu'on s'arrête ici, affirma-t-il, sans laisser le choix à sa victime de rétorquer quoique ce soit.

Mais elle ne voulut pas objecter ; Sakura ne demanda pas son reste et se laissa tomber en arrière, laissant une fois de plus l'herbe uligineuse caresser son visage, le soleil réchauffer sa peau et la brise apporter les parfums de la nature. Puis elle sourit, dans cet instant de béatitude, oubliant pour le moment ces dernières semaines qui furent particulièrement sordides, songeant à Naruto, à Sai et maître Kakashi.

Dans sa méditation, elle ne sentit pas les deux mains qui vinrent soulever son visage pour en défaire le bandeau qui lui obstruait la vue, car, profitant autant que possible de ce moment de délectation, elle garda les yeux fermés et s'endormit, soulagée d'avoir quitté l'antre d'Orochimaru. Dorénavant, le danger était loin d'elle, repoussé jusqu'à un temps incertain auquel elle ne voulait pas songer pour le moment.


- Bien, réexaminons le projet une fois de plus. Qui est pour?

Cinq mains se levèrent, sept restèrent inertes. Le maître du conciliabule examina avec attention remerciée les membres qui adhéraient à son projet, et toisait d'un regard sardonique ceux dont le point de vue divergeait du sien, prenant tout de même garde à ce que son opinion ne se fasse pas trop substantielle.

- Cinq contre sept … constata-t-il, s'asseyant avec frugalité sur son siège. Le résultat était bien aux antipodes de celui qu'il escomptait.

- Cela suffit Hiashi. Nous avons déjà procédé à trois votes, mais nous stagnons. Les résultats ne changeront pas, quel que soit le nombre de réitération au projet. Le Conseil est contre.

Hiashi déporta son regard sur Ozuku, l'un des membres les plus anciens de l'office. Vieil homme aux traits crevassés par le temps et à la longue chevelure blanche, il paraissait presque centenaire et il était difficile de croire qu'il put assister à une telle assemblée malgré son âge avancé. Mais son ancienneté apportait une sagesse que nul ne devait rétorquer, en dépit du fait que ses décisions, jugées parfois archaïque, n'étaient pas approuvées par tous. Cependant, cette notoriété, qu'il ne devait que par l'effet des années, ne décontenançait pas Hiashi qui soutenait le regard du vieil homme sans ciller. Après tout, Ozuku n'occupait plus qu'une place officielle au sein du Conseil et c'était à présent entre les mains d'Hiashi que revenait chaque conclusion de chaque colloque.

- Pourrions-nous savoir pourquoi êtes vous contre, Ozuku-sama?

- Vous savez parfaitement ce qui me retient d'adhérer à ce projet Hiashi. Auriez-vous oublié qui il est?

Quelques murmures d'approbation s'élevèrent dans la salle, commuant le lourd silence de la réunion en une sédition légère. Ozuku jaugea les hommes qui le soutenaient d'un air satisfait. Sa notoriété avait certes pris du plomb dans l'aile, mais la pointe d'irrespect d'Hiashi à son égard était de trop, et c'est pourquoi il accueillit les protestations comme le meilleur moyen d'appuyer sa renommée face à cet homme qui le toisait d'un air altier.

- Contrairement à certaines personnes réunies ici, je peux affirmer le connaître, en effet. Et c'est justement pour cette raison qu'il doit obtenir cette faveur.

- Ce n'est pas sa place! trancha Ozuku, les sourcils froncés d'indignation.

- Je pense que la place qu'il occupe actuellement n'est effectivement pas la sienne, prétendit Hiashi d'un ton superbement placide. Ce qui engendra de nouvelles réprobations.

- Hiashi-sama, nous ne pouvons procéder à un tel traitement, c'est contraire à nos lois … objecta Reshi, petit homme approchant la cinquantaine, aux tics nerveux et à la voix faiblarde.

- Pas si je l'accepte.

- Vous ne pouvez pas! Vous devez obtenir l'approbation du Conseil! allégua Ozuku, dont l'énervement creusait tant ses traits que ses yeux n'eurent bientôt plus l'apparence que de simples entailles.

- Ozuku-sama, pourquoi vous obstinez-vous? Cet homme a déjà souffert plus que de raison, il est aujourd'hui plus fort que n'importe qui, même moi n'arrive pas à le surpasser. Il est un élément essentiel pour notre clan, ergota Hiashi sans hausser le timbre de sa voix.

- Est-ce que vous vous rendez compte de la conséquence de votre projet? Vous cherchez tant à le récompenser, il y a sûrement d'autres moyens!

- C'est le seul que nous ayons pour assurer la succession du clan Hyuga. Je reste sur ma position. Il nous faut un homme fort et juste, caractéristiques auxquelles il correspond parfaitement.

- Voulez-vous que l'image de notre clan soit souillée? s'enquerrait Reshi, qui agitait ses doigts étiques fébrilement.

- Elle le sera s'il n'en prend pas la tête. Vous avez toujours désiré un homme d'envergure pour diriger cette caste, voulez-vous donc que notre force s'épuise au fil des années? Qui mieux que lui peut me succéder? J'attends vos propositions ...

Aucune réponse, les plus gênés baissèrent le visage tandis que les plus réticents s'échangèrent des propos indignés. Mais la décision devait être prise au plus vite, voilà déjà plusieurs années que le Conseil reculait l'échéance, sous couvert de trouver une solution le moment venu. Et le moment était venu, il n'y avait plus d'échappatoire possible.

- Je réitère le vote, qui est pour?

Les cinq mains habituelles se levèrent d'un même geste, suivie par trois autres beaucoup plus hésitantes, mais tout de même levées.

- Le Conseil a tranché, il approuve. Je déclare la réunion close.


Naruto avait remué ciel et terre pour pouvoir la retrouver. Il avait quitté le village en ne laissant qu'une simple note « je vais la chercher » accrochée à sa porte, faisant comprendre par la même occasion que le fait de le suivre, ou simplement de l'aider était inutile. Cela faisait bientôt deux semaines qu'il était parti et était revenu, exténué, mutilé, éreinté, sans compter sur les pouvoirs régénérants de Kyubi. Mais le pire de tout, c'était d'être revenu seul.

Inutile, inutile, inutile ... toutes ses recherches finissaient en queue de poisson, rien n'allait comme il le souhaitait et plus le temps passait, plus Sakura s'éloignait de lui. Anbus plus experts qu'experts avaient eux aussi renoncé à la retrouver, c'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Son incapacité face à cette situation le mangeait de remords, il s'était toujours promis de veiller sur elle, de la protéger quoiqu'il arrive, bien qu'elle n'en appréciait le geste que de façon très minime. Elle voulait être forte, elle l'était. Il le savait.

Alors que deux semaines de convalescence auraient été plus que nécessaires pour un patient « normal », Naruto était déjà rétabli au bout de quelques jours à peine, au grand damne des infirmières qui s'attendaient déjà à ce qu'il reparte. Sa nature particulièrement instable lui avait valut la surveillance ininterrompue d'une aide-soignante au menton aussi carré que l'étaient ses épaules et au visage peu engageant, et son physique, ainsi que sa physionomie lui avait valu le sobriquet de « Fraülein » , sciemment trouvé par Naruto. Mais cela n'entachait en rien son devoir d'assistance et prenait son mal en patience. Il était vrai que Naruto n'était pas le moins turbulent des patients, mais elle avait trouvé les moyens radicaux de le mater comme il devait l'être : par la force, et ses tentatives d'évasion aboutissaient constamment sur un échec car la matrone veillait au grain. Le jour de sa sortie, mu par une ambition d'échapper par tous moyens aux réprimandes et sermons de l'Hokage, il scruta l'horizon pour s'enfuir à toutes jambes. La chance lui souriait, « Fraülein » n'était apparemment pas de service et c'est à pas de loup qu'il obvia vers la sortie. Mais une main rugueuse vint tirer le lobe de son oreille et le ramener quelques pas en arrière.

- Monsieur Uzumaki! Où allez-fous comme ça! Railla-t-elle d'une intonation allemande, obligeant le jeune garçon à reculer un peu plus.

- Aïe aïe aïe! Je suis guéri, je me barre!

- Pas question! L'Hokage feut fous voir immédiate-ment! L'accent hachait tant ses mots qu'ils paraissaient, dans sa bouche, barbares.

Elle le traîna jusqu'au bureau de Tsunade, et l'envoya sans ménagement devant le lutrin.

- Merci, Nobu, vous pouvez disposer, elle congédia l'infirmière qui fit un bref salut et claqua la porte de toute sa tendresse originelle. Un jour, il faudrait que Naruto demandât à leur chère Hokage sur quelles bases étaient recrutés ces soit-disant médecins.

- Je t'interdis de repartir Naruto, et seul. Aucune transition, le ton était donné.

- Mais si je ne le fais pas, personne ne le fera! Tes équipes d'anbus ont déjà abandonné et même Sai et Yamato ne veulent plus m'accompagner!

Il la transperça du regard, un regard peint d'amère rancune. Cette femme était sa dernière source d'espoir pour retrouver Sakura et voilà que même son soutien ne lui était plus accordé. Si elle-même baissait les bras, il n'y avait plus rien à faire après ça.

- Comprend le Naruto. Nous avons besoin d'éléments tels que toi pour le village, et je ne peux pas monopoliser une équipe d'anbus de manière constante et pour une mission aussi vaste, rétorqua-t-elle en haussant le ton. Malgré leur attachement, elle se devait de montrer son statut et n'accepter aucunement ce genre de regard qu'il exhalait.

- Nous attendrons encore une semaine son retour. D'ici là, je t'interdis de quitter le village, sauf pour les missions auxquelles tu es assigné. Si elle n'est pas revenue à la fin de la semaine, il faudra s'attendre à tout ... même au pire. L'hypothèse souleva le coeur des deux jeunes gens. Après tout, Sakura était tout de même l'élève de Tsunade, et imaginer sa mort la submergea d'un indéfini dégoût. Ce pourquoi elle se sentit dans l'obligation d'ajouter ... Elle reviendra, elle n'abandonne pas si facilement ... elle est forte.

- Je sais ...

Il partit la tête basse, le coeur lourd. Au détour d'un angle de rue, il percuta sans le voir quelqu'un qu'il reconnut assez vite.

- Hé! Naruto, regarde où tu vas, fit remarquer Kiba qui tentait de reprendre son équilibre.

- ... désolé.

Son ami le jaugea quelques instants puis compris qu'une mauvaise nouvelle avait quelques torts dans la triste humeur du blond.

- ... alors, pas de nouvelles?

Un léger silence prit part à la conversation, et gêné, Kiba se racla la gorge tandis que Naruto s'efforça un sourire très neutre.

- Tu vas à l'hôpital? En terme de changement de sujet, peut mieux faire, mais ce n'était pas le moment de s'attarder sur les questions de forme, pas le courage, pas l'envie. Kiba comprit que le sujet « Sakura » était encore trop sensible pour en parler et n'insista pas.

- Ouais, ouais. Je vais voir Hinata.

- Ah ... dis-lui bonjour de ma part ... Puis il repartit, aussi dépité qu'il était apparu. Kiba partageait la peine de Naruto, une équipe aussi disloquée que la sienne n'apportait rien de bon. La sienne battait quelque peu de l'aile ces derniers temps, ses conflits avec Shino n'étaient pas rares et Hinata s'absentait fréquemment pour des conseils de famille de plus en plus pesant quant à leur travail d'équipe. Il secoua le visage et se dirigea vers l'hôpital.

Lorsqu'il arriva devant la chambre d'Hinata, il passa son visage dans l'embrasure de la porte et observa subrepticement la jeune fille. Malgré la pâleur des néons qui lui donnaient un air dolent, entourée par une vierge blancheur, elle paraissait plus céleste que jamais. Les quelques centimètres qu'elle avait pris n'avaient su qu'arrondir ses formes, les rendant incroyablement développées pour une jeune fille de son âge. Aujourd'hui, dans les couleurs livides de la chambre d'hôpital, le regard absent, de longs cheveux noirs détachés, et son corps de femme, Kiba devait se faire violence à chaque instant. Ne serait-ce que par respect ... Il entra en trombe lorsque leurs yeux se croisèrent et qu'elle parut étonnée par l'attitude du jeune homme.

Il déposa son bouquet sur la table de garde-malade, "histoire d'égailler la pièce" avait-il ajouté. Elle engagea un sourire qui se voulait détaché, mais ne fit qu'accentuer sa tristesse, tirant ses traits en une moue désolée.

- Ca vous écorcherez d'arrêter de faire la gueule! Il en avait ras-le-bol, après tous les efforts qu'il faisait pour paraître de bonne humeur, Naruto et Hinata étaient toujours là pour lui sapper le morale. Lorsqu'il vit les yeux ronds que lui lançait sa camarade, il ajouta en guise d'explication:

- J'ai vu Naruto ... il te dit bonjour.

Cette simple phrase rendit le visage d'Hinata, jusque lors très sombre, illuminé et un agréable sourire parcouru son visage. "Au moins, ça faisait plaisir à quelqu'un", pensa Kiba, un brin jaloux.

Les batailles s'étaient étendues depuis peu, et chaque ninja, quelque soit son rang, revenait forcément estropié de sa mission. Les hôpitaux débordaient, les médecins étaient surchargés ... où étaient passés ceux dont on avait besoin dans ces cas-là? Naruto leva son regard azuré vers le ciel gris « Sakura, où es-tu en ce moment ...? ».


merci de m'avoir lue. Je reviendrai bien évidemment sur la bataille que n'a pas vu Sakura.