Chapitre II - Le trouble
La vague passée, Colin, stupéfait, vit les moissonneurs fuirent...
Jouissance et souffrance jouaient en lui et le tiraillaient, comme il aimait. Mais plus les moissonneurs fuyaient, plus sa souffrance grandissait.
Elle n'était pas seulement empathique comme d'habitude, mais aussi de nature personnelle, elle venait de ses entrailles et grandissait exponentiellement.
Son rêve se transformait en cauchemar.
Il blêmissait, transpirait, tout en continuant de tirer, il se disait au fond de lui "Tout ça pour ça ?"
Alors qu'il se sentait étrangement plus proche d'eux, il redoubla de haine, comme face à une personne que l'on aime et à qui on fait du mal pour se faire entendre, car il se sentait abandonné, jeté comme un déchet par sa nouvelle famille qu'il voyait fuir vers l'horizon.
Après sa femme et ses enfants qui l'avaient quitté brutalement, c'était à leur tour de le quitter aussi vitement.
Il redoutait la fin de la guerre. Il avait peur de vraiment tout perdre, ses ennemis, son équipe, sa nouvelle famille.
Plus les cibles s'éloignaient plus la cadence de tir ralentissait. Il se sentait triste et vide, la souffrance gagnait du terrain, mais comme un réflexe défensif son esprit se mit à lui faire revoir toute la guerre vécut précédemment, tous ses tableaux peints à la sueur de son front... ils défilaient tous à mille à l'heure, puis le dernier tableau survint, celui qu'il venait de finir. Il le contempla quelques instants. Tout n'était pas de lui : cette teinte bleutée, ce n'était pas son style... lui, c'était des couleurs chaudes qu'il utilisait. Du rouge, du jaune, de l'orange...
Soudain, il ressentit un corps chaud et frémissant l'étreindre ainsi que des battement de cœur très rapide.
Cela le rassura, il se sentait moins seul désormais. Il côtoyait la vie, la vraie, celle qui bat promptement et vigoureusement.
Alors, il reprit des couleurs et son esprit s'éclaira de nouveau, comme au combat, il récupéra sa conscience, lucidité, passion, amour, empathie et toute chose qui caractérise le bien-être humain dans son plein potentiel. Son premier réflexe fut d'étreindre encore plus fort ce corps plein de vie et de tendresse...
Il se mit à pleurer... une autre manière de se libérer plutôt que de tuer...
Le fait de sentir spécifiquement le cœur de Nheela battre contre le sien le rendit joyeux, content et satisfait.
Il avait réussi à évincer son cauchemar, sa peur et lui avait redonné la joie de vivre. Désormais, elle était enfin en sécurité.
Après quelques instants, la longue étreinte terminée, ils se regardèrent un petit moment et elle esquissa un sourire qui fut aussitôt suivi d'une réponse similaire de la part de Colin.
Cela apaisa la violente tourmente qu'il avait ressentie un peu plus tôt. "Cette partie de la famille ne m'a pas abandonné" se disait-il, "pas encore en tout cas."
Il savoura ce grand moment d'émotion et de joie de vivre à travers d'abord le regard si intense et expressif de Nheela et ensuite à travers les pleurs, cris et célébration de joie tout autour de lui.
Certains soldats louèrent Shepard à coup de "Shepard a réussi !" Ou encore ""Je savais qu'on pouvait compter sur lui !" D'autres étaient plus vindicatifs : "Ouai c'est ça ! Barrez-vous ! La Terre appartient aux humains !" Les plus virils tapaient sur les armures de leurs compagnons tout en célébrant de manière vindicative - ou même conciliante - la victoire.
Les plus émotifs, comme Colin et Nheela, se prenaient dans les bras et faisaient passer leur joie dans l'étreinte chaleureuse et passionnée qu'ils partageaient.
D'autres se précipitèrent libérer leurs tristesses auprès des soldats morts au combat.
Pour finir, les plus lucides profitèrent de ce moment de repos pour se réarmer, aller soigner les blessés, et guetter les mouvements ennemis.
C'est dans cette grande agitation nerveusement célébrative que Sophie se faisait soigner par Paul, la blessure n'était pas profonde, mais elle avait certainement besoin de repos, car les blessures biotiques laissent des traces dans l'organisme et pouvaient toujours s'aggraver si le corps était faible ou en mauvaise santé.
Paul le savait alors il la mit dans la position la plus confortable qu'il put et partit chercher un médecin.
Cependant, au moment de partir le lieutenant arriva avec Nheela.
"Paul ! Restez-là !"
"Je ne peux pas, Sophie a besoin d'un médecin, il faut la rapatrier à l'hôpital maintenant !"
"Attendez !" Il s'avança vers lui et lui serra la main "Je suis fier de vous, vous avez combattu vaillamment, j'ai eu de la chance de vous avoir dans mon équipe. Aller maintenant, allez-y et plus vite que ça !" Dit-il en souriant.
Il savait que Sophie ne risquait rien tant qu'elle ne commettait pas d'imprudence et il avait confiance en elle pour ça, c'était une sang-froid.
Le lieutenant s'approcha de la blessée pour la féliciter et veiller sur elle le temps qu'on la rapatrie à l'hôpital, mais, lorsqu'il inspira pour commencer à parler, Sophie et ses beaux yeux bleus se tournèrent vers lui, le fixèrent, et il eut soudain comme une révélation.
Le tableau était d'elle... la teinte bleutée, la biotique, les yeux bleus, le sang-froid... tout correspondait !
Sophie et Nheela virent le lieutenant scotché, il allait parler, mais s'était arrêté net.
"Qu'est-ce qu'il y a Colin ?" Demanda Nheela
"Hum...oui...euh, non rien, je repensais à un truc..." Il inspira de nouveau "Félicitation Sophie, c'était du beau travail." Dit-il un peu sèchement avec un sourire nerveux.
Sa phrase à peine finie, il se détourna de ce regard trop troublant pour lui et fit mine d'être occupé : "Bon, bon... aller il y a un monde à reconstruire maintenant... Nheela veillez sur elle, je compte sur vous."
Il se mit en marche, en direction des rations et munitions qu'ils avaient pour tenir la position, histoire de faire l'inventaire.
Plus de la moitié des rations avaient brûlées à cause du rayon laser rouge et chaleureux d'un moissonneur.
Alors qu'il inspectait et faisait l'inventaire de son matériel sa esprit, lui, était ailleurs...
Il aurait aimé rester avec Sophie, mais sa présence était perturbante, il avait besoin d'être seul, il y avait quelque chose en lui qu'il ne comprenait pas...
Néanmoins, il comprit que sa prestation lors du dernier combat l'avait subjugué et que de l'avoir vraiment vu, elle, exprimant toute la profondeur de son être, toute sa beauté, extérieur comme intérieur l'avait littéralement bouleversé et qu'autant de vie, de passion et d'amour étaient quelque chose qui le séduisait irrémédiablement.
"Est-elle vraiment comme moi ?" Se demanda-t-il.
Mais, au fond, il sentit que ce n'était pas cette question qui le tourmentait le plus. Non, c'était cette impression, cette réflexion, illogique et irrationnelle que c'était elle qui avait mis fin à la guerre...
Ça tournait encore et encore dans son esprit. Sophie a mis fin à la guerre...
Mais il se questionna : "Pourquoi ?"
Ses pensées prirent la décision de poser le problème : "OK, les moissonneurs ont commencé à être perturbés et moins efficace lorsqu'elle s'exprimait pleinement à coup de pouvoirs biotique et OK ils étaient partis lorsqu'elle s'était blessée, mais cela n'avait aucun sens, pourquoi elle ? Pourquoi avaient-ils tout de même réussi à la blesser ? Ce n'est pas elle... et quoi ? Ce serait elle cette énorme vague verte ? C'est n'importe quoi..."
"Bon, OK je suis perturbé par ce sentiment étrange et oui je suis sous le charme depuis qu'elle s'est battue avec tant d'émotion. J'ai l'impression qu'elle est peut-être comme moi, à la recherche d'émotion sincère dans un monde si vide d'authenticité. C'est la plus vivante et passionnée des femmes qu'il m'ait été donné de voir. Quelqu'un comme moi, qui ne se cache pas pour vivre, pleinement et simplement... bon… tout cela ne m'aide pas beaucoup, il faut que je me reprenne..."
Il eut alors une envie irrésistible de retrouver Sophie et de lui accorder toute son attention.
Lorsqu'il revint la voir - après avoir fini de faire l'inventaire - elle était déjà placée sur un brancard lui-même placé dans une navette remplie de blessés. Il s'inquiéta. Cela faisait longtemps.
"Attendez ! J'arrive !" Cria-t-il aux infirmiers.
"Nheela , Paul, prenez tout le matériel et ramenez-le au QG !"
Ils s'exécutèrent.
Colin se plaça à côté de Sophie
"On peut y aller !"
La navette vrombrissa et décolla.
Il y avait quatre ou cinq blessés, certains accompagnés, d'autres non, certains sur des brancards, d'autres assis par terre. Pour certains la blessure était plus grave que d'autres, alors pleurs, discussions et célébrations en tout genre se confondaient avec le vrombissement de la navette.
Sophie regarda le lieutenant sans intention particulière, ses yeux et son visage céleste le capturèrent dans un monde vierge où il y avait tout à construire, plus rien n'existait autour de lui. Ses questionnements s'apaisèrent et il lui sourit.
"Lieutenant ?"
"Oui ?"
"On a réussi, pas vrai ?"
"Je crois bien, Sophie"
"C'est grâce à Shepard. J'étais sûre qu'il y arriverait. Enfin... je suis fière d'avoir pu donner le maximum et participer ainsi à notre victoire, il n'aurait pas réussi sans nous, j'imagine... et je n'aurais jamais réussi sans vous... je vous remercie."
"Donc c'est grâce à moi, en somme" dit-il sur un ton blagueur.
Elle lui sourit. Le cœur de Colin s'emballa : "Je pense que c'est elle qui a arrêté la guerre et elle pense que c'est moi..." pensa-t-il.
"Peut-être. En tout cas, vous avez été à la hauteur de l'évènement et sans vous je ne serais pas là"
"Ouais tu ne serais pas blessée et tu serais en train de ramener le matériel avec les autres" dit-il toujours avec le même ton blagueur
Elle riait : "Ne dites pas n'importe quoi..."
Colin avait toujours cette sensation étrange, renforcée par le fait qu'il avait l'impression que Sophie ressentait la même chose. Il se sentait si proche d'elle...
Cela faisait longtemps que son esprit n'avait pas divagué comme ça, jusqu'à maintenant cela lui arrivait lorsqu'il était en colère, ce qui était souvent arrivé durant la guerre. Seulement là, il sentait que c'était une divagation heureuse, comme s'il s'autorisait à penser n'importe quoi. Il se sentait hors du monde et du temps, tout puissant, régnant sur l'Univers et ses mystères… était-ce cela le véritable bonheur ?
"Sophie ? Vous n'avez pas eu l'impression que vous avez joué un rôle dans leur fuite ?"
Elle sourit à cette question.
"Pourquoi cette question ? Non pas du tout, j'étais au bout de ma vie..."
"Je ne sais pas, vous vous battiez si bien, et puis les moissonneurs étaient bizarres, c'est une sensation, peut-être est-ce vous, à bout de force qui avait créé cette grande vague verte ?"
Elle se remit à rire : "Qu'est-ce que vous êtes drôle lieutenant, moi, provoquer ça ? Alors que j'étais épuisée et blessée ? Si vous n'aviez pas dit à Paul de venir, je serais surement morte à l'heure qu'il est. En tout cas je suis enchantée de vous avoir fait tant d'effet... mais je vais vous décevoir en vous disant que cette vague n'est pas de moi, et j'en suis sûre. D'ailleurs la source de la vague ne provenait pas de moi, je m'en serais rendu compte..."
Le lieutenant se sentit gêné d'avoir sorti une telle idiotie.
"Je m'en doutais... mais, je voulais m'en assurer. Ce qui est bizarre est que les commandants ont dit que la Citadelle devait tuer les moissonneurs, pas les faire fuir."
Il était gêné, puis à nouveau sur le ton de la blague pour se défaire de l'embarras "Je ne suis tellement pas habitué à vous voir efficace sur le terrain que là, pour une fois que vous l'êtes, je suis impressionné, je délire... pardonnez-moi"
Elle se mit à rire aussi : "Vous êtes dur lieutenant..."
Sophie repensait à cette fin de bataille, comme si il convenait d'en faire une analyse pour réagir avec plus de justesse aux propos du lieutenant, mais après quelques instants, son esprit divagua, son visage s'éclaira et un léger rictus apparu. D'un air enjoué elle prit la parole : "Vous savez, à ce moment là, j'étais à fond, inspirée, j'ai fait pleins de combinaisons différentes, plus explosives les unes que les autres, j'étais sûre que ça vous plairait !"
Il répondit avec ce même air : "Ah ça oui, ça m'a beaucoup plu !"
"Au début j'ai fait ce que vous m'aviez conseillé, j'ai activé ma zone d'anéantissement, puis je balançais des projections dès qu'ils approchaient. Ensuite il y en avait trop alors j'ai mis lévitation, puis j'ai balancé les ondes de choc"
"Ah ! Très bien pensé !"
"Puis après c'était impro totale quand un maraudeur à réussi à me déséquilibrer avec une simple grenade. J'ai pris..."
Elle continua pendant un moment de parler de son combat avec fierté et passion et le lieutenant écoutait attentivement tout son récit, en intervenant régulièrement pour montrer son admiration, ou lui demander des détails...
À la fin du récit le lieutenant, dans l'euphorie, ajouta : "Je suis content que les moissonneurs aient fui au bon moment, je n'aurais pas supporté qu'un si beau moment se termine par une tragique nouvelle." Il s'arrêta pendant un moment, Sophie semblait émue, mais lui avait eu une nouvelle révélation : "C'est peut-être pour cela que j'ai cru que c'était d'elle, cette vague verte était un si beau final après une telle performance... et puis c'est elle qui l'a sauvée. Tout comme Sophie me sauve en ce moment... cette vague verte est digne d'une personne comme elle."
Après cette réflexion, il continua, le cœur battant de réaliser que sans la vague, elle serait peut-être perdue et lui aussi par la même occasion. Ainsi que ce magnifique dernier tableau.
"D'ailleurs j'aurais tant voulu venir vous aider moi-même, mais je vous aidais mieux là-haut, et de plus je devais protéger Nheela qui était dans une sale posture... puis j'ai vu que Paul était assez inefficace dans le sauvetage, il s'est fait prendre comme un amateur... j'étais..."
Les joues de Sophie rougirent "Ne soyez pas trop dur, il était au carniflex..."
Il cria : "Je n'en ai rien à faire ! Il avait qu'à utiliser moins de munitions, à force de...de..."
"Du calme, du calme, lieutenant, je suis là... tout le monde n'est pas un tueur né, comme vous"
Il s'apaisa quelque peu.
Elle était émue de l'attention du lieutenant et avait plein d'enthousiasme lorsqu'elle revit les quelques images du lieutenant en train de combattre... il possédait une telle maîtrise et une telle perspicacité qui forçait l'admiration ... c'est ce qu'elle laissait transparaître dans l'adjectif du "tueur-né".
Mais ce fut à double tranchant, quand soudainement, le mot prononcé, elle revit les toutes dernières images du même lieutenant, tirant sur les ennemis en fuite et ne put s'empêcher de penser, pendant un instant, que c'était un acte lâche, vulgaire et gratuit. Cela venait ternir l'image qu'elle avait eue de lui durant toute la guerre, l'image d'un soldat plein de bravoure, d'empathie, de compassion pour ses ennemis...ce qu'elle admirait.
Tout cela lui pesa le temps d'un instant et, comme s'ils se connaissaient depuis longtemps et qu'elle savait que ce geste n'était pas vraiment de lui et renfermait un problème évident, elle décida d'aborder le sujet pour en savoir plus et si possible, le résoudre.
"D'ailleurs lieutenant, je vous ai vu continuer de tirer sur ses pauvres moissonneurs en fuite. Vous étiez le seul... ne pensez-vous pas qu'ils ont assez souffert comme ça ? Ils ont déjà perdu leur âme au profit de la galaxie, et puis on n'est pas comme eux, on ne tue pas gratuitement"
Le coeur de Colin fit un bond, il ressentit de la honte, puis de la colère contre lui-même, son acte était inacceptable , au fond c'était du meurtre, mais il savait pourquoi il l'avait fait et il était sûr qu'elle comprendrait.
"Écoutez Sophie... mon acte est inna..."
Elle l'interrompit "Non, lieutenant, je le lis sur votre visage, vous en avez honte... et je comprends toute la douleur qu'ils ont dû vous infliger en tuant sûrement des amis ou de la famille... je me sens bête d'avoir ouvert le sujet, pardonnez-moi... je suis confuse"
Elle rougissait et se sentait désolée, mais cet acte l'avait étrangement choqué, elle ne pouvait pas l'expliquer, et se sentant en confiance avec le lieutenant elle avait cru pouvoir en parler, mais rien que le fait de l'avoir troublé lui faisait de la peine. Colin, ressentit le même sentiment, alors il voulut réciproquement dissiper son embarras en lui répondant.
"J'ai perdu ma femme, mon fils et ma fille dans cette guerre... et..."
Il sanglota... "et... alors... que je m'étais...re..retrou...je...un..."
"Chut" murmura-t-elle, en insistant longtemps sur le son "ch".
Elle posa sa main sur sa joue et l'invita à poser sa tête contre elle.
Il posa sa tête à côté de la sienne, dans une petite partie du coussin pour ne pas la gêner et aggraver sa blessure.
"Colin, vous pouvez poser votre tête sur mon torse, ma blessure est au niveau de ma côte droite"
Dit-elle en souriant, contente de l'attention du lieutenant dans un moment si difficile pour lui.
Elle continua, avec la main, de diriger sa tête contre son torse.
Il était posé et pleurait inexplicablement, selon lui, mais cela lui faisait du bien...
Le malaise que ressentait Sophie l'avait fait touché un point sensible du lieutenant, et après le dégoût et l'embarras, ce fut du bonheur qui prit place en elle, contente qu'il se soit livré à elle et qu'il puisse se libérer de ses tristes et lourdes émotions qu'il gardait pour lui, et rassurée que cet acte n'était qu'un accident que tout le monde aurait pu subir, même elle.
Désormais elle se sentait encore plus proche de Colin et cela la ravissait, il était aussi sensible qu'elle, ce qu'elle avait senti depuis le début.
Ils étaient ensemble et partageaient quelque chose de fort, c'était tout ce qui comptait... vivre intensément.
Colin était un vivant, un vrai et il le communiquait à tout le monde.
Elle avait toujours apprécié son grand talent de soldat, de stratège et de psychologue. Il était toujours très actifs, perfectionniste, précautionneux, attentif, compréhensif, expressif... c'était la seule personne qu'elle ressentait comme là, présente, bien inscrite dans le monde réel, ouverte d'esprit.
Confiante et ravie alors que le lieutenant sanglotait, elle prit alors la parole pour le mettre face à l'évidence qu'elle chérissait : "Vous n'aviez pas dit qu'il y avait un monde à reconstruire tout à l'heure ? C'est sur ma blessure que vous voulez poser la première brique ? Sur mon coeur que vous voulez réfléchir aux décisions politiques du Nouveau Monde ?
Tout en continuant de sangloter, Colin souriait à ces mots d'esprit.
Le lieutenant se sentait libre, libre de ressentir et de s'exprimer. Il était habité par une grande sérénité, qui venait combler un espace auparavant occupé par un millier de sentiments contradictoires et nuancés vivant dans une harmonie précaire. Il sentait son cœur battre allègrement, il avait toute les caractéristiques d'un homme vivant et comblé.
C'est dans cette idylle que le voyage continua un bon quart d'heure, le temps d'arriver à l'hôpital.
Colin resta aux côtés de Sophie et l'accompagna jusqu'à ce qu'elle soit installée dans un lit, puis resta à ses côtés sur une chaise en attendant le diagnostic du médecin et de savoir combien de temps elle resterait là, bien qu'il pensait connaître la réponse : une petite opération pour éliminer les cellules modifiées et deux bonnes journées de sommeil.
"Ça va mieux, Colin ?"
"Oui bien mieux... et vous votre blessure vous fait mal ?"
"Non non, je me sens juste bizarre et fatiguée...
D'ailleurs lieutenant, où sont partis les moissonneurs ? Vous pensez que c'est réellement fini ?"
"Je ne sais pas, d'après le brief, Shepard devait activer la Citadelle pour créer une énorme pulsion énergétique qui détruirait les moissonneurs, tout colle au brief et porte à croire qu'il a réussi, sauf qu'ils ne sont pas détruits, mais juste inoffensifs. Peut-être que le catalyseur était fait pour ça finalement, juste les éteindre ou les contrôler... Dès que je serai sûr que vous allez bien, je retournerai au QG rendre mon rapport , ils auront sûrement la réponse."
"Ne m'attendez pas Colin, restez dans le coup et retournez au QG"
"Non, tant qu'il n'y aura pas de diagnostic, je reste"
Elle lui sourit :
"Merci, c'est gentil... je vais dormir un peu si ça ne vous dérange pas"
"Reposez-vous, je suis là"
Elle ferma les yeux, l'esprit paisible.
Colin appréciait la bulle dans laquelle il se trouvait avec Sophie.
Il était surpris d'être tombé si vite amoureux d'elle, il se l'expliquait assez facilement, mais tout de même il la connaissait très peu...
L'équipe avait été formée à l'arrivée des Moissonneurs sur Terre, la seule personne qu'il connaissait de son équipe était Nheela.
Alors qu'il explorait comme d'habitude le bouillonnement intempestif de ses sentiments, il fut pris d'une grande fatigue ; toutes ces émotions le fatiguait...
Il tenta tant bien que mal de rester éveillé, mais son esprit était trop paisible aux côtés de Sophie, il ne ressentait plus la nécessité extrême de tout comprendre comme d'habitude. Il était juste bien dans sa bulle et s'endormit pendant trois bonnes heures.
