Avant d'entrer chez le caviste, la jeune femme regarda la petite ruelle parisienne déserte. Elle se souvenait d'absolument tout son parcours dès son arrivé dans la capitale française. Elizabeth n'aurait jamais cru considérer un jour Paris comme sa ville, pourtant c'était le cas aujourd'hui. Quand elle était arrivée amochée et meurtrie, tout ce qu'Elizabeth voulait c'était disparaitre… Pourtant l'agence d'espionnage Française lui ouvrit les bras avec une étonnante facilité. Hugo, où en tout cas c'était son nom de code, était devenu un repère pour elle. Il lui avait appris à exister dans un monde qui l'avait oublié. Son apprentissage n'avait pas été simple, mais il ne l'était pour personne. Il y avait 5 étapes dans la sélection chacune caractérisant les valeurs d'un bon agent : L'humilité, la persévérance, le courage, la bienveillance, et la loyauté.

Si par chance, un candidat arrivait au bout, l'apprentissage commençait seulement.

Autour de l'entrainement physique, il y avait d'interminable cours sur les manières, la culture française et l'œnologie. Ce souvenir lui arracha un bref sourire, qui aurait cru qu'une anglaise paumée, sortie de la rue, en serait arrivé là. Aujourd'hui elle avait probablement le palais le plus fin de toute la capitale mais surtout une arme toujours chargée sous la chemise.

- Fantine, qu'est-ce que tu attends ?

La jeune femme se retourne, en attendant son nom de code, vers celui qu'elle prénommé « sa conscience ». Elle ne connaissait pas son vrai nom, ici, il était juste Gavroche.

C'est lui qui organisait un peu près tout au Frenchman, la sélection, les entrainements, l'armement, le suivi des missions.

Mais il était avant tout, la voix dans son oreille à chaque fois qu'elle partait en mission, d'où le surnom.

- Est-ce que nous avons une nouvelle mission ? demanda t'elle, surprise de l'empressement du jeune homme.

- Non, mais l'entrainement va bientôt commencer

Elle sourit presque instantanément en le regardant. Malgré sa place dans l'organisation, Gavroche, devait à peine avoir la vingtaine. Son manque d'expérience était une source permanente de moquerie pour elle. Taquiner « sa conscience » était son passe temps favoris !

Gavroche était, pour l'anglaise qu'elle était, « le français » par excellence : Le petit foulard autour du cou, les cheveux mi long brun et les yeux bleus.

A chaque fois qu'elle le voyait, la jeune femme était soulagée qu'il ne soit pas agent de terrain. Il dégageait une aura étrange de fragilité, qui poussait n'importe qui à vouloir le protéger…

Ce n'était pas lui qui s'occupait de la sélection quand, Fantine avait intégrer l'organisation il y avait à présent 15 ans. Mais pour l'avoir vu à l'œuvre depuis son arrivé, elle le trouvait très drôle quand il essayait d'être menaçant.

- Tu estime que j'ai encore besoin d'un entrainement ? Tu me vexe ! Lança t'elle en faisait une petite moue.

Du haut de ses 35 ans, Elizabeth était pour Hugo « Sa ferlady ». Cette digne comparaison au phallus géant symbole de Paris n'était pas très flatteuse pour la jeune femme. Elle préférait se dire simplement qu'il la considérait comme son meilleur élément.

- On a toujours besoin de s'entretenir non ? Tenta Gavroche.

Elle lui adressa un regard signifiant clairement « qu'est-ce que tu en sais ? »

Avec une moue coupable, Gavroche regarda son ventre, et plus précisément, ses quelques kilos en trop.

- La cuisine française lâcha t-il comme excuse pitoyable.

Elizabeth leva les yeux au ciel avant de le suivre dans le magasin de caviste.

Gavroche était certes un petit nouveau mais celui qui tenait le magasin par contre, avait du métier, ou de la bouteille…

Fantine soupçonnait qu'il soit plus vieux encore que Nostradamus lui-même.

Il était en train de réaliser un paquet pour emballer un Saint Emilion Belair Monange. Le vieux caviste ne leur adressa même pas un regard alors que le duo se dirigeait vers l'arrière boutique.

Ils entrèrent dans le dernier des trois salons de dégustation de la boutique.

Gavroche referma derrière eux et se dirigea vers les étagères pleines de bouteilles. Il bougea l'une d'elle ce qui déclencha le mécanisme d'ouverture d'une porte dissimulée.

- Il faudrait vraiment qu'on améliore ça quand même… lâcha t-il

- Ne t'inquiète pas, personne ne prendra jamais de l'El Bodeguero, on dirait du jus multivitaminé périmé mélangé à du vinaigre.

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- C'était la torture préférée de ton prédécesseur pendant l'épreuve finale.

L'épreuve finale était comme son nom l'indiquait la dernière des 5 étapes, celle visant à apprendre à la recrue, la loyauté.

Paradoxalement on y apprenait autre chose, à savoir, qu'au bout d'un certain temps, on finissait toujours par craquer.

Le but de l'épreuve ce n'était pas d'encaisser les coups avec la vanité de pouvoir la fermer quoi qu'il arrivait. Il y avait toujours un moyen de s'enfuir, encore fallait-il le trouver. Elizabeth en avait gardé les cicatrices, mais elle avait réussi à sortir.

Un couloir tubulaire s'éclaira devant eux, ils y avancèrent.

Les portes se refermèrent derrière Gavroche .

A mi chemin un anneau se détacha du mur. En passant à l'intérieur, ils furent scanner.

- Quand aura lieu la sélection pour remplacer Marius ? Demanda-t-elle

- tu n'as pas reçu ma note ?

- J'avais autre chose à faire lâcha t'elle avec un bref sourire pincé.

L'agent pencha la tête, Fantine avait réalisé pas moi de 5 missions depuis le début de la semaine, et on était mercredi…

- La semaine prochaine

Elle se pinça les lèvres à l'idée de devoir trouver un participant…

- J'ai sélectionné pour toi quelques noms… engagea t-il en haussant les épaules.

Fantine leva les yeux vers lui, haussant les sourcils

Gavroche ne l'avouerait jamais, mais parfois elle pouvait être réellement effrayante.

- Je me doutais que tu n'aurais pas forcément le temps de… tenta t-il pour se justifier

- Merci lâcha t'elle coupant court à son calvaire.

Les lumières devinrent bleus et la porte au fond du couloir s'ouvrit sur un petit bureau.

Ils y pénétrèrent, saluant la femme d'une cinquantaine d'année qui s'y trouvait, assise devant un ordinateur.

Fantine comme Gavroche savait parfaitement que sous ses airs de bibliothécaire, cette femme cachait un magnum sous son bureau.

Elle lui adressa à peine un regard

- Scanner lâcha t'elle d'une voix placide.

Les deux agents se penchèrent pour faire un scan rétinien.

Après l'ensemble de ses formalités ils entrèrent finalement dans un ascenseur.

- Tu sais comment Marius est mort ? demanda soudain Gavroche.

Fantine baissa les yeux confortait dans l'idée que Gavroche était peut-être trop innocent pour faire ce boulot.

- Il s'est noyé.

Le jeune homme hocha la tête.

Le trajet en ascenseur prenait plus d'une dizaine de minute. Non seulement il s'enfonçait dans le sol, mais en plus il allait à l'horizontale en direction du Palais du Louvre.

Existait-il endroit plus secret et sûr que sous le musée le plus grand du monde ?

Quand les portes s'ouvrirent enfin, ils débouchèrent directement dans la salle de réunion

- Vous voilà enfin ! Nous avons de la visite ! lança Hugo