Hey coucou !

Alors, ce petit chapitre a été en grande partie écrit pendant les nuits d'HPF il y a deux semaines. Je l'ai un peu retravaillé, quand même, parce qu'en seulement une heure, c'était un peu brouillon !

Un grand merci à Welva, Izalys et Farwey pour leur review, et à vous Anonymes pour vos lectures 3

Bonne lecture !


Dans un soupir devenu bruyant dans la lourdeur du silence, j'avale une nouvelle gorgée de vin. La saveur âpre me tire un haut-le-cœur. J'ai toujours détesté le vin… J'ai surtout toujours détesté celui que tu adores : bien rouge, celui dont l'amertume de la fermentation se dépose sur mon palais et ma langue durant de longues heures.

Percy, ce vin, c'est un peu comme notre amour. Il me colle à la peau, saturant le moindre de mes pores. Etouffant.

Et je suis certaine que tu ne l'as choisi que pour me faire du mal. Dans ce salon dont les murs poisseux de sang empestent les restes de notre couple, tu m'as prise au piège entre lui et toi.

Et entre lui et toi, je préfère encore finir ce foutu verre.

Tu me fixe de l'autre côté de la table basse. Ton visage est fermé et l'ombre de l'homme que je pensais aimer t'obscurcie. Pourtant… il te faudra bien parler, Percy.

« Pourquoi m'as-tu fais venir ? »

Sans relever le regard, je tente d'effacer la trace de rouge à lèvre laissée sur le cristal.

Le rouge s'étale. Il imprègne la surface transluscide, indélébile. Comme la haine que je te porte.

« Tu es partie, Audrey. Mais on ne détruit pas un couple d'un claquement de doigt. Nous devons nous entendre sur la maison, sur les meubles, sur… »

Si tu dis « les filles », je t'égorge, Percy. Cette conversation, nous l'avons déjà eue.

Ton silence me surprend et, baissant ma garde, je relève les yeux vers toi. Ton verre est déjà vide. Tu te resserre et rempli le mien sans me consulter.

M'as-tu vraiment déjà consultée ?

La colère gagne le moindre de mes membres. Je serre mes doigts autour du pied finement ciselé pour masquer mes tremblements… Inutile. Tu les as déjà vu parce que tu vois tout.

Tu vois tout, mais tu ne retiens que ce qui t'enchante.

Une gorgée plus tard, l'étouffement me saisit à nouveau toute entière. Moi qui pensait que nous étions un couple fort d'indépendance et de respect de nos différences…

Où a-t-on merdé, Percy ?

Lorsque je me remémore nos premières années, mon cœur s'emballe encore.

Je vivais à Paris, toi à Londres… Tu aurais pu me rejoindre tous les soirs si tu l'avais voulu, mais tu ne l'as jamais fait. Et c'était parfait ainsi.

Je me souviens des semaines qui filaient à tout allure. Je me souviens des cours interminables, des après-midi passés en sous-vêtement devant les photographes, des castings à la chaine au milieu de ces femmes qui semblaient toutes plus talentueuses et parfaites, des soirées avec Gabrielle dont on oubliait le dénouement.

Je me souviens Percy de ces week end où ta présence arrêtait le temps… Je me souviens déambuler au milieu des touristes avec la sensation de voler au-dessus des pavés. Tu me regardais avec ces yeux émerveillés que tu avais. Je me souviens de tes baisers, toujours plus mémorables, de tes « Enfin, Audrey… Ce n'est pas raisonnable ! » et de ton air hagard lorsque nous sortions tous les deux des toilettes d'un pub désert.

Je me souviens du bonheur des retrouvailles, des promesses des adieux, de la passion de nos lettres.

Je me souviens de l'équilibre qui nous portaient si haut.

Quand l'avons-nous détruit ? Comment ? Pourquoi ?

Parce que cette distance, nous l'avons toujours entretenue, conscient qu'elle nous maintenait unis.

Lorsque je me remémore nos premières années Percy, mon cœur s'emballe encore. Bien plus que l'instant où je rentrais à la maison après une semaine ou deux de séparation, où tes lèvres se posaient sur les miennes en coup de vent pour me dire au revoir.

Avec toi, je me raccrochais au souvenir parce que de nous, c'est tout ce qu'il restait. Tu as oublié de m'aimer et de me chérir, Percy. Tu as oublié de rougir face à mes sourires, de me gâter de ta présence lorsque je m'attardais au lit, de me dévorer du regard et de me rendre si importante.

Ai-je un jour été importante à tes yeux ou était-ce uniquement la fièvre des premiers temps d'amour ?

Il fut un temps où j'aurais aimé remonter le temps. Un temps où mon cœur s'emballait à la pensée de ton souffle, de ton regard, de ton toucher, rendu si précieux par l'absence et la distance. Un temps où l'équilibre régnait et l'amour aussi.

De ce temps révolu, il ne restait que l'indifférence. Tu remarquais à peine lorsque je m'absentais plus longtemps. Tu continuais ta vie et moi la mienne, le fossé entre nos deux mondes à chaque secondes plus profond. Deux villes, deux univers, deux personnes. Un homme et une femme. Des inconnus.

C'est ce que nous sommes devenus.

En tout cas, c'est ce que je ressentais, cette fameuse nuit. Alors que son souffle se mêlait au mien, que ses baisers honoraient cette peau qui, pour toi, n'étais plus depuis des mois, que ses mains m'arrachaient gémissements, plaisir, jouissance. Je ne connaissais même pas son nom mais Percy… J'avais l'impression de connaitre son corps mieux que le tien.

Et pendant que je me livrais à l'infidélité pour la première fois, tu bordais nos filles dans l'ignorance ou le déni.

Nous avons construit notre vie et notre équilibre loin de l'autre, Percy.

Et c'est cette distance, cette délicieuse distance, qui nous a détruit.


N'oubliez pas de me laisser un petit mot, pour me motiver à écrire la raison numéro 3 et à la poster vite !

A bientôt !