Tout n'est que jeu
Auteur: CruiseEnlivened
Personnages: Light L.
Rating : T (scènes un peu gores, mais rien de terrible)
Nombre de mots: 1484
Correcteur/trice : Eole
Disclaimer: Les personnages ne m'appartiennent pas, mais sont à Tsugumi Ohba et Takeshi Obata.
Courir.
Pour sauver sa vie. Pour pouvoir la prolonger encore un peu. Pour combattre.
Courir à en perdre haleine. Courir jusqu'à épuisement. Courir encore et encore, sans jamais s'arrêter. Sans se retourner. Sans jamais douter.
Alors que la lune perçait difficilement le néant que nous offrait la nuit, que les rues avaient revêtu leurs robes du soir, de sang, que les ténèbres avaient fini par engloutir la ville, il courait. Évitant gracieusement tous les obstacles, il semblait fuir. Fuir cette masse sombre au rictus menaçant qui le suivait. Ses cheveux or gorgés de transpiration, ses lèvres sèches à la recherche du moindre gramme d'oxygène, ses yeux caramel encore embués d'adrénaline, sa poitrine dansant dans un rythme effréné, il s'échappait. Voulant à tout prix atteindre un but inconnu. Mais n'était-ce pas déjà fini ? Le rideau n'était-il pas déjà tombé ? Le « the end » déjà apparu ?
Non. Espoir. Un infime espoir le gardait en vie. Il voulait que le « to be continued » apparaisse dans une police flamboyante. Que le rideau se rouvre pour une nouvelle pièce. Mais se bercer d'illusions, n'était-ce pas trop dangereux ? Après tout, tous étaient morts. Ou presque. Il ne restait qu'une enveloppe de chair d'un état pitoyable. Dévoré, ensanglanté, il ne subsistait que quelques morceaux intactes du corps qu'un dieu nous avait auparavant donné. Mais quel dieu horrible et surement prétentieux … Nous donner son image pour ensuite assister à notre fin. Sadisme extrême. Mais peu importait. Après tout, bien que cela ne fasse extrêmement cliché, nous étions les acteurs de notre vie. Personne ne pourrait le réfuter, car si nous n'étions pas libres de nos mouvements, le monde n'en serait pas là. Cette silhouette ne se mouvrait pas au milieu des décombres, n'essayerai pas d'échapper à la mort vorace qui le pourchassait. La foule massive, contaminée par nous ne savons quels virus, marchant, ou plus exactement se trainant vers le jeune garçon tout en criant des bruitages; la paisible sérénité de la nuit ainsi troublée. Destruction, sang et restes humains salissaient les murs résistants encore au chaos qui les entourait. Mort. Ce mot résonnait dans les avenues, se répercutant contre chaque masse pour enfin se transformer en un murmure montant aux cieux. Il empestait chaque recoin du monde, donnant la nausée à cette terre une nouvelle fois maltraitée. Mais Light -le jeune homme- courrait toujours à s'en déchirer les poumons. Ne pas abandonner. Ne pas abandonner. Ces mots résonnaient comme une comptine dans sa tête. Phrase inlassable, se répétant sans cesse, sans aucun moyen d'appuyer sur le bouton « Pause ». Elle lui donnait le tournis, mais enivrait ses membres d'une puissance nouvelle. Il bougeait inconsciemment, il savait ce qu'il devait faire. Et alors qu'il se trouvait entouré de ces êtres abjects, de ces abominations, il sortit, d'un naturel affolant, une arme à feu. La pointant vers ces humains ayant perdu toute humanité, il tira. Deux tombèrent, une balle fichée dans leur tête. Une flaque pourpre se forma au pied d'un des deux corps. L'odeur du sang, bien qu'il soit souillé, attira une partie de ces mort-vivants. Se pourléchant les lèvres, ils burent le liquide encore chaud directement à sa source, arrachant un dernier cri d'agonie à leur « compatriote ». Light ne s'attarda pas devant ce musée de l'horreur et changea d'œuvre. Un calme olympien s'abattit alors. Plus aucun hurlement, plus aucune brise, plus aucun crissement de feuille.
Anormal.
Les ténèbres qui envahissaient peu à peu la terre étaient bruyantes, rugissant leur soif de pourvoir, de domination, de sang. Rechargeant son arme, Light la tint d'une poigne de fer droit devant lui. Aucune peur dans ses mouvements ne se laissait entrevoir. Pourquoi ? Il était seul se battant contre tous et pourtant, il avançait. Comme si une force extérieure influençait son destin. Puis une odeur. Il la connaissait bien, cela sentait la souffrance, les pleures, les organes arrachés et écrabouillés gisant dans un coin. Il passa devant ce qu'il restait d'un cinéma, malgré son effondrement on pouvait apercevoir l'affiche d'un film, ou navet, selon les opinions : Resident Evil. Ironique.
Ce film aurait pu être un avertissement. Celui d'un être supérieure, surement pas ce dieu prétentieux auquel on louait un culte sans précédent. Et si les rôles avaient été échangés ? Et si Satan était note sauveur tandis que Dieu le pêcheur ? Et si ce serpent n'avait été qu'une excuse d'Adam et Eve pour justifier leur faute ? Après tout, si Dieu, le créateur de deux premiers fautifs était ce qu'on qualifiait de mal, Adam et Eve aurait donc dans leur gêne le facteur « mauvais ». Mais nous pouvons faire autant de suppositions que nous le voudrions, cela n'arrangerait rien. Light se remit en route, seule lumière sur la voie du néant. Un bruit. Des pas. Une course. Une fillette. Habillée d'une robe autrefois violette, ses cheveux blonds collant à son visage enfantin, elle ne sut que bredouiller quelques mots avant de trébucher, épuisée. Trop tard. C'est la fin, malgré ses yeux embués de supplication, rien ne pourra la sauver. Alors qu'un corps déjà décomposé se jeta sur elle, elle sourit. Un flot carmin jaillit de sa jugulaire tranchée nette par la morsure des zombies. « Bonne chance ». Dernière parole d'une condamnée. Le chant s'éleva bien haut avant de mourir lui aussi dans les fragments de cervelles déchiquetées.
Morbide.
Après quelques soubresauts, la fillette se releva. Morte mais vivante. Sans âme, sans dignité, elle partit à la recherche d'une proie pour étancher sa soif. Sa soif de vengeance, de sang, de chair. Light tira, la balle traversa le front de la gamine pour finir sa course dans le béton. Effondrement, elle ne se relèvera plus et pourtant subsiste encore son dernier sourire. « Bonne chance ».
Il se savait proche de son but, il s'en rapprochait incontestablement. Chargeant et rechargeant ses armes, il rasait les rues à la recherche de son avenir. Il se savait en mauvaise position, mais il continuait. « On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ». L'objet de sa convoitise se trouver là, tout proche. Une grande maison se dressait devant lui, pleine de dangers. Il entra cependant sans hésitation, et d'un coup de pied envoya valser la porte d'entrée. Quelques râles se mêlèrent, des coups de feu retentirent, et une nouvelle fois les mains de Light se salirent d'un rouge poisseux. « Ne pas abandonner ». « Ne pas abandonner ». Les clichés d'une famille autrefois heureuse suivaient son périple dans un des couloirs, il reconnut quelques-unes des personnes affichées. Abattues une dizaine de minute plus tôt. Les boyaux et intestins peignaient plafonds et sols, rendant l'air irrespirable. Du sang à perte de vue. Du rouge plus ou moins clair teintait tout. Même l'atmosphère semblait se colorer. Light n'y porta pourtant guère d'attention, et après une minute de recherche il trouva ce qu'il était venu chercher. Un trousseau de clé. Il reprit sa lente course vers la mort et se dirigea vers ce qui paraissait être un garage. Toujours en garde, il abattit un homme âgé, la cinquantaine environ. Son père. Et bientôt suivit le reste de sa défunte famille. Sa mère, le visage tordu dans un rictus d'angoisse, alors que son corps meurtri de blessures laissait apercevoir son foi encore intact. Sa sœur, le visage explosé, quémandait de ses bras en bonne validité l'objet de ses désirs. Autrement dit, de la chair, du sang, des organes … Aucune pitié, aucun regret, les balles fusèrent et percèrent la tempe de sa génitrice. Le liquide coula à flots, les plaintes s'échappèrent de sa bouche avant de mourir dans un bruit de succion. Mort redevenu cadavre, la normalité reprit sa place. Pour une seule personne. Light réussit à s'emparer de ce qu'il convoitait et partit sur une moto tonitruante à la recherche d'une échappatoire. Une trappe devait bien se cacher au fond d'une armoire ! Une issue de secours devait bien clignoter quelque part !
Espoir.
Un infime espoir le gardait en vie. Mais se bercer d'illusions, n'était-ce pas trop dangereux ? Le deux-roues butant contre les cadavres qui jonchaient les routes, Light voltigea quelques mètres avant de se retrouve face à une de ces créatures. Une respiration, un clignement de paupière, une perle de sueur dégringolant de son visage. Trop tard. Le zombie ouvrit sa bouche acérée et mordit profondément sa proie. Le visage poisseux, sale, rougi par son sang, il mourut dans les bras d'un mort-vivant.
Un râle retentit ainsi qu'un grognement. Assis dans un fauteuil noir en cuir, une raie de lumière traversant péniblement les rideaux clos, L grogna :
« De toute façon, il est nul ce perso' ».
Il tourna les talons, et partit se chercher une autre sucrerie dans le frigo, abandonnant ainsi une manette, une console de jeu et un écran où apparaissait en lettres capitales :
« Try again ? ».
