Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux du film The eagle. Je ne fais que les emprunter, merci à Rosemarie Sutcliff de les avoir crées.
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Chapitre 2 : L'arrivée d'Esca à la villa.
Point de vue celte.
Concentré sur l'épée du gladiateur, Esca attendait avec la peur au ventre le coup fatal. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et il pensait à sa famille dont il était le dernier représentant, ses parents, ses frères, tous morts au combat. Il n'avait pas eu cette chance, celle d'une mort honorable, il s'était fait capturer dans des conditions qu'il tentait désespérément d'oublier… mais aujourd'hui il pensait à sa mort qu'il espérait digne. Il ne sentait plus aucune douleur, juste le contact froid de la pointe de la lame sur son torse… il fixait le gladiateur qui allait le tuer, il entendait la foule clamer, réclamer sa mise à mort. Les secondes semblaient des heures, ses oreilles bourdonnaient, ce visage de métal serait le dernier qu'il verrait et soudain, dans toute cette confusion il entendit une voix, une voix qui s'élevait contre les autres, qui réclamait sa vie et qui devenait de plus en plus forte… il lâcha enfin des yeux le gladiateur pour chercher cette personne qui implorait avec force et conviction qu'on épargne sa vie. Leurs regards se soudèrent tandis que le romain tentait de convaincre la foule.
Et il avait réussi… Esca s'était relevé abasourdi, perdu, sans pouvoir détacher ses yeux de cet homme qui avait détenu sa vie entre ses mains et qui avait choisi de le sauver.
Il ne comprenait pas pourquoi… mais rapidement il pensa à son père, sa force et sa sagesse qui lui manquaient tellement. Il avait tant espéré le rejoindre aujourd'hui...
En sortant de l'amphithéâtre, son maître l'avait poussé dans sa cellule sans ménagement et lui jetant sa tunique, mécontent de sa prestation mais satisfait malgré tout de retrouver sa possession en vie. C'était parfait, il avait besoin de penser, il sentait soulagé alors qu'il ne le devrait pas… Il se cala dans un coin de la cellule, en tentant de calmer son cœur qui battait encore vite. Qu'allait-il lui arriver maintenant ? Il allait probablement être vendu. Pourquoi cet homme l'avait-il défendu ? Il ne le saurait jamais et peu lui importait : il venait de lui voler la mort honorable à laquelle il aspirait et qu'il venait d'éviter de justesse.
Mais là encore, le destin lui joua un tour. Un homme qu'il ne reconnut pas vint le chercher. Il l'entendit discuter avec son maître, marchander son prix d'achat. La colère refit son apparition et surpassa tout autre sentiment.
Il cacha la dague de son père dans sa ceinture, c'était sa seule possession et il y tenait plus que tout. Son acheteur l'observa longuement avant de lui expliquer qu'il le ramenait chez lui pour servir son nouveau maître Marcus Flavius Aquila, son filleul et l'homme à qui il devait la vie.
Le destin est facétieux et parfois terrible, Esca comprit en cet instant qu'il avait une dette d'honneur envers son nouveau maître, c'était pour lui un lien autrement plus fort que celui entre un maître et son esclave. Il était peut être sa possession mais c'était cette dette qui lui assurerait un serviteur fidèle et dévoué. Pouvait-on imaginer obligation plus lourde ? Pour le breton il n'y en avait pas et il se résigna à passer le restant de ses jours –qu'ils devaient à cet homme- à le servir alors qu'il ne le connaissait même pas. Comment était-il ? Comment allait-il le traiter ? Cette dette était un bien lourd fardeau sur ses épaules qu'il traîna le long du chemin qui le conduisait à son nouveau maître.
Arrivé à la villa, l'homme qui s'était présenté comme « l'oncle Aquila » lui demanda de l'attendre et de ne le rejoindre qu'à son appel. Il le laissa seul et Esca en profita pour observer la maison qui allait être son nouveau domicile. Pas très grande mais elle semblait agréable, le jardin qui donnait sur un petit lac était magnifique, nul doute qu'un esclave y officiait. Mais peu lui importait la beauté des lieux, ici il n'y avait que la servitude qui l'attendait. A l'arène il avait espéré que cette vie d'esclave, ingrate et déshonorante, allait enfin prendre fin. Ce romain avait contrarié ses espoirs et… il allait le rencontrer.
- Esclave !
Ne pouvait-il l'appeler par son nom ? Esclave, était tellement plus commode et tellement plus douloureux, cela donne le ton, pensa Esca.
Il se présenta en prenant soin de baisser les yeux comme l'aimaient les maîtres romains. Jamais il n'avait possédé lui-même d'esclave mais il était certain qu'il ne voudrait pas de ça. Il préférait un contact franc et direct, les yeux dans les yeux, on pouvait y lire tant de choses… son père lui répétait souvent que l'on pouvait mentir mais que la vérité se lisait toujours dans les yeux. Jamais il n'aurait voulu passer à côté de la vérité d'un homme.
L'oncle Aquila l'obligea à entrer un peu plus dans la chambre en le poussant… toute sa vie se résumait maintenant à cela : une personne étrangère qui décidait de tout pour lui. Il n'avait pas voulu aller combattre dans l'arène, d'ailleurs il ne l'avait pas fait, on l'y avait poussé tout comme venait de le faire son acheteur. Mais il devait s'y résoudre, il ne déciderait jamais plus, on l'avait dépossédé de son libre arbitre. Mais, il savait toujours ce qu'il voulait et ne voulait pas. Il ne voulait pas être présenté à un romain à qui il devait tant.
- Son nom est Esca, indiqua l'oncle Aquila avant de se retirer.
Il prit quelques secondes pour examiner son nouveau maître, sa vie dépendait de lui à présent. Même si cela ne changeait rien, il était anxieux et curieux. Il découvrit qu'il était blessé, il ne s'en était pas du tout rendu compte à l'arène, qu'il était grand et fort… un soldat probablement.
- Je n'ai pas besoin de toi, entama le romain.
- Je ne voulais pas être acheté, répondit Esca doucement du tac o tac. Ni être ici contre mon gré avec une telle dette, pensa-t-il.
- Tu aurais dû t'enfuir. Mon oncle ne t'aurait pas arrêté.
- Vous m'avez sauvé la vie. J'ai une dette d'honneur envers vous, ajouta-t-il en baissant la tête.
Il ne pouvait pas lui en vouloir, pour avoir côtoyé longuement les romains, il savait d'expérience qu'ils n'imaginaient même pas qu'un breton puisse être un homme d'honneur. C'était une qualité qui ne pouvait être attribué qu'à leur race.
- Contre ta volonté.
Ça, c'était la vérité. Un sentiment de honte envahit Esca en cet instant. Il n'était pas fier, ni de sa prestation ni de son statut. Avait-il seulement compris ses raisons ?
- On n'implore pas la merci, finit-il par ajouter la voix empreinte d'émotion pour tenter un début d'explication.
- Tu ne l'as pas fait, rétorqua le romain d'une voix forte, je l'ai fait pour toi. Sans aucune autre intention...
Esca ne voyait pas les choses de la même manière. Il lui avait sauvé la vie et il comptait bien assumer cette dette que le romain le veuille ou non. Il sortit la dague de son père et s'approcha de lui. Il était temps qu'il sache vraiment qui il était.
- Je suis un fils des Brigantes, murmura-t-il, qui tiennent toujours parole.
Il jeta la dague aux pieds du romain.
- Je le jure sur le poignard de mon père, reprit-il. Je déteste tout ce que vous représentez, tout ce que vous êtes. Mais vous m'avez sauvé, fit-il en déglutissant difficilement. Et pour cela, je dois vous servir.
Esca avait le sentiment d'avoir accompli une partie de ses obligations, le romain connaissait maintenant ses intentions. Il ne savait pas trop comment il allait réagir, jamais il n'avait parlé à un romain de cette manière, son maître qui plus est… il garda les yeux baissés, espérant ainsi lui faire comprendre qu'il était sincère et à son entier service. Il sentait le regard du romain sur lui, il était en train de le jauger. Il remarqua alors son bracelet, il ne lui fallut pas longtemps pour reconnaître cet objet dont il connaissait la signification. Le romain était bien un soldat.
- Tu me jures obéissance et fidélité ? Tu me donnes ta parole ? répéta le romain le tirant de ses pensées.
- Je le jure, répondit Esca en levant puis rebaissant rapidement ses yeux.
Il hésite, il ne veux pas de moi… je vais repartir au marché aux esclaves, pensa tristement Esca.
Après un moment d'observation, le maître s'assit et ramassa la dague. Sa jambe le faisait souffrir, il tentait de le cacher mais cela était évident. Il la posa sur ses cuisses, voir cet objet s'éloigner de lui était un crève-cœur, il s'y était attaché plus que de raison depuis qu'on l'avait arraché à ses landes et emporté pour le sud du pays. Le romain n'avait rien dit, il avait accepté l'objet sans se moquer d'Esca, sans le punir pour l'avoir caché et presque menacé avec… ce romain n'était décidément pas comme les autres.
- Je voudrais que tu défasses mes lacets, demanda-t-il.
Esca reçut cette demande avec un certain soulagement.
Bien sûr il ne pouvait plus faire certains gestes seuls, il était là pour l'aider, mais cela semblait lui déplaire, il est fier, très fier, pensa immédiatement le breton. Comme lui avait pu l'être il y a longtemps, mais c'était un luxe qu'il ne pouvait plus se permettre. Que dirait son père s'il le voyait s'agenouiller ainsi devant son ennemi ? Et lui donner sa dague ? Ses conseils lui manquaient cruellement ainsi que son approbation. Il ne pouvait plus que se souvenir, suivre son cœur et son instinct.
- Que t'a dit mon oncle ? reprit le romain.
- Que je devais servir Marcus Flavius Aquila mon nouveau maître, fit-il toujours agenouillé devant lui les yeux braqués sur le sol, les mains à plat sur ses cuisses nues.
- Tu n'as pas besoin d'en savoir plus que ce que tu vois, répondit le romain sèchement. As-tu mangé ?
Esca secoua la tête. Il sentait la colère de son maître, il valait mieux faire profil bas dans ce cas.
- Demande à Stephanos, fit-il en soupirant.
Qui était donc Stephanos ? Un autre esclave sûrement, la villa ne semblait pas trop grande et Marcus n'avait pas d'esclave puisque son oncle l'avait acheté lui. Il ne devait pas y avoir plus de deux ou trois autres esclaves, il ne serait pas difficile de trouver le Stephanos de la maison. Le maître semblait exaspéré, était-ce sa faute ? Sa jambe ? Ou tout autre chose ?
- As-tu déjà vécu dans une villa ? questionna le romain.
- Oui.
- Bien, Stephanos te montrera tout ce que tu dois savoir. Va maintenant.
Esca se releva lentement, les douleurs s'étaient réveillées et se rappelaient à lui les unes après les autres. C'étaient ses côtes qui le faisaient souffrir le plus mais il savait d'expérience que ce n'était rien de grave.
Il trouva le dénommé Stephanos en cuisine qui s'affairait autour de la préparation du repas. Il l'accueillit avec un sourire bienveillant, lui fit signe de s'asseoir avant de le servir copieusement. C'était le repas du soir, le repas principal de la journée, mais tout de même, il avait eu la main lourde. Esca ne savait pas s'il pourrait tout ingurgiter mais il allait essayer c'était certain.
- La cuisine est grande et bien garnie, fit Esca entre deux bouchées en regardant autour de lui.
- Oh oui, répondit Stephanos, Aquila aime manger, bien manger.
- Est-ce toi qui cuisines ?
L'esclave acquiesça tout en continuant ses préparatifs.
- Depuis vingt ans ! ajouta-t-il.
Cela laissa Esca dubitatif, il en suspendit ses gestes. Vingt ans de servitude… cela lui sembla un bien long malheur. Comment pouvait-il supporter cela depuis si longtemps ?
- Es-tu affranchi ? le questionna-t-il.
- Non, répondit Stephanos en le regardant étrangement.
- N'aspires-tu pas à la liberté ? insista le jeune celte abasourdi.
- Eh bien, commença-t-il en suspendant ses gestes, cela fait bien longtemps que je n'y ai pas pensé. Mais, maintenant à quoi cela servirait-il ?
Esca ne sut quoi répondre, les mots lui manquaient tout à coup.
- Je suis vieux, mon maître également... Et puis, on est bien ici. Tu verras tu y seras bien toi aussi, ajouta-t-il sincère en reprenant sa cuisine.
Cette courte conversation avait déprimé Esca, il finit son repas en silence en regrettant amèrement de l'avoir commencée. Il lava sa vaisselle et Stephanos interrompit ses préparatifs pour lui faire une visite de la villa. Elle était finalement plus grande que ce qu'il avait imaginé, décorée simplement mais il ne s'y trompa pas. Dans les détails il vit que l'oncle Aquila devait disposer d'une rente confortable. Stephanos lui montra le bureau de son maître, une pièce dans laquelle il n'entra pas, elle regorgeait de parchemins en tous genres vaguement rangés dans une bibliothèque mais beaucoup jonchaient le sol autour d'un bureau qui trônait au milieu. Il y avait également plusieurs chaises et méridiennes. Stephanos l'avertit qu'il ne devait jamais y pénétrer, c'était l'antre du maître des lieux et il ne supportait pas que l'on touche à ses papiers. Esca acquiesça sans vraiment comprendre, dans sa culture on n'écrivait pas, il n'en voyait pas vraiment l'intérêt ni la valeur... mais il avait appris il y a longtemps déjà que pour les romains cela était parfois aussi précieux que l'or.
En dernier lieu, Stephanos l'amena dans sa propre chambre. Il sortit une nouvelle tunique pour lui et Esca enleva sans attendre celle qu'il portait. Elle n'était pas agréable à porter, trop grossière la laine piquait sa peau. Celle que lui avait choisie Stephanos était simple mais bien plus douce. Il surprit le regard de Stephanos sur ses hématomes qui s'affirmaient sur sa peau blanche, mais l'esclave ne posa aucune question.
Ils rejoignirent ensuite la cuisine et Esca suivit les consignes de Stephanos pour terminer le repas des maîtres. Le cuisinier en chef semblait ravi d'avoir un assistant et décréta que ce serait lui qui se servirait les plats et le vin.
- Marcus ! s'écria Aquila en posant sa fourchette et en souriant. Suis-je donc si ennuyeux ?
- Non mon oncle, pardon. C'est seulement…
- C'est ta blessure ?
Esca n'osa regarder son maître mais il devinait que la question l'embarrassait, un sentiment qu'il partageait avec lui. Il ne savait trop comment se tenir, qui regarder, quand resservir du vin… il ne connaissait pas encore les habitudes et les goûts de chacun, il voulait bien faire le premier jour. Il avait déjà servi dans une riche maisonnée mais rarement les repas. Et heureusement car cela se serait forcément mal fini… son passage chez Lucius Cornelius Minor avait été un vrai cauchemar pour le celte, il ne s'était entendu avec personne. Ni avec ses camarades d'infortune, ni avec son maître, un odieux personnage, tout comme sa femme et même ses enfants gâtés. Il s'était battu à de nombreuses reprises et il avait été battu à de nombreuses reprises. Son maître avait alors décidé de le vendre comme gladiateur compte tenu de son caractère belliqueux. Mais il y avait vraiment peu de chances que cela se passe de la même manière dans cette maison. Son jeune maître lui avait sauvé la vie, il se préoccupait de savoir s'il avait mangé ou pas… Stephanos avait probablement raison, le lieu devait être presque agréable à vivre. Mais il y serait toujours un esclave avec ses maîtres romains et cela suffisait à ruiner tout bonheur.
- Cela fait plusieurs semaines, ce n'est pas normal, décida Aquila sans attendre une confirmation qui ne venait pas. Je connais un chirurgien d'excellente réputation, je vais le faire quérir. Il habite loin mais il viendra pour moi…
- Une vieille connaissance ? questionna Marcus en coupant son oncle.
- Non ! se récria Aquila en riant. On m'en a simplement parlé, il a semble-t-il une dextérité comme nul autre. Si j'envoie un message demain, nous devrions le voir dans une semaine.
- Bien. Fais-le. Cela ne peut être pire.
Le reste du repas se passa dans le silence le plus absolu, ce qui n'était pas pour déplaire au jeune celte. Après avoir aidé son maître à s'installer dans le jardin, il partit préparer son lit. Stephanos lui avait donné les grandes lignes, pour le reste il fit à son idée. A son retour dans la chambre, son maître ne dit rien, c'était donc que ses dispositions lui convenaient. Il était tôt, pourtant il l'envoya se coucher.
Stephanos lui avait préparé un couchage dans sa propre chambre. Il avait simplement posé un matelas sur le sol et dessus un drap et une couverture. L'esclave grec avait un vrai lit romain, il lui faudrait probablement patienter longtemps avant d'avoir la même chose mais en attendant, il ne comptait pas partager la chambre de l'esclave. Ils se couchaient tôt dans cette maison car Stephanos l'avait rejoint pour également se coucher. Tandis qu'il se déshabillait pour se coucher, sans un mot, Esca tira le matelas dans le couloir qui menait à la chambre de Marcus. Il s'installa derrière la porte qui donnait près de la tête de son lit. Il attendit un peu assis sur le matelas une réaction de Stephanos, mais celui-ci ne dit rien, il en conclut qu'il avait le droit de dormir où bon lui semblait.
La bougie de Marcus n'avait pas été soufflée, il le voyait au travers de la porte. En prenant bien soin de ne faire aucun bruit, il arrangea le drap, retira sa tunique puis éteignit sa propre bougie. En s'installant, il ne put s'empêcher d'apprécier le confort, la douceur des draps sur son torse et ses jambes nues. Il détestait cette vie et pourtant il appréciait d'avoir bien mangé, de dormir sans craindre un réveil brutal, d'avoir un matelas et des draps propres… il comprit aussi où résidait le danger et pourquoi Stephanos était resté esclave si longtemps. En prendre conscience lui éviterait probablement de tomber dans le même piège. Si seulement il pouvait encore prendre ses propres décisions... En pleine nuit il fut réveillé par de faibles gémissements, ils étaient à peine perceptibles, mais Esca avait le sommeil léger. Il tendit l'oreille, son maître souffrait, il ne pouvait rien faire pour soulager cela. Il mit un certain temps à se rendormir.
Esca comprit vite que son nouveau maître ne voulait pas de lui. Il ne cachait pas son impatience ou son irritation à chaque fois qu'il se présentait à lui. Il ne l'avait pas choisi, son oncle l'avait fait pour lui et cet arrangement ne lui convenait apparemment pas. Clairement, il voulait le voir le moins possible, dès qu'il le pouvait il le renvoyait. Cela ne rendait pas sa tâche plus facile, au contraire il ne savait pas quand intervenir et quand laisser le romain faire les choses par lui-même. En quelques jours, il s'était organisé pour prendre soin des affaires de son maître sans que celui-ci ne le voie faire, de cette manière il minimisait au maximum sa présence. Quand bien même, Esca se posait beaucoup de questions et jour après jour il finit par se convaincre qu'il ne tarderait pas à rejoindre le marché aux esclaves.
Même si son maître réduisait ses tâches au minimum, il ne manquait pas pour autant d'occupations, l'oncle Aquila ayant pourvu à la chose. Il avait longuement soupiré quand Esca lui avait expliqué à demi mots que sa présence ne semblait pas souhaitée par son filleul. Il l'avait alors entraîné avec lui pour lui attribuer différentes tâches à réaliser. Stephanos était le seul que cette situation rendait clairement heureux.
Esca fit la connaissance du jardinier, encore un esclave grec un peu plus jeune que Stephanos mais pas tellement. Il avait alors compris que l'oncle Aquila l'avait aussi choisi pour son jeune âge, il devait penser qu'ils pourraient bien entendre. Mais il s'était trompé et Esca en venait presque à le regretter. Le romain était différent des autres parce qu'il l'avait sauvé dans cette arène et il ne voulait pas croire qu'il l'avait fait sans aucune arrière pensée. Tous les romains réclamaient sa mort et lui, blessé, fatigué, il s'était dressé contre eux.
Il avait accepté la dague de son père et en avait pris soin sans se moquer ou dénigrer les bretons comme le faisaient tous les autres romains. Il l'avait emmaillotée dans un chiffon puis rangée dans un coffre. En rangeant des vêtements qui venaient de sécher, il l'avait retrouvée.
Le romain avait trouvé grâce à ses yeux par ces gestes là, car sa loyauté avait ses limites. Jamais il ne pourrait servir un homme qu'il haïssait, quelque soit le serment qu'il lui avait fait. Les romains étaient arrivés en conquérants, ils avaient fait des promesses aux clans bretons pour mieux les briser. Car aucune n'avait été tenue, ils avaient pillé et massacré des villages entiers, violé les femmes et tué sans distinction. Aucun breton ne l'avait oublié, comment le pourraient-ils en vivant sous la domination constante des romains.
Il avait fait un serment à son maître, mais Esca se réservait lui aussi le droit de le briser.
