Un peu d'avance pour ce chapitre, étant donné que je ne pourrai pas le poster demain, et puisqu'il est fini, je vous le met aujourd'hui.
J'espère que ça vous plaira autant que le premier.
Je suis contente de voir que mon histoire vous plaî et que Ao ne vous fait pas fuir!
Merci pour vos commentaires, ils me donnent envie de continuer.


Chapitre 1:

Sabertooth.

- Ao Enoki?

- C'est bien ça.

- Qu'est-ce qui te laisse penser que je puisse vouloir de toi dans ma guilde?
Sa voix roulait sous le haut plafond comme le tonnerre. Je comprenais pourquoi on le décrivait comme intimidant. C'est vrai que pour un humain, il en imposait, mais bien moins que maître Makarov quand il était encore en vie ... Qu'est-ce que je raconte, Makarov est toujours en vie à cette époque. Coincé sur son île mais en vie. Et ce type? ... Bah, aucun intérêt, ce n'était pas pour lui que j'étais là de toute façon, ni pour sa guilde. C'était pour eux.

Eux, les dragons jumeaux, qui m'observaient depuis l'autre bout de la pièce, comme s'ils savaient déjà ce que j'étais. Bon sang, ça faisait vraiment bizarre de les voir comme ça. Surtout Rogue. Le seul que je n'ai jamais pu apprendre à connaître. Il avait vraiment eu l'air si innocent un jour? Ça changeait franchement du monstre assoiffé de puissance et de sang qui avait pris la vie de mes parents. Si je le détestais? Oh oui, sans aucun doute. Mais pas ce Rogue là, celui-là avait encore une chance d'échapper à la corruption si je jouais mon rôle correctement. En le sauvant lui, je pouvais épargner de nombreuses vies. Et si je venais à échouer dans cette partie de ma mission? Eh bien c'était simple, vraiment, je possédais une lame qui ne demandait qu'à s'abreuver de son sang. Mais autant dire que je préférais ne pas en arriver là. Boreas m'avait envoyé pour le sauver, pas pour le tuer. Et son double provenant du futur, me demanderez-vous? Je n'avais pas à m'en soucier pour l'instant. Pas avant deux ans encore. Deux ans à patienter avant d'assouvir ma vengeance.

Oh oui, il aurait été sans doute plus simple de tuer Rogue maintenant, avant qu'il ne se laisse corrompre, et j'avoue sans honte que j'ai longtemps pensé comme vous, mais voyez-vous, Boreas m'a trop bien élevé. Nous autres chasseurs de dragons n'existons que pour une chose: protéger la vie, peu importe laquelle. Je n'avais encore jamais remis en cause les valeurs transmises par Boreas jusqu'ici, et n'allais certainement pas le faire à cause de lui, futur assassin ou pas. Et, en toute franchise, avais-je le droit de le punir pour des crimes qu'il n'avait pas encore commis et ne commettrait peut-être pas? Franchement, je n'avais pas envie de me flanquer une migraine à essayer de trouver une réponse à ça. Autant laisser le temps décider. Avec un coup de pouce de tatie Ao, le vilain petit dragon noir pouvait encore sauver son âme. Et cette seule possibilité était plus importante que toutes les envies de meurtres qu'il pouvait m'inspirer.

Donc, avec tout ça en tête, et même bien plus encore, je me tenais, droite et fière, face au trône dans lequel Gemma aimait s'asseoir pour dominer son petit monde. L'homme que j'avais en face de moi était bien aussi répugnant qu'on me l'avait décrit, arrogant, froid, indifférent et mauvais comme la peste. Mais il en fallait plus qu'un petit chef dans son genre pour m'impressionner. Je n'avais pas été témoin des colères de Luxus pour des prunes. Et ce type était loin de lui arriver à la cheville!

- Je ne sais pas! Peut-être le type qui est venu me chercher à mon auberge ce matin? Répliquai-je avec un sourire en coin qui découvrit lentement l'une de mes canines pointues.
Dans la salle plusieurs hoquets se firent entendre. C'était probablement la première fois que quelqu'un osait répondre au Maître de cette façon. Il me foudroya littéralement du regard. Ça ne me fit ni chaud ni froid, je n'avais aucun intérêt pour lui, ni pour le petit pouvoir qu'il pensait détenir. Mais il valait mieux faire preuve d'un peu de circonspection pour commencer. Mon but n'était pas de me faire envoyer balader en moins de trente secondes.

- Je suis désolée, déclarais-je en levant les mains en signe d'excuses. Je ne devrais pas parler comme ça. Je sais que votre guilde est la plus puissante de Fiore et qu'on y entre pas comme on veut. La sélection est très stricte, et les règles le sont tout autant. Je suis flattée d'apprendre qu'un troisième chasseur de dragon pourrait vous intéresser.
Quelques murmures se firent entendre dans la salle et je vis du coin de l'oeil Rogue et Sting échanger quelques mots entre eux.

- Ao Enoki, chasseur de dragons bleus. J'ai entendu des rumeurs te concernant.
Tu m'étonnes! Je me suis assez démenée pour ça.

- Flatteuses, j'espère! Ne pus-je m'empêcher de demander.

- Pour la plupart, oui. Mais je dois dire que je m'attendais à quelqu'un de plus impressionnant.
Encore une preuve qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture.

- Je suis désolée de vous décevoir.
Il me scruta du regard mais je ne baissais pas les yeux. Je pouvais deviner ce qui se passait dans son crâne comme si j'y étais. Il était en train de calculer le prestige que la présence d'un troisième chasseur de dragon dans ses rangs allait apporter à la guilde. Je connaissais ce genre de type, qui mise tout sur la force et rien sur le coeur. De la force j'en avais, heureusement pour moi. Et du coeur? J'en avais aussi, dommage pour lui.

- Tu as dit à mon messager être intéressée par ma guilde. Pourquoi? Demanda-t-il, bien qu'il dû s'en moquer totalement
Tous choisissaient Sabertooth pour la même raison: sa puissance, et il le savait parfaitement. En fait ça devait lui plaire d'entendre dire par chaque aspirant se présentant devant lui que sa guilde était la meilleure du pays. Saleté d'ego!

- C'est simple! Commençais-je.
Tu as deux dragon que je veux sauver d'eux-mêmes!

- C'est la plus puissante et je vaux bien ce qu'il y a de mieux!
Un peu d'orgueil mal placé, histoire de faire un peu plus couleur locale. Un silence s'installa. Le maître semblant particulièrement captivé par ses pensées. J'attendais la suite sans montrer le moindre signe d'impatience. Voilà certainement la première chose que Boreas m'a enseigné: la patience! Et c'est probablement l'un des plus beau cadeau qu'elle m'ait fait, après Rin, bien entendu.

Rin, justement, était toujours accrochée à mon épaule, sa place favorite, mais je sentais qu'elle mourrait d'envie d'aller faire connaissance avec Frosch et Lector. Je ne pouvais pas l'en blâmer: c'était la première fois qu'elle rencontrait des congénères bien vivants. Elle devait être aussi curieuse à leur propos que moi à propos de leurs maîtres. Cependant, en exceed bien élevée, elle résista à l'envie d'aller les voir et resta près de moi sans broncher.

Enfin après ce qui sembla être une éternité de silence, le type avachi sur son trône se décida enfin à ouvrir le bec. Il prenait soin de bien camoufler ses émotions mais il en fallait plus pour me tromper. L'avidité brillait dans ses yeux et je pouvais entendre son coeur battre plus vite qu'il aurait dû. Eh oui, les sens aiguisés des chasseurs de dragons ne servaient pas qu'à traquer leurs proies!

- Si tu peux relever mon défi, tu seras des nôtre, fit-il d'une voix lente, pour ménager son effet.
Je hochais la tête.

- Quel est ce défi? Vais-je avoir à botter quelques culs?
Avec un sourire carnassier, je me tournais lentement vers les deux autres dragons qui n'avaient toujours pas quitté leur place. Aucun d'eux ne broncha. Drôlement bien dressés ces deux là!

- Non, non! Enfin si, mais pas ici. J'ai préparé ceci spécialement en prévision de ta venue, fit-il en sortant une enveloppe de sa veste.
Bah dites donc, il ne doute de rien celui-là, comment pouvait-il savoir que j'allais accepter ses conditions sans broncher ? Je suppose que quand on était à la tête de la guilde la plus puissante et la plus courue de Fiore, on avait tendance à imaginer que le pays entier était à ses pieds!

- Si tu reviens de cette mission en vie et surtout, si celle-ci est une réussite, tu seras des nôtre.
OK! Je te vois venir, toi avec tes gros sabots! Tu imagines que je vais me casser le cul à remplir une mission pour toi sans avoir la certitude d'obtenir ce que je cherche en échange?

- Sting et Rogue t'accompagneront.
BINGO! Je dus me mordre l'intérieur de la jour pour retenir le sourire satisfait qui me chatouillait les lèvres.

- Réussis et je ferais de toi l'un des mages les plus puissants de Fiore. Échoue et tu regretteras d'avoir croisé ma route.

- Ça me parait intéressant. Ok, je marche!
Je m'avançais pour prendre les papiers qu'il tendait vers moi. L'enveloppe était épaisse et assez lourde. Aucune indication n'y figurait concernant la mission, j'aurais donc la surprise à l'ouverture. Reculant pour m'éloigner de lui, je ne pus m'empêcher de remarquer.

- Les rumeurs à mon sujet doivent vraiment être flatteuses pour que vous preniez le risque de me confier vos deux dragons.
Il éclata d'un rire tonitruant désagréable et dépourvu de toute joie.

- Ils sont surtout là pour veiller à ce que tu ne traînes pas notre nom dans la boue.

Je hochais la tête, guère fâchée par cette pique.

- Je vois. Ça me paraît tout à fait raisonnable.

- Vous partez ce soir, lança Gemma avant de congédier toute sa troupe d'un geste de la main.
Oh, un train de nuit? Pourquoi pas, quand on pouvait se le permettre. Ça m'éviterait d'avoir à les voir se tordre de douleur en maudissant le train.

Tandis que tout le monde vidait les lieux pour reprendre ce qu'ils faisaient avant d'être interrompu par mon arrivée, c'est tout naturellement que je me dirigeais vers mes équipiers provisoires. En espérant que ce provisoire dure longtemps. Mais je n'avais pas d'en raisons de douter. Je connaissais ma force et savais que je pouvais prétendre à une place dans leur foutue guilde.

- Salut, fis-je simplement en me plantant devant eux.
Je m'inclinais comme Boreas me l'avait appris, autant essayer de ne pas se les mettre à dos dès le début. En me redressant je remarquais qu'ils me fixaient tous les deux: Sting avec son sourire arrogant et Rogue ... sans expression à vrai dire.

- Je m'appelle Ao, je suis ravie de vous rencontrer enfin.
Sting se contenta de me regarder de haut en bas, sans se départir de son putain de sourire supérieur. Rogue en revanche n'eut pas la moindre réaction. Allez donc parler à un mur!

- Tu sais déjà qui nous sommes, je suppose, fit-il simplement d'une voix neutre.
Je hochais la tête.

- J'avoue, oui. Ce serait mentir de dire que je n'ai pas tendue l'oreille à chaque fois que quelqu'un parlait de vous.
Et c'était peu de le dire!

- Ça vous intéresse de savoir ce que votre maître nous a réservé, demandais-je en brandissant l'enveloppe au dessus de mon épaule. A moins que vous ne le sachiez déjà!
Pas de réponse. OK! Va falloir que je leur donne des leçons de politesse aussi, tien!

- Comme vous voulez!
Inutile de paraître ébranlée par leur réaction, même si ça faisait vraiment mal. Tournant les talons, je me dirigeais vers la salle commune où je trouvais une table libre. Je sentais parfaitement les regards braqués sur moi, mais je fis semblant de ne pas m'en apercevoir. M'asseyant sur le blanc, tandis que Rin sautait sur la table, je déchirais le coté de l'enveloppe avant d'en faire tomber le contenu devant moi. Il y avait là trois billets de train aller-retour pour une ville appelée Dahlia, train de nuit, comme je l'avais deviné. Ça devait être plus facile pour mes charmants équipiers. Ensuite, je trouvais la fiche détaillant la mission, à laquelle je jetais un coup d'oeil. Une mission d'escorte? Voilà qui n'était pas banal. Voyons voir ...

Un verre de limonade fut posé devant moi et je levais les yeux à temps pour voir Sting s'affaler sur le banc, face à moi, posant sa chope sur la table. Rogue s'assit correctement à ma gauche, lui aussi armé d'une chope. Un instant je regardais mon verre en me demandant s'ils me prenaient à ce point pour une gamine. Et pourquoi pas du lait, pendant qu'ils y étaient?

- Alors? Demanda le blond en s'allongeant sur la table, menton sur ses bras croisés.
Rogue de son coté restait droit comme un i sur son siège.

- Alors? Répétais-je. Je ne sais pas. Je n'ai jamais participé à une mission de ma vie.
Tous les deux me regardèrent avec surprise.

- T'as jamais fait parti d'une guilde? Demanda Sting, haussant son sourcil barré d'une cicatrice.
Je secouais la tête.

- T'as fais quoi alors depuis la mort de ton dragon?

- Mon dragon n'est pas mort, il a juste disparu sans crier gare, mais je suis sûre que je le reverrai un jour. Et pour te répondre, Sting-kun, j'ai voyagé, partout dans le pays.
Encore une fois, ils échangèrent un regard muet mais se gardèrent bien de me faire partager ce qu'ils en pensaient. Crétins!

- Ça va bien se passer, fit Rogue, faisant référence à la mission.

- J'espère pour toi que tu es à la hauteur, renchérit son équipier sans cacher son mépris.
Putain, ça t'écorcherais la gueule d'être sympa? Je pensais pas qu'il étais désagréable à ce point, merde! Maman avait bien raison finalement.

- On verra ça demain, fis-je en me plongeant dans la description de la mission pour cacher la déception cruelle qui me déchirait le coeur.

Je n'arrivais pas à croire que ce gamin qui se tenait devant moi avec son air arrogant et son petit sourire débile était la même personne que j'admirais tellement quand j'étais gamine. Pouvait-on tant changer en quelques années? Où était-ce simplement l'influence de maman qui l'avait adouci? Tandis que je luttais pour retenir mes larmes, je ne pouvais m'empêcher de penser que j'allais avoir du boulot à essayer de libérer son coeur du carcan de glace dans lequel il l'avait enfermé.

Pendant que je prenais connaissance du contenu du document, j'en fit la lecture à voix haute, pour mes équipiers. Visiblement on faisait appel à nous, enfin plutôt à Sabertooth, pour escorter un prisonnier jusqu'à son procès. Le type paraissait dangereux, il faisait parti d'une bande de pillards qui terrorisait une région forestière du pays, racketant les villages, pillant les fermes et attaquant les caravanes marchandes qui traversaient la région. Un gros client en somme. Oh, le type était aussi un mage! Tout pour plaire. Ah et en plus il avait des complices voulant le sortir de prison? OK! ... Des mages aussi? ... Bon, je vois le tableau.

On allait bien s'amuser!

Après avoir pris le temps de passer en revue les différents papiers et en avoir pris connaissance, je les rangeais le tout dans l'enveloppe et la glissais dans mon kimono. Posant les coudes sur la table je plantais le menton sur mes doigts entrelacés pour jeter un regard vers le blond qui me faisait face.

- C'est tout ce que vous vouliez savoir? Pas de question sur mon dragon? Sur moi? Sur ma petite exceed, peut-être?
Il se contenta de hausser les épaules.

- Tu as déjà tué un dragon? Se contenta-t-il de demander.
Ah tiens donc, son sujet favoris, avec les quarante façons d'humilier Natsu en combat. Eh bien oui, Sting-kun, j'en ai tué trois en réalité. Encore que je ne puisse pas m'en vanter, Boreas avait fait tout le travail, me laissant seulement le privilège du coup de grâce. Mais je n'allais certainement pas leur dire ça.

- Non, jamais. Mais il parait que toi tu as tué celui qui t'a élevé.

- Ouaip, fit-il en se redressant, bombant le torse.
Et il se mit à me raconter comment il s'y était pris. Je l'écoutais parler en me demandant comment Natsu avait fait pour croire qu'un gamin de six ans avait pu être capable de tuer un dragon adulte. L'un des plus puissant en plus de ça! Maman avait raison, cet idiot ne devait pas briller par son intelligence. Mais laissons Natsu là ou il est: c'est à dire coincé dans sa bulle temporelle. Tandis que j'écoutais Sting me faire le récit de son combat contre son père adoptif, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il allait être drôlement surpris la nuit de l'éclipse.

- Je ne sais pas, fis-je pensivement à la fin de son récit. Ce n'est pas très encourageant. Comment être sûr qu'on peut te faire confiance? Je veux dire, tu as quand même tué ton père adoptif.

Et vlan, mange ça, crétin! Son regard se durcit instantanément.

- Ah oui? Tu es la seule que ça dérange!
Il se leva et s'en alla sans se retourner, furieux.

- J'aurai mieux fais de me taire, soupirais-je.
Rin s'installa sur mes genoux pour me consoler, comprenant ce que je ressentais à ce moment. Après tout, c'était pour lui que j'étais là et j'avais attendu ce moment pendant tellement longtemps. Maman n'avait pas exagéré, finalement, il était bien parfaitement imbuvable, au départ.

- Ne t'en fais pas, fit Rogue resté à sa place. Ça ne lui fait pas de mal de l'entendre de temps en temps.
Je me tournais vers lui.

- Et toi, ça ne te fais rien? Tu as tué ton dragon aussi, après tout.

Il haussa les épaules, guère troublé.

- C'est pas pareil, Skiadrum m'a obligé à la tuer. C'était elle ou moi.
L'entendre confirmer ça d'une voix neutre, dépourvu de la moindre émotion me fit monter un frisson désagréable le long du dos.

- Oh, désolée.
Il secoua la tête pour me signifier que ça n'avait aucune importance. Il ignorait à quel point ça en aurait plus tard. Car c'était là l'origine de tous nos ennuis avec son double du futur. Mais là je vous en dis trop.

Contrairement à son équipier, qui semblait vouloir m'éviter tout en prenant soin de rester à portée d'oreille, allez comprendre, Rogue ne semblait pas particulièrement gêné par ma présence. J'imagine qu'il devait avoir l'habitude de voir défiler des aspirants, prétendant avoir une chance d'entrer dans la guilde. La majorité d'entre eux cependant ne franchissaient pas l'étape des épreuves d'admission, et je dois dire que je comprenais pourquoi si elles étaient toutes comme celle que je venais de recevoir. Rogue semblait calme, presque indifférent, et rien ne semblait pouvoir l'atteindre. J'avoue franchement que le voir comme ça me donnait de sérieux doute quand à ma mission. Avais-je assez de force de persuasion pour le faire changer? Il paraissait si inébranlable, si sûr de lui que je doutais de mes chances à pouvoir atteindre son coeur. Et c'était là la route obligatoire pour sauver son âme.

Il faut dire qu'ils étaient impressionnants tous les deux. Physiquement d'abord, grands, bien bâtis, le corps parfaitement sculpté, et séduisants avec ça, ce qui ne gâchait rien. Ils devaient avoir pas mal d'admiratrices parmi les jeunes filles de la ville. Mais ce qui était encore plus impressionnant restait la puissance latente que je pouvais sentir en eux. Pas besoin de chercher plus loin la cause de l'arrogance de Sting, il n'y avait pas à discuter, à ce moment, ils étaient bien les mages les plus puissants de Fiore. A tel point que leur présence avait quelque chose d'accablant, d'écrasant même. Je me fichais bien de savoir qui était le plus puissant chasseur de dragon, mais autant dire que ces deux là tenaient une sacrée option sur le titre.

Bien sûr j'étais là pour les rendre plus forts, assez forts pour affronter ce qui nous attendait tous, mais là, à les voir, je commençais à avoir de sérieux doutes. La réussite était tellement importante. Pour le monde, mais surtout pour moi. Je ne pourrais jamais supporter de les perdre à nouveaux. Ce n'était plus uniquement une mission, ça devenait une affaire personnelle. Hors de question de laisser les ténèbres l'emporter. Je n'échouerai pas.

Après avoir échangé quelques mots avec Rogue, et m'être fait expliquer le fonctionnement des missions au sein de la guilde, je lui fixais rendez-vous le soir même à la gare et quittais le bâtiment pour me préparer. Inutile de traîner plus longtemps dans le coin. Rin dans mes bras, je franchis la courte distance séparant le bâtiment de la ville. Vingt minutes plus tard environ, nous étions devant notre auberge. La chambre que j'y louais n'était pas très luxueuse mais elle était agréable et le soleil donnait par la fenêtre presque toute l'après midi. J'avais aussi une belle vue des montagnes environnantes depuis mon petit balcon.

Arrivée dans la chambre, je déposais Rin sur le lit et me dirigeais vers la salle de bain à l'intérieur de laquelle je m'enfermais. Une fois seule, je me laissais glisser le long de la porte pour m'asseoir sur le sol. Enfin, je pouvais laisser libre cours à toutes les émotions que je retenais depuis deux heures. Le flot menaçant de me submerger, j'éclatais en sanglots hystériques, incapable de savoir quelle émotion était la plus forte: la joie, la tristesse, la déception, la solitude, l'espoir ... J'avais tellement attendu pour ce moment. Tellement pleuré. J'avais pensé ne plus jamais le revoir et le retrouver là, devant moi, bien vivant, c'était à la fois une bénédiction et une malédiction. Car je savais parfaitement que jamais je ne retrouverai le père que j'avais connu. Douze ans après l'avoir perdu, je le retrouvais, plus jeune et plus impulsif, aussi plus arrogant et plus idiot. Bon sang, j'avais eu tellement de mal à me retenir de lui sauter au cou en le voyant. Mon coeur battait tellement fort, mes mains tremblaient et je crois que mon front devait aussi dégouliner. Beau tableau, pas vrai? Heureusement, ça pouvait aisément être pris pour du stress. Le stress de me retrouver devant son maître. Mais son regard glacial, son mépris, son arrogance, ça m'avait fait tellement mal. Comme une épine de glace en plein coeur. Je ne m'attendais bien entendu pas à ce qu'il me reconnaisse, ça aurait été stupide de ma part. Mais je ne m'attendais pas non plus à ça! Je me demande comment j'avais réussi à tenir jusque là avant de m'effondrer ainsi. Mais heureusement que j'avais réussi à tenir, je ne sais pas comment j'aurai pu leur expliquer une telle réaction.

Je ne sais pas combien de temps je suis restée là, assise sur le carrelage à pleurer comme une gamine à sa première peine de coeur. Longtemps je crois. Je commençais à me calmer quand j'entendis frapper à la porte de la salle de bain. Une petite voix se fit entendre derrière le panneau:

- Ao? ... Ao, tout va bien?
C'était Rin. Elle était inquiète.

- Oui, ça va, répondis-je d'une voix tremblante. J'arrive.
J'essuyais mes larmes du dos de mes mains, pris une lente et longue inspiration puis me relevais. Un coup d'oeil dans le miroir au dessus du lavabo me suffit pour me rendre compte de l'état dans lequel j'étais. Mes yeux rouges et gonflés, mes joues humides et bouffies, mes lèvres ensanglantées, même mes cheveux étaient en désordre. Magnifique! Je fis couler l'eau froide et m'en baignais abondamment le visage avant de m'essuyer avec une serviette. Ça ne suffit cependant pas à cacher les dégâts et quand j'ouvris la porte, je pus voir les yeux de Rin s'agrandir de stupeur.

- Tu es sûre que ça va? me demanda-t-elle en voltigeant devant mon visage.
Je hochais la tête.

- Ça va beaucoup mieux, maintenant. J'en avais besoin.
Elle se jeta contre ma poitrine et serra ses petit bras contre moi.

- Je sais, moi aussi j'ai eu envie de pleurer.
Je serrais les bras autour d'elle. Après une longue étreinte, nous nous séparâmes en silence. Elle me comprenait mieux que je le pensais la plupart du temps. Après tout, elle aussi avait perdu toute sa famille. La seule différence entre elle et moi, c'est qu'elle ne l'avait pas connu. Une chance, vous croyez? Je ne le saurais probablement jamais. Elle n'a jamais eu l'air plus soulagée que moi. Après tout, qu'il les ait connu ou pas, l'absence de ses parents laissait toujours une plaie sanglante dans le coeur d'un enfant.

- Eh qu'est-ce que tu dirais de faire quelques courses et d'aller manger une glace? Proposais-je.
Nous avions toutes les deux besoin de nous changer les idées. Au moins pour quelques heures.

- Avec des copeaux de chocolats? Demanda-t-elle des étoiles dans les yeux.
Oubliés la tristesse et l'anxiété, un simple morceau de chocolat suffisait à lui redonner le moral.

- Avec tout le chocolat que tu veux.
Et en moins de temps qu'il ne fallait pour dire "allons-y" je marchais dans la rue, Rin courant joyeusement autour de moi, sans me soucier de l'allure que je pouvais avoir.

Ces deux dernières années n'avaient pas été roses, j'en conviens, mais Rin avait toujours été là pour moi, pour m'encourager quand je perdais confiance en moi, pour me consoler quand je perdais le moral, pour me rassurer quand le poids de ma tâche me paralysait presque. Je pouvais compter sur elle. A deux, on avait parcouru le pays dans tous les sens et visité toutes les grandes villes, même Magnolia. D'ailleurs, on y était juste pour assister à l'ouverture de Twilight Ogre, quelle horreur! Comme Boreas nous l'avais conseillé, on a appris tout ce qu'on pouvait de ce monde et de son fonctionnement. Le départ ne s'est pas fait sans heurts mais dans l'ensemble, l'expérience fut plaisante. Elle me permis même de me faire une bonne petite réputation dans le monde de la magie. Suffisamment bonne pour intéresser Sabertooth.

Au début, je me contentais d'aider les personnes que je rencontrais sur ma route, sans attendre de récompenses en retour. Bien entendu, il arrivait que ces personnes décident de m'offrir divers choses en remerciement. Après un moment cependant, j'ai compris que ça pouvait me servir. Si j'arrivais devant Gemma avec une bonne réputation derrière moi, il serait moins enclin à me foutre dehors sans m'accorder ma chance. J'ai donc cessé de errer au hasard des routes pour tendre l'oreille et prendre la direction des régions où des troubles se produisaient. Parfois j'arrivais trop tard et des guildes avaient déjà eu le temps de régler le problème, mais le plus souvent je ne m'intéressais pas à des affaires susceptible de les attirer. Mais toujours en refusant de me faire payer, échangeant mes services contre le gîte et le couvert pour quelques jours, ou contre ce que mes "clients" accepteraient de m'offrir de bonne grâce. Les réserves d'argent données par Boreas avant mon départ en ont fortement pâti, raison pour laquelle, après deux ans d'errance, je me suis enfin décidée à débarquer ici, à Sanzashi, là ou se trouvait le quartier général de Sabertooth.

Ça ne faisait que trois jours que Rin et moi étions arrivées en ville. Peu après mon arrivée, je me suis rendue à la guilde, pour essayer d'obtenir une entrevue avec Gemma. Je me suis fait éconduire par une espèce de grognasse qui se prenait pour un vigile. Mais il semblerait que le Maître ait eu vent de ma présence en ville et de mon intérêt pour sa guilde, puisque ce matin, j'ai trouvé Rufus sur le pas de ma porte avec un message disant que Gemma voulait me rencontrer le plus vite possible et que j'avais tout intérêt à me dépêcher de me présenter à la guilde. Son ton lui aurait certainement valu quelques coup de pieds au cul mais vu que je n'avais pas de temps à perdre inutilement, je l'ai laissé partir sans rien faire. La suite, vous la connaissez.

Après deux heures environs de visite intensive des boutiques du centre-ville, comprenant quelques boutiques de magie très intéressantes, proximité de Sabertooth oblige, Rin et moi avons fait une pause sur la terrasse d'un glacier visiblement connu des habitants de la ville. Il proposait des parfums incroyables dans des coupes géantes. Rin sauta sur la plus grosse glace au chocolat de la boutique, tandis que je me contentais d'un milkshake au caramel. Ces petits moments de gaieté et de quiétude étaient nos trésors, la seule richesse qui comptait vraiment et que personne, pas même un dragon, pouvait nous prendre. Je chérissais ces moments où Rin avait le sourire et qu'elle se comportait avec insouciance, ça me donnait la force de continuer. Malheureusement, ils étaient beaucoup trop rares.

Une fois les glaces finies, j'ai tranquillement repris la route de l'auberge, Rin voltigeant joyeusement autour de moi. Revenue dans la chambre, j'ai pris un long bain chaud pour me détendre et essayer d'éloigner de moi les derniers tourments que ma rencontre avec la version jeune de mon père avait fait naître en moi. Rin avait rempli le lavabo avant de s'y plonger comme dans une baignoire. En sortant, je l'essorais vivement en la frictionnant avec une serviette sèche avant de la laisser s'occuper d'elle même. Rafraîchies, rhabillées, nous somme descendues dans la salle de l'auberge afin de manger un morceau. Les clients semblaient toujours surpris de voir Rin s'installer sur la table pour manger avec moi. Le repas fini, je suis remontée dans ma chambre, boucler mes sacs pour le départ, Rin voltigeant derrière moi.

J'ai quitté l'hôtel une heure, environ, avant le rendez-vous, prenant soin de préciser au tenancier que je m'absentais pour quelques jours mais gardais la chambre. Même s'il ne s'y opposa pas ouvertement, je pu voir sur son visage que ça ne l'enchantait pas du tout, loin de là. Il devait probablement craindre que je ne revienne pas. Pour être sûre qu'ils ne fasse rien de stupide, je lui payais une semaine de location d'avance puis quittait le bâtiment, sans me soucier de son ton radouci et de ses civilités obséquieuses. Rin trottinait juste à ma hauteur tandis que je marchais dans les rues. Sa gaieté semblait s'être envolée avec le départ et elle était plongée dans une réflexion soucieuse. Me sentant nerveuse moi-même je décidais de la laisser en paix. Ce n'est que lorsqu'elle se tourna vers moi, ses yeux grand yeux bleus débordant de larmes, que je me baissais à sa hauteur.

- Ao ... Tout va bien se passer, n'est-ce pas?

- Évidemment, répondis-je avec toute la confiance dont j'étais capable.
Tendant une main, je caressais sa petite tête, ébouriffant sa belle fourrure cendrée. Ses doigts trituraient nerveusement sa petite robe bleu. Elle se jeta sur moi et enfouie sa frimousse dans ma poitrine. Je caressais l'arrière de sa tête en un geste qui se voulait rassurant.

- Ça va aller, t'en fais pas. Je ne laisserai personne te faire de mal.

- Ce n'est pas pour moi que j'ai peur.
Prévisible. Elle ne changerait jamais la petite. Je la serrais contre moi d'un bras, tout en reprenant mon chemin. Je comprenais ce qu'elle ressentait. Elle aussi avait peur de voir toutes les horreur que nous connaissions se répéter sans pouvoir bouger pour l'empêcher. Je savais qu'elle se sentait inutile du fait de son manque de force. Elle ne savait pas encore à quel point elle était importante pour moi. Elle était la seule raison pour laquelle je n'avais pas encore craqué.

- Ne t'en fais pas pour moi, Rin, il ne m'arrivera rien. Je ne laisserai personne se mettre en travers de ma route.

- Mais ... Tout à l'heure tu étais tellement bouleversée.

- Tout à l'heure j'étais sous pression. Mais maintenant, je sais à quoi m'attendre. Tu t'inquiètes pour rien, je t'assure.
J'aurais tellement voulu que ma voix ne tremble pas autant en prononçant ces mots, mais le but était tout de même atteint: ses pleurs se calmèrent. Je la gardais pourtant dans mes bras jusqu'à la gare.

Le train que nous devions prendre était déjà à quai, les voyageurs montant dans leur compartiment en files bien ordonnées. Sous le panneaux des départs, je vis mes deux équipiers m'attendre de pied ferme. Ils étaient ponctuels, c'était déjà ça. Forçant un sourire assuré sur mes lèvres, je m'approchais d'eux sans rien montrer de la nervosité qui montait en moi.

Que le spectacle commence!


Une petite note, juste pour vous préciser une petite chose.
Même si ça n'en a pas encore l'air, ce sera bien un Sting x Lucy, mais il va être un peu long à se mettre en place, je vous demande juste un peu de patience.
Le Rogue x Yukino sera peut-être un peu plus rapide, par contre, puisque les circonstances s'y prêtent d'avantage dès le début de la fic.